Christine Belcikowski

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Des cheveux blancs de gorgones

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Sous le lampadaire, avant l’aube, les arbres ont des cheveux blancs de gorgones,
— on dirait de ces coraux blancs, signe des temps,
que j’ai vus au Vietnam, dans la baie de Nha Trang —,
des cheveux de fantômes,
ou encore de ces cheveux d’ange qu’on voyait sur les arbres de Noël de l'enfance,
et qui me font souvenir des vermicelles du potage,
quand nous dînions le soir sous la lampe.
Parmi ces chevelures, ressurgies de quels limbes ambigus ?
une toison noire, dense,
celle d'un pin refermé sur sa propre ténèbre
et qui penche,
insoucieux de l'éclat dont se parent,
au bois lacté,
un pylône, le clocher, une étoile,
patients précurseurs d'un jour neuf, près de poindre.

Choses vues de ma fenêtre. 18 septembre 2020. 6h AM. Mirepoix

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Des impostes décorées

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Rêves sur le matin, comme des formations nuageuses.
Au-dessus des portes, des impostes décorées ornent le salon de musique.

Quoy ? qu'est ce ? ô vans, ô nuës, ô l'orage ! (1)
Étienne de La Boétie, filiforme gentilhomme,
parle de poésie, de la sienne,
qu’il tient serrée contre son cœur, dans une boîte d’ébonite.
D'ébonite, oui, oui ! Ici, l'on rêve,
et en rêve sensément, les mots rêvent.
La cassette est bien close, mais il dit son poème
à haute et claire voix.
Allez, allez faire peur au marchand
Qui dans la mer les thresors va cherchant.
 (2)
Il y a des sirènes qui ondulent dans le décor des impostes.

Une dame s'annonce, gironde,
précédée d’aigrettes blanches qui vibrent dans sa chevelure
et déclenchent au passage des éclairs électriques.
S'agit-il là de Marguerite ?
C'est le nom bienheureux dont sa Dame est nommée
Et qui, maugré les ans, de vivre est asseuré,
Au point qu'il faut qu'un jour ses nepveux,
Soit hyver, soit esté, sans faveur du printemps,
Voyent dans le papier fleurir la Marguerite.
 (2)

Elle avise l'ami d'Étienne, le carissimo Michel de Montaigne,
Michou, pour les intimes,
qui se tient dans un fauteuil sombre,
l'air chagrin, le corps las.

— Eh ! oui, j'ai mon caillou.
La pierre, Madame, est chose étrange à la nature,
dit le triste Tire-Vit (3).
— Vous mangez trop de viande et d'huîtres !
Mais Dieu calcule aussi, et pendant ce temps-là
cahin-caillou, caillou surtout, le monde se fait !
— On sait, Madame.
Le monde est branloire pérenne,
et les cailloux qui roulent, on a beau courir vite,
un jour ils nous rattrapent et ils marchent sur nous.

Une porte s'ouvre dans le mur, à côté du piano.
Un piano, oui, oui. Ici, l'on rêve.
Le vilain marquis de Sade, vieillard emperruqué,
on dirait de Voltaire,
paraît dans la porte, ouverte à deux battants,
et, d'un clin d'œil aigu,
il invite la raisonneuse à le suivre dans la profondeur d'un couloir pavé de carreaux noirs et blancs.
Ils semblent dans leur fuite rapide
figures psychédéliques d'un jeu d'échec sous acide.

Le couloir débouche dans le manège du Hofburg, à Vienne.
Hormis les chevaux,
qui se dressent comme des statues de marbre
personne dans le manège,
nulle voix.

Là-bas dans le salon de musique,
Étienne de La Boétie,
toujours serrant sa boîte en ébonite sur son cœur,
va proférant des mots d'amour,
sans voir que sa Dame est partie
et que Michou, le pauvre graveleux, s'est endormi.
Ma dame tu le sçais, ou si mon temps je pers
Tels qu'ils sont, ils sont tiens : tu m'as dicté mes vers,
Tu les as faits en moy, et puis je te les donne.
 (4)

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1. Étienne de La Boétie. Œuvres complètes, réunies pour la première fois et publiées avec des notes, par Léon Feugère. Jules Delalain. Paris. 1846. Quoy ? qu'est ce ? ô vans, ô nuës, ô l'orage ! ». « Quoi ? qu'est-ce ? ô vents, ô nues, ô l'orage !

2. Étienne de La Boétie. Œuvres complètes. « Allez, allez faire peur au marchand / Qui dans la mer les trésors va cherchant ». « C'est le nom bienheureux dont sa Dame est nommée / Et qui, malgré les ans, de vivre est assuré, / Au point qu'il faut qu'un jour ses neveux, / Soit hiver, soit été, sans faveur du printemps, / Voient dans le papier fleurir la Marguerite. »

3. Au XVIe siècle, certains des malades de la pierre se voient affubler du surnom de Tire-Vit, et c'est dans cet état qu'ils confient leur destin au chirurgien. « En 1566, le frère de Jean Collot, nommé Laurent, fit à Paris l'extraction de trois pierres contenues dans la vessie. Le malade tirait fréquemment sur sa verge et de là lui vint son surnom de Tire-vit. Car la qualité expultrice de la vessie, voire de tout le corps, s'efforçait de rejeter ce qui lui nuisait et causait ainsi un certain aiguillonnement à l'extrémité de la verge (comme cela se produit ordinairement chez ceux qui ont du sable ou des pierres dans les voies urinaires ». In Ambroise Paré. Œuvres complètes, remises en ordre et en français moderne par R.-H. Guerrand et Fernande de Bissy. Union Latine d'éditions. Paris. 1976. Volume 3. Livre 25. Chapitre 15, pp. 1042.

4. Étienne de La Boétie. Œuvres complètes.

Vu par Georg Wilhelm Friedrich Hegel et par Michel Foucault, le Neveu de Rameau

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En la personne de Jean François Rameau, Hegel et Michel Foucault ne s'intéressent pas à l'homme historique, mais au personnage que Diderot met en scène dans Le Neveu de Rameau et qui s'y trouve désigné par le pronom « Lui ».

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Au port du Somail, près de Saint-Nazaire-d'Aude

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6 septembre 2020. 11 heures du matin. Vue du port du Somail. Beau soleil et grand vent. On se croirait au bord de la mer.

Situé au bord de l'ancien Canal Royal du Languedoc — aujourd'hui Canal du Midi —, entre l'écluse d'Argens et celle de Cesse (Sallèles-d'Aude), le Somail, hameau dépendant tout à la fois de Saint-Nazaire-d'Aude, de Ginestas, et de Sallèles-d'Aude, constituait jadis pour les passagers de la barque de poste une étape de « couchée », ou de nuitée. Il s'agissait là de la troisième étape à partir de Toulouse vers Sète, et de la deuxième à partir d'Agde vers Toulouse. Le site du Somail abrite aujourd'hui encore d'anciens magasins, jadis dévolus au chargement, déchargement ou stockage des marchandises ; l'auberge d'antan, qui subsiste à peu près inchangée depuis 1773 et qui demeure en activité ; une ancienne glacière ; une chapelle, construite entre 1684 et 1693, agrandie en 1842, destinée aux marins et aux passagers. Le port accueille de nos jours une flotille de bateaux destinés à la promenade sur le Canal. Quelques restaurants, une grande librairie spécialisée dans la vente de livres anciens, et un petit marché, le dimanche, ajoutent au charme du lieu.

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Sur le Canal, petit pont à dos d'âne, à voûte en anse de panier, dont la contruction date du temps de Pierre Pol Riquet. Au bout du pont, à droite sur l'image, la chapelle.

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Vue du Canal depuis le petit pont à dos d'âne.

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Autre vue du Canal depuis le même pont.

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Originellement incluse dans un magasin du Canal, unique survivante de celles qui existaient autrefois sur d'autres sites d'étape, la glacière, dans laquelle on conservait des blocs de glace acheminés à dos d'âne ou de mulet depuis les Pyrénées.

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Visible sur le pont, apposée sur la façade latérale de la chapelle, plaque commémorative du passage de Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, qui a été de 1785 à 1789 ambassadeur de son pays auprès de la France.

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Vue de la façade principale de la chapelle.

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L'intérieur de la chapelle déçoit. Il ne reste rien de son aménagement premier.

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Dans la chapelle, un lustre.

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Autre vue du petit pont à dos d'âne.

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Entrée de la Librairie Ancienne, aux « 50 000 livres ».

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Au restaurant, on partage le plaisir du moment avec les oies, qui vaguent ça et là au bord des tables, en toute liberté.

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Les canards sont aussi de la fête.

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Un peu plus loin sur le Canal, un autre pont dont les ailes cintrées, typiques de l'architecture du XVIIIe siècle, ressemblent à celles du pont sur l'Hers, bâti entre 1779 et 1789 à Mirepoix (Ariège) sur un modèle fourni par Jean Rodolphe Perronet, fondateur et premier directeur de l’École des ponts et chaussées en 1775.

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Sous le pont du XVIIIe siècle.

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Barge de service et drague, baptisée « La Goulue ».

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Bateau de promenade et plants de chênes verts, nouvellement installés au bord du Canal en lieu et place des platanes qui ont été abattus pour cause de maladie.

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Derrière le Somail, vignes à perte de vue. La vendange ne va pas tarder.

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Vu par Louis Sébastien Mercier, Jacques Cazotte et Denis Diderot, le neveu de Rameau

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Jean François Rameau, fils d'un organiste de Dijon, né le 30 janvier 1716, mort le 7 février 1777 à Armentières, est le neveu du célèbre compositeur Jean Philippe Rameau. Personnage excentrique qui hantait le quartier du Palais-Royal et le café de la Régence, il a suscité l'intérêt, parfois la compassion, de Louis Sébastien Mercier, Jacques Cazotte et Denis Diderot. Il était né « plein de chant », dit Jacques Cazotte.

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