Interprétations phénoménologiques d'Aristote

 

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Raphaël, Platon et Aristote

 

En 1922, Heidegger, qui nourrit déjà le projet de Etre et temps, rédige, à la demande de Paul Natorp, un rapport résumant ses interprétations phénoménologiques d'Aristote. Pressenti pour un poste de Professeur extraordinaire, Heidegger destine ce rapport aux Universités de Marbourg et Göttingen. L'Université de Göttingen décline la candidature de Heidegger. Les interprétations proposées par ce dernier n'iraient pas dans le sens d'une préservation impartiale de l'héritage aristotélicien.

Paul Natorp
La pensée ne s'arrête pas.

 

Heidegger à Marburg
Etre-là signifie être en question.

L'Université de Marbourg, en revanche, engage Heidegger en 1923. Celui-ci dispense, en 1924, un cours intitulé Le concept de Temps. Aristote y est invoqué, d'abord dans une remarque préliminaire concernant la mesure du temps (C'est ce que Aristote avait déjà vu...), puis dans une conclusion (En résumé il faut dire...) qui renvoie à ce que déclare Aristote de la vraie paideia : Aristote avait coutume de mettre l'accent dans ses écrits sur le fait que le plus important est la vraie paideia, l'assurance originelle à l'égard d'une chose, assurance qui grandit à partir d'un rapport de confiance avec la chose même, l'assurance du comportement à la mesure de la chose même. Nommant ce comportement être-là, Heidegger ajoute que être-là signifie être en question.

L'interprétation heideggerienne d'Aristote ne se place pas sous le signe de la préservation impartiale, mais s'oriente explicitement dans le sens de la répétition. Intéressant un comportement, elle re-quiert un pouvoir-être questionnant, que le philosophe a vocation de cultiver comme le fit exemplairement Aristote, mais qui n'a rien de spécifiquement philosophique, puisqu'il est désigné comme le mien  : je suis, en tant que Dasein, ce à partir et en direction de quoi je questionne, ou, comme l'écrit Heidegger, je suis en question. La ré-pétition aristotélicienne, telle que la conçoit Heidegger, est re-quête d'un tel pouvoir-être en tant que propre du Dasein. Mobilisant un comportement qui se veut à la mesure de la chose même, elle est orientée dans le sens de la vraie paideia .

Heidegger, dans ses Interprétations phénoménologiques d'Aristote, évoque l'horizon d'explicitation gréco-chrétienne qui détermine, dans ce qu'elle a de forclos, la situation présente : la philosophie dans sa situation présente se meut en grande partie de manière impropre dans une conceptualité grecque, et même dans une conceptualité qui a circulé à travers une chaîne d'interprétations hétérogènes.

Empruntant ses fondements aux enseignements aristotéliciens fondamentaux, la théologie médiévale a transformé ces enseignements en fonction d'un choix et d'une interprétation déterminés.

A la faveur d'une telle transformation, des connexions se sont établies entre ce qui, via Thomas d'Aquin et Bonaventure, constitue un néo-aristotélisme, et via Augustin, quelque avatar du néoplatonisme.

Qualifiée de intrication de forces constitutives et décisives, c'est cette chaîne d'interprétations hétérogènes qui détermine la situation de forclusion dans laquelle, observe Heidegger, les perspectives de la recherche restent enfermées dans les schémas d'une théologie néo-scolastique et dans le cadre d'un aristotélisme réélaboré par la néo-scolastique. La tâche de la pensée, dans une telle situation, ne peut plus s'accomplir, selon Heidegger, que sur le mode de la destruction (die Destruktion) .

Heidegger toutefois ne conçoit pas la destruction sur le mode de la table rase.

La destruction, précise-t-il, ne vise pas la tradition, mais la manière dont nous nous situons en général dans une tradition (Tradition).

Postulant que, s'il change la manière dont il se situe dans la tradition, le présent doit nécessairement venir à l'encontre dans ses mobilités fondamentales propres, Heidegger assigne à la ré-pétition aristotélicienne une fonction qui n'est pas de type exemplaire, mais augural.

Il ne s'agit pas de ré-péter Aristote pour vérifier qu'on peut changer la manière dont on se situe dans la tradition, mais pour faire venir, à partir d'une telle ré-pétition, le chemin qui, rétrocédant de la métaphysique, ménage la possibilité du regard anticipateur sur ce qui, tenu pour n'ayant pas besoin de clarification supplémentaire, et cependant inauthentique, c'est-à-dire sans appropriation expresse à partir de son origine, continue d'exercer son emprise sur [...] la conduite du questionnement.

S'engager sur ce chemin, c'est re-quérir la possibilité d'une appropriation radicale de la situation actuelle, et, tentant de mettre en oeuvre une logique radicale de l'origine, sauvegarder peut-être ce qui fait la possibilité de la pensée dans son déploiement temporel, ou historial.

Ainsi définie, la nécessité de la situation présente conduit Heidegger à adopter, dans son travail de destruction, une démarche à effet doublement sagittal, ou un pas méthodologiquement déterminé : le pas qui rétrocéde de ce qu'il appelle en 1922 die theologische Anthropologie et plus tard la Métaphysique, désignant par là, dans ce qu'elle a de néo-ou d'impropre, la connexion établie par la tradition entre Platon et Aristote ; le pas qui reconduit la tradition aux expériences philosophiques fondamentales (philosophischen Grunderfahrungen) et à ce qui motive ces dernières (und Motive) .

L'interprétation d'Aristote, telle que la conçoit Heidegger, joue dans la mobilisation de cette démarche un rôle tournant.

Dégageant la pensée d'Aristote des connexions dans lesquelles celle-ci se trouve intriquée, ou tranchant à la manière d'Alexandre ce qui lui apparaît comme une sorte de noeud gordien, Heidegger révèle, par effet de surexposition, ce qu'est la méthode, ou le chemin frayé par Aristote.

Ainsi dégagée, la méthode aristotélicienne se laisse reconduire à ce qui fait, au titre de la pensée Plus Ancienne (philosophische Grunderfahrungen), à la fois sa raison d'être (Grund) et son moment (Motiv). Dégager la méthode aristotélicienne et la reconduire à l'antériorité (Grund) qui la décide, c'est en somme, dans le projet de Heidegger, re-quérir la possibilité de questionner à partir de ce qui mobilise toute pensée dans le comment de son être mu, ou être, dans le là de son propre questionnement, le commentde cet être-mu.

Observant que les concepts grecs fondamentaux ont perdu leur fonction expressive originaire, mais qu'ils portent encore en eux un fragment d'authentique tradition de leur sens originaire, Heidegger se réclame de l'authentique tra-dition aristotélicienne, dans la mesure où il trouve là le Grundansatz, ou le fonds de posssibilité de sa propre démarche.

La démarche, dans ce qu'elle a d'authentiquement respectueux de la tradition, se veut ontologiquement neuve, puisqu'elle intéresse non la tradition elle-même, mais la raison pour laquelle ce qui provient sous le rapport de l'authentique tra-dition, se laisse oblitérer et forclore dans sa provenance même. Changer la manière dont on se situe dans la tradition, c'est donc, à partir des fragments d'authentique tra-dition que portent encore en eux les concepts aristotéliciens, revenir à ce qui fait originairement le sens de la tra-dition même.

L'interprétation heideggerienne d'Aristote ne se préoccupe pas d'établir en soi ce que fut ou serait la pensée de l'homme historique, mais re-quérant ce que tra-duisent les concepts aristotéliciens, elle ré-pète, au titre de la tra-dition comme destination de la pensée, ce qui la destine elle-même, et par conséquent ce qu'elle-même renferme, comme dit Heidegger, in nuce.

La traduction (Übersetzung) heideggerienne des textes aristotéliciens, dans ce qu'elle a de neuf, tra-duit ce qui antérieurement la motive elle-même dans le sens de la tra-dition.

Mue dans sa démarche par les mêmes motifs que la tra-dition, elle tra-duit par là authentiquement ce qui, dans les textes aristotéliciens, fait l'affaire (das Sachgehalt) de la pensée-même ; ou, comme l'écrit Heidegger, elle tra-duit par là authentiquement ce dont elle procède (entspringt).

Heidegger cependant n'explique pas comment ni pourquoi, dans les fragments d'authentique tradition que porte encore en elle la conceptualité grecque (die griechische Begrifflichkeit), il s'oriente sélectivement vers les concepts aristotéliciens comme Grundansatz, ou fonds de possibilité de sa propre démarche.

Il note seulement que la forme littéraire dans laquelle a été transmise la recherche aristotélicienne (traités dans le style de l'exposition et de l'étude thématiques) fournit [...] le seul terrain (Boden), ou sol, approprié aux visées méthodologiquement déterminées de ses propres interprétations.

Indiquant par là que les autres formes littéraires propres à la tradition grecque ne cultivent pas la vertu du sol et qu'à ce titre, elles n'ont pas le statut de fonds (Grundansatz), il laisse entendre qu'il oriente sa démarche à l'encontre de celle de Platon.

L'hommage rendu à la forme littéraire dans laquelle a été transmise la recherche aristotélicienne suppose en effet quelque comparaison entre d'un côté le style de l'exposition et de l'étude thématiques et de l'autre le style des dialogues et de la pêche à la ligne (la diairêsis, ou l'approche dialectique) propre à Platon.

Laissant au lecteur le soin d'établir lui-même cette comparaison, Heidegger ajoute la remarque suivante : Du faire-retour à partir d'Aristote (Im Rückgang von Aristoteles), et de ce faire-retour-là seulement (erst), résulte que la doctrine parménidienne de l'être se laisse (wird) déterminer comme une étape décisive dans la définition du sens et du destin (der Sinn und Schicksal) de la logique et de l'ontologie occidentales.

Après avoir évoqué, comme en passant, une question de forme, Heidegger semble revenir à une question de fond. Mais l'opposition forme/fond n'est qu'apparente, puisque, la question du fond succédant immédiatement à celle de la forme, le fond se trouve là-présenté comme étant ce qui se laisse seulement et exclusivement (erst) déterminer im Rückgang von Form, dans le mouvement de faire-retour à partir de la forme.

Ainsi présenté, le fond se révèle fonds de possibilité du questionnement en direction du sens.

L'hommage rendu au style d'Aristote n'a en conséquence rien d'incident ; il cristallise la raison d'une démarche qui, se référant sélectivement à la méthode aristotélicienne, le fait à l'encontre de la méthode de Platon. Heidegger indique par là que im Rückgang von aristotelischer Form, dans le mouvement du faire-retour à partir de la forme aristotélicienne, et dans ce mouvement-là seulement, trouve à grandir l'assurance du comportement à la mesure de la chose même.

Passant sous silence la forme littéraire proprement platonicienne et le comportement qui résulte de cette dernière, Heidegger laisse en conséquence imprononcé le nom même de Platon. Ainsi laissé imprononcé, le nom de Platon n'est ni présent ni absent de la situation sur laquelle il demeure planant, mais encontré, ou conjuré, au titre de la nécessité qui résulte de la situation même.

Heidegger cultive ici l'art de l'allusion. Préparée par la référence à l'influence d'Augustin et à travers lui celle du néo-platonisme, l'allusion vise, en amont, l'influence de l'homme historique, et plus précisément le rôle princeps que celui-ci joue dans l'avénement de la théologie comme horizon d'explicitation grécochrétienne auquel se trouve adossée la situation présente.

Mais l'allusion vise aussi, de façon connexe, le style et par là le comportement qui, se laissant déterminer, dans l'explicitation gréco-chrétienne, comme étant ceux de la vraie paideia, constituent le modèle interprétatif impropre, à l'encontre duquel Heidegger entend re-quérir la possibilité de l'interprétation authentique, dans un résolu mouvement de faire-retour à partir du style aristotélicien : le style qui, induisant un rapport de confiance avec la chose même, fait grandir l'assurance du comportement à la mesure de la chose même.

Heidegger, lorsqu'il rédige ses Interprétations phénomènologiques d'Aristote, n'explicite pas encore le sens et le destin de la logique et de l'ontologie occidentales en termes de mouvement tournant. Mais le schéma de celui-ci se lit déjà en filigrane dans la double sagittalité du mouvement, ou du pas, qui, dans le Rück-, ou l'effet renversant, du Rückgang, se fait à la fois à l'encontre du style et du comportement dits platoniciens, et à partir du style et du comportement re-quis comme authentiquement aristotéliciens.

Jouant sur l'effet de différence que produit le retournement, il assigne au là du style et du comportement dits platoniciens la fonction de là-princeps relativement au processus de fermeture et d'aliénation en vertu de quoi ce qui constitue l'essence originaire de la philosophie grecque se laisse oblitérer par la théologie, et au là du style et du comportement re-quis comme authentiquement aristotéliciens la fonction de là-limite relativement à l'ici du commencement, ou, comme l'écrit Heidegger en 1922, relativement aux sources originaires.

Le schéma, dans ce qu'il a de scalaire, suppose la mobilisation d'une démarche orientée dans deux directions de provenance opposée, par là rendue irréductible à la logique des contraires.

Le projet heideggerien, en conséquence, ne se déploie pas sur le mode de la gigantomachie ; il ne se conçoit ni pro ni contra, donc ne se présente ni comme un Contre Platon ni comme un Pro Aristotele, mais se conçoit et se présente, dans un style plus authentique, comme la ré-pétition du peri tês protês philosophias (de la philosophie première) qui fait le titre originellement prévu pour la Métaphysique, avant que les éditeurs, fourriers de la tradition qui oblitère, ne vienent recouvrir l'intention du Stagirite.

Ainsi conçue et présentée, la ré-pétition heideggerienne du peri tês protês philosophias aristotélicien prétend faire venir, sur le mode du peri, le chemin (pera) qui, rétrocédant de la direction finalement aporétique dans laquelle le style et le comportement dits platoniciens engagent la pensée occidentale, reconduit le questionnement à ses sources originaires, autrement dit à ce qui fait sa condition de possibilité ontologique, telle que l'entretient seulement la philosophie première (protê philosophia).

C'est suite à la démarche orientée par le Rückgang von Aristoteles dans le sens du peri, et suite à cette démarche-là seulement, que la doctrine parménidienne se laisse déterminer et comprendre comme une étape décisive dans la définition du sens et du destin de la logique occidentales.

La démarche qui, im Rückgang von Aristoteles revient à Parménide, c'est-à-dire au sol que constituent les philosophische Grunderfahrungen (expériences philosophiques fondamentales), ne fournit pas l'occasion d'un coup d'oeil circulaire (Umschau) pour voir comment les autres faisaient avant ; ré-pétant les philosophische Grunderfahrungen, elle se laisse elle-même re-quérir par les Motive et les raisons qui déterminent ces dernières ; mobilisant la périphéricité, qui fait son pouvoir-être propre, elle est, dans son être-peri, ou -mu, regard anticipateur sur ce qui vient.

C'est en tant que regard anticipateur sur ce qui vient, que la démarche heideggerienne se déploie, im Rückgang von Aristoteles et à l'encontre de Platon.

Ce qui vient désigne ici l'avenir comme destin de la logique et de l'ontologie occidentales. L'avenir de ces dernières peut être qualifié de destin, dans la mesure où il résulte de Motive qui le déterminent ab origine. Ainsi motivé, ou destiné, il se laisse déchiffrer par avance dans ce qui motive originairement les Grunderfahrungen.

Mais il ne se laisse déchiffrer que dans le mouvement de faire-retour à partir d'Aristote, puisqu'il dépend de ce mouvement que les Grunderfahrungen puissent être, non pas revisitées pour ce qu'elles ont été en soi, mais ré-pétées pour ce qu'elles sont au regard de l'avenir ; des expériences augurales, permettant de prévoir, à partir des Motive originaires, l'entièreté de ce qui vient.

Ce qui vient à la suite de Platon, peut ainsi être prévu, de façon doublement sagittale, depuis l'origine et à partir de l'avenir, ou puisque l'avenir est destin(ation), depuis le commencement et à partir de la fin.

Le regard qui s'exerce dans ces deux directions de provenance opposée, peut être dit anticipateur, dans la mesure où, portant sur la fin à laquelle prétend ce qui vient, il se situe, dans son point de vue, à l'avant, ou à l'encontre ; ce qui vient suite à Platon s'en vient ainsi à la fin que laissait prévoir l'expérience parménidienne, telle qu'interprétée à partir d'Aristote.

L'interprétation d'Aristote joue en conséquence un rôle tournant dans le mouvement que décrit la pensée heideggerienne à fin d'encontre (das Begegnen).

L'encontre désigne chez Heidegger, comme le permet la langue allemande, le comportement qui à la fois va au devant et prend à revers.

L'interprétation heideggerienne d'Aristote prévient de la sorte ce qui vient ; elle laisse ce qui vient arriver par avance au moment où, par effet de rencontre/encontre, il-y-a conversion du sens en destin(ation).

L'encontre constitue ainsi l'événement (das Begegnis) à la lumière duquel ce qui, suite au coup d'envoi parménidien, vient historialement au déploiement de son pouvoir-être sens et destin de la logique et de l'ontologie occidentales, se laisse interpréter, à la fois et seulement, im Rückgang von Aristoteles et à l'encontre de Platon.

Marburg, Université
Carte postale ancienne, 1901

 

Christine Belcikowski

Mimêsis et Alêtheia ou une poétique du Vrai, section III, Aristote (1)

Diffusion ANRT, 2000

 

 

 

2004