Christine Belcikowski

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En avril 1790, à Carcassonne. À propos des droits honorifiques

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Ci-dessus : Lettres patentes du Roi sur le décret de l'Assemblée Nationale du 15 du présent mois de Mars, concernant les droits féodaux, p. 1. Imprimerie de de Baudouin. Paris. 1790.

Le 15 mars 1790, l'Assemblée nationale décrète l'abolition des privilèges seigneuriaux et féodaux. Le 28 mars 1790, ce décret se trouve sanctionné par lettres-patentes du roi Louis XVI. L'abolition des droits seigneuriaux comprend celle des droits honorifiques, tels que le droit de litre (1), les prières nominales, l'encens, et le droit de banc et de sépulture dans le chœur.

On se souviendra ici de la longue querelle, dite « des honorifiques », qui a opposé, au XVIIe siècle, Alexandre de Lévis, seigneur de Mirepoix, puis Louise de Roquelaure, sa veuve, régente de Mirepoix, à Monseigneur de Nogaret, évêque de Mirepoix, acharné à interdire à la famille de Lévis l'exercice des droits en question, dont particulièrement le droit de banc. Louise de Roquelaure sort victorieuse de cette querelle. En 1665, Louis de Nogaret de Lavalette requiert son transfert à l'évêché de Carcassonne. Louis Hercule de Lévis Ventadour, successeur Louis de Nogaret à l'évêché de Mirepoix, se contentera de temporiser. (2)

En avril 1790, le sieur Sanches, de Carcassonne, formule à destination de ces Messieurs de l'Assemblée nationale une suite d'observations relatives au même droit de banc.

« Messieurs,

Une mauvaise interprétation de vos décrets cause dans les provinces de grandes discussions, et de ces discussions provient un grand désordre, auquel votre sagesse doit enfin mettre un terme.

Vous avez aboli avec justice tout honorifique dû ci-devant aux seigneurs. En conséquence, dans plusieurs paroisses, on a ôté d l'égiise les bancs seigneuriaux ; dans d'autres, MM. les officiers municipaux s'en sont emparés, pour s'y colloquer, à l'exclusion des seigneurs auxquels ils appartiennent ; dans quelques-unes, on les a mis en pièces, et dans toutes, on veut prendre l'un ou l'autre de ces trois partis. Vous sentez bien, Messieurs, que cela ne se peut faire sans opposition marquée de la part des seigneurs, et cette opposition ne peut avoir lieu sans beaucoup de trouble.

Vous avez aboli tous droits honorifiques : cela est juste pour ceux qui ne sont que tels. Mais le droit d'avoir un banc ne tient pas seulement à l'honneur, il tient encore à l'utilité, je dis plus, à la nécessité. On passerait cependant là-dessus, quoique à regret, si ce droit n'était enlevé qu'aux seigneurs qui n'ont rien fait pour le mériter ; mais il en est qui ont embelli leurs églises par mille réparations dispendieuses, qui y ont fondé de magnifiques chapelles, qui les ont comblées de bienfaits innombrables ; ceux-là, Messieurs, devraient-ils avoir la douleur de trouver, dans les églises dépositaires d'une partie de leurs richesses, des mères ingrates qui oublient leurs dons lors même qu'elles en jouissent, et rejettent indignement leurs bienfaiteurs de leur sein, en les privant d'un droit que de simples particuliers conserveront, pour avoir fait quelques petits sacrifices inassimilables aux leurs ? Vous direz peut-être que ceux qui ont de pareils droits sont libres de les faire valoir ; mais leurs vues étaient trop désintéressées pour demander le salaire de leurs libéralités en les répandant, et pour s'assurer par un titre une propriété qu'ils croyaient si bien affermie par leurs droits.

On n'alléguera point, sans doute, que les seigneurs ne doivent plus jouir d'aucune distinction : ils ont eux-mêmes renoncé à être distingués de leurs vassaux. Mais ils veulent du moins leur être semblables, qu'ils aient le même privilège que les moindres ménagers de leur village, lesquels autrefois leur étaient si inférieurs, et les voilà satisfaits.

Le principe juste qui a servi de base à toutes les opérations du Comité féodal devrait, ce me semble, en servir aussi au décret indispensablemenl nécessaire que vous êtes suppliés de rendre sur ce point. En suivant ce principe, vous pourriez ordonner que le droit de banc fût aboli pour les seigneurs qui le justifieraieni seulement par l'honorifique attaché aux seigneuries, et conservé pour ceux qui prouveraient avoir fondé des chapelles dans leur église paroissiale, ou fait des réparations considérables trop onéreuses pour leurs vassaux, quand toutefois la valeur des dépenses faites par lesdits seigneurs fournira un capital assez fort pour équivaloir au capital de ce que payent annuellement les autres propriétaires de bancs.

Du reste, Messieurs, on n'entend point prescrire des règles à votre justice, ni des bornes à vos lumières. Mais on espère que vous ne voudrez point imposer aux églises une horrible ingratitude, aux paysans une licence sans frein, aux seigneurs de justes mécontentements, et vous continuerez à vous faire admirer de tous les Français, et de celui surtout qui, zélé défenseur de vos principes, se fait aussi un honneur d'être avec le plus profond respect, etc.

Sanches, ci-devant doctrinaire.
À Carcassonne, ce [ici un blanc] avril de l'année heureuse 1790. » (3)

Le sieur Sanches, ci-devant doctrinaire, est, comme indiqué par le mot « doctrinaire », un membre de la congrégation des Pères de la doctrine chrétienne, congrégation qui sera dispersée en 1792. On ne s'étonnera donc pas de ce qu'il défende l'ordre d'un monde ancien, celui dans lequel l'Église bénéficiait des pieuses libéralités des seigneurs. Je ne suis pas parvenue à savoir ce que lui, défenseur de l'ordre ancien, est devenu après 1792.

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Ci-dessus : ancien banc seigneurial du marquis de Portes, conservé dans l'église de (Portes) Manses (Ariège). La jouissance de ce banc seigneurial a suscité des querelles jusqu'à la fin du XIXe siècle, date du déménagment des anciens seigneurs à Teilhet, commune voisine de (Portes) Manses.

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1. Litre (funéraire) : bande peinte ou bande d'étoffe de couleur noire aux armoiries du défunt placée sur le pourtour des murs intérieurs ou extérieurs de l'église lors des obsèques d'un seigneur.

2. Cf. Christine Belcikowski. En 1678, lettre de l’évêque de Mirepoix au marquis de Mirepoix.

3. Lettre retranscrite in Les comités des droits féodaux et de législation et l'abolition du régime seigneurial (1789-1793), pp. 185-187. Documents publiés par Ph. Sagnac et P. Caron. Imprimerie nationale. 1907.

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Une figure inquiétante de la Révolution en Ariège. Jean François Baby, commissaire civil

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Ci-dessus : vue de la prison du Temple, 1790-1800, Paris, IIIe arrondissement. L'édifice a été démoli en 1811.

1. En 1796

Le registre d'écrou de la prison du Temple, en date du 24 fructidor an IV (10 septembre 1796), porte la mention suivante :

« Nº 126 . Baby Jean François, âgé de 37 ans, natif de Tarascon, département de l'Ariège, propriétaire, demeurant à Paris, rue Montorgueil, n° 84 [auberge du Cheval blanc] , section du contrat social ; taille, 5 pieds, 3 pouces, cheveux et sourcils noirs, front rond et découvert, yeux bruns, nez gros, bouche moyenne, menton double avec fossette, visage plein. Pour signe : une cicatrice dans la potrelle de la joue gauche . » (1)

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Ci-dessus : Pierre Gabriel Berthault (1737-1831), graveur, et Abraham Girardet (1763-1823), dessinateur. Attaque du camp de Grenelle par des conspirateurs : le 24 Fructidor, An IV de la République. 1802.

Jean François Baby vient d'être arrêté et accusé de participation au complot du camp de Grenelle, complot mené la nuit précédente, au cri de « Vive la République ! Vive la Constitution de 93 ! À bas les Conseils ! À bas les nouveaux tyrans ! », par Gracchus Babeuf et son parti des Égaux, dont justement Jean François Baby. Croyant pouvoir soulever contre le Directoire les soldats du 21e régiment de dragons stationnés alors au camp de Grenelle, Gracchus Babeuf et les siens ignoraient cette nuit-là que l'un d'entre eux les avait dénoncés. Accueillis à coups de fusil, certains des Égaux sont tués ; d'autres, comme Jean François Baby, tentent de s'enfuir...

« Baby fut arrêté après l'attaque du camp de Grenelle. Son arrestation fut opérée par le citoyen Mathouillet, maréchal des logis au 21e régiment de dragons, 8° compagnie, qui dirigeait une patrouille de seize dragons autour du camp. La patrouille poussa jusqu'à Sèvres et ne vit rien. Elle rentrait au camp, entre Issy et Vaugirard, lorsqu' elle aperçut de loin trois hommes qui, à la vue des cavaliers, rebroussèrent chemin vers Sèvres. Deux suivirent la route de la verrerie. L'autre – c'était Baby – se jeta dans la plaine. Mathouillet, avec trois dragons, se porta vers celui qui cherchait à fuir. Il était vêtu d' un habit violet pâle, tout à fait passé, de petites bottes larges, dites à l'américaine, d'une culotte à la hongroise couleur marron. L'ayant atteint, le maréchal des logis lui demanda où il allait. Il répondit qu'il venait de Paris. On lui observa qu'il avait bien l'air d'avoir couché au bivouac et qu'il était sans doute de ceux qui avaient attaqué le camp pendant la nuit. Il fut fait prisonnier et vint rejoindre les deux autres, dont les dragons s'étaient déjà assurés. Ils furent amenés au camp. Baby offrit en route, à plusieurs reprises, de l'eau-de-vie aux soldats. Il avait déclaré, au moment de son arrestation, ne pas être armé. On le trouva porteur de deux pistolets chargés au moins de quatre pouces et d'une poire à poudre, qui fut prise par les volontaires. La patrouille était sortie du camp à trois heures et demie, et l'arrestation eut lieu à la pointe du jour. Les deux compagnons de Baby étaient Bertrand, ancien maire de Lyon, excellent républicain, ruiné par la Révolution, et Hennequin, jeune philosophe de vingt-cinq ans, peintre de talent, élève de David. » (2)

Le Conseil de guerre siège sous une tente au Temple. Jean François Baby a pour défenseur un certain Balestier.

Juge — Qu'est-il allé faire à Vaugirard le 23 fructidor (9 septembre 1796), la nuit ?
Balestier — N'y est point allé, n'a eu connaissance des événements arrivés au camp qu'après leur arrivée, ne connaît rien sur les causes et les moyens d'exécution du mouvement. Il fut arrêté près de Meudon avec Bertrand et Hennequin, à neuf heures du matin, en se rendant à Sèvres voir un de ses amis.
Juge – Où avait-il passé la nuit ?
Balestier — Hors des barrières, rue Saint-Jacques. Ils avaient soupé ensemble et, après dix heures, les barrières étaient fermées. On ne voulut pas les recevoir dans deux ou trois maisons. Ils passèrent la nuit dans un moulin à vent et le lendemain ils partaient pour Sèvres où il fut arrêté par des cavaliers à revers jaunes. Il n'était porteur d'aucune arme et la fameuse poire à poudre n'était qu'une gourde, remplie d'eau-de-vie. » (3)

Dominique Ferlus quant à lui, homme de lettres, 43 ans, né à Castelnaudary (Aude), demeurant à Paris depuis trois ans, rue Neuve-Saint-Roch, n° 124, accable Jean François Baby. »

« Juge — Connaissez-vous Baby ?
Ferlus — Je n'ai vu Baby qu'une seule fois [fin avril 1796].
Juge — On assure qu'il vous a fait des confidences dont, comme bon citoyen, vous auriez dû avertir le gouvernement.
Ferlus — J'étais chez le représentant du peuple Lakanal (4) qui m'avait invité à déjeuner pour entendre le discours d'un terroriste effréné. Je m'y rendis. Je me trouvai avec ce député Baby qu'il me présenta. Nous étions convenus avec Lakanal de le laisser parler librement, afin de mieux connaître le projet du parti auquel Baby semblait appartenir. C'était quelque temps avant l'explosion de la conspiration Babeuf. Baby parla longuement sur la nécessité d'un changement dans le gouvernement ; il vanta beaucoup le caractère des députés Amar, Vadier et surtout Ricord. Il se plaignait des mauvais traitements que lui avait fait essuyer le député Clauzel (5), ajoutant que ce scélérat ne périrait pas d'une autre main que la sienne, et que si le changement avait lieu, on verrait beaucoup de vengeances particulières. Il tint d' autres discours de ce genre. Après le déjeuner, Baby se retira. Me trouvant seul avec Lakanal , nous parlâmes de la nécessité de faire connaître cet homme et ses projets. Lakanal promit d'en parler au ministre de la police et moi je me retirai auprès du député Martin, grand ami de Clauzel, pour lui communiquer tout ce que j'avais entendu, en le pressant d'en prévenir Clauzel. Je rendis compte à plusieurs autres députés réunis dans la maison des Feuillants, de tout ce que Baby avait dit chez Lakanal. [...].

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Ci-dessus : H. Rousseau, dessinateur, et E. Thomas, graveur. Portrait de Joseph Lakanal.

C'est la première fois que je voyais Baby, je ne l'ai plus rencontré qu'une autre fois dans la salle des conférences du Conseil des Cinq-Cents, où il portait une pétition. D'après sa conversation et ce que me dit Lakanal, je sus qu'il avait été employé par l'ancien Comité de Salut public en qualité de commissaire. Il paraît qu'il était l'homme de confiance de Vadier (6). Ayant vu son nom sur la liste des 132 pris au camp de Grenelle, j'allai aussitôt chez le député Martin pour lui annoncer que Baby était détenu dans la Tour du Temple et qu'il pouvait rassurer Clauzel. »

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Ci-dessus : portrait de Jean Baptiste Clauzel exposé à la mairie de Lavelanet (Ariège).

Et Férus, ainsi qu'un représentant du peuple, de confirmer tous deux à l'audience d'autres propos de Baby, à savoir que, lui, Baby avait « l'intention de travailler au rétablissement d'un Roi, puisque la République n'était point gouvernée à sa fantaisie ni à celle des vrais patriotes. » (7)

« Baby se défendit très mollement ; sa fureur patriotique était subitement tombée. Il fut convaincu « d'avoir tenté de distribuer aux soldats un libelle infâme », dont le titre est pittoresque : Arrivée à Paris du brave La Terreur, canonnier de Sambre-et-Meuse ; son entretien avec son camarade Va-de-bon-cœur, soldat au camp de Grenelle. » (8)

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Ci-dessus : Supplice de douze des prévenus dans l'affaire de Grenelle : fusillés le quatrième jour complementaire de l'an IV (20 septembre 1796) de la République française. Estampe anonyme. 1796.

Le 18 vendémiaire an IV (9 octobre 1796), à deux heures du matin, le Conseil militaire condamne Jean François Baby à la peine de mort. Le lendemain matin (10 octobre 1796), à sept heures précises, Jean François Baby et les autres condamnés sont extraits de leur cellule, conduits sous bonne escorte jusqu'à la Barrière de l'Ècole militaire, fusillés au camp de Grenelle à onze heures du matin.

« Les condamnés subirent la mort avec la fermeté la plus héroïque ; lorsqu'on leur lut la sentence, ils se bornèrent à déclarer qu'ils en appelaient au tribunal de la Raison. Il semblait que l'on eût voulu instruire au Temple le procès de la Révolution ; ceux qui avaient coopéré à la chute du trône, ceux qui avaient défendu la représentation nationale, ceux-là mêmes qui s'étaient distingués par leur zèle dans les comités de surveillance ou à la tête des armées révolutionnaires, étaient d'avance voués à la mort ; ils étaient à la fois jugés et condamnés. [...].

Pour Baby, aucune preuve ne fut fournie de sa participation à l'échauffourée, et il n'est pas douteux que la dénonciation antérieure de Lakanal, corroborée devant la commission militaire, eut pour le fougueux révolutionnaire les plus terribles conséquences. » (9)

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Ci-dessus : portrait de Marc Guillaume Alexis Vadier peint sur une tabatière lui ayant appartenu.

Marc Guillaume Alexis Vadier, au demeurant, s'est gardé de la moindre intervention en faveur de son agent Jean François Baby, car il se savait alors politiquement menacé plus encore que ce dernier. « Dès le 22 prairial an IV (10 juin 1796) en effet, le ministre de la Justice, Merlin de Douai, demandait au directeur du jury d’accusation de Paris si dans le dossier Babeuf se trouvaient des éléments utilisables à l’encontre de Vadier » (10). Il se peut également que Vadier n'ait point trouvé si mauvais de se voir en 1796 débarrassé d'un Baby devenu importun, car trop fougueux, trop bavard, trop connu pour ses excès antérieurs, finalement plus dangereux qu'utile.

2. De juillet 1794 à 1796

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Ci-dessus : vue du château de Foix, au-dessus de l'Ariège. La tour ronde, en 1794, sert de prison.

Arrêté à Paris au lendemain de la chute de Robespierre (9 thermidor an II, 27 juillet 1794), puis transféré à la Tour de Foix, Jean François Baby y demeure jusqu'à l'amnistie proclamée par le gouvernement thermidorien le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) pour « les faits purement relatifs à la Révolution ». Une fois libéré, constatant que ses propriétés ont été ravagées durant sa période d'incarcération, il vient réclamer aux Cinq-Cents une indemnité à raison « des dommages éprouvés qui ont pour cause les services rendus par lui à sa patrie ». En vain. Les Cinq-Cents n'entendent point rendre justice à un ancien « terroriste ».

« Entièrement ruiné, il se répandit en menaces contre le Directoire et les députés qui poussaient le gouvernement dans une voie rétrograde ; il ne décolérait point dans les couloirs des Conseils, où il abordait les représentants avec lesquels il avait été en relation. Jeté sans ressources sur le pavé de la capitale, il devait fatalement grossir l'armée des mécontents, formée des débris du parti jacobin, et excitée en sous-main par les royalistes et les agents provocateurs. C'était une proie tout indiquée pour les éléments de désordre qui pullulaient dans les rues de Paris. À raison de l'énergie qu' il avait déployée l'année précédente au service du gouvernement révolutionnaire, Baby était désigné dans les papiers de Babeuf, pour être membre de la Convention renouvelée. » (11)

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Ci-dessus : vue actuelle du nº 84 de la rue Montorgueil, Paris, IIe arrondissement. Là se situait l'hôtel du Cheval blanc où Jean François Baby a logé durant les derniers mois de sa vie.

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3. Du 1er septembre 1793 à la fin du mois de juillet 1794

À Tarascon, nommé le 1er septembre 1793 commissaire civil de l'Ariège et de la Haute Garonne par Guillaume Chaudron-Rousseau, député de la Haute-Marne, alors envoyé en mission en Ariège par la Convention, Jean François Baby lève une petite armée révolutionnaire et déploie, avec le concours de cette dernière, une activité répressive qu'on accuse bientôt de s'exercer de façon aveugle et qui suscite par suite des plaintes unanimes.

Séance du 21 fructidor an I (7 septembre 1793). « Le Comité de salut public a arrêté qu'il serait délivré au citoyen Baby, de Tarascon, pour remplir la mission patriotique dans le département de l'Ariège, une commission semblable à celle des autres commissaires. Il a été expédié également un mandat de 2.000 livres audit citoyen Baby pour frais de la mission ci-dessus énoncée. » (12)

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Ci-dessus : Tarascon, au bord de l'Ariège.

À Tarascon, Jean François Baby épure l'administration du district, dont le directeur de la poste, le lieutenant de gendarmerie et presque toute la municipalité. Il fait destituer et incarcérer Jean Joseph Michel Garrigou, alors maire de la ville, par ailleurs son cousin germain, puis exige pour sa libération une rançon de 12.000 livres ! Jean Joseph Michel Garrigou adressera par suite aux autorités concernées un « Mémoire contre Baby ».

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Ci-dessus : vue ancienne de la place et du Grand Couvert à Mirepoix.

« À Mirepoix, Baby destitue le juge de paix, le maire, deux officiers municipaux et le greffier ; il requiert la municipalité de désarmer de suite les suspects et, en particulier, tous ceux qui sont enfermés dans la maison de réclusion. Le comité de surveillance de la société populaire lui demande l'arrestation d'un citoyen et d'une citoyenne d'Engraviés, dont les deux fils sont présumés émigrés, et la destitution de la municipalité de ce village qui ne les a pas dénoncés. » (13)

Correspondant de Vadier quand celui-ci se trouve à Paris, Jean François Baby se charge de procéder, de façon chaque fois brutale, à l'arrestation des personnes dont ledit Vadier lui envoie la liste. On l'accusera par la suite d'avoir, de son propre chef, ajouté à cette liste de nombreux autres noms, de telle sorte qu'il en avait toujours sur lui, dit-on, plus de 150 ; d'autres historiens parlent de plus de 500 noms. Il provoque le sac du château de Miglos pour ramener les deux canons qui s'y trouvent (14). Il ne craint pas au demeurant de faire tirer au canon sur les places publiques ou encore dans la forêt, où l'on rapporte qu'il a ri à la mort d'un jeune garçon, tué par inadvertance.

« Les pérégrinations des commissaires civils dans le district de Tarascon furent marquées par de dramatiques incidents.

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Les hautes vallées du district étaient infestées d'aristocrates ; les biens des patriotes y étaient ravagés et leur existence menacée ; on craignait toujours qu'ils n'ouvrissent la frontière à l'étranger. Les commissaires civils, accompagnés d'un détachement de l'armée révolutionnaire, purgèrent d'abord la vallée d'Ax, puis ils se dirigèrent vers les vallées de Vicdessos et de Signer. Baby, monté sur un cheval à tous crins marqué au front d'une étoile blanche, était à la tête de l'armée révolutionnaire et d'un détachement de canonniers du 8e bataillon de l'Aude. Tandis que Groussac, Massiac, Piquié et Prévôt, membre du district, se rendaient directement à Vicdessos, Baby donna la chasse aux prêtres réfractaires. Arrivés au pied de la montagne de Lescale-en-Dauzat, les canonniers aperçurent diverses personnes qui paraissaient se cacher derrière les arbres, assurément c'étaient des prêtres réfractaires. Baby ordonna aux canonniers de faire feu. C'était un pauvre paysan, nommé Vexane, son fils et une jeune fille qui gardaient des troupeaux. Le fils de Vexane fut étendu raide mort. Le canonnier, qui avait tiré, ne pouvait se consoler de ce meurtre, mais Baby ne fit qu'en rire et lui dit, pour le tranquilliser, qu'il avait tiré pour la bonne cause. »

Les commissaires civils obligèrent ensuite quatre aristocrates de Vicdessos à donner 1600 livres à Vexane. » (15)

Dès le 28 frimaire an II (18 décembre 1793), lors d'une séance de la Convention nationale, Jean Baptiste Clauzel dénonce « Baby et Massiac pour n'avoir pas obéi à la loi, pour commander encore une troupe révolutionnaire à Toulouse, et pour avoir tellement influencé par la terreur les assemblées populaires, qu'ils leur font étouffer leurs plaintes, et tiennent d'obtenir d'elles une adresse à la Convention pour demander que leurs pouvoirs leur soient continués. Je demande que la Convention mette hors la loi ceux qui, huit jours après la publication du décret, n'auraient pas cessé leurs fonctions.
Merlin de Thionville : Je demande que ceux qui ont conservé ces fonctions, au mépris de la loi, jusqu'à ce jour, soient punis de dix ans de fers.
La discussion s'engage. La Convention décrète la peine de mort contre les officiers d'armées révolutionnaires qui n'exécuteraient pas la loi ; dix ans de fers contre les soldats qui ne se sépareraient pas aussitôt, et l'arrestation de Picot-Belloc [autre commissaire civil de l'Ariège et de la Haute-Garonne, Allard [procureur syndic de Rieux], Baby et Massiac (autre commissaire civil de l'Ariège et de la Haute-Garonne]. »

Marc Guillaume Alexis Vadier intervient alors dans la discussion. Il « consent à ce que la conduite d'Allart soit scrupuleusement examinée ; mais il insiste vivement sur la nécessaire suspension du décret d'arrestation d'Allard » (16). Concernant Jean François Baby et les autres, en revanche, il ne dit mot. Épargné provisoirement d'arrestation, mais destitué de son mandat de commissaire civil, Jean François Baby continuera à sévir en Ariège et en Haute-Garonne, sans ordres exprès cette fois, jusqu'à la chute de Robespierre.

Peu avant la chute de Robespierre, Roques, alors vice-président du district de Tarascon, prononce contre ledit Baby la diatribe suivante :

« Celui qui a frappé son père et sa mère, qui s'est constamment refusé à payer de nombreux créanciers, qui, escorté de la force armée, a insulté, menacé les autorités constituées, celui qui a pillé, dévasté les propriétés, qui a embastillé indistinctement patriotes et aristocrates, celui qui a comprimé le peuple, habitant des chaumières, en lui parlant sans cesse de sang, de guillotine et d'échafauds, en affectant de lui lire une correspondance terroriste, celui qui a entretenu la Terreur pendant le règne de Robespierre, qui, après son supplice, a pris son parti avec chaleur, celui qui a fait prodigieusement de taxes révolutionnaires, qui a fait glisser dans son portefeuille les 12, les 14 mille livres, etc., qui a tyranniquement abusé des pouvoirs, comment enfin celui qui a fait couler le sang des jeunes enfants, pour se délasser des cruautés par des cruautés nouvelles, peut-il respirer encore l'air pur de la liberté ? » (17)

En nivôse an III (décembre-janvier 1794), alors que Jean François Baby se trouve incarcéré à la Tour de Foix, le Tribunal criminel instruit l'affaire des sommes qu'on accuse le même Baby d'avoir extorquées à son oncle Garrigou et il l'acquitte de ce chef. Pour les faits dits par euphémisme « purement relatifs à la Révolution », Jean François Baby bénéficiera, comme on sait, de l'amnistie du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795).

4. De 1789 au 1er septembre 1793

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En 1789, Jean François Baby, tient à Tarascon un commerce de « denrées d'approvisionnement », d'aucuns disent, une épicerie. Enthousiasmé par les débuts de la Révolution, « rond, petit, bavard, méridional à l’excès » (18), porté sur le genre sans-culottes, il profère des discours enflammés qui jouissent sur la place d'une audience certaine. Il est nommé alors procureur syndic de Tarascon, puis, en 1792, élu député à la Convention nationale (1792-1795) pour le département de l'Ariège, mais, à son grand dam, deuxième député suppléant seulement, de telle sorte que faute de défection de Marc Guillaume Alexis Vadier, ancien Constituant, remplacé par Bordes le 15 floréal an III (4 mai 1795) ; Jean Baptiste Clauzel, maire de Lavenalet, ancien député à la Législative ; Pierre Campmartin, apothicaire, maire de Saint-Girons ; Jean Espert, procureur syndic de Mirepoix, ancien suppléant à la Législative ; Joseph Lakanal, vicaire de l'évêque de Pamiers ; Raymond Gaston, juge de paix de Foix, ancien député à la Législative, lui, Jean François Baby, n'aura jamais l'occasion de siéger à l'Assemblée.

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Ci-dessus : portrait de Jean Pierre Mailhol par Jean Jacques Bauzil. Collection privée. Tous droits réservés.

Jean François Baby, procureur syndic de Tarascon, fait nommer Gabriel Clauzel procureur syndic de Mirepoix, et, par le truchement de ce dernier, interdire de résidence à Mirepoix, puis incarcérer à la prison de Castelnaudary, l'abbé Jean Pierre Mailhol, prêtre constitutionnel, curé de l'église Saint Maurice (19). Pressé par Vadier de le débarrasser de Georges Bergasse-Laziroule, maire de Saurat (Ariège) de 1787 à 1793, acquis pourtant aux idées de la Révolution, le même Jean François Baby fait remanier le comité de surveillance de Saurat afin que celui-ci envoie l'armée révolutionnaire se saisir dudit Berasse-Laziroule « de nuit, dans les bras de Sophie de Sénovert, son épouse ». La population se soulève et obtient la remise en liberté de son maire. Jean François Baby fait alors incarcérer François Ignace de Sénovert, beau-père de Georges Bergasse Laziroule. Etc.

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Ci-dessus : Olivier Perrin (1761-1832). Portrait de Georges Bergasse-Laziroule. Dessin au crayon noir.

5. De 1759 à 1789

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« Celui qui a frappé son père et sa mère, qui s'est constamment refusé à payer de nombreux créanciers... », c'est le jeune Jean François Baby, dont Roques, vice-président du district de Tarascon en l'an II, esquisse là le portrait peu flatteur. Ce portrait donne à penser que le jeune Jean François Baby a été « un mauvais sujet ». Son cas semble analogue à ceux de Jean François Laprotte, fils de Jean Laprotte, marchand, en 1757 à Lavelanet ; de [prénom inconnu] Rouvairollis de Rigaud, fils de Jean Rouvairollis de Rigaud, lieutenant particulier, assesseur criminel au sénéchal et présidial de Limoux, en 1761 à Mirepoix ; de François Clauzel, fils de Jacques Clauzel, marchand, en 1772 à Lavelanet ; etc. (20)

Contrairement à ce que disent certains historiens du XIXe siècle — sans avoir cherché à le vérifier —, Jean François Baby n'est pas « fils d'un pauvre épicier », mais semblablement aux autres « mauvais sujets » mentionnés plus haut, fils d'un homme considéré. L'erreur de ces historiens vient peut-être de ce que l'année de naissance de Jean François Baby, telle qu'indiquée par ledit Jean François Baby lui-même et reportée sur le registre d'écrou de la prison du Temple, ne se trouve pas dans le registre paroissial de Tarascon. Le registre de la paroisse Saint Michel de Tarascon, paroisse à laquelle appartient son père, souffre en effet d'une lacune concernant les années 1759, 1760, 1761 ! La lecture de divers documents contemporains permet toutefois d'apprendre que Jean François Baby est un neveu de François Garrigou et de Jean Baptiste Garigou, fils tous deux de Jean Garrigou, marchand de fer.

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Ci-dessus : 20 février 1759. Mariage de François Baby et de Marie Anne Garrigou. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon-sur-Ariège. Paroisses Notre Dame de Sabart et Sainte Quitterie (1744-1775). Document 1NUM2/135EDT/GG9. Vue 215.

Le 20 février 1759, François Baby, notaire royal [depuis 1754], fils du sieur Marc Baby, marchand de fer, et de Damoiselle Marie Deguilhem, de la paroisse de Saint Michel de la ville de Tarascon, épouse Marie Anne Garrigou, fille du Sieur Jean Garrigou, marchand de fer, consul en 1745, et de feue demoiselle Marie Chambrié, de la paroisse Notre-Dame-de-Sabart et Sainte-Quitterie de la ville de Tarascon ; en présence de Jean Garrigou père ; de François Garrigou et de Jean Baptiste Garrigou (régisseur des terres du marquis de Gudanes, puis marchand de fer et mandataire toulousain des forges du marquis de Gudanes), tous deux frères de l'épouse ; de Paul Deguilhem, avocat en parlement de la paroisse de Saint Michel de Tarascon.

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Ci-dessus : 28 janvier 1761. Baptême de Marie Jeanne Baby. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon-sur-Ariège. Paroisse Saint Michel (1760-1770). Document 1NUM/135EDT/GG6. Vue 45.

Le 28 janvier 1761, François Baby et Marie Anne Garrigou font baptiser Marie Jeanne Baby, leur second enfant. Jean François Baby, né en 1759, est donc l'aîné de la fratrie.

En 1792, Marie Jeanne Baby épouse François Delaunay, né en 1756 à Avranches (Coltentin), homme d'affaires de François Etienne Louis Pons d'Arnave, avocat, premier propriétaire de la Haute-Ariège. futur maire de Tarascon en 1816 et de Verniolle en 1824.

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Ci-dessus : 12 juillet 1793. Décès de François Baby, ancien notaire royal. Archives dép. de l'Ariège. Tarascon (1793-An XIII). Document 1NUM/135EDT/E3. Vue 13. N.B. : l'agent municipal parle du « 12 juillet 1793 an II » ; cette date est impossible ; il s'agit du 12 juillet 1793 ou du 24 messidor an I.

François Baby quitte en 1786 son étude de notaire. Il meurt le 24 messidor an I (12 juillet 1793) à Tarascon, dans sa maison du « barry » (faubourg).

Jean François Baby, son fils, meurt à Paris, comme on sait, le 19 vendémiaire an IV (10 octobre 1796).

__________

1. Archives de la Préfecture de police. Cité par Albert Tournier, in Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 254. Flammarion. Paris. 1896.

2. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 251.

3. Ibidem, p. 251.

4. Joseph Lakanal, né le 14 juillet 1762 à Serres-sur-Arget (Ariège), mort le 14 février 1845 à Paris. formé chez les frères de la Doctrine chrétienne ; professeur de rhétorique, puis de philosophie ; vicaire épiscopal de Bernard Font, son oncle, évêque constitutionnel de Pamiers ; député de l'Ariège à la Convention ; régicide ; membre du Comité de l'Instruction publique de la Convention ; commissaire de la République d'octobre 1793 au 9 Thermidor ; commissaire de la République en 1799 ; élu au Conseil des Cinq-Cents ; professeur à l'École centrale sous l'Empire ; exilé volontaire aux États Unis, de la Restauration à 1833 ; puis membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

5. Jean-Baptiste Clauzel, né à Lavelanet le 21 septembre 1746, mort à Paris le 2 juillet 1803. Maire de Lavelanet en 1790 ; député à la Constituante en 1791 ; député à la Convention en 1792 ; régicide ; représentant en mission à l'armée des Pyrénées à partir d'août 1793 ; artisan de la chute de Robespierre ; membre du Comité de sûreté générale après Thermidor ; tenant de l'arrestation des derniers Montagnards ; élu au Conseil des Anciens sous le Directoire ; rallié à à Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).

6. Marc Guillaume Alexis Vadier, né le 17 juillet 1736 à Pamiers, mort le 14 décembre 1828 à Bruxelles, surnommé « le grand inquisiteur. Conseiller au siège présidial de Pamiers en 1770 ; député du tiers en 1789 ; député à la Convention en 1792 ; régicide ; président du Comité de sûreté générale à partir de 1793 ; accusé après la chute de Robespierre d'avoir couvert les excès de la Terreur ; compromis dans la conjuration des Égaux de Babeuf ; acquitté, mais emprisonné jusqu'en l'an VIII (1799) ; député pendant les Cent-Jours ; exilé comme régicide en 1816.

7. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits, p. 252-253.

8. G. Lenôtre. « Baby et Bonbon ». In Le Temps. 14 septembre 1904.

9. Ibidem, p. 254.

10. Gilles Dussert. Vadier. Le grand inquisiteur (1736-1828), p. 490. Imprimerie nationale. 1989.

11. Albert Tournier. Vadier, président du Comité de sûreté générale sous la Terreur d'après des documents inédits>, p. 249.

12. 13. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795., p. 435.

14. I. V. Cénac. « Otages de Tarascon en Espagne, 1812 ». Note au bas de la page 5. In Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts. 1917.

15. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795, p. 435.

16. Réimpression de l'ancien Moniteur. Tome 18, p. 701. Plon frères. 1847.

17. Gaston Arnaud. Histoire de la Révolution dans le département de l'Ariège. 1789-1795, p. 603.

18. Gilles Dussert. Vadier. Le grand inquisiteur (1736-1828), p. 378. Imprimerie nationale. 1989.

19. Cf. Mailhol, curé de Mirepoix. Pétition. 14 ventôse an II (4 mars 1794). Édition annotée par Joseph Laurent Olive et Christine Belcikowski. Éditions Ismael. 2017.

20. Cf. Christine Belcikowski. 1740-1789. Désordres en Ariège.

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Bref historique du village de Manses

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Le 24 octobre dernier, Émile Kapfer m'adressait de Manses le message suivant :
Chère Madame,
Avec beaucoup de difficultés, j'ai fait ce « Bref historique du village de Manses ». Ce sera sans aucun doute mon dernier texte, car mes forces disparaissent chaque jour un peu plus. Je vous espère en bonne santé.Au plaisir de vous lire. E K »
J'ai plaisir à diffuser un tel Historique ci-dessous.

Lire la suite de Bref historique du village de Manses

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À Mirepoix, le porteur de la Dépêche

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Un ami m'envoyait, il y a peu, le message suivant : « Coucou, pourrais-tu me dire où se trouve précisément cette enseigne à Mirepoix ? »

J'ai eu un moment de trouble. Certes, me suis-je dit, je connais cette enseigne. Mais où l'ai-je vue ? J'ai oublié. J'ai pensé à la rue Jacques Fournier, ou encore,à la rue de la Porte d'Amont. J'ai finalement promis à mon correspondant d'aller vérifier ce matin même où se trouve l'enseigne en question. Je me suis donc rendue rue Jacques Fournier et rue de la Porte d'Amont. Je n'y ai pas trouvé l'enseigne recherchée. Revenue sur la place, soudain je l'ai vue !

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Je passe donc devant cette enseigne tous les jours sans plus jamais la remarquer... Elle se trouve, comme de bien entendu, au-dessus du bureau de tabac-presse du Grand Couvert, sur la façade de la maison qui appartenait en 1766 à Louis Fabré, négociant, bourgeois (1). Cette maison conserve aujourd'hui encore, sous le toit, une fenêtre à meneaux, de style Renaissance.

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Ci-dessus : vue actuelle de l'ancienne maison de Louis Fabré. Nº 76 du plan 3 du compoix mirapicien de 1766.

« On ne voit rien », dit l'historien d'art Daniel Arasse. On ne voit rien ici parce qu'à force d'arpenter les rues de Mirepoix, on oublie de regarder, de lever la tête et de s'étonner, encore et toujours. De quand date l'installation de l'enseigne qui nous intéresse ci-dessus ? Si quelque lecteur de cet article le sait...

1. Cf. La dormeuse blogue 3. À Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°54 à 96.

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À Montpellier, en novembre 1653, du beau monde au baptême d'Armande Béjart

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait d'Armande Béjart ca 1660.

Le 23 janvier 1662, Molière et Armande Béjart signent à Paris leurs pactes de mariage.

« Furent presens Jean-Baptiste Pocquelin de Moliere, demeurant à Paris, rue Sainct-Thomas- du-Louvre, parroisse Sainct-Germain-de-l'Auxerrois, pour luy, en son nom, d'une part, et damoiselle Marie Hervé, veufve de feu Joseph Bejard, vivant escuier, sieur de Belleville, demeurante à Paris dans la place du Pallais royal, stipullante en cette partye pour damoiselle Armande Gresinde Claire Elizabeth Bejart, sa fille et dudict deffunct sieur de Belleville, aagée de vingt ans ou environ, à ce presente de son voulloir et consentement, d'autre part, lesquelles partyes, en la presence, par l'advis et conseil de leurs parens et amis, scavoir de la part dudict sieur de Moliere, de sieur Jean Pocquelin, son pere, tapissier et vallet de chambre du roy, le sieur André Boudet, marchand bourgeois de Paris, beau-frere à cause de dame Marie-Magdelaine Pocquelin, sa femme, et de la part de ladicte damoiselle Armande Gresinde Claire Elizabeth Bejard, de damoiselle Magdelaine Bejard, fille usante et jouissante de ses biens et droictz soeur de ladicte damoiselle, et de Louis Bejard, son frere, demeurans avec ladicte damoiselle leur mere dans ladicte place du Pallais royal, ont faict et accordé entre elles, de bonne foy, les traicté et conventions de mariage qui ensuivent : » (1)

Le 20 février 1662, en l'église de Saint Germain l'Auxerrois, Molière et Armande Béjart reçoivent la bénédiction nuptiale.

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Ci-dessus : église de Saint Germain l'Auxerrois vers 1550. Détail du plan de Truschet et Hoyau.

« Du lundy vingtiesme.
Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cresé, d'une part, et Armande Gresinde Bejard, fille de feu Joseph Bejard et de Marie Hervé, d'aultre part, tous deux de ceste parroisse, vis à vis le Palais royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de Monsieur de Comtes, doyen de Nostre-Dame et grand-vicaire de Monseigneur le cardinal de Retz, archevesque de Paris (1529), en presence dudit Jean Poquelin, pere du marié, et de André Boudet, beau-frere du marié, et de ladite Marie Hervé, mere de la mariée et Louis Bejard et Magdeleine Bejard, frere et soeure de ladite mariée et d'autres, avec dispense de deux bans.

Signé : J. B. Poquelin, J. Pocquelin, Louys Bejard, Armande Grexinde Bejart, A. Boudet, Beiart, Marie Hervé. » (2)

Dite aagée de vingt ans ou environ lors de son mariage, Armande Béjart serait donc née en 1642. Un secret pèse toutefois sur sa naissance. On ne sait trop en effet si elle est une fille posthume de Joseph Béjart (1585-1641) et de Marie Hervé (âgée de 49 ans en 1642), ou une fille non reconnue d'Esprit de Rémond (1608-1669), seigneur de Modène, et de Madeleine Béjart, née le 8 janvier 1618, fille elle-même de Joseph Béjart et de Marie Hervé. On ne sait trop, autrement dit, si Armande Béjart est la sœur ou la fille de Madeleine Béjart. Tous les contempains de Molière, en tout cas, ont tenu Armande Béjart pour la fille de Madeleine Béjart.

Le 22 juin 1641, « Jérémie Derval, conseiller et secrétaire des finances de Gaston d'Orléans, demeurant rue des Tournelles, baille pour quatre ans à Joseph Béjart, huissier héréditaire ordinaire du roi au siège de la table de marbre du Palais, demeurant rue de Thorigny, une petite maison sise sur le derrière du logis où demeure le nommé Tassin, sise rue des Tournelles, près la maison de Derval... » (3)

Le 18 septembre 1841, « Bernard Fontaine, maître charpentier, demeurant rue Neuve-Saint-Martin, promet à Marie Hervé, veuve de Joseph Béjart, vivant bourgeois de Paris, demeurant rue de la Perle, d'exécuter les travaux de charpenterie et de maçonnerie [demandés rue de la Perle] moyennant 600 livres tournois... » (4)

Le 10 mars 1643, « Marie Hervé, veuve de Georges (sic) Béjart, agissant au nom de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, enfants mineurs d'elle et dudit défunt, déclare renoncer à la succession de ce dernier. » (5)

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait d'Armande Béjart ca 1660.

La ravissante Armande Béjart qui épouse Molière en 1662 est probablement cette petite non baptisée de mars 1643. L'enfant a peut-être été ondoyée, ondoyée seulement, à fin de discrétion concernant le secret de ses origines, mais l'on n'a pas trouvé d'acte correspondant.

La petite non baptisée de mars 1643 n'a toutefois pas pu épouser, dix neuf ans plus tard en l'église Saint Germain l'Auxerrois, le déjà célèbre Molière, sans avoir produit un acte de baptême. Mais là non plus, on n'a pas trouvé d'acte correspondant. La plupart des historiens de Molière tiennent cependant que ce baptême a dû être célébré en novembre 1653, à Montpellier, alors que la troupe de l'Illustre Théâtre se trouvait reçue par le comte d'Aubijoux, à l'occasion de la visite du prince de Conti, sachant que le prince de Conti, qui avait accordé à la troupe de l'Illustre Théâtre l'autorisation de porter son nom, a séjourné chez le comte d'Aubijoux du 10 novembre au début du mois de décembre 1643.

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Ci-dessus : portrait d'Armand de Bourbon (1629-1666), Prince de Conti.

En janvier 1649, Armand de Bourbon, Prince de Conti, Pair de France, Comte de Pézenas, Chevalier des ordres du Roi, gouverneur et lieutenant général de Sa Majesté en Guyenne, puis Vice-Roi de Catalogne, a pris parti pour la Fronde. Arrêté et emprisonné en janvier 1650, libéré en février 1651, puis réfugié à Bordeaux, dernière ville frondeuse, il capitule le 31 juillet 1653 et obtient l'autorisation de se retirer en Languedoc, à Pézenas, dans son château de La Grange-des-Prés.

Il se trouve que les États du Languedoc se sont tenus à Pézenas du 17 mars 1653 au 31 mai 1653 ; que les trois lieutenants généraux du Languedoc — l'un pour les diocèses de Velay, Vivarais et Gévaudan ; l'autre pour les diocèses d'Uzés, Nîmes, Montpellier, Aide et Lodève ; et le troisième pour le Haut-Languedoc, contenant les diocèses de Toulouse, Narbonne, Béziers Saint-Pons de Thomières, Saint-Papoul, Castres, Lavaur, Albi, Montauban, Lombez, Rieux, Pamiers, Carcassonne, Mirepoix et Alet (6) — étaient présents à ces États ; qu'il n'ont pas manqué de se rendre à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, en novembre 1653, afin de rendre hommage au Prince de Conti ; et que l'Illustre Théâtre a donné représentation devant ces messieurs pendant les États, avant de gagner Montpellier en novembre 1653.

En 1653, Jacques François d'Amboise (1606-1656) (7), Comte d'Aubijoux, seigneur de Castelnau-de-Lévis et de Graulhet, est lieutenant général de Sa Majesté en Languedoc et gouverneur de Montpellier. Molière bénéficie de son amitié et de sa protection durant ses dix années de tournées en Languedoc, de 1647 à 1657.

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Ci-dessus : Scipion Grimoard de Beauvoir (?-1669), comte du Roure.

En 1653, Scipion Grimoard de Beauvoir, Comte du Roure, Marquis de Grisac, Baron de Bariac, Chevalier des ordres du Roi, est lieutenant général en Languedoc et gouverneur de Pont-Saint-Esprit. En novembre 1653, avec Grésinde de Baudan (1620-1658), son épouse, il se rend à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, afin de rendre hommage au Prince de Conti.

En 1653, Louis de Cardaillac de Lévis († 1666), Comte de Bioule, Marquis de Cardaillac, Baron de Lapenne (Ariège), Chevalier des ordres du Roi, est lieutenant général en Languedoc et gouverneur du Puy. En novembre 1653, avec Marie Isabeau Mitte de Saint-Chamond, son épouse, il se rend lui aussi à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, afin de rendre hommage au Prince de Conti.

Ce sont les prénoms dont Armande Béjart fait état à partir de son mariage avec Molière et dans tous les actes postérieurs à ce mariage qui confortent la certitude de son baptême en novembre 1653. Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart... D'où la jeune femme tient-elle ces quatre prénoms, dont tout particulièrement le « Grésinde », si rare ?

« Autour d’Aubijoux et de sa sœur Élisabeth d'Amboise (†1694), Comtesse d'Aubijoux, Baronne de Castelnau, Dame de Belesta, Dame de Sauveterre, épouse du sénéchal de Montpellier, les deux autres lieutenants généraux étaient venus rendre leurs hommages au prince, et Madeleine Béjart en profita pour solliciter les uns et les autres. Grâce à l’intercession des dames, il ne dut pas être difficile de convaincre Conti de donner son nom, comme parrain, à la fille de la plus célèbre comédienne de sa nouvelle troupe. Ainsi Armand de Bourbon avait-il donné le premier prénom à la fillette ; la femme du comte du Roure donna le prénom si rare de Grésinde (variante de Guersande) et la sœur d’Aubijoux, celui d’Élisabeth — prénom par ailleurs de Marie Isabeau (Élisabeth) Mitte de Saint-Chamond, femme du troisième lieutenant général du Languedoc, le comte de Bioules. [À noter également que Joseph Béjart et Marie Hervé, parents d'Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart, ont eu en 1620 une petite Élisabeth Béjart, morte jeune]. Reste le mystère du prénom Claire : un demi-mystère quand on s’avise que les Clarisses comptaient plusieurs couvents dans le Languedoc, à Béziers et à Montpellier notamment, et que sainte Claire était particulièrement célébrée cette année-là dans la région pour avoir empêché la peste d’atteindre Béziers et de se répandre au-delà » (8).

Marie Isabeau Mitte de Saint-Chamond, comtesse de Bioules, qui deviendra à la mort de son époux, en 1666, seigneuresse de Lapenne, près de Mirepoix (Ariège), et qui possédait à Manses (Ariège), entre autres, le château et le moulin à blé de la Mondonne, a vu ainsi, de ses yeux vu, l'Illustre Théâtre, Molière et Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart, future épouse du grand homme, à Montpellier, en novembre 1653 ! De la baronnie de Lapenne, Ariège, à Molière et aux siens, dans l'esprit de qui rêve aux distances géographiques et aux histoires du passé, le monde est petit !

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait de Molière en 1658.

1. Pacte de mariage de Molière et d'Armande Béjart. Archives nationales. Réserve : MC/MI/RS/386. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

2. Original détruit : registre paroissial de Saint-Germain-l'Auxerrois, n° 161, détruit en 1871. Transcription par Auguste Jal, in Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 871. Paris 1872. Fac-simile du document (d'après un calque de l'original), dans Œuvres de Molière, I, p. 104-105. Union latine d'éditions. Paris. 1930.

3. Archives nationales. Cote : MC/ET/CV/637. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

4. Archives nationales. Cote : MC/ET/LXXXVII/118. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

5. Archives nationales. Cote : Arch. nat., Y//3912. Eudore Soulié. Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 172-173. Paris, 1863.

6. Cf. Vice roys, gouverneurs, lieutenants généraux, baillifs et sénéchaux des royaumes et provinces de l'Europe ; tome Ier, p. 207, par Pierre Gaucher, dit Scévole de Sainte-Marthe, escuyer, seigneur de Meré et des Lyonnières, conseiller du Roy en ses Conseils, maître d'hôtel de Sa Majesté, historiographe de France (1675).

7. Jacques François d'Amboise, Comte d'Aubijoux, est fils de François d'Amboise, comte d'Aubijoux, et de Louise de Lévis ; d'où, petit-fils de Louis d'Amboise, comte d'Aubijoux, marié au hâteau de Gaudiès (Ariège) avec Blanche de Lévis Ventadour ; et petit-fils de Jean Claude de Lévis Léran, Baron d'Audou, seigneur de Belesta, et de Christolette de Vercoignan, troisième épouse de ce dernier.

8. Georges Forestier. Molière, p. 217. Éditions Gallimard. 2018.

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