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Augustin Pajou, Diogène cherchant l'homme, 1781

 

Nous ne savons rien de Diogène Laërce. Cet inconnu laisse toutefois un texte célèbre, dédié aux hommes, oeuvres, écoles, qui ont marqué l'histoire de la philosophie antique. Ce texte est devenu un classique de la doxographie. Probablement composé au IIIe siècle après J. C., il nous est parvenu sous le titre de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, ou Vies des philosophes, via un certain nombre de manuscrits, dont trois complets, datés des XIIe et XIIIe siècles. Il constitue le modèle d'un genre très ancien, étranger à la moderne notion d'authenticité historique, d'où largement et injustement décrié. Il s'agit du genre mythobiographique.

Nietzsche fait notoirement exception à ce moderne décri. En 1868, il reçoit le prix du concours de l'Université pour De Laertii Diogenis fontibus, travail consacré aux sources de Diogène Laërce. En 1870, il publie Analectica Laertiana, autre texte dédié à l'oeuvre de l'illustre doxographe. Il demeure par la suite fidèle à cette curiosité initiale, qu'il cultive et approfondit au fil d'une lecture assidue. Cette lecture fait passim l'objet d'allusions et de commentaires résolument intempestifs, dans la correspondance et dans l'ensemble des textes nietzschéens.

Dans la deuxième Considération intempestive, intitulée De l’utilité et de l’inconvénient de l’histoire pour la vie (1874), Nietzsche stigmatise le culte contemporain de l'historicité. Il montre que celui-ci s'exerce au détriment de la vie, dans la mesure où il substitue à la vérité de l'individu celle de la raison panoptique, partant, où il prive du vif de l'humain le déploiement relativiste d'un savoir désincarné.

Il peut arriver qu'un homme ait un savoir historique et un sens de l'histoire très réduits, que son horizon soit aussi rétréci que celui d'un habitant d'une vallée alpestre, il peut mettre de l'injustice dans tous ses jugements, et dans chacune de ses expériences l'erreur de se croire le premier à l'avoir eue ; et malgré toutes ses injustices et ses erreurs il se présente plein d'une santé et d'une robustesse à toute épreuve et fait plaisir à voir, alors que tout près de lui l'homme beaucoup plus juste et plus savant languit et dépérit parce que les lignes de son horizon ne cessent de se déplacer, parce qu'il n'arrive pas à se dépétrer du réseau bien plus délicat de sa justice et de ses vérités, pour parvenir à désirer et à vouloir énergiquement. [...] Il nous faudra donc tenir pour la plus importante la faculté de sentir directement les choses, en dehors de tout sens historique, dans la mesure au moins où ce manque de sens historique constitue l'unique fondement sur lequel puisse s'édifier quelque chose de juste, de sain et de grand, de vraiment humain.

Cet homme, qui a un savoir historique et un sens de l'histoire très réduits, mais qui sent directement les choses, cet homme qui fonde sur ce manque de sens historique quelque chose de juste, de sain et grand, de vraiment humain, c'est en quelque façon Diogène Laërce, auteur des Vies des philosophes.

 

J. Legrand, Diogène, enluminure, vers 1490

 

Montaigne, qui avait le goût des singularités couillues, i. e. le goût de la vie et de l'humain plutôt que celui de l'universel abstrait, pratiquait quotidiennement la lecture de Diogène Laërce. Il fait du texte grec son magasin de citations, et pille, grapille, sans se soucier de changer la lettre ni l'esprit, bref s'approprie le vif de l'anecdote, - lequel donne tout à la fois à sentir et à penser. Penser quoi ? Au fond, peu importe. Le vif n'est pas dans le quoi, mais dans le donner.

Diogène Laërce, dans le chapitre des Sept Sages (I), dit de Myson qu'il était misanthrope.

On le vit à Lacédémone rire tout seul dans un endroit désert. Soudain, comme quelqu'un se présentait et lui demandait pourquoi il riait alors que personne n'était là, il dit : "C'est justement pour cette raison".

(Vies des philosophes, I, 108)

Montaigne éclaire l'anecdote d'une autre façon  :

Myson, l'un des sept sages, interrogé dequoy il rioit tout seul : "De ce mesmes que je ris tout seul", respondit-il.

(Essais, III, VIII, De l'art de conférer)

Dans un cas comme dans l'autre, l'anecdote attise l'humain, sorte de feu qui couve sous les dehors de la sagesse. Le sens brasille : quelque chose du mystère de l'humain se montre dans le rire de Myson, comme quelque chose du mystère de la phusis se montre dans le rire (gelôs) énorme de la mer. Le sage Myson, qui vécut quatre-vingt-dix-sept ans, sait que la sagesse tire sa trophicité de l'alogon, i. e. du rire qui la cheville au corps.

Le sage est proprement sage quand il se souvient que la sagesse a un corps. Il en va de même pour Stilpon, le Mégarique, - un professionnel du questionnement -, qui admet de bonne grâce que le corps de son interlocuteur fixe le seuil du dit questionnement :

Stilpon était simple, sans affectation et bien disposé envers les gens ordinaires. En tout cas, un jour que Cratès le Cynique au lieu de répondre à la question qu'il lui posait, avait lâché une pétarade, Stilpon lui dit : "Je savais bien que tu dirais tout sauf ce qu'il faut".

Vies des philosophes, II, 117

Le questionnement est ici relatif aux énigmes formulées par Euclide de Mégare et les siens afin de confondre leurs interlocuteurs dans les concours de logique. La conception de telles énigmes requiert la mise en oeuvre de raisonnements, ou arguments, fondés sur des prémisses dialectiques. Certains de ces arguments sont restés célèbres, dont le Menteur, le Caché, l'Electre, le Voilé, le Sorite, le Cornu et le Chauve.

Si un homme dit qu'il ment, doit-on considérer qu'il dit la vérité ou qu'il ment ? (Le Menteur).

Connais-tu celui qui s'approche et qui est voilé ? - Non. (Le voile est enlevé). Mais quoi, tu connais cet homme ? - Oui. Donc tu connais et tu ne connais pas le même homme. (Le Caché, le Voilé, variantes du même argument).

Electre, la fille d'Agamemnon, à la fois connaît et ne connaît pas les mêmes choses. En effet, quand Oreste se tient à côté d'elle sans s'être encore fait connaître, elle connaît certes Oreste en tant qu'il est son frère, mais elle ignore que l'homme qui se trouve près d'elle est Oreste. (L'Electre, variante des deux précédents).

A partir de quel grain ajouté peut-on dire qu'il y a un tas de blé, et à partir de quel grain enlevé peut-on dire qu'il n'y a plus de tas ? (Le Sorite).

Ce que tu n'as pas perdu, tu l'as ; or tu n'as pas perdu de cornes ; donc tu as des cornes. (Le Cornu).

A partir de quel nombre de cheveux enlevés dit-on que quelqu'un est chauve ? (Le Chauve).

La pétarade de Cratès le Cynique n'est pas la réponse qu'il faut, mais la réponse ancestrale, d'où, par effet de conséquence inverse, la réponse retournée en question au destinateur, laquelle question est chaque fois la question princeps.

A qui lui avait démontré, sous la forme d'un syllogisme, qu'il avait des cornes, Diogène, après avoir touché son front, dit : "Eh bien moi, je ne les vois pas".

Vies des philosophes, VI, 38

Ici comme ailleurs, c'est le corps qui a tout à la fois le premier et le dernier mot. Toucher fait voir, au sens de vérifier, faire place au Vrai de l'aisthêsis, de l'expression charnelle. Sentir, par effet de court circuit, est penser. Exit l'argument du Cornu, dans le contexte de l'autre pensée.

Que valent les raisonnements à prémisses dialectiques face au court-circuit de l'autre pensée ? Quel lien entretiennent-ils avec le vif dont volens nolens ils excipent eux aussi ?

Ayant allumé une lanterne en plein jour, Diogène dit : "Je cherche un homme". Cherche-t-il, comme le veut l'interprétation traditionnelle, un homme qui mérite l'appellation d'homme, un homme digne de ce nom ? Ou, dans une perspective nominaliste, cherche-t-il une incarnation de l'Idée d'homme ?

Que cherche Diogène, sinon son même, et, de façon palintropique, son autre, i. e. proprement soi-même ?

 

Affiche italienne (détail)

 

Qui est Diogène ? Qu'est Diogène ?

En quoi se distingue-t-il de la souris ?

Parce qu'il avait vu une souris qui courait de tous côtés, sans chercher de lieu de repos, sans avoir peur de l'obscurité ni rien désirer de ce qui passe pour des sources de jouissance, que Diogène découvrit un remède aux difficultés dans lesquelles il se trouvait.

Vies des philosophes, VI, 22

En quoi se distingue-t-il du chien ?

Au cours d'un repas, des gens lui lançaient des os comme à un chien ; lui, avec désinvolture, leur pissa dessus comme un chien.

Vies des philosophes, VI, 46

Paradoxalement, Diogène se distingue de la souris et du chien, dans la mesure où il s'en réclame :

Un jour qu'Alexandre se tenait auprès de lui et disait : "Moi, je suis Alexandre le grand Roi", Diogène dit : "Et moi, je suis Diogène le Chien !".

 

Pierre Puget, La rencontre de Diogène et d'Alexandre (détail), vers 1680

 

Dans le geste qui consiste à se réclamer du chien, Dogène montre, sans le dire, ce qui le distingue du chien. L'effet de différence se déploie ici via un jeu de langage, ailleurs via l'usage de la lanterne, qui, en plein jour, n'éclaire rien, sinon le comment d'une requête - Je cherche un homme - à la faveur de laquelle, de façon paradoxale, ce qui fait l'objet de la requête se laisse déterminer seulement à partir de ce que l'on ne trouve pas.

De façon insistante, Diogène Laërce associe Diogène de Sinope au thème de la fausse monnaie. Fils du banquier Hicésios, qui, tenant la banque publique, avait falsifié la monnaie, Diogène de Sinope, dit le Cynique, poursuit, en la radicalisant, l'oeuvre du père : il falsifie la morale, la religion, la politique, la philosophie même, et, ruinant ainsi le crédit dont jouissent ces dernières sur le marché de l'humain conçu comme valeur proprement fiduciaire, il prévient le possible d'un retour au libre du jeu de langage qui, seul, donne à penser un homme comme question, en lieu et place de l'humain comme mesure de tout, par là comme chose faite.

A qui lui disait : "Tu ne sais rien et tu philosophes", Diogène dit : "Même si je simule la sagesse, cela aussi c'est philosopher".

Vies des philosophes, VI, 64

Contrairement à la plupart des Anciens, Diogène n'assigne pas à la philosophie le pouvoir de fonder une bonne conduite. Philosopher, selon Diogène, c'est se livrer à la vie, vivre sans retenue ni réserve, i. e. s'abîmer dans l'abyssale proximité que l'âme et le corps entretiennent, sans savoir jamais le pourquoi ni le comment d'un tel entre-deux. L'expérience du philosopher n'est, à ce titre, aucunement celle du philosophe ou du sage en tant que figure du savant austère, mais, Diogène dixit, celle d'un Socrate devenu fou (Vies des philosophes, VI, 54), d'où finalement celle de n'importe qui :

Comme on lui demandait si les sages mangent des gateaux, Diogène répondit : "Ils mangent de tout comme les autres hommes".

Vies des philosophes, VI, 56

 

Diogène

Raphaël, L'école d'Athènes (détail), 1509 - 1510

 

Hölderlin, lecteur de Diogène Laërce, se dit affecté de manière tragique par le caractère transitoire des pensées et des systèmes de l'homme invoqués dans les Vies des philosophes.

Nietzsche, en revanche, dit avoir tiré de la lecture de Diogène Laërce la certitude qu'il faut rétrocéder de la recherche des sources, et autres joyeusetés philologiques, pour se consacrer à l'approfondissement du secret que demeure pour chacun de nous la forme de l'humaine condition :

Je me livrais avec la plus grande ardeur à des recherches sur les sources de Diogène Laërce, sans avoir la moindre idée sur moi-même, comme si j’avais eu le droit d’avoir mes propres idées générales, et donc de les exposer. Encore maintenant, je suis saisi par le sentiment d’être lamentablement novice...

Nietzsche, Lettre à Heinrich Köselitz, 1879

 

Diogène (et le bipède sans plumes)
Ugo da Carpi, d'après un dessin de Parmigianino, vers 1527

 

Humain, trop humain... La lecture de Diogène Laërce nous livre-t-elle seulement un misérable tas de petits secrets ? Ravale-t-elle les philosophes, ainsi plumés de leurs secrets, au rang de bipèdes sans plumes ?

Et pourquoi pas ? S'il y a du mythe dans La vie des philosophes, ce qui fait ici la force du mythe, c'est qu'il s'oblige à l'humain en tant que question, laquelle est contrainte de la vérité.

Heidegger jugeait qu'il est inutile de s'attarder sur la vie des philosophes, car tout ce qui advient à l'homme historique résulte chaque fois d'une décision prise antérieurement et qui n'est jamais le fait de l'homme lui-même.

D'où, lors de la séance inaugurale d'un cours dédié à à la philosophie d'Aristote, l'incipit suivant :

Aristote est né. Aristote est mort. Entre les deux il a philosophé ; intéressons-nous à sa philosophie.

Diogène Laërce, quant à lui, rapporte quelques observations relatives à l'homme Aristote :

Il avait un cheveu sur la langue, comme le dit Timothée l'Athénien dans son traité Sur les vies. Mais on dit aussi qu'il avait les jambes maigres et les yeux petits, qu'il portait un habit voyant, des bagues et les cheveux courts.

Vies des philosophes, V, 1

Heidegger déclarait également qu'il importe de ne pas s'en tenir à ce que dit explicitement le philosophe, afin de pouvoir entendre ce qui est dit et que le philosophe n'a pas dit.

Ce cheveu sur la langue d'Aristote, ces jambes maigres, ces yeux petits, ce goût des vêtements voyants et des bagues, m'intéressent. Je ne puis m'empêcher de penser qu'ils participent de ce qui est dit et que le philosophe n'a pas dit. Il y a sans doute un grain de la pensée, puisqu'il y a un grain de la voix, du toucher, du regard. Il y a nécessairement un humus de la pensée, qui est sensibiliter ce que l'on nomme l'humain.

Quoi de plus humain que le cheveu sur la langue, les jambes maigres, les yeux petits, le goût des vêtements voyants et des bagues ?

Il y a nécessairement de l'humain dans le jeu partagé de la pensée, il y nécessairement du corps, de la chair qui s'extraverse, sinon quoi, faute de joueurs, il n'y a pas de jeu du tout.

Cette curiosité qu'excitent les Vies des philosophes constitue une forme mystérieusement plus originaire de l'étonnement premier - thaumazein -, dont Platon et Aristote disent que tous les hommes y sont sujets, partant, qu'ils sont orientés par la nature dans le sens de la vérité.

Il m'intéresse donc de savoir, entre autres curiosa, que Malebranche décochait des coups de pied à son chien, arguant, en vertu de la théorie des animaux machines, que celui-ci ne sentait pas ; que Husserl préférait vivre dans son poêle ; que Heidegger faisait du ski, n'allait jamais au cinéma...

Quelque chose de ce que le philosophe ne dit pas, s'entend ici, sans nécessiter la tautologie du dire. Cela aussi, dans le secret de l'intime, participe de l'expérience que l'on nomme philosophie.

 

Image du film, Socrate, sa femme, et leur enfant nouveau-né

Rossellini, Socrate, 1970

Rossellini, qui a réalisé pour la télévision italienne une vie de Socrate, s'exprime en héritier de Diogène Laërce, dans un entretien accordé à la RAI en 1970 :

Mon parcours est très simple. Je suis un ignorant et je choisis de raconter des choses auxquelles je ne connais rien, mais qui m'intriguent et me stimulent : dans l'espoir qu'elles puissent intéresser et servir à d'autres personnes tout aussi ignorantes que moi.

 

Bibliographie :

Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres
Le Livre de Poche, Classiques - Modernes, La Pochothèque, 1999

 

 

 

Novembre 2006