Christine Belcikowski

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Le visage des ombres

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Vois
comme le visage des ombres mûrit dans l’eau des miroirs,
vois
comme il te regarde,
vois
comme il te fait face.
Ne te retourne pas !
Ta face se déferait.
C'est pile,
ou face,
il faut choisir.
La face est éphémère,
et l'air de ressemblance
qui te vient du visage des ombres,
du regard du passé.

Ombres mouvantes

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Ombres mouvantes,
ombres de l´autre monde
qui affluez, colombes,
au bord de la maison fermée,
poussez la porte, entrez,
messagères de la vie antérieure,
des jours perdus,
qu´on n´oublie pas.
Vos signes hélas s´effument
aussitôt qu´ils paraissent
et déjà vous fuyez !
Revenez, ombres chères,
revenez !
Mais l´hiver est sans ombres,
les colombes, disparues.

Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage

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Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Tiré des évangiles de Matthieu en 3:4 et de Marc en 1:6, ce verset a inspiré le Saint Jean Baptiste dans le désert de Jérôme Bosch.

bosch_saint_jean_1489.jpg

Jérôme Bosch. Saint Jean Baptiste dans le désert (~1489). Volet supérieur d’un retable d’autel. Musée Lázaro Galdiano, Madrid. Poésie de la méditation et mémoire de l'histoire des enfants de Dieu. Pour voir le tableau en grande résolution, cliquez ici, puis cliquez encore sur l'image ainsi obtenue.

I. Matthieu, chapitre 3, et Marc, chapitre 6

Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Tiré du Nouveau Testament, le verset reproduit ci-dessus fait écho à ceux des chapitres 10, 12 et 16 du livre de l'Exode, dans l'Ancien Testament.

II. Exode, chapitre 10

12 Le Seigneur dit à Moïse : « Étends la main sur le pays d’Égypte pour que viennent les sauterelles ; qu’elles montent sur le pays d’Égypte et qu’elles dévorent toute l’herbe du pays, tout ce qu’a laissé la grêle. »
13 Moïse étendit son bâton sur le pays d’Égypte, et le Seigneur fit lever sur le pays un vent d’est qui souffla tout ce jour-là et toute la nuit. Au matin, le vent d’est avait amené les sauterelles.
14 Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis lors, il n’y eut une telle masse de sauterelles.
15 Elles recouvrirent tout le pays, qui en fut obscurci. Elles dévorèrent toute l’herbe du pays et tous les fruits des arbres épargnés par la grêle ; il ne resta rien de vert ni sur les arbres ni dans les prairies, par tout le pays d’Égypte.
16 Pharaon se hâta d’appeler Moïse et Aaron, et leur dit : « J’ai péché contre le Seigneur votre Dieu, et contre vous.
17 Et maintenant, je t’en prie : une fois encore, enlève ma faute. Priez le Seigneur votre Dieu, pour qu’il écarte de moi cette mort. »
18 Moïse sortit de chez Pharaon et pria le Seigneur.
19 Le Seigneur changea le vent d’est en un très fort vent d’ouest qui emporta les sauterelles et les précipita dans la mer des Roseaux. Il ne resta plus une seule sauterelle sur tout le territoire d’Égypte.

III. Exode, chapitre 12

1 Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.

Exode, chapitre 16

13 Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp.
14 Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol.
15 Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » Qu’est-ce que c’est ? car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger.
31 La maison d’Israël donna à ce pain le nom de « manne ». C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel.

En guise de commentaire

On a les sauterelles qu'on mérite.
Il y a du miel dans la Création.

Chacun reste libre de se figurer ici à quoi pense ou rêve, dans le désert, le Saint Jean de Jérôme Bosch.

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Ce désert-là n'est point, au vrai, aussi désert que l'on s'y attendrait. Dans un paysage peuplé d'animaux qui pourrait être celui du matin du monde, tel qu'au cinquième jour de la Création, le doigt du saint pointe vers l'agneau qui voisine au premier plan du tableau avec une racine, de forme vaguement humaine, dont on voit qu'après avoir forcé son chemin dans la pierre, elle a donné naissance à une plante de grande taille, porteuse de fortes épines et de fruits étranges.

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Profondeur de l'espace, allégorie de la profondeur du temps. Il y a eu, dans ce paysage du matin du monde, un sixième jour déjà, puisque, figuré en aval des animaux, Jean le Baptiste l'habite là maintenant sous nos yeux. Et il y a eu, au terme de l'histoire de la Création, l'avénement de l'Agneau déjà, l'Agneau qui vient sauver le péché du monde.

Chacun reste libre de se demander ici s'il y a un rapport, et lequel ? entre le mode de vie qui est celui de Jean le Baptiste au désert, et les préconisations issues de l'école de pensée qui aiguise aujourd'hui la critique de l'anthropocène.

Les citrouilles mûrissent

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Les citrouilles mûrissent dans leurs heures lourdes lentes
le prodige d’un or
dont nos corps tristement incolores
rêvent de partager le paisible secret.
Ils y touchent un moment
quand, fuyant le souci de l’hiver qui viendra
et des jours qui fuiront sans retour sous la lampe,
ils basculent dans l’azur d’un étroit ciel d’automne
où, régalien, ostinato, l’été s’attarde.
Dans le jaune et le bleu de son portatif insonore
l'automne appelle, appelle, invisible encore,
le vert, le vif, le vrai
qui se réserve - ô miracle ! en la table gardée
اللوح المحفوظ
ou l'antique table d'émeraude
tabula smaragdina,
la pupille du monde,
celle de l'herbe neuve
qui reviendra un jour, qui sait ?
si Dieu le veut, sive natura,
ou le Diable de l'anthropocène ?

Nageoire

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L’odeur du bois qu’on brûle dans les cheminées
va comme le bruit du coquillage qui bâille au fond de la mer,
elle marche d’avance,
sans laisser rien d’autre derrière elle
que le sillage impromptu de sa nageoire invisible.
C'est au coin de la rue,
au passage d'un corbeau
qui pointe au front d'une vieille maison
comme fait un rocher, ailleurs, au sortir de la baie,
que, bâillant là ta vie et tes petites pensées,
tu marches d'avance, toi aussi,
sans laisser rien d'autre derrière toi
qu'un rapide dérangement du fluide de l'air,
et des mots,
écume de l'aileron qui replonge aussitôt
dans l'abîme.

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