Christine Belcikowski

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Analogies. Fontaines

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Ci-dessus, de gauche à droite : 1. Hubert Robert. L'abreuvoir (détail). 1804. Musée Cognacq-Jay. 2. À Mirepoix, vestige de la fontaine de la Nation, qui date de novembre 1790. Cf. Fontaines de Mirepoix – Fontaine de Rousset, fontaine de la Nation

« La poétique des ruines fait advenir le passé dans le présent. » (1), observe Charlotte Guichard dans La griffe du peintre. La poétique des ruines fournit ici comme ailleurs l'une de ces « images dialectiques » dont Walter Benjamin dit dans Paris Capitale du XXe siècle. Le livre des passages qu'elles sont « ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair pour former une constellation », i.e. une image de ce qui advient sur le mode de la ruine à la fois comme survivance de l’Autrefois et comme avenir du Maintenant. (2)

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1. Charlotte Guichard. La griffe du peintre, p. 152. Seuil. 2018.

2. Cf. Christine Belcikowski. De Mirepoix à Pamiers, on change de pays – 3. Quand l’Autrefois rencontre le Maintenant, ou l’étincelle dialectique.

Au château de Léran, en songe

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« Nous galopâmes longtemps, jusqu'à ce que ce rêve en devint un autre, se fondit en lui sans coupure ; et le sable embrasé où j'avais trouvé ce cheval d'émir aboutit au gazon frais de notre château d'enfance.

Ce château est entouré d'une terrasse toujours verte. C'est là que le cheval s'arrêta. Un peu d'écume, en tombant, étoila l'herbe rase et ce furent... les pâquerettes que je ramassais jadis.

Une odeur saine de nature montait du pelage et du gazon foulé. Je me laissai glisser de ma selle ; l'odeur partit comme un oiseau. Ma main crut encore serrer la bride. Mais déjà il n'y avait rien ; le cheval n'était plus là...

Je me retrouvai seule, les membres encore tremblants de la course, tout contre le château, là où le mur du midi semble un peu doré, là où s'ouvrent, tout en bas, les boutons du Bengale, et tout en l'air les trois fenêtres de ma première et tant belle chambre.

« Tout est pareil », me dis-je... Mais à peine l'avais-je pensé, qu'un changement commença.

Avec la rapidité et les mouvements secs des machineries de théâtre, un grand entonnoir se creusa dans le sol de la terrasse, vers l'angle, là où le donjon s'élève du rocher.

Pendant cette transformation, le sol alentour se souleva comme une étoffe. Dans le creux apparurent les couleurs du prisme, tremblantes et moirées. La plupart se dissipèrent et il n'en resta que trois, le bleu, le rose et le safran, avec la qualité exacte des tons que leur donnait l'Angelico dans ses peintures. À tel point que son nom me vint aux lèvres.

Quelque chose se préparait sous ces couleurs, et sans doute par elles.

Je les vis s'épaissir, tournoyer, puis se diviser en formes exquises qui tenaient le milieu entre la peinture et la vie. Ni garçons, ni filles, anges des paradis peints, ces êtres se groupèrent autour d'un grand oranger qui venait de naître avec eux et qui seul possédait des teintes naturelles. Il était garni en arbre de Noël, avec beaucoup de bougies allumées entre les oranges, des fils d'argent et des guirlandes diamantées. De menus paquets ficelés, suspendus à l'extrême bout des branches, m'inspiraient envie et curiosité.

Les créatures aux robes peintes firent une ronde autour de l'arbre. Les mains et les pieds étroits étaient agiles, mais les visages gardaient une immobilité d'émail.

Des chants s'élevèrent : ces êtres chantaient à bouches closes. J'en étais certaine, c'était bien d'eux qu'émanaient les voix. Ils ne paraissaient ni heureux ni tristes, ces deux mots n'avaient pas de sens autour de cet arbre, et les voix, qui chantaient en latin un air d'église, répandaient des ondes de tranquillité.

Dans le creux où tout cela venait de naître, la terre brillait, devenue blanche, sans rayonner du froid. Je pensai au givre artificiel dont on parsème les crèches. Et toutes les apparences de cette petite « cour céleste » correspondaient à son chant perlé, à son chant glacé.

Comme tout à l'heure pour les spahis, nulle différence ne marquait les figures. Liées en guirlandes, elles se ressemblaient comme des fleurs. Dans la poudre blanche, leurs pieds laissaient des empreintes d'oiseaux. Le château lui-même semblait prendre plaisir à regarder la ronde, par ses fenêtres entr'ouvertes.

Et voici qu'en levant la tête je m'aperçus que la façade — solitaire auparavant — s'était garnie de visages. Je retrouvais de vieilles personnes rajeunies par ce Noël solaire et qui m'apparaissaient, à ces croisées, avec les aspects et les modes qu'aux jours de mon enfance je leur avais connus. Il y avait là des religieuses qui m'avaient appris à lire, l'archiviste qui me donnait des bonbons, plusieurs dames du village et des petites villes d'alentour, accompagnées de leurs fils disparus à la grande guerre. Du salon de compagnie me regardaient deux vieilles demoiselles aux visages enfarinés, aux perruques d'astrakan, qui venaient toujours « nous rendre visite pour la bonne année ». À cette fenêtre elles minaudaient comme par le passé, mais bien plus gaiement, et elles agitaient vers l'oranger les mêmes mouchoirs de cérémonie, brodés dans leur jeunesse et qu'elles arboraient trois fois l'an.

Toutes ces personnes, à ma souvenance, étaient venues souvent au château, quand il n'était pas encore, pour elles, question de mourir... Elles étaient bien pareilles à leur ancien temps ; un peu plus émaciées peut-être. Toutes regardaient l'arbre et souriaient.

Et moi, je regardais, je regardais les fenêtres, en haut surtout, vers les plus chères des chambres.

Mais les seuls visages que j'appelais ne se montrèrent pas et, sans que fût changé l'air serein, tout le château s'embua par mes propres yeux. »

Ci-dessus : extrait de « Noël d'été », in Lumière cendrée, de Claude Silve sive Philomène de Lévis Mirepoix. Librairie des Champs-Éysées. Paris. 1941.

18 novembre 1822. Saisie du château du Puget à Gaja-la-Selve

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Saisie immobiliaire pour le Sieur Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, de Lapenne, contre M. Hypolite de Lacget, au Puget.

I. Joseph Delort, l'huissier

II. Les biens saisis saisis

III. Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, le requérant

IV. Hypolite de Lacger, protagoniste de la saisie, et Pierre Claire de Lacger, son père

V. Conclusion

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À Mirepoix, prélèvement de carottes à la maison des Consuls

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Il s'agit ici de dater à l'aide de la dendrochronologie, méthode de datation par l'étude des anneaux de croissance des troncs d'arbres, l'âge du bois de la poutre qui sert de poitrail à la maison des Consuls. On prélève pour ce faire de fines carottes de bois, dont l'emplacement sera ensuite rebouché. Les anneaux les plus larges correspondent aux arbres les plus jeunes, qui font montre d'une croissance rapide. Les anneaux plus minces correspondent à des arbres plus anciens, dont la croissance se ralentit au fur et à mesure qu'ils vieillissent.

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