À partir de 1604, le patronyme Barrière figure en diverses occurrences dans les registres paroissiaux de Lieurac ; à partir de 1660, dans les registres d'Arvigna ; et, à partir de 1685, de façon plus abondante, dans les registres paroissiaux de Castelnau-Durban. On trouve aussi ce patronyme, dans le même temps, à Engraviès, Dun, Ségura, Leychert, Besset, Mirepoix, Lagarde, Camon, Caudeval, Bonnac, Chalabre, etc.
Les hommes se prénomment le plus souvent, et ce, de père en fils, ou en double fils/fille pour corser la recherche généalogique, Jean, Pierre, Antoine, ou François ; les femmes, Marie, Jeanne, Marguerite, Magdeleine. Difficile de s'y retrouver, d'autant que, dans les actes de mariage, les registres n'indiquent presque jamais les noms des pères et mères des époux, ni, dans les actes de baptême, la condition des parrains et marraines, ni, dans les actes de décès, la condition du défunt.
On se bornera donc ici à consigner les seuls renseignements fournis sur la famille Barrière d'Arvigna par les deux premiers registres paroissiaux dudit village d'Arvigna, ainsi que par divers documents complémentaires (minutes notariales, fonds du diocèse de Pamiers, fonds du diocèse de Mirepoix, fonds Nadal) consultables aux Archives départementales de l'Ariège.
Ci-dessus : à Arvigna, le hameau (1) de Languit sur la carte de l'état-major datée de 1820-1866. Le cercle tracé sur la carte signale les maisons de la famille Barrière et celle des Hers de Jean Roubichou, ancien baillif.
Le compoix d'Arvigna au XVIIe siècle comptait au mazage de Languit huit propriétaires : Jean Roubichou, baillif ; Maître Pierre Barrière, notaire royal ; Jean et Pierre Barrière, frères ; Pierre Mirouze ; Guilhaume Mirouze ; Hers de Guilhaume Mirouze ; Arnaud Mirouze ; Guilhalme Mirouze, femme de Gailhaud Cabanié.
Le compoix du même Arvigna au XVIIIe siècle ne compte plus au hameau de Languit que six propriétaires : Antoine Barrière, marchand ; Hers de Maître Ambroise Barrière, notaire ; François Barrière, bourgeois ; Hers de Jean Roubichou, ancien baillif ; Mathieu Mirouze, premier consul ; Jammes Mirouze Monine. La propriété s'est donc concentrée. Elle demeure en tout cas l'apanage des descendants des familles déjà implantées à Languit au XVIIe siècle. Point d'entrants nouveaux.
Languit, au XVIIe siècle, comprenait deux maisons en plancher st six en solier. Le même Languit, au XVIIIe siècle, comprend désormais neuf maisons en plancher. Le bâti s'est manifestement enrichi. L'altitude des toits s'est élevée. L'aspect du hameau s'en trouve modifié. Au moins visuellement, il a gagné en relief.
Petit lexique utile
mazage : hameau
auta : est
cers : ouest
midi : sud
aquilon : nord
solier, sotoul : rez-de-chaussée sans étage
plancher : étage
patu : cour découverte
ferratjat : champ de luzerne
pezeil ou pezein : pisé
canne² : 1,784 m²
Hers : héritiers
baillif : baille, bailli, maire.
Voici la liste des propriétaires à Languit, relevée dans le compoix d'Arvigna daté de 1754 2. Comme précédemment dans l'article intitulé Arvigna au XVIIe siècle. Liste des propriétaires au mazage de Languit, je n'ai conservé dans la liste ci-dessous que les mentions relatives au bâti et à ses entours immédiats.
1. Le Sieur Antoine Barrière, marchand (vue 10)
Maison en plancher, 70 cannes, et ferratjat.
Confronts : d'auta, midi et cers, un passage pour les Hers de Maître Ambroise Barrière tant seulement ; d'aquilon lesdits Hers et un petit indivis, 4 cannes.
Maison en plancher, 78 cannes, et pezein, 22 cannes, jardin, aire.
Confronts : d'auta et midi, le Sieur François Barrière, bourgeois ; cers, Hers de'Ambroise Barrière ; d'aquilon, un passage pour lesdits hers tant seulement.
2. Hers de Maître Ambroise Barrière, notaire (vue 15)
Maison en plancher, 40 cannes, cabanat, 5 cannes et demie, patu, 19 cannes, et ferratjat.
Confronts : d'auta, en pointe, un passage ; midi, le Sieur Antoine Barrière, ledit passage et un petit indivis, 4 cannes, où sont les fours ; cers, ledit passage pour servir auxdits hers pour aller au sol, jardin et ferratjat, et ledit Sieur Antoine Barrière ; aquilon, le Sieur François Barrière, bourgeois.
Jardin et aire au même lieu.
Confronts : d'auta, le Sieur Antoine Barrière ; midi, le Sieur François Barrière ; cers, les tenanciers (Hers de Maître Ambroise Barrière) ; aquilon, un passage pour lesdits Barrière.
Patu pour faire le fumier, 12 cannes.
Confronts : d'auta, le Sieur François Barrière ; midi, le Sieur Antoine Barrière ; cers et aquilon, le passage pour lesdits tenanciers et ledit Sieur Antoine Barrière.
3. Le Sieur François Barrière, bourgeois (vue 19)
Maison en plancher, 50 cannes, avec sortie et ferratjat.
Confronts : d'auta et aquilon, les rues ; midi, un passage et hers de Maître Ambroise Barrière, notaire ; cers, ledit passage pour lesdits hers de Maître Barrière et pour le Sieur Antoine Barrière.
Maison en plancher, 30 cannes et demie, sol et jardin.
Confronts : d'auta, la rue ; midi, le Sieur tenancier (François Barrière) ; cers, le Sieur Antoine Barrière et Hers de Maître Ambroise Barrière, le passage pour ledit Antoine Barrière et Hers d'Ambroise Barrière ; aquilon, en pointe, ledit passage et la rue.
4. Hers de Jean Roubichou, ancien baillif (vue 22)
Maison haute, 33 cannes, et autre maison en plancher, 15 cannes, et autre maison en pezein, 21 cannes, avec sortie, sol, jardin et pré.
Confronts : d'auta, hers de Jean Roubichou Micheu ; midi, Mathieu Mirouze et Hers de Pierre Mirouze ; cers, la rue ; aquilon, fossé ou ruisseau pour recevoir les eaux.
5. Mathieu Mirouze, premier consul (vue 25)
Maison en plancher, 31 cannes et demie, cabanat, 18 cannes et demie, sortie, aire, jardin et pré.
Confronts : d'auta, Hers de Pierre Mirouze ; midi, Hers de Jean Roubichou, ancien baillif, un fossé mural entre deux et de moitié avec passage ; cers, Jammes Mirouze, et aire par indivis entre ledit Jammes, Hers de Pierre Mirouze et Hers de Jean Roubichou Micheu ; aquilon, lesdits Hers par indivis, lesdits Hers Roubichou Micheu, et Jean Rescanière Provençal.
6. Jammes Mirouze Monine (vue 26)
Maison en plancher, 13 cannes et demie, patu.
Confronts : d'aouta, Mathieu Mirouze ; midi, un passage ; cers, Hers de Pierre Mirouze ; aquilon, indivis entre le tenancier (Jammes Mirouze) et lesdits Hers.
Ci-dessus : vue du hameau de Languit sur la carte « napoléonienne » de 1846. Le cercle tracé sur la carte signale les maisons de la famille Barrière et celle des Hers de Jean Roubichou, ancien baillif.
Ci-dessus : vue du hameau de Languit sur la carte IGN.
À suivre. L'enquête continue au XVIIIe siècle avec une tentative de généalogie de la famille Barrière...
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À partir du XVIIIe siècle, l'usage du mot hameau supplante celui de l'ancien mot « mazage ».
2. Archives dép. de l'Ariège. Nouveau compoix. Document 179EDT/CC1. Arvigna (1754).
Ci-dessus : Arvigna sur la carte de Cassini. Fin du XVIIIe siècle.
Le hameau de Languit, partie du village d'Arvigna, dans la vallée du Douctouyre, comprend une grande et belle maison, précédée d'une allée, flanquée d'une échauguette dans sa partie haute, assortie d'un parc arboré sur sa façade arrière. À qui cette maison a-t-elle bien pu appartenir dans le passé ? C'est afin de tenter de répondre à une telle question que j'ai consulté le compoix d'Arvigna au XVIIe siècle, et le compoix du même Arvigna au XVIIIe siècle.
Voici aujourd'hui la liste des propriétaires enregistrés sur le compoix du XVIIe siècle. Attention, je n'ai conservé dans la liste ci-dessous que les mentions relatives au bâti et à ses entours immédiats.
Petit lexique utile
mazage : hameau
auta : est
cers : ouest
midi : sud
aquilon : nord
solier, sotoul : rez-de-chaussée sans étage
plancher : étage
patu : cour découverte
ferratjat : champ de luzerne
pezeil ou pezein : pisé
canne² : 1,784 m²
Hers : héritiers
baillif : baille, bailli, maire.
1. Le Sieur Jean Roubichou, baillif (vue 28)
Maison en plancher, 49 cannes, pezeil (20 ca), cabanat, sol, aire, jardin, ferratjat.
Confronts : d'auta, Guilhem Mirouze ; cers, ledit Guilhem Mirouze ; midi, la rue ; aquilon, Jean Roubichou Micheau et Jean Sirvent.
2. Maître Pierre Barrière, notaire royal (vue 35).
maison en solier, 72 cannes, sol, aire, jardin, et terre labourable.
Confronts : d'auta, Paul Roubichou Minguet, Jean Roubichou, baillif ; autre Jean Roubichou Micheau, Hers Jeanne Mirouze et Arnaud Mirouze ; cers, la rue publique, Guilhalme Mirouze et Jean et Pierre Barrière, frères ; midi, Jean Roubichou Micheau, Jean Manant, Jean et Pierre Barrière, frères, Jean Roubichou, baillif, et Arnaud Mirouze ; aquilon, la rue publique et Pierre Cabanié, fils de Jean Gros [sic].
3. Jean et Pierre Barrière, frères (vue 41)
Maison en solier, 75 cannes, pezeil, patu, sol, aire, jardin, et terre labourable.
Confronts : d'aouta, Maître Pierre Barrière ; cers, Arnaud Mirouze, et le Sieur Jean Roubichou, baillif ; midi, ledit Roubichou, baillif, et Jean Manant ; aquilon, Maître Pierre Barrière, notaire royal.
4. Pierre Mirouze (vue 46)
Maison en solier, 13 cannes, et patu.
Confronts : d'auta, un égout, passage au milieu servant pour Guilhem Mirouze et autre Guilhem Mirouze ; cers, un sol qui est par indivis avec ledit Pierre Mirouze et Guilhem Mirouze ; midi, la rue ; aquilon, Guilhem Mirouze.
5. Guilhaume Mirouze (vue 49)
Maison en plancher, 12 cannes, et patu, 13 cannes.
Confronts : d'auta, le Sieur Jean Roubichou, baillif, égout et passage au milieu d'eux ; cers, le sol qui est en indivis avec Pierre Mirouze, son frère ; midi, ledit Pierre Mirouze ; aquilon, hers Guilhem Mirouze Juné.
6. Hers de [autre] Guilhaume Mirouze Juné (vue 51)
Maison en solier, 38 cannes, et patu, 3 cannes.
Confronts : d'auta, le Sieur Jean Roubichou et Guilhem Mirouze, égout et passage au milieu d'eux ; cers, le sol qui est par indivis avec Pierre et Guilhem Mirouze ; midi et aquilon, ledit Guilhem Mirouze.
7. Arnaud Mirouze (vue 55)
Maison en solier, 4 cannes, patu et jardin, joignant la maison de Maître Pierre Barrière, notaire royal.
Confronts : d'auta, Jean et Pierre Barrière, frères ; cers, Maître Pierre Barrière, notaire royal ; midi, Jean Roubichou, baillif ; aquilon, ledit Barrière.
8. Guilhalme Mirouze, femme de Gailhaud Cabanié (vue 55)
Maison en solier, 4 cannes, et jardin.
Confronts : d'auta et d'aquilon, Maître Pierre Barrière, notaire royal ; cers, la rue ; midi, Jean Roubichou, baillif.
Nota Bene
Ci-dessus : masures d'une église ; Archives dép. de l'Ariège. Compoix. Arvigna. Arpentement (XVIIe). Document 46J197. Labastide et Aiguilhanes… Arvigna. Vue 51.
A. Les Révérends Pères de la Trinité tiennent à proximité du mazage de Languit une terre labourable où se trouvent les masures, ou ruines d'une église. Celles-ci confrontent d'auta le ruisseau appelé d'En Biosque avec autre ruisseau appelé de Marty ; midi, la rue ; aquilon, la rivière du Douctouyre.
B. Répertorié dans la liste des propriétaires au manage de Languit, Jean Sans, prêtre, vicaire d'Arvigna (vue 53), n'y tient aucune propriété bâtie. Il possède seulement une vigne au hameau de Truffet et dispose également du jardin de l'Hobit [Obit] (vue 54), situé au hameau de Rougé. Le registre d'arpentement indique à cette occasion, de façon peu claire, que « M. le baille d'Arvigna est prié de l'informer [Maître Sans] de ce que la maison presbytérale [illisible] a été donnée à Marguerite Lafargue... » (vue 53). Où était donc cette maison presbytérale, mentionnée dans les pages du compoix consacrées au mazage de Languit ?
Conclusion à ce stade
Le mazage de Languit ne comprend au XVIIe siècle que deux maisons en plancher : 1. Maison en plancher du Sieur Jean Roubichou, baillif ; 2. Maison en plancher de Guilhaume Mirouze (vue 49).
Les trois plus grandes maisons du mazage sont celles de 1. Jean et Pierre Barrière (vue 41) : 75 cannes ; 2. Maître Pierre Barrière, notaire royal (vue 35) : 72 cannes ; du Sieur Jean Roubichou, baillif (vue 28) : 49 cannes.
Ci-dessus : vue aérienne de Languit aujourd'hui.
La maison que l'on recherche ici, la grande et belle maison flanquée d'une échauguette sans sa partie haute, se trouve probablement parmi les trois ci-dessus, ou peut-être encore constitue-t-elle l'avatar d'une bâtisse plus ancienne dans laquelle deux ou trois des feux listés ci-dessus se sont établis ensuite de façon contiguë ou proche.
À suivre. L'enquête continue au XVIIIe siècle...
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1. Archives dép. de l'Ariège. Compoix. Arvigna. Arpentement (XVIIe). Document 46J197. Labastide et Aiguilhanes… Arvigna (à partir de la vue 26). Mazage de Languit : vues 28 à 56.
Ci-dessus : l'église d'Arvigna, vue depuis le château, en mode « Mesochrome 160 ».
J'ai publié, au fil du temps, une petite suite d'articles dédiés au village d'Arvigna, dans la vallée du Douctouyre. Pour plus de commodité dans la consultation, voici la liste des liens correspondants :
Ci-dessus : Le Publiciste de la République française, n° 208, du 5 juin 1793. Par Marat, l'Ami du Peuple, député à la Convention. De l'Imprimerie de Marat. Paris.
Le slogan du Publiciste est emprunté à Horace (65 av. J.-C - 8 av. J.-C.), in De l'art poétique, ou Épître aux Pisons, II, v. 201. Ut redeat miseris, abeat Fortuna superbis. « Qu'elle soit rendue aux misérables, la Fortune, et enlevée aux superbes. »
Menaces aux frontières, effondrement de l'assignat, inflation, vie chère, récession et travail rare... Le 31 mai 1793, les pétitionnaires des sections et de la Commune se présentent à la barre de l'Assemblée. La foule occupe les abords du bâtiment.
Ci-dessus : Fulchran Jean Harriet, dessinateur (élève de David), Jean Joseph François Tassaert, graveur. Le 31 mai 1793.
Le même jour, Marat tient à l'Assemblée le discours ci-dessous, discours reproduit par ses soins dans le Publiciste du 5 juin :
« Lorsqu’un peuple libre a confié l’exercice de ses pouvoirs, le maintien de ses droits et de ses intérêts à des mandataires choisis par lui, tandis qu’ils sont fidèles à leurs devoirs, il doit sans contredit s’en rapporter à eux, respecter leurs décrets, et les maintenir dans le paisible exercice de leurs fonctions. Mais lorsque ces mandataires abusent continuellement de sa confiance, lorsqu’ils trafiquent de ses droits, trahissent ses intérêts, qu’ils le dépouillent, le vexent, l’oppriment et qu’ils machinent sa perte : alors le peuple doit leur retirer ses pouvoirs, déployer sa force pour les faire rentrer dans le devoir, punir les traîtres et se sauver lui-même.
Citoyens, vous n’avez plus de ressource que dans votre énergie, présentez à la Convention une adresse pour demander la punition des députés infidèles de la nation, restez levés et ne posez les armes qu’après l’avoir obtenue. » (1)
Quand Marat tient un discours aussi radical, la Convention tremble !
Le président de l'Assemblée questionne : « Un peuple trahi et soulevé contre les traîtres ne doit-il pas s’en rapporter uniquement à ses magistrats et n’employer que des moyens légaux pour se rendre justice ? »
Marat n'aura pas le temps de faire montre de sa capacité de mettre en œuvre la réponse à une telle question. À partir du 3 juin, trop malade, il ne paraît plus à la Convention. Le 13 juillet, il est assassiné par Charlotte Corday.