Christine Belcikowski

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Filles folles

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Filles folles, feuilles mortes,
qui courez à perdre haleine,
filles folles,
dans les rues balayées par l’autan,
folles mortes,
où allez-vous ainsi au mitan de l’automne ?
Les morts, les sages morts,
reposent au pied des chrysanthèmes
sous la terre.
Mais vous, les filles mortes,
d’où vient que vous dansiez encore
sur les cours de la petite ville
comme sur le pont du Nord ?
L'autan a dénoué depuis longtemps déjà
vos ceintures dorées.
D’où vient que vous voliez encore
dans le grand ciel,
comme font les oiseaux migrateurs ?
Nos pieds ont écrasé depuis longtemps déjà
vos ailes frémissantes.
D'ou vient qu'on aille ainsi, emporté par la danse,
sur des chemins de hasard,
qui ne mènent dans le vaste monde
nulle part ?

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L'image manquante

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Il est clair que derrière le rideau, comme on dit, qui recouvre le fond des choses il n’y a rien à voir, à moins que nous ne nous présentions nous-mêmes derrière lui, pour qu’il y ait quelque chose à voir. (1)

L’image manquante
c’est l’image qui flambe là-bas
sur les hauteurs du rêve
et dont tu te souviens seulement que tu l’as vue un jour,
il y a longtemps,
mais ta pensée ne la voit pas,
tes mots non plus ne la voient pas,
et tu photographies des ombres seulement,
des riens
— les riens ne brûlent pas —
tu en tires des images pauvres,
des images de hasard,
qui sont sans feu ni lieu ;
mais n'est-ce pas là le sort de toute image
en ce monde
que de rester manquante,
d'être sans feu ni lieu ?

À lire aussi :
1. Christine Belcikowski. Quand la photographie tend vers l’art pauvre – Du je ne sais quoi de la chose au presque rien du geste photographique – 1. Finestra, freccia, fessura – Ut pictura, photographia ?.

2. Christine Belcikowski. La corne d'or

La corne d'or et la felouque
abandonnaient la rive d’abondance
et la vie lente,
dérivant
à la merci des Avaleurs,
des Boutefeux, des Malotrus,
ex-turlupins saisis un jour par la manie dératisante.

La corne d'or et la felouque
lentement
coulaient dans la profondeur ubiquiste,
poissons pâles,
urnes post-atlantide,
coulaient dans la profondeur électrique
des livings,
cuisines, chambres, oubliettes,
où vivent les Croyants de quadrangulation.

Passée la Porte du Sublime,
les icônes dédorées perdent le secret de la Gloire.
Chromos sur le mur
jaunissent
comme coings.

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1. Hegel. Phénoménologie de l'esprit, III, § 100.

Quand Léopold Sédar Senghor parle d'Antoine de Lévis Mirepoix, historien

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senghor_levis.jpg

De gauche à droite : 1. Antoine Pierre Marie François Joseph de Lévis Mirepoix (1884-1981) ; 2. Léopold Sédar Senghor (1906-2001)

Le 29 mars 1984, Léopold Sédar Senghor est reçu à l'Académie française. Conformément à la tradition académique de l'éloge, il consacre son discours de réception à l'œuvre d'Antoine de Lévis Mirepoix, qui a été son prédécesseur au seizième fauteuil. L'oeuvre d'Antoine de Lévis historien fait dans ce discours l'objet d'une analyse brillante, nourrie par le souci d'en définir la méthode et l'esprit.

Lire la suite de Quand Léopold Sédar Senghor parle d'Antoine de Lévis Mirepoix, historien

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

Cadran

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Cadran,
série de fentes qui rayonnent dans le tronc des vieux arbres
à partir du centre,
dixit l’Encyclopédie,
cadran,
série de fentes qu’on voit seulement dans le tronc des vieux arbres
après qu’on les a coupés,
cadran,
nocturnal des arbres qui meurent,
cadran,
horloge de la profondeur du temps,
cadran,
dont les fentes sont les aiguilles,
cadran,
dont les aiguilles désignent les quatre fantastiques,
le ciel, la terre,
les dieux, les mortels,
cadran,
figure de l’attente tendue
du vif, qui vient à passer
sans qu’on en connaisse ni le jour ni l’heure ;
d’où vient qu’aujourd’hui me remène
ce mot de François de La Nouë ?
Le meilleur moyen pour passer seurement sans dommage,
c'est de porter avec soy le quadran, qui est la prudence,
& la carte, qui sont les beaux préceptes qui descouvrent le vray & le faux.
 (1)
C’était en 1587, au temps des Guerres de Religion.

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François de La Noue. Discours politiques et militaires. Nouvellement recueillis …, p. 503. À Basle. De l'imprimerie de François Forest. 1587.

L'automne, en ses repeints

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Chanci, l’été fait ventre
dans son cadre disjoint.
L’automne, en ses repeints,
inflige à la nudité du grand ciel
l’outrage d’un manteau de nuées.
Dieu, que le paysage est sombre
et que ces repeints sont vilains !
Noé, nu dans l’ivresse,
couve sous le manteau le rougeoiement discret de l’image manquante.
Le vent mauvais plaque ici sur nos yeux
des mains de feuilles mortes.
Quand verrons-nous plus clair ?

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