Kenneth Grahame
Le Vent dans les Saules

 

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Taupe et Rat font du bateau sur la rivière.

Edouard H. Shepard, Ratty et Mole, in Le Vent dans les Saules

 

Chaque été, je relis au bord de l’eau Le Vent dans les Saules. L’ouvrage date de 1908. Kenneth Grahame a écrit The Wind in the Willows pour son petit garçon, Alistair, alors âgé de neuf ans. Ernest H. Shepard crée les illustrations en 1931.

 

Bras-dessus bras-dessous, Taupe, Rat et Crapaud.


Situé dans un cadre géographique non précisé, le récit se déroule au bord d’une rivière. Il s’agit sans doute de la Tamise, à proximité du village de Cookham Dean (Berkshire), où Kennet Grahame fut élevé par sa grand-mère.

 

Stanley Spencer, View from Cookham Bridge, 1936

 

Cookham a été rebaptisé Maidenhead en1890.

 

Homme et enfant, à la pèche au bord de l'eau.

Aux alentours de Cookham

 

Kenneth Grahame relate, dans The Wind in the Willows, les aventures de quatre amis : Rat, Taupe, Blaireau, Crapaud.

Le récit commence au printemps. A peine sorti de la torpeur de l’hiver, Taupe découvre la rivière :

Il n'avait encore jamais vu de rivière. Il ne connaissait pas cette sorte d'animal au corps bien plein, lisse, serpentin, qui va à la chasse dans un bruit de rire étouffé, s'empare des choses avec un murmure et les lâche en s'esclaffant, pour se précipiter sur de nouveaux compagnons de jeu qui se dégagent, sont à nouveau saisis et, cette fois, bien tenus. Il ne cessait d'être ému par ce spectacle, de frissonner devant ces reflets, ces lueurs, ces scintillements, ces bruissements, ces tourbillons, en entendant ce babil et ces glouglous. Taupe était fasciné, ensorcelé, dans tous ses états.

Taupe noue amitié avec Rat, et embarqué sur le bateau de ce dernier, il apprend à connaître la rivière.

 

Taupe et Rat pique-niquent au bord de la rivière.

Illustration de Ernest H. Shepard
Poster The Wind in the Willows
River & Rowing Museum
Mill Meadows Henley on Thames RG9
1BF
01491 415600

 

Une nuit, alors qu’ils sont partis à la recherche du petit Portly, le fils de Loutre, les deux amis entr’aperçoivent le dieu Pan.

 

Couverture verte, ornée d'une représentation du dieu Pan, gravée à l'or fin.

Kenneth Grahame, The Wind in the Willows
Couverture de la première édition

 

Quelques mois plus tard, un jour de neige, les deux amis se perdent dans le Bois Sauvage.

 

Taupe et Rat, perdus dans la neige.

Tasha Tudor, illustration pour The Wind in The Willows, Cleveland World, 1966

 

Une ou deux heures plus tard - ils avaient perdu toute notion du temps - découragés, éreintés, complètement perdus, ils s'arrêtèrent et s'assirent sur un arbre abattu pour reprendre haleine et envisager ce qu'il convenait de faire. [...] La neige était à présent si épaisse qu'ils avaient de la peine à en dégager leurs petites pattes, les arbres étaient de plus en plus serrés et semblables les uns aux autres. Ce bois semblait être sans fin, sans entrée, sans rien pour se repérer et, ce qu'il y avait de pire, sans sortie.

Heureusement, au coeur du Bois Sauvage, Taupe et Rat trouvent refuge chez Blaireau.

 

Taupe et Rat, bien au chaud, chez Blaireau.

Lorna Tomei, illustration pour The Wind in the Willows, Baronet Books, 1994

 

Le sol était recouvert de carreaux rouges bien entretenus ; dans le vaste foyer brûlait un feu de bois [...] Des rangées d’assiettes immaculées brillaient sur le dressoir à l’autre bout de la pièce ; aux poutres étaient pendus des jambons, des bouquets d’herbes aromatiques, des chapelets d’oigons, des paniers d’oeufs.

Taupe apprend ici à se connaître soi-même :

Taupe comprit clairement qu'il était un animal des terres labourées et des haies, lié au sillon que laisse la charrue, aux pâturages où le bétail abonde, au sentier des flâneries vespérales, au petit jardin bien cultivé. Il lui fallait laisser aux autres les terrains accidentés, l'endurance acharnée, les heurts et les conflits qui vont de pair avec la nature sauvage ; il devait se montrer sage, s'en tenir aux lieux agréables pour lesquels il était fait et qui contenaient, à leur façon, assez de possibilités d'aventure pour une vie entière.

L’année suivante, Taupe, Rat, Blaireau se soucient de raisonner leur excentrique ami Crapaud qui cultive une nouvelle lubie.

 

Mr. Toad, le Crapaud.

Mr. Toad arrayed in goggles, cap, gaiters and enormous overcoat...

Edouard H. Shepard, illustration pour The Wind in the Willows

 

Crapaud incarne de façon merveilleuse la toute-puissance du désir, - en termes d’analyse transactionnelle le Moi Enfant. Vous n’avez certainement pas l’intention de rester à moisir toute votre vie près de cette vieille rivière tellement triste, à vous contenter d’habiter ce trou et d’aller en bateau ? fanfaronne-t-il, au début du roman.

Plus tard, sommé par Blaireau de renoncer à ses désastreuses incartades automobiles, Crapaud formule la réponse suivante :

- Je ne regrette rien. Et je n'ai fait aucune folie ! Ce que j'ai fait n'avait rien de fou ! C'était simplement magnifique !

[...]

- Ainsi, tu n'as pas promis de ne plus jamais toucher à une automobile, dit Blaireau.

- Certainement non, répliqua Crapaud avec énergie. Au contraire, j'ai sincèrement promis que, dès que j'apercevrai une automobile, poup-poup ! je monterai dedans !

Je n’en dis pas plus. Intitulé Le retour d’Ulysse, le dernier chapitre du Vent dans les Saules est grandiose. La fin reste ambiguë ; la morale, incertaine. Ce Crapaud d’ailleurs, avait-il décidément bien changé ?

J’ai eu beaucoup de mal à trouver sur le Net quelques exemples des illustrations créées par Ernest H. Sheppard pour The Wind in the Willows. J’ai voulu savoir pourquoi ces illustrations étaient si sélectivement reproduites.

Ernest H. Shepard est aussi l’illustrateur de Winnie-the-Pooh (Winnie l’Ourson), personnage créé en 1925 par Alan A. Milne.

 

Winnie mange du miel.

Ernest H. Sheppard, Winnie the Pooh

 

On apprend sur www.pooh-corner.com que les illustrations by Ernest H. Shepard are copyright protected and used by permission of the Executor of EH Shepard and the EH Shepard Trust. Pourquoi donc, alors qu’ils inondent le Net de reproductions de dessins créés pour Winnie l’Ourson, the Executor of EH Shepard and the EH Shepard Trust maintiennent-ils sous le boisseau les dessins créés pour The Wind in the Willows ?

J’ai recherché une édition électronique de The Wind in the Willows. J’en ai trouvé deux, en anglais cela va de soi : l'une, gratuite, sur gutenberg.org ; l'autre, d’un prix très modique, sur ebooksLib.

Le livre est classé, sur gutenberg.org, dans la catégorie Children's Literature. Je ne suis pas d'accord ! Le propre des grands livres, c'est de parler à chacun de nous, à nos coeurs, qui n'ont pas d'âge.

J’ai recherché aussi une édition papier du livre de Kenneth Grahame, en français, complète, et assortie des illustrations de Ernest H. Shepard. L’ouvrage figure au catalogue des bouquinistes, dans la catégorie Beaux Livres. Il s’agit d’éditions anciennes, rares et chères. Gallimard indique que l’édition Folio Junior du Vent dans les Saules, publiée en 1993, est épuisée. Elle devrait ressortir d’ici quelque temps - quand ? dans une présentation nouvelle.

Depuis 2006, Le Vent dans les Saules fait l'objet d'une nouvelle publication en version française complète, aux éditions Phebus.

J’ai fini par trouver, quant à moi, un exemplaire de l’édition Folio de 1993 chez un libraire en ligne, spécialiste des vieux stocks. La disparition de l’édition Folio Junior coïncide avec la publication du troisième volume de la série Le Vent dans les Saules "de" Michel Plessix, aux éditions Guy Delcourt. Il s’agit d’une adaptation réalisée en bandes dessinées. Voici une vue de la BD, enregistrée sur cultura.com :

 

Michel Plessix, Le Vent dans les Saules, tome 1 : Le Bois sauvage, d'après le roman de Kenneth Grahame

 

Gageons que, lorsqu’elle sortira, la nouvelle édition Folio Junior du Vent dans les Saules de Kennet Grahame sera ornée d’illustrations de Michel Plessix. Les dessins de Michel Plessix sont très beaux. Mais pourquoi faut-il qu’un texte chasse l’autre ? Un illustrateur l’autre ? Comme Saturne, l’édition dévore ses enfants.

L’existence du Vent dans les Saules scénarisé et illustré par Michel Plessix ne doit pas oblitérer celle du Vent dans les Saules de Kenneth Grahame, assorti des illustrations de Ernest H. Shepard. On gagne à lire et relire les deux ouvrages.

Les e-lecteurs ont un rôle à jouer dans la défense des classiques. En réclamant, dans le respect du droit d'auteur, la liberté d’accès aux grands textes et aux illustrations devenues indissociables de ces derniers, ils aident à la perpétuation d’un commerce qui n’est pas ici celui de la marchandise, mais celui des idées et des rêves.

Si vous voulez lire le chef d’oeuvre de Kenneth Grahame sur votre ordinateur ou sur votre PDA, il n’existe que l’édition anglaise, The Wind in the Willows, chez gutenberg.org ou ebooksLib. Elle ne comporte malheureusement pas les illustrations de Ernest H. Shepard.

 

Taupe et Rat, en bateau sur la rivière.

Dick Cuffari, illustration pour The Wind in the Willows, Grosset and Dunlap, 1966

 

Si vous achetez Le Vent dans Les Saules en librairie, méfiez-vous de la plupart des éditions dites pour la jeunesse, qui fournissent, en lieu et place du texte original, un texte amputé ou rewrité. Il paraît qu'il suffit de supprimer les descriptions et de réduire le lexique à 300 mots pour que les enfants retrouvent le goût de la lecture !

Consultez, sur childscapes.com, Rare and Wonderful Picture Books, les trois pages dédiées aux divers illustrateurs de The Wind in the Willows. Vous n'y trouverez qu'une seule reproduction (page 3) de Ernest H. Shepard. Mais vous découvrirez le travail d'autres illustrateurs, dont la fantaisie vous enchantera aussi.

 

Taupe et Rat entrevoient le dieu Pan.

James Lynch, illustration pour The Wind in the Willows, The Folio Society London,1995

 

Bibliographie :

Je cite ici Le Vent dans les Saules, dans l’édition Folio Junior de 1993, ornée des illustrations de Ernest H. Shepard.

Kenneth Grahame, Le Vent dans Les Saules
Traduction de Jacques Parsons
Editions Gallimard, collection Folio Junior, 1993

Kenneth Grahame, Le Vent dans les Saules
Edition Phebus, 2006

 

Une curiosité :

Johan de Meij, The Wind in the Willows for Wind Orchestra
4 mouvements : The River ; Ratty and Mole ; Mister Toad ; The Return of Ulysses.
CD Amstel Classics 2002-2003
4 extraits disponibles : format MP3

 

 

Juin 2007