Christine Belcikowski

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Dans la ville moche

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Dans la ville moche,
latrine des chiens,
le diable en rit encore,
on lui a piqué son idée :
bassin et stratégie de bassin !
Point le bassin des pauvres,
celui dont se chargeait jadis l'humble confrérie de la Miséricorde,
mais le Bassin Versant Visuel,
comme disent les urbanistes, qui ont la bouche en cul de poule,
— Saint Bassin Versant Visuel, priez pour nous ! —
le bassin qu’on a meublé, de mille et une façons,
façons d'aménagement qui en jette, façon de kitsch post-moderne,
— la Nature a horreur du Vide —
encombré, impedimenté,
de poubelles à n’importe quoi et à crottes de chien,
de panneaux de signalisation qui vous TRUMPent les photos,
de places marquées au sol, templa d’annonce nouvelle,
d’enseignes et de néons, de chaises, de tables, de lampions,
de pots de fleurs qui se balancent, remplis de pétunias,
de jardinières en rondins, façon Canada,
de plaques en lave émaillée, montées sur échasses,
qui fournissent, dit-on, à l'Interprétation
du Patrimoine Local ! — oh ! la bouche en cul de poule ! —
et maintenant que Noël approche,
d'un sapin en fer qui ressemble à un squelette, le jour, quand il est éteint,
de guirlandes de leds entortillées autour de ce qui reste du corps martyrisé des arbres
— des troncs, de tristes troncs —
auxquels on a coupé tous les bras !
Et vous, comment vous porteriez-vous
si l'on vous coupait les bras tous les ans ?

Heureusement il y a eu encore cet automne
des grillons qui rentraient dans nos maisons
— j'en ai eu trois, qui chantaient toutes les nuits dans la cuisine endormie
et qui venaient manger de la salade dans une assiette
pieusement laissée à leur intention.
Et il y a encore des feuilles mortes qui rient et chantent sous nos pas
et qui courent comme des petites folles quand le vent se lève.
Et il y a aussi, partout, l'antique odeur du feu de bois.
Dieu merci, sous ses airs de cagole marcandière,
la petite ville n'a point perdu de son charme
d'antan,
ni la cathédrale, du mystère
de son Minotaure invisible.
Non vulganda concilia prudens...

À Mirepoix, un certain Rabinel-Calzan lors de la fête de la déesse Raison

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Ci-dessus : Jean Baptiste Milhaud, député de la Convention, dans son uniforme de représentant du peuple aux armées. D'abord attribué à Jacques Louis David, ce tableau l'est maintenant à Jean François Garneray (1755-1837), élève de David.

« Milhaud, Soubrany, Chaudron-Rousseau, terrorisèrent le département de l'Ariège et abolirent le culte complètement. Ils expédièrent beaucoup de victimes au tribunal de Paris. Chaudron-Rousseau fut un persécuteur aussi acharné que Monestier et Dartigoyte. »

1. Milhaud, Soubrany, Chaudron-Rousseau, missionnaires de l'abolition du culte catholique et promoteurs du culte de la Raison

Ancien élève de l'École nationale supérieure du génie maritime, sous-lieutenant dans un régiment colonial en 1790, élu député du Cantal, régicide, Édouard Jean Baptiste Milhaud, dit Cumin (1) Milhaud (1766-1833) est envoyé le 9 nivôse an II (29 décembre 1793) à l'armée des Pyrénées orientales, d'où il sévit alors en Ariège et dans la Haute-Garonne. Il épouse le 9 juillet 1794 Marie Anne Lignères. Rallié ensuite à Napoléon Bonaparte, nommé général, puis comte d'Empire. Le 24 décembre 1824, il épouse en secondes noces Louise Admirat. En 1830, il se rallie à Louis-Philippe.

Fils d'Amable Soubrany de Verrières, trésorier général de France à Riom, Pierre Amable Soubrany de Macholles (1752-1795), dit Soubrany, ancien du régiment Royal-Dragons, régicide, est nommé le 9 nivôse an II (29 décembre 1793) représentant en mission à l'armée des Pyrénées-Orientales, d'où il sévit en Ariège et dans la Haute-Garonne. Après la chute de Robespierre, accusé de participation à l'insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795) et condamné à mort, il se suicide et il est guillotiné déjà défunt.

Initialement agriculteur, marié à Catherine Rousseau, élu député de la Haute-Marne, Guillaume Chaudron dit Guillaume Chaudron-Rousseau (1752-1816), est envoyé en mission dans les Pyrénées-Orientales et dans la Haute-Garonne en mars 1793, d'où il sévit également en Ariège. Arrêté après la chute de Robespierre, amnistié le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), il retourne ensuite à l'anonymat, dans sa Haute-Marne natale.

Pierre Laurent Monestier (1755-1796), dit Monestier de la Lozère, avocat, élu député de la Lozère le 5 septembre 1791, est envoyé en mission le 9 nivôse an II (29 décembre 1793) dans le Lot-et-Garonne et dans les Landes. Il achète le château et les terres de l'ancienne seigneurie d'Onet (2), vendus alors au titre des biens nationaux. Devenu commissaire du Directoire, il épouse le 5 prairial an III (24 mai 1795) une aristocrate (3). Il meurt en 1796 à Tarbes, au retour des eaux de Barèges.

Né à Mugron (Landes), avocat, élu député des Landes, régicide, Pierre Arnaud Dartigoyte, ou Dartigoeyte (1763-1812) est nommé le 31 mai 1793 représentant en mission à Bordeaux, puis envoyé dans le département du Gers pour faire appliquer le décret du 9 fructidor an I (26 août 1793) sur la levée en masse, mission qui sera renouvelée le 2 frimaire an II (22 novembre 1793), et qu'il accomplit avec une rigueur exceptionnelle. Accusé de dilapidation et de dépravation des mœurs après la chute de Robespierre, il est brièvement emprisonné. Il épouse le 21 mars 1795 une aristocrate (4). Amnistié le 15 vendémiaire an IV (7 octobre 1795), il se retire avec son épouse dans les Landes.

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Ci-dessus : porte d'entrée ogivale du château d'Onet, ancienne propriété du Chapitre de Rodez.

2. Préparation de la fête de la Raison du 20 pluviôse an II (8 février 1794) à Toulouse

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Ci-dessus : fête de la Raison célébrée le décadi 20 brumaire de l'an II dans l'église Notre Dame de Paris. On ne trouve point d'images de la fête de la Raison du décadi 20 pluviôse an II (8 février 1794) à Toulouse.

Ensemble, les différents missionnaires mentionnés ci-dessus travaillent à promouvoir, en autres, le processus de déchristianisation impulsé par la Convention. Ils encouragent à cet effet l'organisation de fêtes de la Raison dans chacun des départements dont ils sont responsables. Voici, par exemple, comment le club des Jacobins de Toulouse prépare la fête qui se donnera le décadi 20 pluviôse (8 février 1794).

Le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), les Jacobins de Toulouse reçoivent une lettre du représentant en mission Paganel (5), qui attise leur zèle anticatholique.

« 18 frimaire. — « La Société des Jacobins, adoptant le rapport des commissaires, arrête que l'église ci-devant métropole Saint Étienne sera le lieu où sera élevé le temple de la Raison. Une députation des artistes du théâtre de la Liberté vient offrir ses services pour la célébration de cette fête.

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Ci-dessus : vue de la nef de la cathédrale Saint Étienne à Toulouse, aujourd'hui. Reste à imaginer la mise en œuvre de la fête de la Raison dans cette nef prestigieuse.

« 21 frimaire. Un membre propose et fait voter « que, dans les circonstances des notions ou des rapports philosophiques et supérieurs à la portée des vrais sans-culottes, on fasse de suite passer à l'ordre du jour, le peuple venant à nos séances pour s'instruire et non pour entendre des discussions qu'il ne convient point d'entendre ». Cet arrêté fut rapporté le 22, comme injurieux pour le peuple, et parce que « la vraie philosophie règne dans tous les cœurs ». Dans la même séance, on vote la réimpression d'un numéro du Père Duchesne, qu'on vient de lire à haute voix et d'applaudir, comme on le fait pour chaque numéro de cette feuille.
23 frimaire. Proclamation de la commune de Toulouse, prohibant tout culte extérieur et permettant tout culte intérieur. Présentation d'un enfant nouveau-né.
26 frimaire. Un membre prononce un discours sur la religion naturelle.
29 frimaire. La place Saint Étienne prendra le nom de place de la Raison. Nomination de commissaires qui se rendront au théâtre « pour déjouer les intrigants qui empêchent d'applaudir aux traits saillants de patriotisme qui se trouvent dans les pièces patriotiques », par exemple dans L'Arétaphile de Ronsin. Dans la même séance, deux commissaires sont nommés « pour présenter à la commission » l'enfant nouveau-né apporté au club dans la séance du 23.
7 nivôse. Desbarraux (6) annonce une pièce patriotique, Les Rois foudroyés par la Montagne et invite les patriotes à y assister.
19 nivôse. Le représentant en mission Paganel fait un éloge lyrique du discours de Robespierre sur le gouvernement révolutionnaire. Il termine en demandant qu'on s'entende sur un plan de décoration du temple de la Raison.
20 nivôse. Le Comité d'instruction est chargé de préparer des lectures patriotiques pour les cérémonies décadaires.
21 nivôse. La Société avait exclu les prêtres des fonctions publiques. Paganel demande qu'on revienne sur cette exclusion en ce qui concerne les prêtres défroqués, ceux qui avaient vraiment abdiqué. Sa motion est adoptée. »

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Ci-dessus : Jacques René Hébert. Le Père Duchesne, nº 120. De l'imprimerie de Tremblay. Paris. 1792.

« 9 pluviôse. On décide que le Père Duchesne (7) sera lu demain au temple de la Raison.
14 pluviôse. Les directeurs du théâtre annoncent pour le lendemain la première représentation de La Mort de Marat, pièce dramatique. La Société décide qu'elle y assistera.
17 pluviôse. Une citoyenne demande à être du nombre des républicaines que la Société se propose de marier. » (8)

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Ci-dessus : fête de la Raison célébrée le décadi 20 brumaire de l'an II dans l'église Notre Dame de Paris. Une montagne est édifiée dans le chœur ; une actrice personnifie la Liberté ; la Convention vient assister à la cérémonie.

3. Guillaume Chaudron-Rousseau, témoin de la fête de la Raison du 24 ventôse an II (14 mars 1794)à Mirepoix, Ariège

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Ci-dessus : nef de la cathédrale Saint Maurice à Mirepoix aujourd'hui.

« Un ancien receveur des tailles avait commis le crime de ne pas montrer à la fête de la déesse Raison une figure assez illuminée par la joie. Le proconsul déclara, le 24 ventôse an II (14 mars 1794), en avoir eu lui-même la preuve « dans le maintien irrespectueux, dans l'air sec et plein d'arrogance avec lesquels ledit Rabinel-Calzan s'est permis d'assister à cette cérémonie ». Il le condamne à verser deux mille livres pour l'emprunt forcé, en dehors des douze cents qu'il a déjà données, et daigne le mettre seulement en réclusion chez lui, à cause de son âge avancé et de ses infirmités. »

La Bibliothèque nationale conserve une copie de l'arrêté de Chaudron-Rousseau , daté du 24 ventôse an II, « ordonnant à Rabinel-Calzan, ex-receveur des tailles, de verser 3 000 livres et de rester en réclusion chez lui » (10). J'ai demandé une reproduction de ce document, mais celle-ci ne m'est pas encore parvenue. Je ne manquerai de l'ajouter à cet article dès que je l'aurai reçue.

Qui est cedit Rabinel-Calzan, ancien receveur des tailles, d'« âge avancé » et affligé d'« infirmités », qui n'a pas montré "une figure assez illuminée par la joie" lors de la fête de la déesse Raison du 24 ventôse an II (14 mars 1794) à Mirepoix ?

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Ci-dessus : 18 novembre 1709. Mariage de Jean Rabinel et de Jacquette Castres, parents de Jean François Rabinel. Archives dép. de l'Aude. Chalabre. Actes de baptême, mariage, sépulture (1700-1712). Document 100NUM/AC91/GG8. Vue 111.

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Ci-dessus : 3 avril 1720. Baptême de Jean François Rabinel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Paroisse Saint Maurice (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 398.

Il s'agit de Jean François Rabinel, né le 27 mars 1720 à Mirepoix, baptisé le 3 avril, fils de Maître Jean Rabinel conseiller du roi et son receveur des tailles dans le diocèse de Mirepoix, et de Dame Jacquette Castres. On ne lui trouve ni mariage ni descendance. Il n'est pas mort à Mirepoix. Le registre des décès ne comprend aucun acte correspondant. Il serait mort à Paris, dit-on, avant 1799. Mais à Paris, son acte de décès manque, ou a été détruit pendant la Commune..

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Ci-dessus : essai de généalogie de la famille Rabinel ; vue simplifiée. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Le 29 janvier 1793, Jean François Rabinel demande et obtient de la municipalité révolutionnaire le certificat de résidence suivant :

« Certifions que s'appelle Jean François Rabinel Calzan, ci-devant receveur des tailles du ci-devant diocèse de Mirepoix, âgé de soixante-douze ans, taille de cinq pieds trois pouces six lignes [1,70 m environ], cheveux et sourcils gris, portant perruque, les yeux châtains, le nez allongé, la bouche moyenne, menton relevé, front grand, visage plein et allongé ; que ledit Rabinel Calzan demeure actuellement dans la présente ville, maison à lui appartenant, et qu'il y réside ou y a residé sans interruption depuis environ quarante ans. »

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Ci-dessus : pour l'effet de comparaison, même si l'homme semble n'avoir aucun lien de parenté avec nostre Jean François Rabinel, portrait d'Henri Rabinel (Genève, 1731-1808, La Haye).

Le compoix mirapicien de 1766 indique que Jean François tient à cette date, entre autres, deux maisons, correspondant aux numéros 184 (couvert du Midi) et 196 (couvert Saint Antoine) du plan 3, une décharge et une écurie (rue Courlanel) correspondant au numéro 223 du même plan, et la métairie de Rives. Jean Rabinel, son frère puîné, avocat, tient, lui, une maison correspondant au numéro 149 (rue Courlanel) dudit plan (9).

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Ci-dessus : vue actuelle du numéro 184 du plan 3 de 1766. Ancienne propriété de Jean François Rabinel. C'est aujourd'hui la mairie de Mirepoix.

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Ci-dessus : vue actuelle du numéro 196 du plan 3 de 1766. Ancienne propriété de Jean François Rabinel.

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Ci-dessus : vue actuelle du numéro 223 du plan 3 de 1766. Anciennes décharge et écurie de Jean François Rabinel.

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Ci-dessus : localisation de la métairie de Rives, propriété de Jean François Rabinel.

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Ci-dessus : vue actuelle du numéro 149 du plan 3 de 1766. Ancienne propriété de Jean Rabinel, frère puîné de Jean François Rabinel. il s'agit de l'ancien grenier à sel, tenu au mitan du XVIIe siècle par Henri de Calages et Pierre Pol Riquet.

4. Mirepoix, pôle d'attraction des différentes branches de la famille Rabinel

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14 février 1697. Mariage de Jacques Rabinel et de Jeanne Caffarel. Archives dép. de la Haute-Garonne. Revel. Baptêmes, mariages, sépultures (collection communale) 1697-1700. Document GG 5. Vue 17. Concernant la famille Caffarel, qui devient ensuite Caffarelli, cf. Paul Romane-Musculus. « I. Généalogie des Caffarel devenus Caffarelli ». In Annales du Midi. Année 1971. 83-102, pp. 215-224.

Parmi les fils de Jean Rabinel I, receveur des tailles du diocèse de Mirepoix, Jean Rabinel II, qui épouse Jacquette Castres et qui fonde à Mirepoix la lignée Rabinel de Mirepoix, devient receveur des tailles du diocèse de Mirepoix ; Jacques Rabinel, qui épouse catholiquement à Revel (Haute-Garonne) le 14 février 1797 Jeanne Cafarel, baptisée protestante, et qui fonde la lignée Rabinel de Revel, devient avocat à Revel.

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25 février 1770. Mort de Jean Jacques Rabinel de la Prade. Mirepoix (1747-1774). Document 1NUM3/5MI664. Vue 267.

Parmi les fils de Jacques Rabinel et de Jeanne Caffarel, mariés à Revel, Jean Jacques Rabinel, né à Revel, meurt à Mirepoix le 25 février 1770.

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20 juillet 1721. Baptême de Joseph Rabinel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 424.

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2 février 1777. Décès de Joseph Rabinel Merviel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix (1768-1778). Document 1NUM/3E125/3. Vue 184.

Parmi les fils de Jean Rabinel II, receveur des tailles du diocèse de Mirepoix, Jean Rabinel III, mousquetaire du roi, est en 1723 gouverneur de Mirepoix. Jean François Rabinel devient receveur des tailles du diocèse de Mirepoix. Jean Joseph Rabinel devient receveur des tailles du diocèse de Mende, puis receveur des tailles du diocèse de Mirepoix ; il meurt à Mirepoix le 2 février 1777. Étienne Rabinel est en 1749 cornette des dragons au régiment de Lorraine.

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17 fructidor an VII (3 septembre 1799). Décès de Jean Joseph Rabinel Merviel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Décès (1793-An X). Document 1NUM1/5MI667. Vue 464.

Parmi les fils de Joseph Rabinel, Jean Joseph Rabinel Merviel, marié à Marie Reine Philippine Florentine de Frahan, dont il a deux filles, devient chef de brigade de cavalerie à Cambrai (Nord). Il revient à Mirepoix circa 1779 et il y meurt le 17 fructidor an VII (3 septembre 1799) dans sa maison, sise au numéro 197 de la section A. Joseph Hippolyte Rabinel est père de Gabriel Rabinel, né le 2 avril 1788 « de parents inconnus », reconnu plus tard. Héritier de Jean François Rabinel, Joseph Hippolyte Rabinel, dit propriétaire agriculteur pendant la Révolution, puis rentier, épouse à l'âge de 52 ans, le 27 nivôse an XII (18 janvier 1804) à Mirepoix, Elizabeth Arcidet, âgée de 61 ans. L'État de la population de Mirepoix daté d'août 1804 indique que Gabriel Rabinel vit à cette date chez son père, au numéro 29 de la section C, i.e. au bord du Béal, entre le pont de Raillette et le Countirou. On ne sait ce qu'il devient ensuite. Joseph Hippolyte Rabinel meurt le 21 juillet 1816 à Mirepoix, section C nº 122 (ancienne École des Frères), sans autre descendance.

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15 juin 1751. Baptême de Joseph Hippolyte Rabinel. Archives dép. de la Lozère. Mende. Baptêmes, mariages (1751-1754). Document 1 MI EC 095/11. Vue 23.

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2 avril 1788. Baptême d'André Gabriel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Baptêmes, mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 25.

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Ci-dessus : Gabriel Rabinel, 16 ans, fils naturel de Joseph Hippolyte Rabinel. Rôle de la population de Mirepoix en 1804.

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21 juillet 1816. Décès de Joseph Hippolyte Rabinel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Décès (1813-1824). Document 1NUM/4E2361. Vue 149.

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1. Né le 10 juillet 1766, a choisi de substituer à son prénom de baptême le prénom Cumin, associé à la date du 22 messidor an I (10 juillet 1793) dans le calendrier révolutionnaire. L'association de nouveaux prénoms aux dates du calendrier révolutionnaire est l'œuvre de Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Eglantine (1750-1794), natif de Carcassonne.

2. Château situé à Onet-le-Château, commune de l'aire urbaine de Rodez.

3. Marie de Noguès de Gerderest, fille d'Antoine Vincent de Noguès, baron de Gerderest, conseiller au Parlement de Navarre ; divorcée de Jean Arnaud Germain, seigneur d’Abidos.

4. Sophie de Foix Candale, fille de François Henri de Foix Candale (1724-1779), marquis de Cantenac, seigneur de Pedepeyran.

5. Pierre Paganel (1745-1726), ancien curé de Noaillac, élu député du Tarn-et-Garonne, régicide, envoyé en mission dans le Tarn-et-Garonne, est lui-même un prêtre défroqué. Après la chute de Robespierre, il devient chef de division, puis secrétaire général aux Affaires Etrangères, d'où il passe en 1809 à la Chancellerie de la Légion d'Honneur. Exilé après le retour de Louis XVIII, il se réfugie à Liège puis à Bruxelles.

6. Hyacinthe Pellet, dit Desbarreaux, né à Chèzeneuve, Isère) en 1756, a vécu à Toulouse de 1786 à 1828, date de sa mort. À Toulouse, devenu comédien, puis auteur dramatique il ajoute à son patronyme le nom de Desbarreaux en hommage au poète libertin du XVIIe siècle, Jacques Vallée Des Barreaux. À partir de 1789, il devient également directeur d’une manufacture de faïence « anglaise ». Le 22 août 1790, il s'inscrit à la société populaire, fondée en mai 1790 sous le nom de Club des Cent et il en constitue l'un des membres les plus actifs. Partisan du culte républicain, il publie, entre l’an II et l’an VIII, au moins une dizaine de discours, principalement à l’occasion des fêtes décadaires. Soucieux de l’élévation de l’esprit public grâce au théâtre, bientôt institué « régisseur du théâtre de la liberté et de l’égalité », il organise la représentation de pièces patriotiques, payées par l'administration du département, et jouées chaque décadi tout au long de l'an II. Brièvement incarcéré après la chute de Robespierre, il devient membre de l’administration municipale en l’an IV, maire de Toulouse entre le 11 germinal an V (31 mars 1797) et le 1er floréal an VI (20 avril 1798), puis administrateur du département de la Haute-Garonne en l’an VII. Il se ralliera ensuite à l'Empire, puis à Louis XVIII. Cf. Marco Marin. « Hyacinthe Pellet-Desbarreaux - Son apport au théâtre révolutionnaire et patriotique à Toulouse », p. 47 sqq. In L'Aouta. Les Toulousains de Toulouse. Février 2015.

7. Connu et apprécié des sans-culottes pour la violence de son style, délibérément ordurier, Le Père Duchesne est le journal publié par Jacques René Hébert de septembre 1790 jusqu’à onze jours avant son exécution sous la guillotine, le 4 germinal An II (24 mars 1794).

8. F.-A Aulard. Le culte de la Raison et le culte de l'Être Suprême. 1793-1794. Le culte de la Raison et le culte de l'Être Suprême, p. 168 sqq. 1793-1794. Félix Alcan. Paris. 1892.

9. 15 juin 1751. Baptême de Jean Joseph Rabinel Merviel. Archives dép. de la Lozère. Mende. Baptêmes, mariages (1751-1754). Document 1 MI EC 095/11. Vue 23. 17 fructidor an VII (3 septembre 1799). Mort de Jean Joseph Rabinel Merviel. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix (1793-An X). Document 1NUM1/5MI667. Vue 464.

10. Archives nationales. Fonds du Conseil exécutif provisoire, Comité de salut public. 645. 1. Ariège. Arrêtés des représentant en mission. Nº 13.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

Pierre Sidoine. Odysseus 2357

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Ci-dessus : Pierre Sidoine. Odysseus 2357. Ferronnerie, puces électroniques, matériaux de récupération. 2018.

Le casque est sans hoplite, autant dire sans raison. On se souviendra là du « casque fatal » que le prince Manfred trouve, tombé du ciel, dans la cour de son château d'Otrante, et qu'il considère d'un œil fixe, non sans souhaiter en vain de « le pouvoir regarder comme un songe. » 1

Du casque du château d'Otrante, avec « sa touffe de plumes noires, aussi haute qu'une montagne », au casque de Pierre Sidoine, avec son cimier de métal cruellement découpé, n'y a-t-il pas une sorte de lien abyssal entre l'imaginaire de l'écrivain « frénétique » et celui d'un sculpteur contemporain qui dit devoir à sa culture initiale - il est belge - le goût des masques à la Ensor et celui du surréel façon Magritte ou Delvaux, ou encore à sa fréquentation des vieux livres une curiosité des mythes et légendes comparable à celle de l'italien Giorgio de Chirico dans le domaine de la peinture ? La légende est ici celle d’Odysseus 2357 ; le mythe, celui du héros, ou plutôt de l’errant, voué par la fatalité à l’horreur du devenir fantôme. Masque mortuaire ou crâne vide, le casque créé par Pierre Sidoine ne pourrait-il être vu comme figure macabre du Destin des hommes, vérité des héros, vérité des Grandes Guerres qu’ils entretiennent, et vérité de la Mort victrix ?

Mais le vide du crâne et l’ajout d’un cadran téléphonique, de roues dentées et de puces électroniques sur le casque, augurent peut-être là encore la figure néo-futuriste de l’homme-machine, non point celui dont Julien Offray de La Mettrie disait en 1748 que son esprit « doit être considéré comme une suite de l’organisation sophistiquée de la matière dans le cerveau humain », mais celui dont le transhumanisme fait le Terminator, chargé d'exterminer l'humanité pour éviter d'être débranché par ses créateurs. Une variante cybernétique du Golem ? Ou encore, par effet d’ironie tragique, un sombre successeur d’Artaud le Momo, après les électrochocs ?

Il faut toutefois prendre garde à la pointe oniro-critique dont fait montre l’artiste ferronnier dans la construction de sa figure-machine. En associant des matériaux de récupération, chinés un peu partout dans des brocantes, en les combinant sur le mode du pastiche, en revêtant le tout d’une mosaïque de puces électroniques invalides mais dont le vert atteint à l’éclat des émaux, l’artiste renvoie au domaine de la catharsis, autrement dit à celui de la poésie – ut sculptura poesis -, la figure de cauchemar qui hante l’histoire des hommes depuis le commencement grec, et dont il signifie ainsi, humour oblige, qu’il y loin du Terrible à la nue beauté des travaux et des jours.

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1. Horace Walpole (1717-1797). Le Château d'Otrante, p. 5. À Amsterdam, et se trouve à Paris, chez Prault le jeune, libraire, quai de Conty, à la Charité. 1767.).

Classé dans : Art Mots clés : aucun

En avril 1790, à Carcassonne. À propos des droits honorifiques

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Ci-dessus : Lettres patentes du Roi sur le décret de l'Assemblée Nationale du 15 du présent mois de Mars, concernant les droits féodaux, p. 1. Imprimerie de de Baudouin. Paris. 1790.

Le 15 mars 1790, l'Assemblée nationale décrète l'abolition des privilèges seigneuriaux et féodaux. Le 28 mars 1790, ce décret se trouve sanctionné par lettres-patentes du roi Louis XVI. L'abolition des droits seigneuriaux comprend celle des droits honorifiques, tels que le droit de litre (1), les prières nominales, l'encens, et le droit de banc et de sépulture dans le chœur.

On se souviendra ici de la longue querelle, dite « des honorifiques », qui a opposé, au XVIIe siècle, Alexandre de Lévis, seigneur de Mirepoix, puis Louise de Roquelaure, sa veuve, régente de Mirepoix, à Monseigneur de Nogaret, évêque de Mirepoix, acharné à interdire à la famille de Lévis l'exercice des droits en question, dont particulièrement le droit de banc. Louise de Roquelaure sort victorieuse de cette querelle. En 1665, Louis de Nogaret de Lavalette requiert son transfert à l'évêché de Carcassonne. Louis Hercule de Lévis Ventadour, successeur Louis de Nogaret à l'évêché de Mirepoix, se contentera de temporiser. (2)

En avril 1790, le sieur Sanches, de Carcassonne, formule à destination de ces Messieurs de l'Assemblée nationale une suite d'observations relatives au même droit de banc.

« Messieurs,

Une mauvaise interprétation de vos décrets cause dans les provinces de grandes discussions, et de ces discussions provient un grand désordre, auquel votre sagesse doit enfin mettre un terme.

Vous avez aboli avec justice tout honorifique dû ci-devant aux seigneurs. En conséquence, dans plusieurs paroisses, on a ôté d l'égiise les bancs seigneuriaux ; dans d'autres, MM. les officiers municipaux s'en sont emparés, pour s'y colloquer, à l'exclusion des seigneurs auxquels ils appartiennent ; dans quelques-unes, on les a mis en pièces, et dans toutes, on veut prendre l'un ou l'autre de ces trois partis. Vous sentez bien, Messieurs, que cela ne se peut faire sans opposition marquée de la part des seigneurs, et cette opposition ne peut avoir lieu sans beaucoup de trouble.

Vous avez aboli tous droits honorifiques : cela est juste pour ceux qui ne sont que tels. Mais le droit d'avoir un banc ne tient pas seulement à l'honneur, il tient encore à l'utilité, je dis plus, à la nécessité. On passerait cependant là-dessus, quoique à regret, si ce droit n'était enlevé qu'aux seigneurs qui n'ont rien fait pour le mériter ; mais il en est qui ont embelli leurs églises par mille réparations dispendieuses, qui y ont fondé de magnifiques chapelles, qui les ont comblées de bienfaits innombrables ; ceux-là, Messieurs, devraient-ils avoir la douleur de trouver, dans les églises dépositaires d'une partie de leurs richesses, des mères ingrates qui oublient leurs dons lors même qu'elles en jouissent, et rejettent indignement leurs bienfaiteurs de leur sein, en les privant d'un droit que de simples particuliers conserveront, pour avoir fait quelques petits sacrifices inassimilables aux leurs ? Vous direz peut-être que ceux qui ont de pareils droits sont libres de les faire valoir ; mais leurs vues étaient trop désintéressées pour demander le salaire de leurs libéralités en les répandant, et pour s'assurer par un titre une propriété qu'ils croyaient si bien affermie par leurs droits.

On n'alléguera point, sans doute, que les seigneurs ne doivent plus jouir d'aucune distinction : ils ont eux-mêmes renoncé à être distingués de leurs vassaux. Mais ils veulent du moins leur être semblables, qu'ils aient le même privilège que les moindres ménagers de leur village, lesquels autrefois leur étaient si inférieurs, et les voilà satisfaits.

Le principe juste qui a servi de base à toutes les opérations du Comité féodal devrait, ce me semble, en servir aussi au décret indispensablemenl nécessaire que vous êtes suppliés de rendre sur ce point. En suivant ce principe, vous pourriez ordonner que le droit de banc fût aboli pour les seigneurs qui le justifieraieni seulement par l'honorifique attaché aux seigneuries, et conservé pour ceux qui prouveraient avoir fondé des chapelles dans leur église paroissiale, ou fait des réparations considérables trop onéreuses pour leurs vassaux, quand toutefois la valeur des dépenses faites par lesdits seigneurs fournira un capital assez fort pour équivaloir au capital de ce que payent annuellement les autres propriétaires de bancs.

Du reste, Messieurs, on n'entend point prescrire des règles à votre justice, ni des bornes à vos lumières. Mais on espère que vous ne voudrez point imposer aux églises une horrible ingratitude, aux paysans une licence sans frein, aux seigneurs de justes mécontentements, et vous continuerez à vous faire admirer de tous les Français, et de celui surtout qui, zélé défenseur de vos principes, se fait aussi un honneur d'être avec le plus profond respect, etc.

Sanches, ci-devant doctrinaire.
À Carcassonne, ce [ici un blanc] avril de l'année heureuse 1790. » (3)

Le sieur Sanches, ci-devant doctrinaire, est, comme indiqué par le mot « doctrinaire », un membre de la congrégation des Pères de la doctrine chrétienne, congrégation qui sera dispersée en 1792. On ne s'étonnera donc pas de ce qu'il défende l'ordre d'un monde ancien, celui dans lequel l'Église bénéficiait des pieuses libéralités des seigneurs. Je ne suis pas parvenue à savoir ce que lui, défenseur de l'ordre ancien, est devenu après 1792.

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Ci-dessus : ancien banc seigneurial du marquis de Portes, conservé dans l'église de (Portes) Manses (Ariège). La jouissance de ce banc seigneurial a suscité des querelles jusqu'à la fin du XIXe siècle, date du déménagment des anciens seigneurs à Teilhet, commune voisine de (Portes) Manses.

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1. Litre (funéraire) : bande peinte ou bande d'étoffe de couleur noire aux armoiries du défunt placée sur le pourtour des murs intérieurs ou extérieurs de l'église lors des obsèques d'un seigneur.

2. Cf. Christine Belcikowski. En 1678, lettre de l’évêque de Mirepoix au marquis de Mirepoix.

3. Lettre retranscrite in Les comités des droits féodaux et de législation et l'abolition du régime seigneurial (1789-1793), pp. 185-187. Documents publiés par Ph. Sagnac et P. Caron. Imprimerie nationale. 1907.

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Une figure inquiétante de la Révolution en Ariège. Jean François Baby, commissaire civil

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

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Ci-dessus : vue de la prison du Temple, 1790-1800, Paris, IIIe arrondissement. L'édifice a été démoli en 1811.

1. En 1796

Le registre d'écrou de la prison du Temple, en date du 24 fructidor an IV (10 septembre 1796), porte la mention suivante :

« Nº 126 . Baby Jean François, âgé de 37 ans, natif de Tarascon, département de l'Ariège, propriétaire, demeurant à Paris, rue Montorgueil, n° 84 [auberge du Cheval blanc] , section du contrat social ; taille, 5 pieds, 3 pouces, cheveux et sourcils noirs, front rond et découvert, yeux bruns, nez gros, bouche moyenne, menton double avec fossette, visage plein. Pour signe : une cicatrice dans la potrelle de la joue gauche . » (1)

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Ci-dessus : Pierre Gabriel Berthault (1737-1831), graveur, et Abraham Girardet (1763-1823), dessinateur. Attaque du camp de Grenelle par des conspirateurs : le 24 Fructidor, An IV de la République. 1802.

Jean François Baby vient d'être arrêté et accusé de participation au complot du camp de Grenelle, complot mené la nuit précédente, au cri de « Vive la République ! Vive la Constitution de 93 ! À bas les Conseils ! À bas les nouveaux tyrans ! », par Gracchus Babeuf et son parti des Égaux, dont justement Jean François Baby. Croyant pouvoir soulever contre le Directoire les soldats du 21e régiment de dragons stationnés alors au camp de Grenelle, Gracchus Babeuf et les siens ignoraient cette nuit-là que l'un d'entre eux les avait dénoncés. Accueillis à coups de fusil, certains des Égaux sont tués ; d'autres, comme Jean François Baby, tentent de s'enfuir...

« Baby fut arrêté après l'attaque du camp de Grenelle. Son arrestation fut opérée par le citoyen Mathouillet, maréchal des logis au 21e régiment de dragons, 8° compagnie, qui dirigeait une patrouille de seize dragons autour du camp. La patrouille poussa jusqu'à Sèvres et ne vit rien. Elle rentrait au camp, entre Issy et Vaugirard, lorsqu' elle aperçut de loin trois hommes qui, à la vue des cavaliers, rebroussèrent chemin vers Sèvres. Deux suivirent la route de la verrerie. L'autre – c'était Baby – se jeta dans la plaine. Mathouillet, avec trois dragons, se porta vers celui qui cherchait à fuir. Il était vêtu d' un habit violet pâle, tout à fait passé, de petites bottes larges, dites à l'américaine, d'une culotte à la hongroise couleur marron. L'ayant atteint, le maréchal des logis lui demanda où il allait. Il répondit qu'il venait de Paris. On lui observa qu'il avait bien l'air d'avoir couché au bivouac et qu'il était sans doute de ceux qui avaient attaqué le camp pendant la nuit. Il fut fait prisonnier et vint rejoindre les deux autres, dont les dragons s'étaient déjà assurés. Ils furent amenés au camp. Baby offrit en route, à plusieurs reprises, de l'eau-de-vie aux soldats. Il avait déclaré, au moment de son arrestation, ne pas être armé. On le trouva porteur de deux pistolets chargés au moins de quatre pouces et d'une poire à poudre, qui fut prise par les volontaires. La patrouille était sortie du camp à trois heures et demie, et l'arrestation eut lieu à la pointe du jour. Les deux compagnons de Baby étaient Bertrand, ancien maire de Lyon, excellent républicain, ruiné par la Révolution, et Hennequin, jeune philosophe de vingt-cinq ans, peintre de talent, élève de David. » (2)

Le Conseil de guerre siège sous une tente au Temple. Jean François Baby a pour défenseur un certain Balestier.

Juge — Qu'est-il allé faire à Vaugirard le 23 fructidor (9 septembre 1796), la nuit ?
Balestier — N'y est point allé, n'a eu connaissance des événements arrivés au camp qu'après leur arrivée, ne connaît rien sur les causes et les moyens d'exécution du mouvement. Il fut arrêté près de Meudon avec Bertrand et Hennequin, à neuf heures du matin, en se rendant à Sèvres voir un de ses amis.
Juge – Où avait-il passé la nuit ?
Balestier — Hors des barrières, rue Saint-Jacques. Ils avaient soupé ensemble et, après dix heures, les barrières étaient fermées. On ne voulut pas les recevoir dans deux ou trois maisons. Ils passèrent la nuit dans un moulin à vent et le lendemain ils partaient pour Sèvres où il fut arrêté par des cavaliers à revers jaunes. Il n'était porteur d'aucune arme et la fameuse poire à poudre n'était qu'une gourde, remplie d'eau-de-vie. » (3)

Dominique Ferlus quant à lui, homme de lettres, 43 ans, né à Castelnaudary (Aude), demeurant à Paris depuis trois ans, rue Neuve-Saint-Roch, n° 124, accable Jean François Baby. »

« Juge — Connaissez-vous Baby ?
Ferlus — Je n'ai vu Baby qu'une seule fois [fin avril 1796].
Juge — On assure qu'il vous a fait des confidences dont, comme bon citoyen, vous auriez dû avertir le gouvernement.
Ferlus — J'étais chez le représentant du peuple Lakanal (4) qui m'avait invité à déjeuner pour entendre le discours d'un terroriste effréné. Je m'y rendis. Je me trouvai avec ce député Baby qu'il me présenta. Nous étions convenus avec Lakanal de le laisser parler librement, afin de mieux connaître le projet du parti auquel Baby semblait appartenir. C'était quelque temps avant l'explosion de la conspiration Babeuf. Baby parla longuement sur la nécessité d'un changement dans le gouvernement ; il vanta beaucoup le caractère des députés Amar, Vadier et surtout Ricord. Il se plaignait des mauvais traitements que lui avait fait essuyer le député Clauzel (5), ajoutant que ce scélérat ne périrait pas d'une autre main que la sienne, et que si le changement avait lieu, on verrait beaucoup de vengeances particulières. Il tint d' autres discours de ce genre. Après le déjeuner, Baby se retira. Me trouvant seul avec Lakanal , nous parlâmes de la nécessité de faire connaître cet homme et ses projets. Lakanal promit d'en parler au ministre de la police et moi je me retirai auprès du député Martin, grand ami de Clauzel, pour lui communiquer tout ce que j'avais entendu, en le pressant d'en prévenir Clauzel. Je rendis compte à plusieurs autres députés réunis dans la maison des Feuillants, de tout ce que Baby avait dit chez Lakanal. [...].

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Ci-dessus : H. Rousseau, dessinateur, et E. Thomas, graveur. Portrait de Joseph Lakanal.

C'est la première fois que je voyais Baby, je ne l'ai plus rencontré qu'une autre fois dans la salle des conférences du Conseil des Cinq-Cents, où il portait une pétition. D'après sa conversation et ce que me dit Lakanal, je sus qu'il avait été employé par l'ancien Comité de Salut public en qualité de commissaire. Il paraît qu'il était l'homme de confiance de Vadier (6). Ayant vu son nom sur la liste des 132 pris au camp de Grenelle, j'allai aussitôt chez le député Martin pour lui annoncer que Baby était détenu dans la Tour du Temple et qu'il pouvait rassurer Clauzel. »

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Ci-dessus : portrait de Jean Baptiste Clauzel exposé à la mairie de Lavelanet (Ariège).

Et Férus, ainsi qu'un représentant du peuple, de confirmer tous deux à l'audience d'autres propos de Baby, à savoir que, lui, Baby avait « l'intention de travailler au rétablissement d'un Roi, puisque la République n'était point gouvernée à sa fantaisie ni à celle des vrais patriotes. » (7)

« Baby se défendit très mollement ; sa fureur patriotique était subitement tombée. Il fut convaincu « d'avoir tenté de distribuer aux soldats un libelle infâme », dont le titre est pittoresque : Arrivée à Paris du brave La Terreur, canonnier de Sambre-et-Meuse ; son entretien avec son camarade Va-de-bon-cœur, soldat au camp de Grenelle. » (8)

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Ci-dessus : Supplice de douze des prévenus dans l'affaire de Grenelle : fusillés le quatrième jour complementaire de l'an IV (20 septembre 1796) de la République française. Estampe anonyme. 1796.

Le 18 vendémiaire an IV (9 octobre 1796), à deux heures du matin, le Conseil militaire condamne Jean François Baby à la peine de mort. Le lendemain matin (10 octobre 1796), à sept heures précises, Jean François Baby et les autres condamnés sont extraits de leur cellule, conduits sous bonne escorte jusqu'à la Barrière de l'Ècole militaire, fusillés au camp de Grenelle à onze heures du matin.

« Les condamnés subirent la mort avec la fermeté la plus héroïque ; lorsqu'on leur lut la sentence, ils se bornèrent à déclarer qu'ils en appelaient au tribunal de la Raison. Il semblait que l'on eût voulu instruire au Temple le procès de la Révolution ; ceux qui avaient coopéré à la chute du trône, ceux qui avaient défendu la représentation nationale, ceux-là mêmes qui s'étaient distingués par leur zèle dans les comités de surveillance ou à la tête des armées révolutionnaires, étaient d'avance voués à la mort ; ils étaient à la fois jugés et condamnés. [...].

Pour Baby, aucune preuve ne fut fournie de sa participation à l'échauffourée, et il n'est pas douteux que la dénonciation antérieure de Lakanal, corroborée devant la commission militaire, eut pour le fougueux révolutionnaire les plus terribles conséquences. » (9)

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Ci-dessus : portrait de Marc Guillaume Alexis Vadier peint sur une tabatière lui ayant appartenu.

Marc Guillaume Alexis Vadier, au demeurant, s'est gardé de la moindre intervention en faveur de son agent Jean François Baby, car il se savait alors politiquement menacé plus encore que ce dernier. « Dès le 22 prairial an IV (10 juin 1796) en effet, le ministre de la Justice, Merlin de Douai, demandait au directeur du jury d’accusation de Paris si dans le dossier Babeuf se trouvaient des éléments utilisables à l’encontre de Vadier » (10). Il se peut également que Vadier n'ait point trouvé si mauvais de se voir en 1796 débarrassé d'un Baby devenu importun, car trop fougueux, trop bavard, trop connu pour ses excès antérieurs, finalement plus dangereux qu'utile.

2. De juillet 1794 à 1796

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Ci-dessus : vue du château de Foix, au-dessus de l'Ariège. La tour ronde, en 1794, sert de prison.

Arrêté à Paris au lendemain de la chute de Robespierre (9 thermidor an II, 27 juillet 1794), puis transféré à la Tour de Foix, Jean François Baby y demeure jusqu'à l'amnistie proclamée par le gouvernement thermidorien le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) pour « les faits purement relatifs à la Révolution ». Une fois libéré, constatant que ses propriétés ont été ravagées durant sa période d'incarcération, il vient réclamer aux Cinq-Cents une indemnité à raison « des dommages éprouvés qui ont pour cause les services rendus par lui à sa patrie ». En vain. Les Cinq-Cents n'entendent point rendre justice à un ancien « terroriste ».

« Entièrement ruiné, il se répandit en menaces contre le Directoire et les députés qui poussaient le gouvernement dans une voie rétrograde ; il ne décolérait point dans les couloirs des Conseils, où il abordait les représentants avec lesquels il avait été en relation. Jeté sans ressources sur le pavé de la capitale, il devait fatalement grossir l'armée des mécontents, formée des débris du parti jacobin, et excitée en sous-main par les royalistes et les agents provocateurs. C'était une proie tout indiquée pour les éléments de désordre qui pullulaient dans les rues de Paris. À raison de l'énergie qu' il avait déployée l'année précédente au service du gouvernement révolutionnaire, Baby était désigné dans les papiers de Babeuf, pour être membre de la Convention renouvelée. » (11)

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Ci-dessus : vue actuelle du nº 84 de la rue Montorgueil, Paris, IIe arrondissement. Là se situait l'hôtel du Cheval blanc où Jean François Baby a logé durant les derniers mois de sa vie.

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3. Du 1er septembre 1793 à la fin du mois de juillet 1794

À Tarascon, nommé le 1er septembre 1793 commissaire civil de l'Ariège et de la Haute Garonne par Guillaume Chaudron-Rousseau, député de la Haute-Marne, alors envoyé en mission en Ariège par la Convention, Jean François Baby lève une petite armée révolutionnaire et déploie, avec le concours de cette dernière, une activité répressive qu'on accuse bientôt de s'exercer de façon aveugle et qui suscite par suite des plaintes unanimes.

Séance du 21 fructidor an I (7 septembre 1793). « Le Comité de salut public a arrêté qu'il serait délivré au citoyen Baby, de Tarascon, pour remplir la mission patriotique dans le département de l'Ariège, une commission semblable à celle des autres commissaires. Il a été expédié également un mandat de 2.000 livres audit citoyen Baby pour frais de la mission ci-dessus énoncée. » (12)

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Ci-dessus : Tarascon, au bord de l'Ariège.

À Tarascon, Jean François Baby épure l'administration du district, dont le directeur de la poste, le lieutenant de gendarmerie et presque toute la municipalité. Il fait destituer et incarcérer Jean Joseph Michel Garrigou, alors maire de la ville, par ailleurs son cousin germain, puis exige pour sa libération une rançon de 12.000 livres ! Jean Joseph Michel Garrigou adressera par suite aux autorités concernées un « Mémoire contre Baby ».

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Ci-dessus : vue ancienne de la place et du Grand Couvert à Mirepoix.

« À Mirepoix, Baby destitue le juge de paix, le maire, deux officiers municipaux et le greffier ; il requiert la municipalité de désarmer de suite les suspects et, en particulier, tous ceux qui sont enfermés dans la maison de réclusion. Le comité de surveillance de la société populaire lui demande l'arrestation d'un citoyen et d'une citoyenne d'Engraviés, dont les deux fils sont présumés émigrés, et la destitution de la municipalité de ce village qui ne les a pas dénoncés. » (13)

Correspondant de Vadier quand celui-ci se trouve à Paris, Jean François Baby se charge de procéder, de façon chaque fois brutale, à l'arrestation des personnes dont ledit Vadier lui envoie la liste. On l'accusera par la suite d'avoir, de son propre chef, ajouté à cette liste de nombreux autres noms, de telle sorte qu'il en avait toujours sur lui, dit-on, plus de 150 ; d'autres historiens parlent de plus de 500 noms. Il provoque le sac du château de Miglos pour ramener les deux canons qui s'y trouvent (14). Il ne craint pas au demeurant de faire tirer au canon sur les places publiques ou encore dans la forêt, où l'on rapporte qu'il a ri à la mort d'un jeune garçon, tué par inadvertance.

« Les pérégrinations des commissaires civils dans le district de Tarascon furent marquées par de dramatiques incidents.

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Les hautes vallées du district étaient infestées d'aristocrates ; les biens des patriotes y étaient ravagés et leur existence menacée ; on craignait toujours qu'ils n'ouvrissent la frontière à l'étranger. Les commissaires civils, accompagnés d'un détachement de l'armée révolutionnaire, purgèrent d'abord la vallée d'Ax, puis ils se dirigèrent vers les vallées de Vicdessos et de Signer. Baby, monté sur un cheval à tous crins marqué au front d'une étoile blanche, était à la tête de l'armée révolutionnaire et d'un détachement de canonniers du 8e bataillon de l'Aude. Tandis que Groussac, Massiac, Piquié et Prévôt, membre du district, se rendaient directement à Vicdessos, Baby donna la chasse aux prêtres réfractaires. Arrivés au pied de la montagne de Lescale-en-Dauzat, les canonniers aperçurent diverses personnes qui paraissaient se cacher derrière les arbres, assurément c'étaient des prêtres réfractaires. Baby ordonna aux canonniers de faire feu. C'était un pauvre paysan, nommé Vexane, son fils et une jeune fille qui gardaient des troupeaux. Le fils de Vexane fut étendu raide mort. Le canonnier, qui avait tiré, ne pouvait se consoler de ce meurtre, mais Baby ne fit qu'en rire et lui dit, pour le tranquilliser, qu'il avait tiré pour la bonne cause. »

Les commissaires civils obligèrent ensuite quatre aristocrates de Vicdessos à donner 1600 livres à Vexane. » (15)

Dès le 28 frimaire an II (18 décembre 1793), lors d'une séance de la Convention nationale, Jean Baptiste Clauzel dénonce « Baby et Massiac pour n'avoir pas obéi à la loi, pour commander encore une troupe révolutionnaire à Toulouse, et pour avoir tellement influencé par la terreur les assemblées populaires, qu'ils leur font étouffer leurs plaintes, et tiennent d'obtenir d'elles une adresse à la Convention pour demander que leurs pouvoirs leur soient continués. Je demande que la Convention mette hors la loi ceux qui, huit jours après la publication du décret, n'auraient pas cessé leurs fonctions.
Merlin de Thionville : Je demande que ceux qui ont conservé ces fonctions, au mépris de la loi, jusqu'à ce jour, soient punis de dix ans de fers.
La discussion s'engage. La Convention décrète la peine de mort contre les officiers d'armées révolutionnaires qui n'exécuteraient pas la loi ; dix ans de fers contre les soldats qui ne se sépareraient pas aussitôt, et l'arrestation de Picot-Belloc [autre commissaire civil de l'Ariège et de la Haute-Garonne, Allard [procureur syndic de Rieux], Baby et Massiac (autre commissaire civil de l'Ariège et de la Haute-Garonne]. »

Marc Guillaume Alexis Vadier intervient alors dans la discussion. Il « consent à ce que la conduite d'Allart soit scrupuleusement examinée ; mais il insiste vivement sur la nécessaire suspension du décret d'arrestation d'Allard » (16). Concernant Jean François Baby et les autres, en revanche, il ne dit mot. Épargné provisoirement d'arrestation, mais destitué de son mandat de commissaire civil, Jean François Baby continuera à sévir en Ariège et en Haute-Garonne, sans ordres exprès cette fois, jusqu'à la chute de Robespierre.

Peu avant la chute de Robespierre, Roques, alors vice-président du district de Tarascon, prononce contre ledit Baby la diatribe suivante :

« Celui qui a frappé son père et sa mère, qui s'est constamment refusé à payer de nombreux créanciers, qui, escorté de la force armée, a insulté, menacé les autorités constituées, celui qui a pillé, dévasté les propriétés, qui a embastillé indistinctement patriotes et aristocrates, celui qui a comprimé le peuple, habitant des chaumières, en lui parlant sans cesse de sang, de guillotine et d'échafauds, en affectant de lui lire une correspondance terroriste, celui qui a entretenu la Terreur pendant le règne de Robespierre, qui, après son supplice, a pris son parti avec chaleur, celui qui a fait prodigieusement de taxes révolutionnaires, qui a fait glisser dans son portefeuille les 12, les 14 mille livres, etc., qui a tyranniquement abusé des pouvoirs, comment enfin celui qui a fait couler le sang des jeunes enfants, pour se délasser des cruautés par des cruautés nouvelles, peut-il respirer encore l'air pur de la liberté ? » (17)

En nivôse an III (décembre-janvier 1794), alors que Jean François Baby se trouve incarcéré à la Tour de Foix, le Tribunal criminel instruit l'affaire des sommes qu'on accuse le même Baby d'avoir extorquées à son oncle Garrigou et il l'acquitte de ce chef. Pour les faits dits par euphémisme « purement relatifs à la Révolution », Jean François Baby bénéficiera, comme on sait, de l'amnistie du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795).

4. De 1789 au 1er septembre 1793

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En 1789, Jean François Baby, tient à Tarascon un commerce de « denrées d'approvisionnement », d'aucuns disent, une épicerie. Enthousiasmé par les débuts de la Révolution, « rond, petit, bavard, méridional à l’excès » (18), porté sur le genre sans-culottes, il profère des discours enflammés qui jouissent sur la place d'une audience certaine. Il est nommé alors procureur syndic de Tarascon, puis, en 1792, élu député à la Convention nationale (1792-1795) pour le département de l'Ariège, mais, à son grand dam, deuxième député suppléant seulement, de telle sorte que faute de défection de Marc Guillaume Alexis Vadier, ancien Constituant, remplacé par Bordes le 15 floréal an III (4 mai 1795) ; Jean Baptiste Clauzel, maire de Lavenalet, ancien député à la Législative ; Pierre Campmartin, apothicaire, maire de Saint-Girons ; Jean Espert, procureur syndic de Mirepoix, ancien suppléant à la Législative ; Joseph Lakanal, vicaire de l'évêque de Pamiers ; Raymond Gaston, juge de paix de Foix, ancien député à la Législative, lui, Jean François Baby, n'aura jamais l'occasion de siéger à l'Assemblée.

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Ci-dessus : portrait de Jean Pierre Mailhol par Jean Jacques Bauzil. Collection privée. Tous droits réservés.

Jean François Baby, procureur syndic de Tarascon, fait nommer Gabriel Clauzel procureur syndic de Mirepoix, et, par le truchement de ce dernier, interdire de résidence à Mirepoix, puis incarcérer à la prison de Castelnaudary, l'abbé Jean Pierre Mailhol, prêtre constitutionnel, curé de l'église Saint Maurice (19). Pressé par Vadier de le débarrasser de Georges Bergasse-Laziroule, maire de Saurat (Ariège) de 1787 à 1793, acquis pourtant aux idées de la Révolution, le même Jean François Baby fait remanier le comité de surveillance de Saurat afin que celui-ci envoie l'armée révolutionnaire se saisir dudit Berasse-Laziroule « de nuit, dans les bras de Sophie de Sénovert, son épouse ». La population se soulève et obtient la remise en liberté de son maire. Jean François Baby fait alors incarcérer François Ignace de Sénovert, beau-père de Georges Bergasse Laziroule. Etc.

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Ci-dessus : Olivier Perrin (1761-1832). Portrait de Georges Bergasse-Laziroule. Dessin au crayon noir.

5. De 1759 à 1789

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« Celui qui a frappé son père et sa mère, qui s'est constamment refusé à payer de nombreux créanciers... », c'est le jeune Jean François Baby, dont Roques, vice-président du district de Tarascon en l'an II, esquisse là le portrait peu flatteur. Ce portrait donne à penser que le jeune Jean François Baby a été « un mauvais sujet ». Son cas semble analogue à ceux de Jean François Laprotte, fils de Jean Laprotte, marchand, en 1757 à Lavelanet ; de [prénom inconnu] Rouvairollis de Rigaud, fils de Jean Rouvairollis de Rigaud, lieutenant particulier, assesseur criminel au sénéchal et présidial de Limoux, en 1761 à Mirepoix ; de François Clauzel, fils de Jacques Clauzel, marchand, en 1772 à Lavelanet ; etc. (20)

Contrairement à ce que disent certains historiens du XIXe siècle — sans avoir cherché à le vérifier —, Jean François Baby n'est pas « fils d'un pauvre épicier », mais semblablement aux autres « mauvais sujets » mentionnés plus haut, fils d'un homme considéré. L'erreur de ces historiens vient peut-être de ce que l'année de naissance de Jean François Baby, telle qu'indiquée par ledit Jean François Baby lui-même et reportée sur le registre d'écrou de la prison du Temple, ne se trouve pas dans le registre paroissial de Tarascon. Le registre de la paroisse Saint Michel de Tarascon, paroisse à laquelle appartient son père, souffre en effet d'une lacune concernant les années 1759, 1760, 1761 ! La lecture de divers documents contemporains permet toutefois d'apprendre que Jean François Baby est un neveu de François Garrigou et de Jean Baptiste Garigou, fils tous deux de Jean Garrigou, marchand de fer.

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Ci-dessus : 20 février 1759. Mariage de François Baby et de Marie Anne Garrigou. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon-sur-Ariège. Paroisses Notre Dame de Sabart et Sainte Quitterie (1744-1775). Document 1NUM2/135EDT/GG9. Vue 215.

Le 20 février 1759, François Baby, notaire royal [depuis 1754], fils du sieur Marc Baby, marchand de fer, et de Damoiselle Marie Deguilhem, de la paroisse de Saint Michel de la ville de Tarascon, épouse Marie Anne Garrigou, fille du Sieur Jean Garrigou, marchand de fer, consul en 1745, et de feue demoiselle Marie Chambrié, de la paroisse Notre-Dame-de-Sabart et Sainte-Quitterie de la ville de Tarascon ; en présence de Jean Garrigou père ; de François Garrigou et de Jean Baptiste Garrigou (régisseur des terres du marquis de Gudanes, puis marchand de fer et mandataire toulousain des forges du marquis de Gudanes), tous deux frères de l'épouse ; de Paul Deguilhem, avocat en parlement de la paroisse de Saint Michel de Tarascon.

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Ci-dessus : 28 janvier 1761. Baptême de Marie Jeanne Baby. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon-sur-Ariège. Paroisse Saint Michel (1760-1770). Document 1NUM/135EDT/GG6. Vue 45.

Le 28 janvier 1761, François Baby et Marie Anne Garrigou font baptiser Marie Jeanne Baby, leur second enfant. Jean François Baby, né en 1759, est donc l'aîné de la fratrie.

En 1792, Marie Jeanne Baby épouse François Delaunay, né en 1756 à Avranches (Coltentin), homme d'affaires de François Etienne Louis Pons d'Arnave, avocat, premier propriétaire de la Haute-Ariège. futur maire de Tarascon en 1816 et de Verniolle en 1824.

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Ci-dessus : 12 juillet 1793. Décès de François Baby, ancien notaire royal. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon (1793-An XIII). Document 1NUM/135EDT/E3. Vue 13. N.B. : l'agent municipal parle du « 12 juillet 1793 an II » ; cette date est impossible ; il s'agit du 12 juillet 1793 ou du 24 messidor an I.

François Baby quitte en 1786 son étude de notaire. Il meurt le 24 messidor an I (12 juillet 1793) à Tarascon, dans sa maison du « barry » (faubourg).

Jean François Baby, son fils, meurt à Paris, comme on sait, le 19 vendémiaire an IV (10 octobre 1796).

__________

1. Archives de la Préfecture de police. Cité par Albert Tournier, in Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 254. Flammarion. Paris. 1896.

2. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 251.

3. Ibidem, p. 251.

4. Joseph Lakanal, né le 14 juillet 1762 à Serres-sur-Arget (Ariège), mort le 14 février 1845 à Paris. formé chez les frères de la Doctrine chrétienne ; professeur de rhétorique, puis de philosophie ; vicaire épiscopal de Bernard Font, son oncle, évêque constitutionnel de Pamiers ; député de l'Ariège à la Convention ; régicide ; membre du Comité de l'Instruction publique de la Convention ; commissaire de la République d'octobre 1793 au 9 Thermidor ; commissaire de la République en 1799 ; élu au Conseil des Cinq-Cents ; professeur à l'École centrale sous l'Empire ; exilé volontaire aux États Unis, de la Restauration à 1833 ; puis membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

5. Jean-Baptiste Clauzel, né à Lavelanet le 21 septembre 1746, mort à Paris le 2 juillet 1803. Maire de Lavelanet en 1790 ; député à la Constituante en 1791 ; député à la Convention en 1792 ; régicide ; représentant en mission à l'armée des Pyrénées à partir d'août 1793 ; artisan de la chute de Robespierre ; membre du Comité de sûreté générale après Thermidor ; tenant de l'arrestation des derniers Montagnards ; élu au Conseil des Anciens sous le Directoire ; rallié à à Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).

6. Marc Guillaume Alexis Vadier, né le 17 juillet 1736 à Pamiers, mort le 14 décembre 1828 à Bruxelles, surnommé « le grand inquisiteur. Conseiller au siège présidial de Pamiers en 1770 ; député du tiers en 1789 ; député à la Convention en 1792 ; régicide ; président du Comité de sûreté générale à partir de 1793 ; accusé après la chute de Robespierre d'avoir couvert les excès de la Terreur ; compromis dans la conjuration des Égaux de Babeuf ; acquitté, mais emprisonné jusqu'en l'an VIII (1799) ; député pendant les Cent-Jours ; exilé comme régicide en 1816.

7. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 252-253.

8. G. Lenôtre. « Baby et Bonbon ». In Le Temps. 14 septembre 1904.

9. Ibidem, p. 254.

10. Gilles Dussert. Vadier. Le grand inquisiteur (1736-1828), p. 490. Imprimerie nationale. 1989.

11. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits>, p. 249.

12. 13. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795., p. 435.

14. I. V. Cénac. « Otages de Tarascon en Espagne, 1812 ». Note au bas de la page 5. In Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts. 1917.

15. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795, p. 435.

16. Réimpression de l'ancien Moniteur. Tome 18, p. 701. Plon frères. 1847.

17. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795, p. 603.

18. Gilles Dussert. Vadier. Le grand inquisiteur (1736-1828), p. 378. Imprimerie nationale. 1989.

19. Cf. Mailhol, curé de Mirepoix. Pétition. 14 ventôse an II (4 mars 1794). Édition annotée par Joseph Laurent Olive et Christine Belcikowski. Éditions Ismael. 2017.

20. Cf. Christine Belcikowski. 1740-1789. Désordres en Ariège.

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