Christine Belcikowski

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Charles Addams. Le Styx

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The River Styx. Cartoon for The New Yorker, published November 7, 1953, with their copyright stamps and notations on verso. Watercolor, ink and wash on board. 305x343 mm; 12x13 1/2 inches, on 15x19 1/4-inch board. Signed Chas Addams, [Charles Addams], in lower left image. Cf. Christine Belcikowski. Styx et contrainte magique du serment. Le sort de l’écrivain.

Analogies. Fontaines

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Ci-dessus, de gauche à droite : 1. Hubert Robert. L'abreuvoir (détail). 1804. Musée Cognacq-Jay. 2. À Mirepoix, vestige de la fontaine de la Nation, qui date de novembre 1790. Cf. Fontaines de Mirepoix – Fontaine de Rousset, fontaine de la Nation

« La poétique des ruines fait advenir le passé dans le présent. » (1), observe Charlotte Guichard dans La griffe du peintre. La poétique des ruines fournit ici comme ailleurs l'une de ces « images dialectiques » dont Walter Benjamin dit dans Paris Capitale du XXe siècle. Le livre des passages qu'elles sont « ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair pour former une constellation », i.e. une image de ce qui advient sur le mode de la ruine à la fois comme survivance de l’Autrefois et comme avenir du Maintenant. (2)

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1. Charlotte Guichard. La griffe du peintre, p. 152. Seuil. 2018.

2. Cf. Christine Belcikowski. De Mirepoix à Pamiers, on change de pays – 3. Quand l’Autrefois rencontre le Maintenant, ou l’étincelle dialectique.

Au château de Léran, en songe

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« Nous galopâmes longtemps, jusqu'à ce que ce rêve en devint un autre, se fondit en lui sans coupure ; et le sable embrasé où j'avais trouvé ce cheval d'émir aboutit au gazon frais de notre château d'enfance.

Ce château est entouré d'une terrasse toujours verte. C'est là que le cheval s'arrêta. Un peu d'écume, en tombant, étoila l'herbe rase et ce furent... les pâquerettes que je ramassais jadis.

Une odeur saine de nature montait du pelage et du gazon foulé. Je me laissai glisser de ma selle ; l'odeur partit comme un oiseau. Ma main crut encore serrer la bride. Mais déjà il n'y avait rien ; le cheval n'était plus là...

Je me retrouvai seule, les membres encore tremblants de la course, tout contre le château, là où le mur du midi semble un peu doré, là où s'ouvrent, tout en bas, les boutons du Bengale, et tout en l'air les trois fenêtres de ma première et tant belle chambre.

« Tout est pareil », me dis-je... Mais à peine l'avais-je pensé, qu'un changement commença.

Avec la rapidité et les mouvements secs des machineries de théâtre, un grand entonnoir se creusa dans le sol de la terrasse, vers l'angle, là où le donjon s'élève du rocher.

Pendant cette transformation, le sol alentour se souleva comme une étoffe. Dans le creux apparurent les couleurs du prisme, tremblantes et moirées. La plupart se dissipèrent et il n'en resta que trois, le bleu, le rose et le safran, avec la qualité exacte des tons que leur donnait l'Angelico dans ses peintures. À tel point que son nom me vint aux lèvres.

Quelque chose se préparait sous ces couleurs, et sans doute par elles.

Je les vis s'épaissir, tournoyer, puis se diviser en formes exquises qui tenaient le milieu entre la peinture et la vie. Ni garçons, ni filles, anges des paradis peints, ces êtres se groupèrent autour d'un grand oranger qui venait de naître avec eux et qui seul possédait des teintes naturelles. Il était garni en arbre de Noël, avec beaucoup de bougies allumées entre les oranges, des fils d'argent et des guirlandes diamantées. De menus paquets ficelés, suspendus à l'extrême bout des branches, m'inspiraient envie et curiosité.

Les créatures aux robes peintes firent une ronde autour de l'arbre. Les mains et les pieds étroits étaient agiles, mais les visages gardaient une immobilité d'émail.

Des chants s'élevèrent : ces êtres chantaient à bouches closes. J'en étais certaine, c'était bien d'eux qu'émanaient les voix. Ils ne paraissaient ni heureux ni tristes, ces deux mots n'avaient pas de sens autour de cet arbre, et les voix, qui chantaient en latin un air d'église, répandaient des ondes de tranquillité.

Dans le creux où tout cela venait de naître, la terre brillait, devenue blanche, sans rayonner du froid. Je pensai au givre artificiel dont on parsème les crèches. Et toutes les apparences de cette petite « cour céleste » correspondaient à son chant perlé, à son chant glacé.

Comme tout à l'heure pour les spahis, nulle différence ne marquait les figures. Liées en guirlandes, elles se ressemblaient comme des fleurs. Dans la poudre blanche, leurs pieds laissaient des empreintes d'oiseaux. Le château lui-même semblait prendre plaisir à regarder la ronde, par ses fenêtres entr'ouvertes.

Et voici qu'en levant la tête je m'aperçus que la façade — solitaire auparavant — s'était garnie de visages. Je retrouvais de vieilles personnes rajeunies par ce Noël solaire et qui m'apparaissaient, à ces croisées, avec les aspects et les modes qu'aux jours de mon enfance je leur avais connus. Il y avait là des religieuses qui m'avaient appris à lire, l'archiviste qui me donnait des bonbons, plusieurs dames du village et des petites villes d'alentour, accompagnées de leurs fils disparus à la grande guerre. Du salon de compagnie me regardaient deux vieilles demoiselles aux visages enfarinés, aux perruques d'astrakan, qui venaient toujours « nous rendre visite pour la bonne année ». À cette fenêtre elles minaudaient comme par le passé, mais bien plus gaiement, et elles agitaient vers l'oranger les mêmes mouchoirs de cérémonie, brodés dans leur jeunesse et qu'elles arboraient trois fois l'an.

Toutes ces personnes, à ma souvenance, étaient venues souvent au château, quand il n'était pas encore, pour elles, question de mourir... Elles étaient bien pareilles à leur ancien temps ; un peu plus émaciées peut-être. Toutes regardaient l'arbre et souriaient.

Et moi, je regardais, je regardais les fenêtres, en haut surtout, vers les plus chères des chambres.

Mais les seuls visages que j'appelais ne se montrèrent pas et, sans que fût changé l'air serein, tout le château s'embua par mes propres yeux. »

Ci-dessus : extrait de « Noël d'été », in Lumière cendrée, de Claude Silve sive Philomène de Lévis Mirepoix. Librairie des Champs-Éysées. Paris. 1941.

La barque de Thésée

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Τὸ δὲ πλοῖον ἐν ᾧ μετὰ τῶν ἠιθέων ἔπλευσε καὶ πάλιν ἐσώθη, τὴν τριακόντορον, ἄχρι τῶν Δημητρίου τοῦ Φαληρέως χρόνων διεφύλαττον οἱ Ἀθηναῖοι, τὰ μὲν παλαιὰ τῶν ξύλων ὑφαιροῦντες, ἄλλα δ´ ἐμβάλλοντες ἰσχυρὰ καὶ συμπηγνύντες οὕτως, ὥστε καὶ τοῖς φιλοσόφοις εἰς τὸν αὐξόμενον λόγον ἀμφιδοξούμενον παράδειγμα τὸ πλοῖον εἶναι, τῶν μὲν ὡς τὸ αὐτό, τῶν δ´ ὡς οὐ τὸ αὐτὸ διαμένοι λεγόντων.

C'est Plutarque, dans sa Vie des hommes illutres, qui évoque le problème dit « de la barque de Thésée ».

« Le bateau sur lequel Thésée s'était embarqué avec les autres jeunes gens, et qu'il ramena heureusement à Athènes, était une galère à trente rames, que les Athéniens conservèrent jusqu'au temps de Démétrios de Phalère (1). Ils en ôtaient les vieilles pièces, à mesure qu'elles tombaient en ruine, et les remplaçaient par des neuves qu'ils joignaient solidement aux anciennes. Aussi les philosophes, dans leurs disputes sur la nature des choses dont on remplace les pièces anciennes par des pièces nouvelles, citent ce navire comme un exemple de doute, et soutiennent les uns que c'était toujours le même bateau, les autres que c'était un bateau différent. »(2)

Qu'en est-il de ce bateau une fois qu'un jour, toutes les pièces en ont été remplacées ? S'agit-il encore du même bateau ? ou d'un bateau différent ? Là réside, en matière d'ontologie de l'objet, le problème philosophique que pose la restauration du patrimoine.

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1. Démétrios de Phalère (ca 360 av. J.-C. ; 282 av. J.-C.), orateur et homme d'État athénien.

2. Plutarque. Vie des hommes illustres. Tome I. Thésée. XXI. [23] (1).

Prêter attention aux mots, selon Thom Satterlee

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Dans Le double était parfait, polar étonnant, signé par le poète et traducteur américain Thom Satterlee, Daniel Peters, qui est américain et qui travaille depuis vingt au Danemark à l'établissement d'une traduction scientifique de l'œuvre du philosophe danois Søren Kierkegaard, parle de sa passion des mots. N'est-ce pas là, au plus près, une description du travail du poète ?

« Le travail que j'aime... prêter attention aux mots, entendre ce qu’ils disent et rendre ce qu’ils signifient, ce qu’ils pourraient signifier ou ce que vraisemblablement ils signifieraient en anglais plutôt qu’en danois ; dans un certain sens, ce que les mots signifient, au-delà des deux langues, fait partie d’un autre langage plus essentiel, qui est comme un océan dans lequel je jette mes rets pour en sortir des mots, en en rejetant certains et en en gardant d’autres ; et je fais cela encore et encore dans ma tête, jusqu’à ce que des phrases entières composées des mots justes se forment avec un rythme qui les tient comme un câble tendu… » (1)

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Thom Satterlee. Le double était parfait. « Titre original (États-Unis) : The Stages. 2013. Crooked Lane Books. New York. Édition française : Calmann-Lévy. Paris. 2019.

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