Inventaires - Nerval, Spinoza

La dormeuse

La dormeuse blogue

La dormeuse blogue 2

La dormeuse blogue 3

La dormeuse, encore

Christine Belcikowski. Publications

Christine Belcikowski. Publications 2

La dormeuse tumble

Le style Adrien Goetz

Adrien Goetz, Intrigue à Versailles

Quand Sacha Guitry parle de La Fontaine

La Fontaine et les lapins

Adrien Goetz et Karen Knorr, Le soliloque de l'empailleur

D'une photo l'autre

Les Vaches de Rosa Bonheur

La fin de Leibniz

La forme du chemin

Philippe Batini, La sentinelle du Danube

Alain Lemosse, Constructions

Adrien Goetz, Le style Marie-Antoinette

Kenneth Grahame, Le Vent dans les Saules

Riverland

Elisée Reclus, Histoire d'un ruisseau

Orhan Pamuk, Istanbul Souvenirs d'une ville

Emili Rosales, La Ville Invisible

Kant, la nuit et la loi morale

Inventaires, Nerval, Spinoza

Adrien Goetz, Intrigue à l'anglaise

Gilbert Durand, Le retour du mythe (1)

Gilbert Durand, Le retour du mythe (2)

Gilbert Durand, Le retour du mythe (3)

Affamées : Séraphine Louis et Camille Claudel

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon

Jean Bollack relit Parménide

Adrien Goetz, Ingres Collages

Véronique Burnod, La Dormeuse disparue

Michel Nuridsany, Le secret de Watteau

Dimitri Merejkovski, Léonard de Vinci et le visage du Christ

Orhan Pamuk, Le livre noir

L'appel du chemin

Naguib Mahfouz et la trilogie du Caire

Walter Benjamin, Le conteur

Philippe Batini, Images numériques

Robinson Crusoé

Joseph-Laurent Olive, Mirepoix An II

Heidegger et le principe de raison

Adrien Goetz, A bas la nuit !

Fureurs

Gérard de Nerval & la légende de Nicolas Flamel

Diogène Laërce, La vie des philosophes

Denis Guénoun, Hypothèses sur l'Europe

Quentin Meillassoux, Après la finitude

Israel Rosenfield, Image du corps et proprioception

Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre

Alicia Dujovne Ortiz, Dora Maar photographe et peintre

François Jullien, Le Nu impossible

Michel Henry, Sur Kandinsky

Maria Zambrano, Graines dans mes poches

Les pierres de Venise

Hermann Broch, Remarques sur la psychanalyse

Hans Lipps, Logique et herméneutique

Adieu, vives clartés

Les modillons de Mirepoix

Gabriel Fauré, né à Pamiers

Frédéric Soulié, Les Mémoires du diable

Mon ruisseau

Pierre Bayle, enfant du Carla

Raymond et Marie-Louise Escholier

Hotaru

Hermann Broch : Poésie et pensée, deux voies de la connaissance

Maison du docteur Blanche vs rue de la Vieille-Lanterne

Jean-Luc Seigle, Un souvenir de Jacques-Louis David

Fleurs et légumes

Sebastiano Vassali, La bibliothèque de Virgile

Léo Strauss, Nihilisme et politique

Hans-Georg Gadamer, La méthode de l'herméneutique

Adrien Goetz, Une petite Légende dorée (1)

Une petite Légende dorée (2)

Adrien Goetz, La Dormeuse de Naples

Hans-Georg Gadamer, La parole est comme la lumière

La tâche de l'herméneutique dans le cas de l'art

Didier Franck, L'attente

Interprétations phénoménologiques d'Aristote

Le retournement de la sphère

Hella S. Haasse, Viser les cygnes

O Bilbao !

Le jour se lève

...

La Maison-Dieu

Silènes

...

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Angoulême, crépuscule du matin

Sur le point de quitter la ville où j'ai débarqué un jour sans l'avoir choisie et où j'ai vécu pendant tant d'années, je considère le bric à brac qui reste de ces années-là : une montagne de livres, quelques tableaux de famille, des fauteuils crevés, de vieux ordinateurs, des téléviseurs en panne, de la vaisselle ébréchée, des hardes, des plantes... Témoins munificents d'une vie d'étude et de bohême.

Je constate que la poussière s'est mise partout. Noire, grasse, elle provient de l'extracteur de fumée du parking souterrain, tout proche. Je donne un coup de plumeau, inutilement. La poussière s'inscrit dans la matière des choses.

Tandis que je rangeais les livres dans des caisses, je songeais à d'autres inventaires plus considérables, non en quantité mais en qualité. Je ne parle pas ici de la qualité des biens mais de la qualité humaine, celle de l'âme dont ces biens furent un jour les témoins, et à qui, d'aventure, ils offrirent un peu de consolation ou de joie.

Je songeais ainsi aux effets de Gérard de Nerval que celui-ci obtint l'autorisation d'installer à Passy, en octobre 1853, dans sa chambre de la clinique du docteur Blanche.

Gérard de Nerval évoque cet épisode dans Aurélia :

J'ai trouvé là tous les débris de mes diverses fortunes, les restes confus de plusieurs mobiliers dispersés ou revendus depuis vingt ans. C'est un capharnaüm comme celui du docteur Faust. Une table antique à trépied aux têtes d'aigle, une console soutenue par un sphinx ailé, une commode du XVIIe siècle, une bibliothèque du XVIIIe, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge (mais on n'a pu dresser ce dernier) ; une étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres, assez endommagées la plupart ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d'albâtre, un vase de cristal ; des panneaux de boiseries provenant de la démolition d'une vieille maison que j'avais habitée sur l'emplacement du Louvre, et couverts de peintures mythologiques exécutées par des amis aujourd'hui célèbres ; deux grandes toiles dans le goût de Prud'hon, représentant la Muse de l'histoire et celle de la comédie. Je me suis plu pendant quelques jours à ranger tout cela, à créer dans la mansarde étroite un ensemble bizarre qui tient du palais et de la chaumière, et qui résume assez bien mon existence errante. J'ai suspendu au-dessus de mon lit mes vêtements arabes, mes deux cachemires industrieusement reprisés, une gourde de pélerin, un carnier de chasse. Au-dessus de la bibliothèque s'étale un vaste plan du Caire ; une console de bambou, dressée à mon chevet, supporte un plateau de l'Inde vernissé où je puis disposer mes ustensiles de toilette. J'ai retrouvé avec joie ces humbles restes de mes années alternatives de fortune et de misère, où se rattachaient tous les souvenirs de ma vie.

Corrège, Vénus et l'Amour découvert par un Satyre

Antonio Allegri, dit Le Corrège, Vénus et l'Amour découvert par un Satyre, 1525-1550

On avait seulement mis à part un petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l'Amour, des trumeaux de chasseresses et de satyres, et une flèche que j'avais conservée en mémoire des compagnies de l'arc du Valois, dont j'avais fait partie dans ma jeunesse ; les armes étaient vendues depuis les lois nouvelles.

arc de Loisy

Aujourd'hui disparu, le jeu d'arc de Loisy en 1968
Cliché Jacques Bony

En somme, je retrouvais là à peu près tout ce que j'avais possédé en dernier lieu. Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie à réjouir les ombres de Pic de La Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa - la tour de Babel en deux cents volumes -, on m'avait laissé tout cela ! Il y avait de quoi rendre fou un sage ; tâchons qu'il y ait lieu aussi de rendre sage un fou.

De son capharnaüm, Gérard de Nerval dit qu'il résume une existence errante. Il invoque ainsi les déménagements innombrables qui le conduisent de l'Impasse du Doyenné en 1834, - le premier domicile, prêté par le peintre Camille Rogier, une vieille maison que j'avais habitée sur l'emplacement du Louvre, bientôt démolie pour cause de vétusté -, à la Rue des Bons-Enfants, le dernier domicile - un hôtel -, dont on sait, de façon sûre, que le poète y a séjourné en novembre 1854. On retrouve Gérard de Nerval pendu, rue de la Vieille Lanterne, le 26 janvier 1855.

Balzac évoque l'Impasse du Doyenné dans La Cousine Bette. On mesure la pingrerie de la Cousine au choix d'un tel lieu de résidence :

Depuis le guichet qui mène au Carrousel, jusqu'à la rue du Musée, tout homme venu ne fut-ce que pour quelques jours à Paris, remarque une dizaine de maisons à façades ruinées où les propriétaires découragés ne font aucune réparation, et qui sont le résidu d'un ancien quartier en démolition depuis le jour où Napoléon résolut de terminer le Louvre. La rue et l'impasse du Doyenné, voilà les seules voies intérieures de ce pâté sombre et désert, où les habitants sont probablement des fantômes, car on n'y voit jamais personne [...]. Les ténèbres le silence, le froid glacial, la profondeur caverneuse du sol concourent à faire de ces maisons des espèces de cryptes, de tombeaux à vivants.

Nerval, faute de moyens, choisit de partager avec Camille Rogier ce tombeau à vivants, dont il fait avec quelques amis, fauchés comme lui, le lieu de la Bohême galante.

L'Impasse du Doyenné se trouvait à l'emplacement de l'actuel pavillon Mollien. Située non loin de là, la rue de la Vieille Lanterne a cédé la place au théâtre du Châtelet. Le lieu où Gérard de Nerval s'est pendu, correspond aujourd'hui, dit-on, au trou du souffleur.

J'ai reproduit ailleurs une photo très rare de l'ancienne Rue des Bons-Enfants.

De façon particulièrement touchante, il semble que, dans son capharnaüm, Nerval tente de réunir, comme on parle de réunir les vases brisés, trois régions ou saisons mentales : le côté de la mère, la matrie, avec les souvenirs de Mortefontaine, du Valois, liés au fantasme de la chaumièreune étagère rustique chargée de faïences et de porcelaines de Sèvres, assez endommagées la plupart ; une flèche que j'avais conservée en mémoire des compagnies de l'arc du Valois, dont j'avais fait partie dans ma jeunesse - ; le côté du père, la patrie, avec les meubles de style Bonaparte - une table antique à trépied aux têtes d'aigle, une console soutenue par un sphinx ailé ; l'Ailleurs, l'Orient des rêves, le Royaume, avec les souvenirs rapportés de Constantinople, liés, de façon syncrétique, au fantasme du palais à la française - une commode du XVIIe siècle, une bibliothèque du XVIIIe, un lit du même temps, dont le baldaquin, à ciel ovale, est revêtu de lampas rouge ; un narguilé rapporté de Constantinople, une grande coupe d'albâtre, un vase de cristal ; mes vêtements arabes, mes deux cachemires ; un vaste plan du Caire ; une console de bambou ; un plateau de l'Inde.

Mentionné au titre des objets mis à part, d'où interdits d'exposition dans la chambre du poète, le petit tableau sur cuivre, dans le goût du Corrège, représentant Vénus et l'Amour suffit à indiquer la nature du fantasme qui augure, chez Nerval, le conflit des figures parentales, partant, le besoin de compenser, par la collection d'objets paternellement et maternellement connotés, le sentiment d'injonction paradoxale, fatalement induit depuis la mort de la mère par la prévalence originelle de la matrie sur la patrie.

Mentionnée immédiatement à la suite du tableau qui a valeur de scène primitive, la flèche que j'avais conservée, dit Nerval, en mémoire des compagnies de l'arc du Valois, dont j'avais fait partie dans ma jeunesse, évoque, par effet d'attraction sémantique, celle de Cupidon. Le tableau semble indiquer que le miracle de la flèche ne trouve à s'accomplir qu'entre Vénus et l'Amour, formant ainsi le couple mère-enfant. Le satyre, ailleurs identifié comme Jupiter, se voit distribué dans le rôle du tiers importun, sinon exclu.

Ailleurs interprétée comme Antiope - la reine des Amazones, séduite par Jupiter pendant son sommeil - Vénus figure ici la femme vierge et mère, i. e. la Muse de l'histoire (ici l'histoire de l'homme Gérard de Nerval), dont le fils, éternellement amoureux, quête plus tard la ressemblance sur le visage d'autres femmes, désirées par d'autres hommes, anges ou démons, - aventurière, actrice, pianiste -, figures changeantes de la Muse de la comédie.

Proud'hon Assomption de la Vierge

Pierre Paul Prud'hon, L'assomption de la Vierge, circa 1816

Sophie Dawes

Sophie Dawes, baronne de Feuchères, aventurière de haut vol

Proud'hon Jenny Colon en Sarah la Folle

Jenny Colon, actrice, dans le rôle de Sarah la Folle

Marie Pleyel

Marie Pleyel, pianiste, à Vienne

Reines d'un jour ou d'une vie, ces muses confèrent au poète, via l'amour qu'elles lui inspirent, le statut de prince. Mon front, dit-il, est rouge encore du baiser de la reine. Mais le prince, muni de la gourde du pélerin, n'est rien d'autre qu'un mendiant de l'amour, fugitivement jaloux parfois du Satyre, dont il a conservé un carnier de chasse.

Au demeurant plein d'humour, nullement porté à l'attendrissement sur son sort, Gérard de Nerval conserve, dans les espaces de son autre vie, les attributs de l'homme simple, qui pratique depuis toujours la marche à pied. La gourde, le carnier sont, de façon réaliste, ceux du promeneur émérite que fut aussi Gérard de Nerval, dans le cadre champêtre du Valois de son enfance comme dans le sable de la Vallée des Rois.

Maxime Du Camp, Le Sphinx

Cliché Maxime Du Camp, Le Sphinx
in 2 albums et 168 phot. du voyage en Egypte, en Nubie et en Syrie, de Maxime Du Camp, en 1849-1850

Les livres, quant à eux, - la tour de Babel en deux cents volumes -, constituent, à la façon d'une chambre des cartes, le support du processus d'anamnèse qui, augurant le possible de la déliaison, reconduit l'âme au libre des métamorphoses. Pic de La Mirandole, dont les ouvrages figuraient dans la bibliothèque de Nerval, dit admirablement cette vision de l'Homme absolu :

J'ai lu, pères très honorables, dans les textes des Arabes, qu'Abdallah le Sarrasin, à qui on demandait ce qui, en ce monde qui est presque une scène, était le plus admirable à voir, avait répondu qu'on ne pouvait rien observer de plus admirable que l'homme [...]. Le Grand Artisan décida enfin que celui à qui il ne pouvait rien donner en propre, aurait en commun tout ce qui avait appartenu en particulier à chacun. Aussi, il reçut l'homme comme l'oeuvre d'une image indistincte, et l'ayant placé au milieu du monde, lui parla ainsi : Je ne t'ai donné ni une place définie, ni une apparence propre, ni aucun rôle particulier, ô Adam, afin que tu prennes et possèdes la place, l'apparence et les rôles que tu auras souhaités toi-même, par voeu et par ton propre avis. Tous les autres êtres ont une nature définie, contenue à l'intérieur de lois par moi prescrites. Toi, qui n'es enfermé dans aucun chemin étroit, tu te définiras ta nature en fonction de ton bon vouloir, en les mains duquel je t'ai placé. Je t'ai mis au milieu du monde, afin que de là tu regardes plus commodément autour de toi tout ce qui est dans le monde. Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, comme si tu étais ton propre juge et digne de te juger, peintre et sculpteur, tu façonnes toi-même ta forme. Tu pourras dégénérer vers les choses brutes du bas, tu pourras renaître vers les choses divines du haut, par le jugement de ton esprit.

Pic de La Mirandole, De dignitate hominis oratio

Tandis que je rangeais mes livres dans des caisses, je me suis souvenue soudain que j'avais aussi, quelque part, l'Inventaire des biens et meubles délaissés par feu le Seigneur Bénédict de Spinoza, décédé le 21 février 1677.

Rédigé par Johannes Colerus, pasteur luthérien, chargé le 21 février 1677 de constater le décès du philosophe, cet Inventaire, chaque fois que je le relis, m'inspire le sentiment d'une présence invisible. Comme on parle d'une odeur de sainteté, le parfum d'une âme s'exhale du petit monde d'objets et de livres, sèchement répertoriés dans cet inventaire.

INVENTAIRE des biens et meubles délaissés par feu le Seigneur Bénédict de Spinoza né à Amsterdam, décédé le 21 février 1677

à la maison du Sr. Spyck, résidant à La Haye, le tout conforme à ce qui se trouvait à la maison dudit Sr. Spyck.

OBJETS DE LAINE

Premièrement un lit. Un traversin. Deux oreillers. Deux couvertures de lit, dont une blanche et rouge. Deux rideaux de drap, un rabat et une courte-pointe. Un manteau turc noir. Un manteau turc de couleur. Un habit en drap de couleur avec une camisole en cuir. Une culotte fermée en drap de couleur. Un habit turc noir et une culotte fermée turque noire. Un vieil habit de serge. Une paire de bas en sayette noire. Deux chapeaux noirs. Un manchon noir avec une paire de gants. Deux paires de souliers, noirs et gris. Un vieux sac de nuit en étoffe rayée, avec un bonnet ouaté.

LINGE.

Deux paires de draps. Six taies d’oreiller. Deux paquets de linge de corps. Sept chemises. Dix-neuf rabats, et encore un rabat. Dix paires de poignets tels qu'ils sont. Quatre mouchoirs de coton et encore un mouchoir en damier. Quatorze paires de chaussons en linge, et une paire tels qu'ils sont. Une cravate de coton avec deux cols. Deux essuie-mains usés.

LA BOISERIE.

Une petite table en bois de chêne. Encore une petite table en bois de chêne à trois pieds. Deux petites tables carrées en bois de sapin, chacune avec un tiroir. Un coffre peint. Une armoire à livres de sapin avec cinq rayons. Un vieux coffre. Un petit jeu d’échecs noué dans un sachet. Un moulin à émoudre et des instruments, avec quelques lunettes d’approche mais en mauvais état, parmi lesquelles une en bon état, avec une petite quantité de verre et des tuyaux de fer-blanc.

TABLEAU.

Une tête, dans un cadre noir. Item un entonnoir de comptoir.

OBJETS EN ARGENT.

Une paire de boucles en argent. Une signette pendant à une clef de fer.

BIBLIOTHEQUE

Boecken folianten (In Folio).

1. Buxtorfij Biblia twee Volumina cum Tiberiade. 2. Tremellii N. T. cum interpretatione Syr. typis Ebr. 1569. 3. Lexicon Scapula 1652 Lugd. 4. Tacitus cum notis Lipsii Antverp. 1607. 5. Livius 1609 Aurelia. 6. Longomontani Astronomia danica cum appendice de Stellis Novis & Cometis 1640 Amstel. 7. Nicotius 1613 Francof. 8. Aquitanis dictionarium Ebr. Chald. Talm. Lutet. 1629. 9. Diophanti Alexandrini Arithmeticorum Libri 6 Paris 1621 gr. lat. 10. Fl. Josephus, Basil. 1540 11. Biblia En Lengua Espagnola V.J. 12. Aristoteles 1548. Vol. 2. 13. Nathanis Concordantiae Ebr. 14. Tesoro de la lengua Castellana 1611 Madrid. 15. Vieta Opera Mathematica Lugd. 1646. 16. Hugenii Zulichemii Horologium Oscillatorium Paris 1673. 17. Epitome Augustini Operum omnium 1539. 18. Pagnini Biblia 1541. 19. Moris nebochim Venetiis Rabb. 20. Sphaera Johannis de Sacrobosco. 21. Idem. 22. Dom. Johannis a Bononiâ de predestinatione. 23. Dictionarium Rabbinicum. 24. Precationes Paschalis Rabb.

In Quarto.

1. Biblia Ebr. cum Comment. 2. Dictionarium Lat. Gall. Hisp. 1599 Bruxell. 3. Calvini Institutiones Hisp. 1597. 4. Veslingii Syntagma Anatomicum. Patavii 1647. 5. Biblia Junii et Tremellii. 6. Riolani Anatomica. Paris 1626. 7. Descartes, Brieven. 8. Virgilius cum notis variorum 1646 Amstel. 9. Kerckingii Spicilegium anatomicum 1670. 10. Descartes Proeven 11. Politieke Discourssen 1662 Leyden. 12. Obras de Quevedo vol.2. Bruxell. 1660. 13. Poësias de Quevedo 1661. 14. Opere de Machiavelli 1550. 15. Pignorii Mensa Isiaca Amstel. 1669. 16. Corona Gothica Hisp. 1658. 17. Grotius de Satisfactione (Bisi). 18. Sandii Nucleus Hist. Eccles. 1676 col. cum Tractatu de Script. Vet. Eccles. 19. L’Empereur Clavis Talmudica. 20. Renati Descartes de prima philosphica ; de Geometrica. 21. Renati Descartes de Philophia prima. 21. Blijenbergh tegen Tract. Theol. polit. 22. Leon Abarbanel dialogos de amor. 23. Descartes de geometria. 24. Descartes opera Philosophica 1650. 25. Descartes de homine. 26. Vossius de arte grammatica Amstel. 1635. 27. a Schooten Exercitationes Mathematica. 28. Praeadamita 1655. 29. Sepher Tabuith Haical. 30. Joseph del medico abscondita sapientiae. 31. Een Rabbinsch Mathematisch Boeck 32. Explicatio 5. libr. Moses. 33. Sepher Dicduck. 34. Morii Utopia. 35. Snellii Tiphys Batavus. 36. Gregorii Optica promota Lond. 1663. 37. Todas Las obras de Gongora Madrid 1633. 38. a Schooten Principia Matheseos Univers. 1651. 39. Comedia Famosa del Perez de Montalvan. 40. Lansbergii Comm. in Motum Terrae Middelb. 1630. 41. Mansvelt adversus anonymum Theol.-Pol. 42. Stenon de Solido Flor. 1669. 43. Idem 44. Lansbergii Cyclometria nova. 45. Fabricii Manhemium et Lutrea Caesarea. 46. Algebra door Kinckhuysen. 47. Gront der Meetkunst door Kinckhuysen. 48. De Meetkunst door Kinckhuysen. 49. Scheiner Refractiones Caelestes. 50. Lansbergii Progymnasmata astron. Restituta. 51. Lansbergii Apologia pro P. Lansbergio. 52. Wouter Verstap arithemetica. 53. Bartholini diori. 54. Keppleri Eclogae Chronicae. 55. Calepinus 9. Ling.

In Octavo.

1.[ouvrage en hébreu] 2.[ouvrage en hébreu] 3.[ouvrage en hébreu] 4. Lexicon Schrevelii. 1654. 5. Bartholini anatomia 1651. 6. Machiavell Basil. 7. Hippocratis 2 vol. 1554. 8. Epicteti Enchiridion cum tab. Cebetis cum Wolfii annot. 9. Franciosini Vocabolario Ital. et Spagn. 10. Arrianus de Expedit Alex. M. Amst. 1668. 11. Polityke Weeghschael door V.H. 1661. 12. Buxtorfii Thesaurus gramm. 13. Dictionnarium Lat. Belg. 14. Petronius Arbiter cum Comm. 1669. Amstel. 15. Metii Alcmariani Instit. astron. libri. 3. 16. Novellas Exemplares de Savedra. 17. Las Obras de Perez. 1644. 18. Tulpii Observationes Med. 1672. 19. Boyle de elasticitae et gravitae Aeris. 1663. Lond. 20. Luciani mortuorum dialogi. 21. Pererius in Danielem 1602. Lugd. 22. Julius Caesar. 23. Sandii Nucleus Hist. Eccles. 24. De brieven van Seneca. 25. Kekkermanni Logica. 26. Munsteri Gramm. Ebr. Eliis Levitae. 27. Pinto Delgado Poema de la Reyna Ester. 28. Rhenii Tyrocinum Ling. gr. 29. Vossii Instit. L.Gr. 30. Sciopperi Grammatica Philos. 31. Grotius de Imperio Summary Potestatum circa Sacra. 32. Metii Astrolabium. 33. De Graefs driehoeksmeting. 34. El criticon vol. 3. 35. Vossii Rud. gr. 36. Raetken Spaense Grammatica. 37. Ben Israel Esperança de Israël. 38. Homerii Illiad. gr. 39. Dialogues François.

In xij.

1. Klauberghs uytbreiding van Descartes. 2. Velthusius de Liene et Generatione. 3. Neri ars vitraria 1668. Amst. cum fig. 4. Salustius. 5. Logique ou l’art de penser. 6. Voyage en Espagne 1666. 7. Claubergii Logica. 8. Seneca Epistolae. 9. Hobbes Elementa Philosophica. 10. Clapmarius de arcanis Rerum. 11. Kerkring in curum Triumphale. 12. Boyle Paradoxa Hydrostatica. 13. Baudii Epist. et orationes. 14. Martialis cum notis Farnabii. 15. Wolzogen de scripturarum interprete. 16. Plinii Secundi Epistolae cum Panegyricus. 17. Senecae Tragediae. 18. Mostarts Sendbrief schryver. 19. Johannis Secundi Opera. 20. Ovidius 3 vol. 21 Verulamii Sermones fideles. 22. Le Visioni Politique 1671. 23. Curtius. 24. Virgilius. 25. Plautus 1652. 26. Ciceronis Epistolae. 27. Petrarcha de Vita Solitaria. 28. Justinianus. 29. Velthusius de Usu rationis in Theologia. 30. Euclides. 31. Ovidii metam. Tom. II. 32. Obra devota la Cuna. 33. Stenonis Observ. anot. 34. Phrases Virgil. et Horat. 35. Virgilius. 36. Ephemerides. 37. Pharmacopea Amstelred. 38. Historie van Karel de II 39. Tacitus. 40. Elementa Physica. 41. Obras de Gongora.

Vijif paccetjes ( cinq petits paquets).

Rembrandt, Le philosophe en méditation

Rembrandt, Le philosophe en méditation, 1632

Doté d'une faible santé, poignardé par un fanatique en 1656, Spinoza est mort à l'âge de quarante-cinq ans. On sait qu'il a conservé, toute sa vie durant, le manteau déchiré, témoin du coup de poignard. S'agit-il du manteau turc noir ou du manteau turc de couleur ?

Il ne faut pas imaginer Spinoza sous les traits du célèbre Philosophe en méditation, peint par Rembrandt en 1632. Les rares portraits dont nous disposons montrent un homme d'allure jeune, simple, modeste, qui se prête au pinceau du peintre sans cependant se laisser distraire du secret de sa propre pensée. A quoi le philosophe pense-t-il ? Son regard semble nourrir quelque perplexité douloureuse. Les affaires du monde, il est vrai, suscitent plus de peines que de joies. D'ascendance marrane, i. e. issu d'une famille juive chassée du Portugal par l'Inquisition et les oeuvres d'Isabelle la Catholique, Spinoza souffre quant à lui, toute sa vie durant, de la persécution des siens. Jugé hérétique, en 1656, il est excommunié par le Conseil des rabbins. Suite à la publication du Traité Théologico-Politique, en 1670, il se voit obligé de quitterAmsterdam, où il est né. Il vit dès lors, de plus en plus solitaire et souvent menacé, à La Haye.

Spinoza, portrait

Baruch de Spinoza, 1665

Comme l'Inventaire le montre assez, l'homme n'est pas riche. Il n'y aspirait d'ailleurs aucunement. Il exerce, pour vivre, le métier de polisseur de verre et de lentilles. On trouve dans sa maison des instruments, avec quelques lunettes d’approche mais en mauvais état, parmi lesquelles une en bon état, avec une petite quantité de verre et des tuyaux de fer-blanc.

Hendrick Avercamp, Winter

Hendrick Avercamp, Winter , circa 1610

L'inventaire des Objets de laine, du Linge et des Objets en argent témoigne d'une vie sans confort, proche de l'ascèse. Deux couvertures de lit et une courte-pointe sont d'un faible secours, la nuit, quand vient en Hollande le froid de l'hiver ! On approche un peu le secret de l'intime lorsqu'on se représente la couverture blanche et rouge, un vieux sac de nuit en étoffe rayée, un mouchoir en damier, des chaussons de linge, et - vestige plus troublant encore - un bonnet ouaté.

Un habit en drap de couleur avec une camisole en cuir, une culotte fermée en drap de couleur, une paire de bas en sayette noire, un chapeau noir, un manchon noir avec une paire de gants, et une paire de souliers à boucles d'argent composent le vêtement de ville, conforme au goût de l'honnête homme hollandais.

Rembrandt, Portrait du Docteur Ephraïm Bueno

Rembrandt, Portrait du Docteur Ephraïm Bueno vers 1640, physicien et écrivain, voisin du peintre

Point d'effets de rechange chez Spinoza, sinon un vieil habit de serge et une seconde paire de souliers, non plus noirs cette fois, mais gris.

Rembrandt, Ahasuerus, Haman et Harbona

Rembrandt, Ahasuerus, Haman and Harbona, circa 1660

Hérité sans doute du passé familial, le vêtement traditionnel - un manteau turc noir, un manteau turc de couleur, un habit turc noir et une culotte fermée turque noire - est de facture ottomane. Là encore, le noir domine. Point de faste, ni de splendeur orientale. Spinoza, dans les années 1646-1650, se destinait, dit-on, au rabbinat. Sobriété du goût, austérité des moeurs disent la personnalité de l'homme. On entrevoit toutefois une silhouette nouvelle, témoin d'un Spinoza jamais représenté sur les portraits, ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, si loin, si proche...

L'inventaire de la bibliothèque du philosophe montre que, dans le cadre d'une vie vouée à la réflexion et à l'étude, Spinoza lisait en plusieurs langues et pratiquait, outre le hollandais, l'espagnol, l'hébreu et le latin.

Après avoir fréquenté l'école juive, appris l'hébreu et étudié le Talmud, il s'était inscrit à l'école chrétienne et avait appris le latin. Suite à cette démarche, caractéristique d'une curiosité universelle, d'une intelligence affranchie de tout préjugé, en 1656, il fut dénoncé par des fanatiques et fit l'objet de la tentative d'assassinat rapportée plus haut. L'époque, même à Amsterdam, n'inclinait pas à la tolérance.

Salomon Koninck, Le philosophe au livre ouvert

Salomon Koninck, Le philosophe au livre ouvert, entre 1640 et 1650

Semblablement dédiés à la figure du Philosophe, les tableaux de Rembrandt et de Salomon Koninck montrent le personnage assis à sa table, devant une fenêtre. La peinture montre ici dans quelles conditions Spinoza pouvait lire. La fenêtre verse sur la table un jour oblique. Le reste de l'intérieur baigne dans l'ombre.

L'Inventaire indique que Spinoza disposait de quatre petites tables, - deux petites tables en bois de chêne, dont l'une à trois pieds, et deux petites tables carrées en bois de sapin, chacune avec un tiroir. J'essaie d'imaginer comment il les répartissait dans l'espace de sa maison et quelle fonction il assignait à chacune d'entre elles.

J'ai d'abord pensé, noblesse du livre oblige, que Spinoza lisait sur une table en chêne. Mais l'Inventaire n'indique pas la forme des deux tables en chêne. Rondes ou ovales, eussent-elles bien logé sous la fenêtre ? Peut-être l'une des deux servait-elle aux repas dans la salle à manger ?

Plus légères, plus mobiles, il me semble que les deux petites tables en bois de sapin, chacune avec un tiroir, ont dû mieux convenir à l'homme qui lisait sous la fenêtre et qui changeait probablement de fenêtre et de table en fonction de la course du soleil. Il y aurait eu ainsi, de façon probable, à l'est la table du matin, et à l'ouest la table du couchant. Tout dépend ensuite du nombre de fenêtres. Riche de plus de deux fenêtres, le philosophe aurait pu déplacer quelquefois l'une des deux tables afin de jouir, par exemple, de la belle lumière de midi.

Reste à savoir ce qu'il rangeait dans le tiroir des petites tables carrés en bois de sapin...

On sait en revanche qu'outre les textes sacrés hérités de la tradition mosaïque ou chrétienne et les travaux d'exégèse relatifs à ces derniers, Spinoza lisait les auteurs latins - poètes, historiens - ; Aristote, également en latin ; les auteurs espagnols - Quevedo, Gongora - ; Pétraque ; Descartes ; et nombre d'ouvrages de mathématique, de physique, d'astronomie, de pharmacie, etc.

Je n'avais jamais pensé, avant de connaître l'Inventaire des biens et meubles de Spinoza, que celui-ci, tandis qu'il concevait l'Ethique more geometrico, pût aimer à lire, sous la fenêtre, de la poésie.

Il y a, dans cet Inventaire, tant d'autres détails mystérieusement attachants...

Avec qui Spinoza, le solitaire, jouait-il aux échecs ?

Leibniz, un jour de 1676, est venu visiter Spinoza, sans le faire savoir. Ont-ils, à cette occasion, sorti le petit jeu d’échecs noué dans un sachet, et poussé le pion ? Cum deus calculat fiat mundus.

Quelle serrure la clé de fer assortie d'une signette ouvrait-elle ? Celle d'un tiroir ? Celle du coffre peint ou celle du vieux coffre ? Qu'y avait-il de si précieux, ou de si dangereux, dans ce tiroir ou ce coffre pour qu'on l'enfermât loin des yeux, à l'aide de la clé de fer ? L'argent ici faisant défaut, il faut chercher ailleurs la raison de la dite clé.

Que contenaient les cinq petits paquets ?

Qui était représenté sur le tableau ?

L'Inventaire parle seulement d'une tête, dans un cadre noir. J'ai envie de croire qu'il s'agit de la mère de Spinoza, morte alors que le petit Baruch n'avait que six ans.

Statue de Spinoza, La Haye

Statue de Spinoza, La Haye

Tandis que je continue à ranger mes livres dans des caisses, je songe à quelques-uns des auteurs qui les ont écrits, et j'ai, dans le même temps, l'intuition, ou la nostalgie, d'une sorte de communion des âmes.

De la vertu essentielle du livre.

 

Bibliographie :

Gérard de Nerval, Aurélia, II, 6

INVENTAIRE des biens et meubles délaissés par feu le Seigneur Bénédict de Spinoza né à Amsterdam, décédé le 21 février 1677

 

 

 

Avril 2007