Fureurs

La dormeuse

La dormeuse blogue

La dormeuse blogue 2

La dormeuse blogue 3

La dormeuse, encore

Christine Belcikowski. Publications

Christine Belcikowski. Publications 2

La dormeuse tumble

Le style Adrien Goetz

Adrien Goetz, Intrigue à Versailles

Quand Sacha Guitry parle de La Fontaine

La Fontaine et les lapins

Adrien Goetz et Karen Knorr, Le soliloque de l'empailleur

D'une photo l'autre

Les Vaches de Rosa Bonheur

La fin de Leibniz

La forme du chemin

Philippe Batini, La sentinelle du Danube

Alain Lemosse, Constructions

Adrien Goetz, Le style Marie-Antoinette

Kenneth Grahame, Le Vent dans les Saules

Riverland

Elisée Reclus, Histoire d'un ruisseau

Orhan Pamuk, Istanbul Souvenirs d'une ville

Emili Rosales, La Ville Invisible

Kant, la nuit et la loi morale

Inventaires, Nerval, Spinoza

Adrien Goetz, Intrigue à l'anglaise

Gilbert Durand, Le retour du mythe (1)

Gilbert Durand, Le retour du mythe (2)

Gilbert Durand, Le retour du mythe (3)

Affamées : Séraphine Louis et Camille Claudel

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon

Jean Bollack relit Parménide

Adrien Goetz, Ingres Collages

Véronique Burnod, La Dormeuse disparue

Michel Nuridsany, Le secret de Watteau

Dimitri Merejkovski, Léonard de Vinci et le visage du Christ

Orhan Pamuk, Le livre noir

L'appel du chemin

Naguib Mahfouz et la trilogie du Caire

Walter Benjamin, Le conteur

Philippe Batini, Images numériques

Robinson Crusoé

Joseph-Laurent Olive, Mirepoix An II

Heidegger et le principe de raison

Adrien Goetz, A bas la nuit !

Fureurs

Gérard de Nerval & la légende de Nicolas Flamel

Diogène Laërce, La vie des philosophes

Denis Guénoun, Hypothèses sur l'Europe

Quentin Meillassoux, Après la finitude

Israel Rosenfield, Image du corps et proprioception

Pierre Hadot, La philosophie comme manière de vivre

Alicia Dujovne Ortiz, Dora Maar photographe et peintre

François Jullien, Le Nu impossible

Michel Henry, Sur Kandinsky

Maria Zambrano, Graines dans mes poches

Les pierres de Venise

Hermann Broch, Remarques sur la psychanalyse

Hans Lipps, Logique et herméneutique

Adieu, vives clartés

Les modillons de Mirepoix

Gabriel Fauré, né à Pamiers

Frédéric Soulié, Les Mémoires du diable

Mon ruisseau

Pierre Bayle, enfant du Carla

Raymond et Marie-Louise Escholier

Hotaru

Hermann Broch : Poésie et pensée, deux voies de la connaissance

Maison du docteur Blanche vs rue de la Vieille-Lanterne

Jean-Luc Seigle, Un souvenir de Jacques-Louis David

Fleurs et légumes

Sebastiano Vassali, La bibliothèque de Virgile

Léo Strauss, Nihilisme et politique

Hans-Georg Gadamer, La méthode de l'herméneutique

Adrien Goetz, Une petite Légende dorée (1)

Une petite Légende dorée (2)

Adrien Goetz, La Dormeuse de Naples

Hans-Georg Gadamer, La parole est comme la lumière

La tâche de l'herméneutique dans le cas de l'art

Didier Franck, L'attente

Interprétations phénoménologiques d'Aristote

Le retournement de la sphère

Hella S. Haasse, Viser les cygnes

O Bilbao !

Le jour se lève

...

La Maison-Dieu

Silènes

...

Email

 

Friedrich von Hardenberg, dit Novalis
1772-1801

Je relisais récemment Trois fureurs, ouvrage dans lequel Jean Starobinski commente l'Ajax de Sophocle ; le récit de l'Evangile de Marc qui relate l'exorcisme du démoniaque de Gerasa par le Christ ; le Cauchemar de J. H. Füssli, - trois fureurs, i. e. trois figures de la folie.

De fil en aiguille, j'ai songé à trois autres fureurs, datées de la période pré-romantique ou frénétique : fureur de Saint-Preux dans la Nouvelle Héloïse (1761) ; fureur de Madame de Tourvel dans les Liaisons Dangereuses (1782) ; fureur de Jeannie dans Trilby de Charles Nodier (1822).

De fil en aiguille, disais-je, car il y a aiguillage de la pensée via la lecture qui aiguille, ce qui a déplacé mon attention vers d'autres fureurs, c'est une remarque de J. F. Marquet, formulée entre parenthèses dans Liberté et existence - Etude sur la formation de la philosophie de Schelling :

Tout repose sur le jeu de deux forces, indépendantes, mais liées par leur origine commune, et qui ne deviennent sensibles l'une à l'autre que dans leur action et réaction mutuelle (forces dont le schéma est emprunté tantôt à l'électricité, tantôt à l'incitabilité organique).

J. F. Marquet parle ici de la vie de l'esprit, telle que la conçoit Novalis, à la lumière des théories physiques et biologiques de son temps, - en particulier celle de l'incitabilité organique, développée par John Brown dans Elementa Medicinae (1795). Le déploiement de l'activité psychique se laisse ainsi déterminer et comprendre comme différence de potentiel entre les deux pôles énergétiques constitués, dans la distribution trophique du vivant, par la force centrifuge (dynamis) et la force centripète (steresis, ou non-force) ; l'expansion et la concentration ; la dispersion idéaliste et la rapacité sensuelle (Schleiermacher).

John Brown
1735-1788

John Brown, dans Elementa Medicinae, montre que toute maladie peut être interprétée en termes de déséquilibre des forces, d'où traitée par une correction du déséquilibre sous-jacent. Il distingue en conséquence deux grands types d'affections : la sthénie, ou excès de stimulation, symptôme d'une excitation trop vive, et l'asthénie, ou défaut de stimulation, symptôme d'une excitation trop faible. La première est guérie par la saignée, le froid, l'eau ; la seconde, par la chaleur, les bouillons gras, le vin, l'eau-de-vie, et surtout l'opium. Il montre également qu'il n'y a pas de solution de continuité entre sthénie et asthénie, puisque, par effet de passage à la limite, ces deux états peuvent à tout moment se changer l'un en l'autre. La prolongation d'une excitation trop vive, par exemple, peut engendrer, par effet de renversement, un état de faiblesse indirecte. Le médecin doit, autant que faire ce peut, reconduire son patient à l'équilibre, même si celui-ci reste toujours révisable, puisque relatif au moment présent.

Mais en arrière - ou en avant - de cet état de finitude et de réflexion, observe J. F. Marquet, Novalis projette un point neutre, un point d'indifférence, où les deux forces, au lieu de se réfléchir mutuellement, agissent parfaitement l'une à travers l'autre et sont ainsi libres et réciproquement insensibles dans (et par) la plus parfaite liaison. L'absolu désigne ce domaine où ne trouve lieu aucune contradiction, aucun ou bien... ou bien ; les deux éléments polaires que nous évoquions plus haut y parviennent à saturation, produisant ainsi la vie la plus parfaite. La vie parfaite est le ciel. Le monde est l'ensemble de la vie imparfaite. L'insensible propter harmoniam est la substance. La vie parfaite est donc la substance. - Le monde est l'ensemble de ses accidents (Novalis, fragment 2153).

C'est cette substance que Novalis appelle aussi chaos, être, essence, et plus généralement zéro ; mais de manière plus concrète, elle peut être désignée également comme esprit. [...] La substance désigne donc ici l'équilibre des forces, les accidents (dont la somme est l'univers) se rapportent au contraire à leur tension, à leur opposition, dans laquelle seule elles deviennent visibles.

Novalis, philosophe romantique, précurseur de l'idéalisme allemand, imprime ici une inflexion décisive à la notion d'équilibre des forces, ou point neutre, car en assignant à ce point neutre une valeur substantielle ou absolue, il fait de ce dernier un point zéro, réservé à Dieu seul, autrement dit inaccessible à l'individu, sauf à s'y abîmer au prix de son individuation même. Empédocle tente peut-être ce saut abyssal lorsqu'il se précipite dans l'Etna. Hölderlin, Nietzsche, Artaud s'y risquent également, d'une autre façon.

C'est à la lumière de la théorie de Brown et de l'accueil reçu par cette dernière auprès de la philosophie romantique allemande que j'ai relu quelques scènes curieuses, empruntées à la littérature française, de type pré-romantique ou frénétique, - scènes sur lesquelles, d'un certain point de vue, il me semble que l'on ne s'interroge pas assez.

 

1. La Nouvelle Héloïse (1761)

 

Revenus lentement au port après quelques détours, nous nous séparâmes. Elle voulut rester seule, et je continuai de me promener sans trop savoir où j'allais. A mon retour, le bateau n'étant pas encore prêt ni l'eau tranquille, nous soupâmes tristement, les yeux baissés, l'air rêveur, mangeant peu et parlant encore moins. Après le souper, nous fûmes nous asseoir sur la grève en attendant le moment du départ. Insensiblement la lune se leva, l'eau devint plus calme, et Julie me proposa de partir. Je lui donnai la main pour entrer dans le bateau ; et, en m'asseyant à côté d'elle, je ne songeai plus à quitter sa main. Nous gardions un profond silence. Le bruit égal et mesuré des rames m'excitait à rêver. Le chant assez gai des bécassines, me retraçant les plaisirs d'un autre âge, au lieu de m'égayer, m'attristait. Peu à peu je sentis augmenter la mélancolie dont j'étais accablé. Un ciel serein, les doux rayons de la lune, le frémissement argenté dont l'eau brillait autour de nous, le concours des plus agréables sensations, la présence même de cet objet chéri, rien ne put détourner de mon coeur mille réflexions douloureuses.

Je commençai par me rappeler une promenade semblable faite autrefois avec elle durant le charme de nos premières amours. Tous les sentiments délicieux qui remplissaient alors mon âme s'y retracèrent pour l'affliger ; tous les événements de notre jeunesse, nos études, nos entretiens, nos lettres, nos rendez-vous, nos plaisirs,

E tanta-fede, e si dolci memorie,
E si lungo costume !
 

ces foules de petits objets qui m'offraient l'image de mon bonheur passé, tout revenait, pour augmenter ma misère présente, prendre place en mon souvenir. C'en est fait, disais-je en moi-même ; ces temps, ces temps heureux ne sont plus ; ils ont disparu pour jamais. Hélas ! ils ne reviendront plus ; et nous vivons, et nous sommes ensemble, et nos coeurs sont toujours unis ! Il me semblait que j'aurais porté plus patiemment sa mort ou son absence, et que j'avais moins souffert tout le temps que j'avais passé loin d'elle. Quand je gémissais dans l'éloignement, l'espoir de la revoir soulageait mon coeur ; je me flattais qu'un instant de sa présence effacerait toutes mes peines ; j'envisageais au moins dans les possibles un état moins cruel que le mien. Mais se trouver auprès d'elle, mais la voir, la toucher, lui parler, l'aimer, l'adorer, et, presque en la possédant encore, la sentir perdue à jamais pour moi ; voilà ce qui me jetait dans des accès de fureur et de rage qui m'agitèrent par degrés jusqu'au désespoir. Bientôt je commençai de rouler dans mon esprit des projets funestes, et, dans un transport dont je frémis en y pensant, je fus violemment tenté de la précipiter avec moi dans les flots, et d'y finir dans ses bras ma vie et mes longs tourments. Cette horrible tentation devint à la fin si forte, que je fus obligé de quitter brusquement sa main pour passer à la pointe du bateau.

Là mes vives agitations commencèrent à prendre un autre cours ; un sentiment plus doux s'insinua peu à peu dans mon âme, l'attendrissement surmonta le désespoir, je me mis à verser des torrents de larmes, et cet état, comparé à celui dont je sortais, n'était pas sans quelques plaisirs. Je pleurai fortement, longtemps, et fus soulagé. Quand je me trouvai bien remis, je revins auprès de Julie ; je repris sa main. Elle tenait son mouchoir; je le sentis fort mouillé. "Ah ! lui dis-je tout bas, je vois que nos coeurs n'ont jamais cessé de s'entendre ! - Il est vrai, dit-elle d'une voix altérée ; mais que ce soit la dernière fois qu'ils auront parlé sur ce ton". Nous recommençâmes alors à causer tranquillement, et au bout d'une heure de navigation nous arrivâmes sans autre accident. Quand nous fûmes rentrés, j'aperçus à la lumière qu'elle avait les yeux rouges et fort gonflés ; elle ne dut pas trouver les miens en meilleur état. Après les fatigues de cette journée, elle avait grand besoin de repos ; elle se retira, et je fus me coucher.

Quatrième Partie, Lettre XVII

 

Julie d'Etanges et Saint-Preux, précepteur de la jeune fille, se sont connus et aimés, avant que M. d'Etanges n'impose à Julie d'épouser M. de Wolmar. Saint-Preux voyage alors longuement. M. de Wolmar, qui n'ignore rien du passé de Julie, rappelle plus tard Saint-Preux à titre de précepteur de ses enfants. Il compte sur la raison et la vertu de Julie pour la préserver d'une rechute amoureuse. La scène rapportée ci-dessus se déroule durant une absence de M. de Wolmar. C'est Saint-Preux qui raconte, dans une lettre adressée à Milord Edouard, avec qui il a lié amitié durant ses voyages.

La scène dite de la promenade sur le lac emprunte sa lisibilité psychique à la fois au schéma électrique et à la théorie brownienne.

Saint-Preux, durant cette scène, prend à deux reprises la main de Julie, précipitant ainsi le moment qui est pour lui, chaque fois, celui du passage à la limite, i. e., si l'on se réfère à la théorie brownienne, le moment de conversion où l'asthénie se change en sthénie, puis, par effet de renversement, le moment où la sthénie reconduit à l'asthénie initiale. Reste que l'usage des concepts browniens n'autorise qu'une lecture unilatérale de la scène invoquée. L'usage des concepts empruntés à la théorie électrique permet en revanche d'éclairer la scène d'une autre façon.

Quelques heures auparavant, alors qu'elle revisitait dans la montagne certain réduit au bord du précipice, lieu de leurs anciennes amours, Julie a, d'elle-même, déjà pris la main de Saint-Preux :

Julie, qui, me voyant approcher du bord, s'était effrayée et m'avait saisi la main, la serra sans mot dire en me regardant avec tendresse et retenant avec peine un soupir ; puis tout à coup détournant la vue et me tirant par le bras : "Allons-nous-en, mon ami, me dit-elle d'une voix émue ; l'air de ce lieu n'est pas bon pour moi". Je partis avec elle en gémissant, mais sans lui répondre, et je quittai pour jamais ce triste réduit comme j'aurais quitté Julie elle-même.

La Nouvelle Héloïse, illustration créée par Jacques Barbier, éd. Girardet (1845)

Certes la charge de tendresse soudainement accumulée sous l'effet de l'effroi trouve à se décharger dans la saisie de la main, mais la décharge elle-même n'induit pas le transfert d'énergie attendu. Le milieu aérien n'est pas conducteur. Saint-Preux ne répond pas. Après une excitation vive, par effet de passage à la limite, Julie retourne à son asthénie initiale.

Il en va autrement lors de la promenade sur le lac. L'eau, relayée ensuite par les larmes, fournit aux amants le milieu conducteur dont ils ont besoin pour retrouver ici maintenant l'état de communion dans lequel ils s'entretenaient jadis. Saint-Preux, dans un premier temps, semble malgré tout porter seul la charge de mélancolie dont il se trouve accablé. D'où, par effet d'accumulation, les accès de fureur et de rage qui l'agitent par degrés jusqu'au désespoir, et l'horrible tentation de précipiter Julie ainsi que lui-même dans les flots. Mais, à la différence de ce qui se passe durant la scène de promenade sur les cimes, l'énergie émotionnelle continue ici de circuler entre les amants, puisque Julie, durant le temps de la crise, ne quitte pas la main de Saint-Preux, et puisque, lorsque Saint-Preux quitte la main de Julie, les torrents de larmes symétriquement versés par les deux amants témoignent non seulement de ce qu'il n'y a entre eux aucune solution de continuité, mais aussi de ce qu'ils ont atteint, quelque part dans l'illimité, le point neutre dont parle ailleurs Novalis, i. e. le "point d'indifférence, où les deux forces, au lieu de se réfléchir mutuellement, agissent parfaitement l'une à travers l'autre et sont ainsi libres et réciproquement insensibles dans (et par) la plus parfaite liaison. L'absolu désigne ce domaine où ne trouve lieu aucune contradiction, aucun ou bien... ou bien ; les deux éléments polaires y parviennent à saturation, produisant ainsi la vie la plus parfaite".

Je me mis à verser un torrent de larmes, et cet état, comparé à celui dont je sortais, n'était pas sans quelques plaisirs. Je pleurai fortement, longuement, et fus soulagé. Quand je me trouvais bien remis, je revins auprès de Julie ; je repris sa main. Elle tenait son mouchoir ; je le sentis fort mouillé. "Ah ! lui dis-je tout bas, je vois que nos coeurs n'ont jamais cessé de s'entendre !"

L'expérience dont il est question ici, est celle de la transparence, admirablement définie et commentée par Jean Starobinski dans la thèse qu'il consacre à Rousseau, intitulée La transparence et l'obstacle. Elle ne relève sensément plus des catégories essentiellement cliniques, et en cela réductrices, fournies par la théorie de John Brown.

Nous recommençâmes alors à causer tranquillement, et au bout d'une heure de navigation nous arrivâmes sans autre accident.

Sauf de toute asthénie, le possible de cette seconde navigation suffit à indiquer ce qu'a de sublime l'expérience de la transparence, qui est aussi celle de la vertu.

Les deux forces, au lieu de se réfléchir mutuellement, agissent parfaitement l'une à travers l'autre et sont ainsi libres et réciproquement insensibles dans (et par) la plus parfaite liaison.

On remarquera le rôle fonctionnel que joue le mouchoir dans le schéma de circulation des forces ici présentes. Evitant ainsi l'effet de court-circuit suite auquel Saint-Preux envisage la précipitation dans les flots, le mouchoir sert de fusible.

 

2. Les Liaisons dangereuses (1782)

 

J'ai espéré hier, presque toute la journée, ma digne amie, pouvoir vous donner ce matin des nouvelles plus favorables de la santé de notre chère malade : mais depuis hier au soir cet espoir est détruit, et il ne me reste que le regret de l'avoir perdu. Un événement, bien indifférent en apparence, mais bien cruel par les suites qu'il a eues, a rendu l'état de la malade au moins aussi fâcheux qu'il était auparavant, si même il n'a pas empiré.

Je n'aurais rien compris à cette révolution subite, si je n'avais reçu hier l'entière confidence de notre malheureuse amie. Comme elle ne m'a pas laissé ignorer que vous étiez instruite aussi de toutes ses infortunes, je puis vous parler sans réserve sur sa triste situation.

Hier matin, quand je suis arrivée au Couvent, on me dit que la malade dormait depuis plus de trois heures ; et son sommeil était si profond et si tranquille que j'eus peur un moment qu'il ne fût léthargique. Quelque temps après elle se réveilla, et ouvrit elle-même les rideaux de son lit. Elle nous regarda tous avec l'air de la surprise ; et comme je me levais pour aller à elle, elle me reconnut, me nomma, et me pria d'approcher. Elle ne me laissa le temps de lui faire aucune question, et me demanda où elle était, ce que nous faisions là, si elle était malade, et pourquoi elle n'était pas chez elle ? Je crus d'abord que c'était un nouveau délire, seulement plus tranquille que le précédent : mais je m'aperçus qu'elle entendait fort bien mes réponses. Elle avait en effet retrouvé sa tête mais non pas sa mémoire.

Elle me questionna, avec beaucoup de détail, sur tout ce qui lui était arrivé depuis qu'elle était au Couvent, où elle ne se souvenait pas d'être venue. Je lui répondis exactement, en supprimant seulement ce qui aurait pu la trop effrayer : et lorsque à mon tour je lui demandai comment elle se trouvait, elle me répondit qu'elle ne souffrait pas dans ce moment ; mais qu'elle avait été bien tourmentée pendant son sommeil et qu'elle se sentait fatiguée. Je l'engageai à se tranquilliser et à parler peu après quoi, je refermai en partie ses rideaux, que je laissai entrouverts, et je m'assis auprès de son lit. Dans le même temps, on lui proposa un bouillon qu'elle prit et qu'elle trouva bon.

Elle resta ainsi environ une demi-heure, durant laquelle elle ne parla que pour me remercier des soins que je lui avais donnés ; et elle mit dans ses remerciements l'agrément et la grâce que vous lui connaissez. Ensuite elle garda pendant quelque temps un silence absolu, qu'elle ne rompit que pour dire : " Ah ! oui, je me ressouviens d'être venue ici ", et un moment après elle s'écria douloureusement : " Mon amie, mon amie, plaignez-moi ; je retrouve tous mes malheurs. "Comme alors je m'avançai vers elle, elle saisit ma main, et s'y appuyant la tête : " Grand Dieu ! continua-t-elle, ne puis-je donc mourir ? "Son expression, plus encore que ses discours, m'attendrit jusqu'aux larmes ; elle s'en aperçut à ma voix, et me dit : "Vous me plaignez ! Ah ! si vous connaissiez !..." Et puis s'interrompant : "Faites" qu'on nous laisse seules, et je vous dirai tout."

Ainsi que je crois vous l'avoir marqué, j'avais déjà des soupçons sur ce qui devait faire le sujet de cette confidence ; et craignant que cette conversation, que je prévoyais devoir être longue et triste, ne nuisît peut-être à l'état de notre malheureuse amie, je m'y refusai d'abord, sous prétexte qu'elle avait besoin de repos : mais elle insista, et je me rendis à ses instances. Dès que nous fûmes seules, elle m'apprit tout ce que déjà vous avez su d'elle, et que par cette raison je ne vous répéterai point.

Enfin, en me parlant de la façon cruelle dont elle avait été sacrifiée, elle ajouta : "Je me croyais bien sûre d'en mourir, et j'en avais le courage ; mais de survivre à mon malheur et à ma honte, c'est ce qui m'est impossible." Je tentai de combattre ce découragement ou plutôt ce désespoir, avec les armes de la Religion, jusqu'alors si puissantes sur elle ; mais je sentis bientôt que je n'avais pas assez de force pour ces fonctions augustes et je m'en tins à lui proposer d'appeler le Père Anselme, que je sais avoir toute sa confiance. Elle y consentit et parut même le désirer beaucoup. On l'envoya chercher en effet, et il vint sur-le-champ. Il resta fort longtemps avec la malade, et dit en sortant que si les Médecins en jugeaient comme lui, il croyait qu'on pouvait différer la cérémonie des Sacrements ; qu'il reviendrait le lendemain.

Il était environ trois heures après midi, et jusqu'à cinq, notre amie fut assez tranquille : en sorte que nous avions tous repris de l'espoir. Par malheur, on apporta alors une Lettre pour elle. Quand on voulut la lui remettre, elle répondit d'abord n'en vouloir recevoir aucune et personne n'insista. Mais de ce moment, elle parut plus agitée. Bientôt après, elle demanda d'où venait cette Lettre ? elle n'était pas timbrée : qui l'avait apportée ? on l'ignorait : de quelle part on l'avait remise ? on ne l'avait pas dit aux Tourières. Ensuite elle garda quelque temps le silence ; après quoi, elle recommença à parler, mais ses propos sans suite nous apprirent seulement que le délire était revenu.

Cependant il y eut encore un intervalle tranquille, jusqu'à ce qu'enfin elle demanda qu'on lui remît la Lettre qu'on avait apportée pour elle. Dès qu'elle eut jeté les yeux dessus, elle s'écria : "De lui ! grand Dieu !" et puis d'une voix forte mais oppressée : "Reprenez-la, reprenez-la." Elle fit sur-le-champ fermer les rideaux de son lit, et défendit que personne approchât : mais presque aussitôt nous fûmes bien obligés de revenir auprès d'elle. Le transport avait repris plus violent que jamais, et il s'y était joint des convulsions vraiment effrayantes. Ces accidents n'ont plus cessé de la soirée ; et le bulletin de ce matin m'apprend que la nuit n'a pas été moins orageuse. Enfin, son état est tel que je m'étonne qu'elle n'y ait pas déjà succombé, et je ne vous cache point qu'il ne me reste que bien peu d'espoir.

Je suppose que cette malheureuse Lettre est de M. de Valmont ; mais que peut-il encore oser lui dire ? Pardon, ma chère amie, je m'interdis toute réflexion : mais il est bien cruel de voir périr si malheureusement une femme, jusqu'alors si heureuse et si digne de l'être.

Paris, ce 2 décembre 17**.

 

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, IVe partie, lettre CXXV

 

Afin de reconquérir Madame de Merteuil, son amie et âme damnée, le vicomte de Valmont entreprend de lui donner en spectacle les malheurs de la vertu. Il s'engage ainsi par contrat à séduire Madame de Tourvel, la plus vertueuse des femmes, puis à abandonner cette Eve touchante, dès l'instant que celle-ci l'aimera. Par la suite, il exécute point par point le contrat. Mais il succombe, dans le même temps, à la surprise de l'amour : secrètement amoureux de Madame de Tourvel, il brise volens nolens le coeur de sa malheureuse bien-aimée.

Dans la lettre ci-dessus, Madame de Volanges relate ce qu'il advient de Madame de Tourvel, après que Valmont a brutalement rompu avec cette dernière. Madame de Volanges s'adresse ici à Madame de Rosemonde, tante de Valmont. Incarnant la vieille génération, toutes deux figurent, dans le roman, le choeur des duègnes.

L'histoire est en l'occurrence celle d'une femme qui meurt d'amour. Madam de Tourvel meurt en effet, le 8 décembre 17**, soit six jours après la crise rapportée dans la lettre ci-dessus, et quelques heures seulement après avoir qu'on lui a appris la mort de Valmont, victime d'un duel.

Rien dans le passé, les antécédents de Madame de Tourvel ne permet d'expliquer cette mort rapide. Il s'agit d'une mort sans étiologie repérable, que l'on attribuera, faute de mieux, à des causes psycho-somatiques.

La mort de Madame de Tourvel se trouve précédée par des épisodes de délire et de convulsions. Elle peut être lue, en raison de la symptômatologie invoquée, comme un avatar du phénomène convusionnaire, illustré autour de 1740 par l'affaire des convulsionnaires de Saint-Médard, puis en 1782, par la réapparition des convulsionnaires dans le quartier Saint-Roch.

Les convulsionnaires de Saint-Médard, détail de l'image de couverture de l'ouvrage d'Arlette Farge, collection Archives, 1979

La dite réapparition est exactement contemporaine de la rédaction des Liaisons Dangereuses. Elle dénote en tout cas le climat psycho-sociologique très particulier dans le cadre duquel, un an plus tard, en réponse à la question proposée par l'Académie de Châlons-sur-Marne, Choderlos de Laclos s'interrogera sur les meilleurs moyens de perfectionner l'éducation des femmes.

La lecture du Discours rédigé à cette occasion, resté malheureusement inachevé, indique que Laclos s'inquiète du processus de dénaturation induit par le développement de la société, processus dont les femmes sont, selon lui, les premières victimes. La femme naturelle, dit Laclos, est, ainsi que l'homme, un être libre et puissant ; libre, en ce qu'il a l'entier exercice de ses facultés ; puissant, en ce que ses facultés égalent ses besoins. [...] Nous laissons à nos lecteurs le soin de la comparer, sur ces articles, avec les femmes civilisées.

Madame de Tourvel, quant à elle, a reçu une éducation de type janséniste, marquée par la dévotion, les principes austères, i. e., selon Laclos, une éducation qui, en réprimant le goût du plaisir, tend à contrarier la nature, voire à l'empoisonner par des maux que nos institutions ne cessent d'y mêler. A ce titre, la jeune femme n'est pas l'Eve naturelle dont parlent les critiques, ni celle dont Valmont cultive le fantasme, sans voir que de la sorte il augure l'étreinte d'un fantôme.

Une messe chaque jour, quelques visites aux Pauvres du canton, des prières du matin au soir, des promenades solitaires, de pieux entretiens avec ma vieille tante, et quelquefois un triste Wisk, devaient être ses seules distractions, note Valmont.

Le Président de Tourvel est en Bourgogne, à la suite d'un grand procès. En l'absence de son époux, Madame de Tourvel s'est retirée chez Madame de Rosemonde. Elle se voit créditée du statut de parangon de l'amour conjugal.

Suite à un long travail de sape, Valmont triomphe finalement de la résistance de Madame de Tourvel. Mais il triomphe sans gloire, voire in absentia, puisqu'il dispose seulement d'une femme évanouie dans ses bras.

La scène se déroule dans une chambre de l'appartement parisien des Tourvel, chambre ornée d'un portrait du mari.

Les Liaisons dangereuses, illustration de Jacques Barbier, (1792)

"- Il faut vous fuir, il le faut ! - Non !" s'écria-t-elle... A ce dernier mot elle se précipita, ou plutôt tomba évanouie entre mes bras. Comme je doutais encore d'un si heureux succès, je feignis un grand effroi ; mais tout en m'effrayant, je la conduisais, ou la portais, vers le lieu précédemment désigné pour le champ de ma gloire ; et en effet elle ne revint à elle que soumise et déjà livrée à son heureux vainqueur.

Valmont, qui s'adresse ici à la Marquise de Merteuil, rapporte maintenant le moment qui suit la victoire.

Je trouvai une résistance vraiment effrayante, moins encore par son excès que par la forme sous laquelle elle se montrait.

Figurez-vous une femme assise, d'une raideur immobile, et d'une figure invariable ; n'ayant l'air ni de penser, ni d'écouter, ni d'entendre ; dont les yeux fixes laissent échapper des larmes assez continues, mais qui coulent sans effort. Telle était Madame de Tourvel, pendant mes discours ; mais si j'essayais de ramener son attention vers moi par une caresse, par le geste même le plus innocent, à cette apparente apathie succédaient aussitôt la terreur, la suffocation, les convulsions, les sanglots, et quelques cris par intervalle, mais sans un mot articulé.

Ces crises revinrent plusieurs fois, et toujours plus fortes ; la dernière même fut si violente, que j'en fus entièrement découragé, et craignis un moment d'avoir remporté une victoire inutile. Je me rabattis sur les lieux communs d'usage ; et dans le nombre se trouva celui-ci : "Et vous êtes dans le désespoir, parce que vous avez fait mon bonheur ?" A ces mots, l'adorable femme se tourna vers moi ; et sa figure, quoique encore un peu égarée, avait pourtant déjà repris son expression céleste. "Votre bonheur !" me dit-elle. Vous devinez ma réponse. "Vous êtes donc heureux ?" Je redoublai les protestations. "Et heureux par moi ?" J'ajoutai les louanges et les tendres propos. Tandis que je parlais, tous ses membres s'assouplirent ; elle retomba avec mollesse, appuyée sur son fauteuil ; et m'abandonnant une main que j'avais osé prendre : "Je sens, dit-elle, que cette idée me console et me soulage".

Vous jugez qu'ainsi remis sur la voie, je ne la quittai plus.

Valmont rapporte-t-il ici une scène de viol, ou bien une scène d'amour consenti ? Le cours des événements reste indécidable.

Le cas de Madame de Tourvel illustre, de façon presque caricaturale, la théorie brownienne de l'incitabilité organique. De l'évanouissement à la crise convulsive, la jeune femme bascule, par effet de passage à la limite, d'un extrême à l'autre, i. e. de l'asthénie profonde à la sthénie aiguë, sans qu'intervienne, à aucun moment, un quelconque principe de régulation. Découplé de l'esprit, le corps parle seul. Libéré du corps, l'esprit est ailleurs. On assiste, semble-t-il, à une scène de schize, à la faveur de laquelle quelque chose de la personne se délie, reconduisant ainsi l'expression présente du vivant à la présence pure, par là, dans une dimension autre, inaccessible à nos sondes, au chaos substantiel.

Par effet d'association certes risqué, et en quelque façon intempestif, on peut rapprocher l'état de Madame de Tourvel du flottement ontologique invoqué par Novalis, dans le cadre de sa théorie de l'identité suprême, - identité entre idéal et réalité, vérité et apparence, ; identité abyssale, qui s'entretient invisiblement en deça de toute contradiction.

Au-dessus de l'être, il y a un terme encore supérieur, un flottement entre l'être et le non-être qu'on peut à son tour appeler vie.

J. F. Marquet, Liberté et existence

On n'étreint pas la vie. Valmont, amant de Madame de Tourvel ne peut se vanter jusqu'ici que d'avoir goûté à l'étreinte d'un fantôme. Perdue dans l'illimité, la substance demeure, en tant que telle, hors de portée des accidents du monde.

Plus tard, lorsque Madame de Tourvel retourne au sentiment de l'existence, il faut le choc des mots, et plus expressément celui de la question formulée par Valmont, pour représenter à la jeune femme, en même temps que le possible de la réponse attendue, le possible de sa finitude propre. "Votre bonheur !", puisque telle est la réponse de Madame de Tourvel, "Votre bonheur !" laisse augurer du retour à la conscience de soi comme liberté passionnée, ou liberté qui ne se laisse signifier à elle-même qu'à partir et en direction d'autrui, i. e. qu'en termes de réponse à la requête présente. Ainsi rendue à sa liberté, qui fait aussi son humanité, la jeune femme abandonne sa main à Valmont.

Tandis que je parlais, tous ses membres s'assouplirent ; elle retomba avec mollesse, appuyée sur son fauteuil ; et m'abandonnant une main que je n'avais osé prendre : "Je sens, dit-elle, ..."

La théorie brownienne de l'incitabilité organique fait ici, encore une fois, la preuve de son caractère trop exclusivement organiciste, car elle omet de considérer le faisceau de relations dans le cadre duquel la liberté de l'individu se déploie autrement que l'équilibre de la totalité organique. Le moment du retour à la sensibilité coincide, chez Madame de Tourvel, avec celui du retour à l'équilibre organique, mais il ne suit pas directement de ce dernier. Ce sont les mots prononcés par Valmont qui reconduisent Madame de Tourvel à sa sensibilité première. Il n'y a, au regard de l'humain, pas d'équilibre stable qui puisse s'établir en circuit fermé. Tout semble indiquer, dans la scène rapportée ci-dessus, que le statut de convulsionnaire est lié à celui de machine célibataire. Dès l'instant que, quittant ce statut inhumain, Madame Tourvel abandonne sa main à Valmont, elle entre dans le jeu partagé des forces désirantes, par là dans le champ transpersonnel, au sein duquel l'énergie surabondante trouve à circuler d'un pôle à l'autre sans susciter de court-circuit au sein de la machinerie organique. Ce sont les mots qui servent ici de fusibles.

L'ivresse fut complète et réciproque ; et, pour la première fois, dit Valmont, la mienne survécut au plaisir. Je ne sortis de ses bras que pour lui jurer un amour éternel ; et, il faut tout avouer, je pensais ce que je disais.

Victime du contrat souscrit par Valmont auprès de Madame de Merteuil, Madame de Tourvel se trouve, d'un jour à l'autre, abandonnée. Dans la lettre que lui adresse Valmont, les mots, le papier, tout renvoie la jeune femme au statut de machine célibataire. La dissociation veut que l'esprit de la jeune femme se perde derechef dans l'illimité.

Le cri de la nature l'eût sauvée, si, restée l'Eve naturelle dont parlent les critiques, elle eût conservé la liberté, la force, la santé, trois biens nécessaires à la possibilité de s'entendre pour jouir de concert et de se quitter sans dégoût, - trois biens, tels que leur privation est la source de toutes nos peines. (Des femmes et de leur éducation). Mais l'éducation dispensée à cette femme bien-née lui commande d'étouffer la voix de la nature. Les mots qu'elle attendait l'eussent sauvée également, en lui permettant de regagner la marge d'altérité dont toute liberté a besoin pour s'éprouver elle-même comme possible, et ainsi prétendre à la réalité et au sens.

Les Liaisons dangereuses, illustration de Jacques Barbier, détail (1792)

On ne s'inquiète pas assez de la mort prématurée de Madame de Tourvel. Lorsqu'un être n'entend plus la voix de la nature, lorsque les mots d'autrui ne l'électrisent plus, alors, faute de ce rien d'étant qui fait transitairement l'humain, il meurt.

 

3. Trilby ou le lutin d'Argail (1822)

 

"Le dernier des méchants esprits a été condamné aux vigiles de Saint-Colombain, répéta Jeannie; ce ne peut pas être Trilby, puisqu'il m'a parlé ce soir et qu'il est maintenant à la chaumière, à moins qu'un rêve n'ait abusé mes esprits. Trilby est donc sauvé, et la tentation qu'il vient d'exercer sur mon coeur n'était qu'une épreuve dont il ne se serait pas chargé lui-même, mais qui lui a été probablement prescrite par les saints. Il est sauvé, et je le reverrai un jour; un jour certainement ! s'écria-t-elle ; il vient lui-même de me le dire : mille ans ne sont qu'un moment sur la terre pour ceux qui ne doivent se quitter jamais !"

La voix de Jeannie s'était élevée de manière à se faire entendre autour d'elle, car elle se croyait seule alors. Elle suivait les longues murailles du cimetière qui à cette heure inaccoutumée n'est fréquentée que par les bêtes de rapine, ou tout au plus par de pauvres enfants orphelins qui viennent pleurer leur père. Au bruit confus de ce gémissement qui ressemblait à une plainte du sommeil, une torche s'exhaussa de l'intérieur jusqu'à l'élévation des murs de l'enceinte funèbre et versa sur la longue tige des arbres les plus voisins des lumières effrayantes. L'aube du Nord, qui avait commencé à blanchir l'horizon polaire depuis le coucher du soleil, déployait lentement son voile pâle à travers le ciel et sur toutes les montagnes, triste et terrible comme la clarté d'un incendie éloigné auquel on ne peut porter du secours. Les oiseaux de nuit, surpris dans leurs chasses insidieuses, resserraient leurs ailes pesantes et se laissaient rouler étourdis sur les pentes du Cobler, et l'aigle épouvanté criait de terreur à la pointe de ses rochers, en contemplant cette aurore inaccoutumée qu'aucun astre ne suit et qui n'annonce pas le matin.

Jeannie avait souvent ouï parler des mystères des sorcières, et des fêtes qu'elles se donnaient dans la dernière demeure des morts, à certaines époques des lunes d'hiver. Quelquefois même quand elle rentrait fatiguée sous le toit de Dougal, elle avait cru remarquer cette lueur capricieuse qui s'élevait et retombait rapidement ; elle avait cru saisir dans l'air des éclats de voix singuliers, des rires glapissants et féroces, des chants qui paraissaient appartenir à un autre monde, tant ils étaient grêles et fugitifs. Elle se souvenait de les avoir vues, avec leurs tristes lambeaux souillés de cendre et de sang, se perdre dans les ruines de la clôture inégale, ou s'égarer comme la fumée blanche et bleue du soufre dévoré par la flamme, dans les ombres des bois et dans les vapeurs du ciel. Entraînée par une curiosité invincible, elle franchit le seuil redoutable qu'elle n'avait jamais touché que de jour pour aller prier sur la tombe de sa mère. Elle fit un pas et s'arrêta. Vers l'extrémité du cimetière, qui n'était d'ailleurs ombragé que de cette espèce d'ifs dont les fruits, rouges comme des cerises tombées de la corbeille d'une fée, attirent de loin tous les oiseaux de la contrée ; derrière l'endroit marqué par une dernière fosse qui était déjà creusée et qui était encore vide, il y avait un grand bouleau qu'on appelait l'Arbre du saint, parce que l'on prétendait que saint Colombain jeune encore, et avant qu'il fût entièrement revenu des illusions du monde, y avait passé toute une nuit dans les larmes, en luttant contre le souvenir de ses profanes amours. Ce bouleau était depuis un objet de vénération pour le peuple, et si j'avais été poète, j'aurais voulu que la postérité en conservât le souvenir.

Jeannie écouta, retint son souffle, baissa la tête pour entendre sans distraction, fit encore un pas, écouta encore. Elle entendit un double bruit semblable à celui d'une boîte d'ivoire qui se brise et d'un bouleau qui éclate, et au même instant elle vit la longue réverbération d'une clarté éloignée courir sur la terre, blanchir à ses pieds et s'éteindre sur ses vêtements. Elle suivit timidement jusqu'à son origine le rayon qui l'éclairait ; il aboutissait à l'Arbre du saint, et devant l'Arbre du saint, il y avait un homme debout dans l'attitude de l'imprécation, un homme prosterné dans l'attitude de la prière. Le premier brandissait un flambeau qui baignait de lumière son front impitoyable, mais serein. L'autre était immobile. Elle reconnut Ronald et Dougal. Il y avait encore une voix, une voix éteinte comme le dernier souffle de l'agonie, une voix qui sanglotait faiblement le nom de Jeannie, et qui s'évanouit dans le bouleau.
- Trilby ! ... cria Jeannie ; et laissant derrière elle toutes les fosses, elle s'élança dans la fosse qui l'attendait sans doute, car personne ne trompe sa destinée !
- Jeannie, Jeannie ! dit le pauvre Dougal.
- Dougal ? répondit Jeannie en étendant vers lui sa main tremblante et en regardant tour à tour Dougal et l'Arbre du saint ; « Daniel, mon bon Daniel, mille ans ne sont rien sur la terre... rien ! » reprit-elle en soulevant péniblement sa tête, puis elle la laissa retomber et mourut. Ronald, un moment interrompu, reprit sa prière où il l'avait laissée.

Il s'était passé bien des siècles depuis cet événement quand la destinée des voyages, et peut-être aussi quelques soucis du coeur, me conduisirent au cimetière. Il est maintenant loin de tous les hameaux, et c'est à plus de quatre lieues qu'on voit flotter sur la même rive la fumée des hautes cheminées de Portincaple. Toutes les murailles de l'ancienne enceinte sont détruites ; il n'en reste même que de rares vestiges, soit que les habitants du pays aient employés leurs matériaux à de nouvelles constructions, soit que les terres des boulingrins d'Argail, entraînées par des dégels subits, les aient peu à peu recouverts. Cependant, la pierre qui surmontait la fosse de Jeannie a été respectée par le temps, par les cataractes du ciel, et même par les hommes. On y lit toujours ces mots tracés d'une main pieuse : Mille ans ne sont qu'un moment sur la terre pour ceux qui ne doivent se quitter jamais. L'Arbre du saint est mort, mais quelques arbustes pleins de vigueur couronnaient sa souche épuisée de leur riche feuillage, et quand un vent frais soufflait entre leurs sions verdoyants, et courbait, et relevait leurs épaisses ramées, une imagination vive et tendre pouvait y rêver encore les soupirs de Trilby sur la fosse de Jeannie. Mille ans sont si peu de temps pour posséder ce qu'on aime, si peu de temps pour le pleurer ! ...

 

De Trilby, Charles Nodier dit que, transporté en Ecosse, c'est le Diable amoureux de toutes les mythologies. Mais outre la couleur écossaise, Nodier imprime au mythe une inflexion nouvelle, dangereusement tendre, subtilement cruelle, qui induit une fin imprévue et proprement sidérante.

C'est l'affection particulière d'un voyageur pour une contrée qui a rendu à son coeur, dans une suite charmante d'impressions vives et nouvelles, quelques-unes des illusions du jeune âge ; c'est le besoin si naturel à tous les hommes de se rebercer, comme dit Schiller, dans les rêves de leur printemps, observe Nodier à propos de la couleur écossaise, sans s'attarder sur ses illusions ni sur les rêves de son printemps. On ne sait rien d'un tel printemps, sinon qu'à treize ans, "à Besançon, où son père présidait le Tribunal criminel, puis à Strasbourg, où il séjourna chez l'accusateur public, il connut la Terreur et assista à des scènes cruelles dont il ne devait jamais perdre le souvenir" (P. G. Castex).

Plus tranquille, je livrai ma tête au sabre si tranchant et si glacé de l'officier de la mort. Jamais un frisson si pénétrant n'a couru entre les vertèbres de l'homme ; il était saisissant comme le dernier baiser que la fièvre imprime au coeur d'un moribond, aigu comme l'acier raffiné, dévorant comme le plomb fondu. Je ne fus tiré de cette angoisse que par une commotion terrible : ma tête était tombée... elle avait roulé, rebondi sur le hideux parvis de l'échafaud, et, prête à descendre toute meurtrie entre les mains des enfants, des jolis enfants de Larisse, qui se jouent avec des têtes de morts, elle s'était rattachée à une planche saillante en la mordant avec ces dents de fer que la rage prête à l'agonie. De là je tournai mes yeux vers l'assemblée, qui se retirait silencieuse, mais satisfaite. Un homme venait de mourir devant le peuple.

Charles Nodier, Smarra ou les démons de la nuit (1821)

Charles Nodier, Contes, eaux-fortes de Tony Johannot, éd. Hetzel

Les premières pages de Trilby, baignent dans un climat de féerie délicieuse. Logé dans les pierres du foyer, dit Nodier dans la Préface, le lutin d'Argail converse avec une fileuse qui s'endort.

Quand Jeannie, de retour du lac, avait vu s'égarer au loin, s'enfoncer dans une anse profonde, se cacher derrière un cap avancé, pâlir dans les brumes de l'eau et du ciel la lumière errante du bateau voyageur qui portait son mari et les espérances d'une pêche heureuse, elle regardait encore du seuil de la maison, puis rentrait en soupirant, attisait les charbons à demi blanchis par la cendre, et faisait pirouetter son fuseau de cytise en fredonnant le cantique de saint Dunstan, ou la ballade du revenant d'Aberfoïl, et dès que ses paupières, appesanties par le sommeil, commençaient à voiler ses yeux fatigués, Trilby, qu'enhardissait l'assoupissement de sa bien-aimée, sautait légèrement de son trou, bondissait avec une joie d'enfant dans les flammes, en faisant sauter autour de lui un nuage de paillettes de feu, se rapprochait plus timide de la fileuse endormie, et quelquefois, rassuré par le souffle égal qui s'exhalait de ses lèvres à intervalles mesurés, s'avançait, reculait, revenait encore, s'élançait jusqu'à ses genoux en les effleurant comme un papillon de nuit du battement muet de ses ailes invisibles, allait caresser sa joue, se rouler dans les boucles de ses cheveux, se suspendre, sans y peser, aux anneaux d'or de ses oreilles, ou se reposer sur son sein en murmurant d'une voix plus douce que le soupir de l'air à peine ému quand il meurt sur une feuille de tremble...

Jeannie aime Dougal, son ami, son mari, l'époux qui a sa foi et qu'elle choisirait encore.

Il est vrai que Dougal a quelquefois une humeur difficile et rigoureuse, mais je suis assurée qu'il m'aime. Il est vrai aussi qu'il ne sait pas exprimer les sentiments qu'il éprouve...

Dans le même temps qu'elle aime Dougal, Jeannie, quoique d'une autre façon, aime aussi Trilby, le lutin, et elle est follement aimée de lui.

Combien de fois n'a-t-on pas vu Trilby, le joli lutin de la chaumière de Dougal, sautiller sur le rebord des pierres calcinées avec son petit tartan de feu et son plaid ondoyant couleur de fumée, en essayant de saisir au passage les étincelles qui jaillissaient des tisons et qui montaient en gerbes brillantes au-dessus du foyer ! Trilby était le plus jeune, le plus galant, le plus mignon des follets [...]. Il n'eût pas abandonné la chaumière de Dougal pour l'empire du monde, car il était amoureux de la brune Jeannie, l'agaçante batelière du lac Beau, et il profitait de temps en temps de l'absence du pêcheur pour raconter à Jeannie les sentiments qu'elle lui avait inspirés.

Frontispice de Tony Johannot pour Trilby

Jeannie aime en Dougal l'homme réel, l'homme du jour, et en Trilby, l'homme rêvé, l'homme de la nuit. L'un appartient au monde humain, l'autre au monde surnaturel. L'un se distingue finalement de l'autre par l'élément sous le signe duquel il se présente à la jeune femme : l'eau ou le feu. Mariée à l'homme de l'eau, mais attirée par l'homme du feu, Jeannie tente de surmonter, dans le secret de l'intime, le conflit de deux forces élémentaires. Elle fera les frais de ce conflit. Son drame ne constitue toutefois que l'un des innombrables épisodes d'une guerre éternelle. Mais il revêt une valeur tragiquement exemplaire, dans la mesure où il montre qu'ici et maintenant, il n'y a pas de place pour l'absolu, i. e. pour l'équilibre des forces par où, eau et feu agissant parfaitement l'une à travers l'autre et devenant ainsi libres et réciproquement insensibles dans (et par) la plus parfaite liaison, nous atteindrions à la vie parfaite, la vie qui se réserve en-deça ou au-delà de nos vies et dont cependant le vif nous anime, comme il anime l'eau, le feu, l'herbe, le mouton.

La vie parfaite est au ciel, dit Novalis.

Le ciel n'est pas ici celui de la religion, mais celui qui se réserve dans l'innocence du mouton, ou bien dans l'innocence de Trilby, que Jeannie évoque douloureusement, sans voir qu'elle invoque ainsi la sienne propre :

Trilby, se disait-elle, n'est pas d'une race maudite [...] ; il m'aimait avec la même innocence que mon mouton ; il ne pouvait se passer de moi. Que deviendra-t-il sur la terre quand il sera privé du seul bonheur de ses veillées ? était-ce un si grand mal, pauvre Trilby, qu'il se jouât le soir avec mon fuseau, quand, presque endormie, je le laissais échapper de ma main, ou qu'il se roulât en le couvrant de baisers dans le fil que j'avais touché ? »

Faute de pouvoir retourner à l'innocence du mouton, Jeannie tente de conjurer l'appel du vif. Mais la trophicité de ce dernier l'emporte sur toutes les conjurations.

Jeannie aimait les jeux du follet, et ses flatteries caressantes, et les rêves innocemment voluptueux qu'il lui apportait dans le sommeil. Longtemps elle avait pris plaisir à cette illusion sans en faire confidence à Dougal, et cependant la physionomie si douce et la voix si plaintive de l'esprit du foyer se retraçaient souvent à sa pensée, dans cet espace indécis entre le repos et la veille où le coeur se rappelle malgré lui les impressions qu'il s'est efforcé d'éviter pendant le jour. Il lui semblait voir Trilby se glisser dans les replis de ses rideaux, ou l'entendre gémir et pleurer sur son oreiller. Quelquefois même, elle avait cru sentir le pressement d'une main agitée, l'ardeur d'une bouche brûlante.

La vie, qui en cela se parfait, réclame son dû. Jeannie volens nolens omet de proférer l'imprécation qui frapperait d'une malédiction irrévocable le pauvre Trilby. Dougal, le pêcheur, remonte Trilby du fond des eaux, sous le couvert d'une boîte d'ivoire qu'il rapporte dans sa chaumière.

"En voici bien d'une autre", dit-il en retirant son filet, et en dégageant de ses mailles une boîte d'une forme élégante et d'une matière précieuse qu'il crut reconnaître à sa blancheur si éclatante et à son poli si doux pour de l'ivoire incrusté de quelque métal brillant, et enrichi de grosses escarboucles orientales dont la nuit ne faisait qu'augmenter la splendeur.

La boîte renferme Trilby comme l'eau renferme le feu, comme la veille renferme le songe, comme Agapê renferme Eros, comme le monde renferme la vie. Plus loin, au cimetière, le bouleau, dit Arbre du Saint, renferme le souvenir des profanes amours de Saint Colombain. Lorsque Jeannie parvient au cimetière, tout se passe comme elle cédait à la curiosité d'ouvrir la boîte, - non la boîte de Pandore, mais la boîte de l'illimitation.

Jeannie écouta, retint son souffle, baissa la tête pour entendre sans distraction, fit encore un pas, écouta encore.

L'écoute ménage, dans le sens de l'anamnèse, le possible d'une entente abyssale à la faveur de laquelle la jeune femme se laisse atteindre par la clarté.

Elle entendit un double bruit semblable à celui d'une boîte d'ivoire qui se brise et d'un bouleau qui éclate, et au même instant elle vit la longue réverbération d'une clarté éloignée courir sur la terre, blanchir à ses pieds et s'éteindre sur ses vêtements. Elle suivit timidement jusqu'à son origine le rayon qui l'éclairait...

Déjà habitée par la vision de cet au-delà de l'horizon qu'elle est seule à voir, et dont nous ne savons rien, Jeannie entre à nos yeux dans sa tombe, tandis qu'absoute de toute appartenance à un corps, un époux, un temps, un monde, la vie, dans le même temps, se parfait invisiblement.

Jeannie dans la fosse

- Trilby ! ... cria Jeannie ; et laissant derrière elle toutes les fosses, elle s'élança dans la fosse qui l'attendait sans doute, car personne ne trompe sa destinée !

Gravure de Gustave Staal pour Trilby

La religion parle de communion des âmes. Il y a dans l'impensable transcendance de la vie, confusion des finitudes, ou confusion de saint Colombain, Trilby, Jeannie, par effet d'illimitation. Ce que nous voyons sur la gravure de Gustave Staal ne livre pas le sens du récit. Le sens relève ici de l'inexprimable. Nodier le savait, qui évoque dans sa Préface, avec sa pudeur habituelle, et comme en passant, le manifeste d'ailleurs extrêmement ingénieux de M. Quatremère de Quincy contre certains hérésiarques de la parole, au nombre desquels il faut compter bien sûr l'auteur de Trilby :

En y regardant de plus près, observe Nodier, j'ai trouvé qu'il y avait dans Trilby quelques noms de localités qui ne sont ni dans Homère, ni dans Quintilien, ni dans Boileau, ni dans M. de La Harpe. Quand l'Institut publiera, comme il doit nécessairement le faire un jour, une édition définitive de nos meilleurs textes littéraires, je l'engage à ne pas laisser sans corrections la fable des Deux Amis de La Fontaine, où il est parlé du Monomotapa...

J'ai cherché, dans cet article, à scruter le mystère de quelques scènes étranges, à la faveur desquelles il est parlé du Monomotopa, autre nom de ces parages littéraires désancrés où l'on ne peut qu'entendre, à la façon de Jeannie, ce que l'auteur ne dit pas, mais dont il est parlé.

Je me suis demandé plus haut pourquoi, avant de descendre dans la fosse, Jeannie invoquait "Daniel". Il ne s'agit pas d'un personnage du conte. On ne trouve aucune occurrence du nom Daniel avant la scène de la fosse. Jeannie, qui baigne dans la culture religieuse du monastère de Balva, invoque probablement le prophète Daniel, interprète des songes du roi Nabuchodonosor et annonciateur du temps de la fin. Accusé de sacrifier à d'autres lois que celles des Perses, Daniel est jeté par Darius dans la fosse aux lions :

Michel Ange, Sixtine, Daniel

 

6.16

Alors le roi donna l'ordre qu'on amenât Daniel, et qu'on le jetât dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel: Puisse ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrer!

6.17

On apporta une pierre, et on la mit sur l'ouverture de la fosse; le roi la scella de son anneau et de l'anneau de ses grands, afin que rien ne fût changé à l'égard de Daniel.

Au matin, Daniel dit à Darius :

6.21

Roi, vis à jamais !

Jeannie constitue, au titre de la confusion des finitudes, une autre figure de Daniel, par là une autre figure de Nodier, lui aussi prophète de ce temps de la fin en quoi le génie romantique augure, en même temps que l'effet de flottement par où âme et corps se résorbent, se deviennent mutuellement insensibles, le possible de l'accès à la vie parfaite, ou le possible du retour à l'absolue indifférence du vif.

Caspar Friedrich, Voyageur au-dessus de la mer de nuages (1818)

 

Bibliographie :

Rousseau, La Nouvelle Héloïse

Laclos, Les Liaisons dangereuses

Nodier, Contes
Edition de P. G. Castex
Gallica ; éditions Garnier, 1961

Arlette Farge, Les convulsionnaires de Saint-Médard
Editions Gallimard, collection Folio Archives, 1979

Jean-François Marquet, Liberté et existence - Etude sur la formation de la philosophie de Schelling
Editions Gallimard, nrf, 1973

 

Crédits iconographiques :

Les gravures reproduites supra et non assorties de liens sont empruntées aux deux sources suivantes :

Site : Utpictura 18

Le projet Utpictura18 est un programme de recherche développé à l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières, UMR5186 du CNRS, avec le concours de l’université Paul-Valéry et de la Région Languedoc-Roussillon.

Nodier, Contes, édition de P. G. Castex
Editions Garnier, 1961

 

 

 

 

2006