Christine Belcikowski

Publications 4

À propos de Jean Antoine Cairol, dit Bailladet, de Mirepoix. Premier épisode

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

cairol_maison1.jpg

À Mirepoix, façade Nord, à colombages apparents, de l'ancienne maison Cairol, maison aujourd'hui occupée par la boulangerie-pâtisserie Diant.

cairol_maison2.jpg

Façade Est de l'ancienne maison Cairol. Les colombages se trouvent masqués ici par le crépi.

cairol_jean_antoine_1739.jpg

17 août 1739. Naissance et baptême de Jean Antoine Cairol. AD9. Mirepoix. Paroisse Saint Maurice. Baptêmes, mariages, sépultures. 1736-1741. Document 1NUM1/5MI664. Vue 124.

cairol_jean_antoine_1820.jpg

9 juillet 1820. Décès de Jean Antoine Cairol. AD09. Mirepoix. Décès. 1813-1824. Document 1NUM/4E2361. Vue 316.

cairol_A166.jpg

Ancienne maison Cairol à Mirepoix. Section A nº 166.

cairol_compoix1.jpg

Vue de la maison d'Antoine Cairol et de Jean Antoine Cairol sur le plan du compoix de 1766.

cairol_compoix2.jpg

Vue du lot nº 148, appartenant à Antoine Cairol, sur le compoix de 1766.

Dernier-né, semble-t-il, des onze enfants d'Antoine Cairol, docteur en médecine, et de Magdeleine Bernard, Jean Antoine Cairol a vu le jour le 17 août 1739 dans la maison sise au n° 148 du moulon 3 de Mirepoix, ou au n° 166 de la section A d'après le nouveau plan urbain mis en œuvre à partir de 1789 par la municipalité de Mirepoix. Il y mourra le 9 juillet 1820.

I. Dossier Bailladet de Cairol au ministère de la Marine

Jean Antoine Cairol embrasse de bonne heure la carrière militaire. On le trouve classé sous le nom de Bailladet de Cairol, de Mirepoix, dans la liste du personnel colonial ancien conservée aux Archives nationales d'Outremer. Cote : COL E 14Dossier Bailladet de Cairol.

sartine.jpg

Antoine Raymond Jean Gualbert Gabriel de Sartine par Joseph Boze (1745–1826). Musée Lambinet. Versailles.

« La voye ordinaire des familles peu riches est de placer les Cadets, volontaires pour les faire parvenir dans le service » (1), observe Jean Antoine dans une lettre adressée à Monseigneur de Sartine (2), secrétaire d'État à la Marine, à propos des commencements de sa carrière.

I.1. Régiment Dauphin étranger. Guerre de Sept Ans. Inde

La lecture du dossier Bailladet de Cairol montre que Jean Antoine Cairol a fait d'abord « trois campagnes volontairement dans le régiment de Dauphin [étranger] cavalerie pendant la dernière guerre et s'est retiré à la paix » (1). Cette dernière guerre, c'est la Guerre de Sept ans, qui l'a envoyé en Amérique jusqu'au 10 février 1763, date de la signature du traité de Paris, dans lequel l'Angleterre obtient de la France l'île Royale, l'Isle Saint-Jean, l'Acadie, et le Canada, y compris le bassin des Grands Lacs et la rive droite du Mississippi, tandis que la France abandonne certaines îles des Antilles (Saint-Vincent, la Dominique, Grenade et Tobago), mais acquiert Saint-Pierre-et-Miquelon et recouvre la plupart de ses îles à sucre, Martinique, Guadeloupe et surtout Saint-Domingue.

I.2. Nomination à Saint-Domingue

destaing.jpg

Amiral Jean Baptiste Charles Henri Hector, comte d'Estaing, par Charles Étienne Gaucher et Jean François Sablet, dit le Romain. Château de Versailles.

cairol_rohan_1766.jpg

1766. Saint-Domingue. Nomination de Jean Antoine Cairol au poste de lieutenant d'une compagnie d'ouvriers d'État attachés à l'artillerie. ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

« La Réforme [de la Guerre de Sept Ans] m'ôtant tout espoir d'avancement. Vie oisive... » À quoi s'employer ? Le 1er novembre 1766, Jean Antoine Cairol a « l'honneur d'être fait lieutenant d'une compagnie d'ouvriers d'État, prise à Saint-Domingue par M. le Comte d'Estaing (5) commissionné par M. le Prince de Rohan » (6). Rentré en France en 1769, il en repart pour Saint-Domingue le 19 janvier 1770, depuis Bordeaux sur le Vauclin, commandé par le capitaine Barras.

Le 1er juillet 1775, Jean Antoine Cairol est fait lieutenant en second d'une des compagnies de canonniers bombardiers de Saint-Domingue ; le 1er juillet 1775, lieutenant en second d'une des compagnies de canonniers bombardiers de Saint-Domingue ; le 16 mars 1776, lieutenant en premier d'une desdites compagnies, « sous les ospices de Monsieur de Malherbe (7), commandant », et le 8 septembre 1777, il reçoit un ordre de retraite avec une pension de 500 livres sur les fonds de Saint-Domingue ». Rentré à Paris, il adresse à sa hiérarchie, le 23 avril 1778, un « mémoire de réclame d'un ordre de retraite ». Voici la teneur de ce mémoire...

I.3. Réclame d'un ordre de retraite

cairol_reclamation_1778.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

« Ledit Bailladet de Cairol n'a point demandé sa retraite ; il a été aussi humilié que surpris de la recevoir. Il servait dans l'Isle depuis onze ans passés. Il y était acclimaté, sain, robuste et sans aucune infirmité ; joignant à ses qualités du corps, l'attachement réel au service, la bonne volonté et le zèle le plus actif. En conséquence, il ose avance que sa retraite n'a pas été demandée par ses officiers supérieurs ; les certificats qu'il a de ses chefs des trois compagnies qui composent le corps où il a eu l'honneur de servir prouvent non seulement que sa conduite ne les a jamais mis dans le cas de demander sa retraite, mais même qu'ils ont toujours été satisfaits de son activité, et de son exactitude. Ces certificats sont à la suite du mémoire ; au surplus, messieurs les gouverneurs et les chefs de l'artillerie ont paru dans tous les tems avoir de la confiance en ses lumières et son zèle. »

tortue3.jpg

Vue de l'île de la Tortue depuis l'embouchure des Deux-Rivières. In Élisée Reclus (1830-1905), Nouvelle géographie universelle : la terre et les hommes, Paris, Hachette et Cie, 1876.

cairol_reclamation_1778.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

« Le 12 avril 1767 il reçut ordre de Monseigneur de Rohan de se transporter à l'îlle de la Tortue avec un détachement de 15 ouvriers en bois. »

choiseul.jpg

Étienne François de Choiseul Beaupré Stainville, comte puis duc de Choiseul, par Louis Michel van Loo (1707–1771). Musée des Beaux-Arts de Tour.

« Le 13 juin 1770, époque de tremblement de terre, par ordre de Monsieur de Choiseul (8), commandant de la partie du nord, il se transporta au Port-au-Prince pour y commander tous les ouvriers du cap et du môle Saint-Nicolas, employés aux travaux du gouvernement, ce qu'il a fait sous les yeux de Monsieur le comte de Nolivos (9), qui a bien voulu joindre ici son certificat. »

saint_nicolas.jpg

Le mole St. Nicolas dans l'isle de St. Domingue, vu du mouillage, par Nicolas Marie Ozanne (1728-1811), dessinateur, et Jeanne Fa Ozanne (1735-1795), graveur. Library of Congress.

« Immédiatement après les travaux du gouvernement, ledit Bailladet de Cairol, en entrant dans l'artillerie, fut chargé par Monsieur de Fontenelle (10) qui la commandait alors, de vérifier et recevoir les travaux de construction pour l'artillerie faits par des entrepreneurs et du détail de la consommation des poudres. »

cairol_conge_1772.jpg

4 mai 17772. Congé d'un an accordé à Jean Antoine Cairol. ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

Le 4 mai 1772, sous couvert de Louis Gabriel de Vallière, capitaine au régiment du Cap, à Saint-Domingue, Jean Antoine Cairol obtient de sa hiérarchie « un congé d'un an pour la France, pour cause de mauvaise santé et pour se mettre à même de s'y aller établir ». Jean Antoine Cairol retourne ensuite à Saint-Domingue en 1773.

« En 1776, sur les bruits de guerre, Monsieur le comte d'Ennery (11) ayant ordonné qu'on armât par tout, ledit Bailladet Cairol fut chargé par Monsieur de Villars (12), commandant de l'artillerie, de l'armement et approvisionnement, des batteries et portes du port au prince, et dépendances, ce qu'il a fait ensuite ; il fut chargé ensuite de diriger les travaux des artificiers ainsi que la compozition des artificiers, et mérita que Monsieur de Villars sollicitât pour luy une gratification auprès de Monsieur d'Argout (14), qui en a fait la demande en tout.

Ledit Bailladet de Cairol a été de plus chargé par Monsieur de Villars du détail des exercices, et manœuvres d'Infanterie. Enfin, comptant sur son ancienneté, et sur ses services, tant généraux que particuliers, il crut sans inconvéniant prétendre à une commission de capitaine et eut l'honneur, à la Revuë d'Inspection de présenter un mémoire à Monsieur le Comte d'Argout, qui eut la bonté de luy promettre de l'apostiller, et de l'envoyer à la Cour à Monseigneur le ministre.

Cependant il est incertain sy ce mémoire a été envoyé, attendu que l'ordre de retraite étoit peut-être privé à Monsieur d'Argout avant qu'il eût achevé son travail de l'artillerie.

Ledit Bailladet de Cairol étoit dans cette heureuse pozition, il voyait ses chefs réunir leurs suffrages et leurs sollicitations pour luy procurer une gratification et de l'avancement, lorsque a lieu un ordre de retraite, qui n'est ny analogue à son inclination, et à sa vigueur, ny (il ne craint pas de le dire, sur la foy de ses certificats) à la manière dont il a servy.

Il ose donc prendre la liberté de réclamer contre cet ordre de retraite, de demander une gratification, et d'être remplacé à son rang en qualitté de capitaine en second dans l'artillerie.

Au surplus, il a l'honneur d'ofrir ces cervices pour telle colonie où l'on voudra l'employer, n'ayant d'autre désir que de donner par tout des preuves de sa bonne volonté. »

I.4. À Paris

cairol_paris_hotel.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

Dans une lettre adressée depuis l'hôtel d'Arras à Monsieur de Sartine, lettre non datée mais contemporaine du « mémoire de réclame d'un ordre de retraite » 23 avril 1778 cité plus haut, Jean Antoine Cairol dresse « pour sa réhabilitation » un état des services qu'il a remplis jusqu'alors, puis un état des besoins des troupes qu'il a eu à commander, puis encore, mu sans doute par le sentiment qu'il n'a plus rien à perdre, un bilan froidement objectif des dysfonctionnements qu'il a pu observer dans la gouvernance générale des troupes de l'île. Il réclame derechef à cette occasion sa nomination à un poste de capitaine. Est-ce l'audace d'une telle démarche qui lui permet d'obtenir bientôt gain de cause ? On ne sait. Mais...

baudard.jpg

Claude Baudard de Sainte-James, trésorier général de la Marine et des Colonies, par Jean Valade (1710-1787).

... le 5 juin 1779, « de par le Roy », Claude Baudard de Sainte-James, trésorier général de la Marine et des Colonies, se trouve prié de « payer au sieur Bailladet de Cayrole, lieutenant d'artillerie à Saint-Domingue, la somme de treize cent cinquante neuf livres onze sols huit deniers que nous lui avons ordonnée pour lui tenir lieu de traitement depuis le 9 décembre 1777 jusqu'au 9 avril 1779. »

cairol_traitement_1779.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

On sait par un courrier daté du 19 décembre 1778 et adressé de Saint-Domingue à Monsieur de Sartine que, préférant recommander pour un poste de capitaine M. de Formancourt, fils d'un garde du corps du Roi, Robert d'Argout, nommé gouverneur général de Saint-Domingue en 1777, a validé, non sans quelque dédain, les certificats remis en faveur de Bailladet de Cairol par Charles Auguste Le Roy de la Potterie et Antoine Collins de la Buissière, capitaines d'artillerie sous lesquels Jean Antoine Cairol a servi. Il se peut que les motifs du congé d'un an demandé par Jean Antoine Cairol en 1772 aient contribué au dédain dont Monsieur d'Argout, en 1778, fait montre à l'endroit de ce dernier.

dargout_cairol.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

« Je connais M. de Formancourt comme un bon sujet, et capable, dit M. d'Argout. Toutes les informations qui en ont été faites sont unanimement avantageuses pour lui [...]. Quant au sieur Baillardel de Cairol, je ne le connais point du tout, et je ne puis que vous adresser les deux certificats remis en sa faveur par par M.  Le Roy et M. Colin de la Buissière. Je dois cependant vous observer, Monseigneur, qu'à l'égard des connaissances et des valeurs relatives à l'artillerie, on ne peut guère les trouver aussi généralement réunies dans l'artillerie des colonies que dans celles de France. Les exercices et les écoles n'y étant point aussi bien suivis et pratiqués que dans le corps royal. »

I.5. Retour à Saint-Domingue

saint_domingue_carte.jpg

Jean Saint-Vil, « Villes et bourgs de Saint-Domingue au XVIIIe siècle (Essai de géographie historique) », in Les Cahiers d'Outre-Mer, année 1978, 31-123, pp. 251-270.

Quoi qu'il en soit du dédain de Monsieur d'Argout, Jean Antoine Cairol se trouve réintégré dans son corps le 1er avril 1779. Il adresse alors à Monsieur de Sartine un premier mémoire en demande d'une gratification. Il embarque le 8 juillet 1779 à Bordeaux sur le navire nommé Président-Le-Berthon (15), conduit par le capitaine Massol, « il a le malheur d'être pris par l'escadre de l'amiral Packer (16) et conduit à Antigua ». Il ne dit comment il a pu quitter Antigua : évasion ? échange de prisonniers ? Il n'arrive qu'au début du mois de septembre 1781 à Port-au-Prince, où il sollicite derechef une gratification relative aux « dépenses considérables » que lui ont causées son retour en France et les péripéties de son dernier voyage. Il se trouve arrivé « au Cap le 28 octobre de la même année ».

cairol_memoire_1781.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

« Les dépenses considérables que luy ont occasionné son voyage forcé pour France, son séjour à Paris pour solliciter sa rentrée à son corps et sa prise à son retour où il a perdu la meilleure partie de ses effets, et le retard que cet événement a occasionné à son avancement, luy fait espérer que la Cour voudra bien y avoir égard : il a l'honneur de supplier le Ministre de lui accorder un relief de ses appointements depuis le jour de sa retraite jusqu'à sa rentrée, en tenant compte de ce qu'il a touché pendant ce temps. [...]. Un pareil mémoire a été envoyé et apostillé à Monsieur d'Argout et aux chefs de l'artillerie ; il y a sans doute eu un mauvais sort à la mer, Monsieur de Sartine n'y ayant pas répondu. De Port-au-Prince, le 27 septembre 1779. »

Le 15 octobre 1781, Charles Auguste Le Roy de la Potterie, capitaine d'artillerie la commandant au Port-au-Prince, contresigne ce second mémoire. Il ajoute l'observation suivante : « La demande de Monsieur Bajarder de Cayrol me paret fondée, c'est un bon et ancien officier qui mérite bien les grâces de Sa Majesté. »

cairol_scorbut.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

Le 25 avril 1782, nouveau coup du sort pour Jean Antoine Cairol, René Nicolas Joubert de la Motte (17), chirurgien breveté du Roi, en exercice à l'hôpital royal et militaire du Port-au-Prince, signale que « Monsieur de Cayrol, officier d'artillerie de Saint-Domingue de la compagnie de Villars, est attaqué d'un vice scorbutique invétéré, qui a résisté jusqu'ici aux moyens indiqués en pareil cas ». C'est pourquoi il estime qu'il est « dans l'indispensable nécessité de passer en France pour le rétablissement de sa santé ».

Le 27 février 1783, « le sieur Baillardet de Cayrol, lieutenant d'artillerie à Saint-Domingue, qui est repassé en France, demande à être payé à Paris de ses appointements de l'année dernière. Le paiement ne peut lui en être fait que sur le prix de la moitié, déduction faite de 243 livres qu'il a reçues à Bordeaux à son débarquement. »

Le 27 septembre 1783, le ministère de la Marine tranche sur son cas : « On expédia en 1777, au sieur Baillardet de Cairol, un ordre de retraite qu'il n'avoit pas demandé, et il lui fut accordé une pension de 500 livres qui a été annulée lorsqu'en 1779, il est rentré dans son emploi sur la proposition de M. d'Argout. Il paraît par le certificat des médecins et de deux chirurgiens, adressé par le sieur de Cairol, qu'il est absolument hors d'état de retourner au Colonies. Si Monseigneur juge à propos de lui accorder la permission de se retirer, il paroît convenable de lui rendre la pension de 500 livres qui avoit été accordée. Dans cette circonstance la pension serait moindre, ce qui ne permet pas de s'arrêter à l'augmentation qu'il demande. »

Les autorités militaires de Saint-Domingue s'occupent maintenant de faire nommer « le sieur Rabié, le plus ancien sous-lieutenant en son service depuis le 14 décembre 1775. Il a fait plusieurs campagnes sous M. le Marquis de Bouillé (18). Il passera à la lieutenance en second. »

Le 20 janvier 1784, Guillaume Léonard de Bellecombe, gouverneur de Saint-Domingue, mande à Charles Eugène Gabriel de La Croix de Castries, secrétaire d'État à la Marine et maréchal de France, que, « en raison de l'avancement qu'ils ont eu par la retraite de M. Cayrol, lieutenant en premier », il a nommé « M. Duparynier lieutenant en premier de l'artillerie, et le sieur Rabié lieutenant en second. »

castries.jpg

Charles Eugène Gabriel de La Croix de Castries, secrétaire d'État à la Marine et maréchal de France. Portrait non signé.

Le 1er mars 1784, le trésorier général de la Marine et des Colonies donne l'ordre qu'on paie « au sieur Bailladet de Cayrol, lieutenant en premier d'artillerie à Saint-Domingue, pour ses appointements pendant les mois de mai, juin, juillet et août 1783, à raison de 975 livres par an. »

I.6. Demande de la croix de Saint Louis

Au début de l'année 1791, Jean Antoine Cairol demande à être décoré de la croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Au ministère de la Marine, l'affaire mérite examen, puisqu'il faut 24 ans de service révolus pour prétendre à bon droit à l'obtention de cette croix, et qu'il manque à Jean Antoine Cairol les deux annuités correspondant à sa retraite forcée.

cairol_recapitulation.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

Les calculs du ministère de la Marine sont byzantins. C'est Monsieur de Belot, lieutenant colonel de dragons, ancien major de la légion corse, chevalier de Saint Louis, fondateur de la Fédération des Pyrénées en 1789 à Mirepoix, qui opère ces calculs.

Il note d'abord que Jean Antoine Cairol bénéficie d'une « addition de 6 mois pour chaque année de séjour aux Colonies (cet officier ayant toujours été employé hors d'Europe) » et qu'il cumule ainsi « 25 années 4 mois 9 jours de service ».

« On a vu toutefois, ajoute Monsieur de Belot, que le sieur de Cairol a eu une interruption de service d'un an et 7 mois, et que si ce temps étoit de la somme de ses années, il ne pourroit pas former les 24 ans qui lui sont nécessaires ; mais cette interruption n'a été occasionnée que par une réforme qu'il n'a point sollicitée ; il semble donc qu'il est autorisé à faire valoir ce temps comme s'il l'eût passé en pleine activité.

Ce qu'on pourrait cependant lui refuser à la rigueur, c'est l'addition de 6 mois par année aux Colonies, puisqu'il est resté en France pendant sa retraite [forcée]. Mais comme cette réduction ne pourrait être que de 10 mois au plus, il resterait au sieur de Cairol 24 années 6 mois 9 jours de service effectif, non comprises les campagnes qu'il a faites pendant la dernière guerre d'Amérique. »

Le 25 mai 1791, dans une lettre de remerciement adressée au cabinet du Roy, Jean Antoine Cairol consigne la grande nouvelle : « Le Roy vient de me recevoir, le 2 may 1791, dans l'ordre des chevaliers de Saint Louis. »

cairol_croix.jpg

ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol.

Vous me chargez de vous désigner la personne que je désire qui procède à ma réception : je vous seray obligé d'en adresser l'ordre à Monsieur de Belot, lieutenant colonel de dragons, ancien major de la légion corse, chevalier de Saint Louis, par Mirepoix et Bélesta. »

saint_louis_croix.jpg

Détail emprunté au portrait de Jean-Baptiste Symon de Solémy portant les insignes de chevalier de l'ordre de Saint Louis. Peintre non identifié.

Où l'on voit la solidarité de « pays » et aussi la solidarité politique qui a valu à Jean Antoine Cairol, membre de la Fédération des Pyrénées, d'être reçu à son tour dans l'ordre des chevaliers de Saint Louis. Je reviendrai sur cette solidarité dans le second épisode de cette recherche consacrée à la vie et à la carrière de Jean Antoine Cairol, natif de Mirepoix.

-----

1. ANOM. Secrétariat d'État à la Marine. Personnel colonial ancien. Bailladet de Cairol de Mirepoix, Jean Antoine, lieutenant d'artillerie à Saint-Domingue (1772/1792).

2. Antoine Raymond Jean Gualbert Gabriel de Sartine, comte d'Alby (1729-1801), conseiller en 1752, lieutenant criminel du Châtelet en 1755, lieutenant général de police de 1759 à 1774, secrétaire d'État à la Marine à partir de 1774, émigré en Espagne en 1790.

5. Jean Baptiste Charles Henri Hector, comte d'Estaing, né en 1729, officier d'infanterie, colonel durant la guerre de Succession d'Autriche, envoyé en Inde pendant la guerre de Sept Ans, lieutenant général des armées royales et des armées navales, gouverneur à Saint-Domingue de 1764 à 1766, nommé inspecteur et commandant de la Marine à Brest en 1772, vice-amiral pendant la guerre d'indépendance américaine, gouverneur général de Touraine en 1782, promu amiral en 1793, guillotiné le 28 avril 1794.

6. Louis Armand Constantin de Rohan, chevalier de Rohan, puis prince de Montbazon, né en 1732 à Paris, guillotiné le 27 juillet 1794, capitaine de vaisseau en 1758, chef d’escadre en décembre 1764, gouverneur général de Saint-Domingue et des îles Sous-le-Vent en 1766 , Lieutenant général des armées navales en 1769, vice-amiral de la flotte du Levant en mars 1784.

7. Paul Jean Baptiste de Malherbe, fils de Paul de Malherbe, commissaire de l'artillerie à la Martinique (1670/1742) ; commandant de l'artillerie à la Martinique et à Saint-Domingue, colonel commandant de l'Ecole d'Artillerie de Nantes et brigadier des armées du roi en 1782.

8. Étienne François de Choiseul-Beaupré-Stainville, comte puis duc de Choiseul (Stainville) (1719-1785), chef du gouvernement de Louis XV de 1758 à 1770.

9. Pierre Gédéon de Nolivos, né en 1714 à Sainte-Rose de Léogane (Saint-Domingue), maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de la Guadeloupe du 20 mars 1765 au 29 novembre 1768.

10. Léon Saillenfest de Fontenelle, commandant de l'artillerie à Saint-Domingue de 1751 à 1779. Cf. ANOM. Dossier Saillenfest de Fontelle.

11. Victor Thérèse Charpentier d'Ennery, comte du Saint-Empire, marquis d'Ennery, né en 1732 à Paris, maréchal des camps et armées du roi en 1762, gouverneur de la Martinique en 1765 et gouverneur des Îles_du_Vent_(Antilles) en 1768 ; nommé en 1775 à Saint-Domingue commandant général des îles françaises, directeur général de l'infanterie, des troupes, fortifications, artilleries des Colonies d'Amérique, assassiné à Port-au-Prince le 13 décembre 1776.

12. Joseph Dubreuil de Villars, major à Saint-Domingue (1744/1791).

13. Robert d'Argout, comte d'Argout (ca 1723-1780), brigadier des armées du roi le 27 décembre 1763, gouverneur et lieutenant général de la Martinique en 1776, gouverneur général de Saint-Domingue de 1777 à 1780.

14. ANOM. Cote : COL E 14. Dossier Bailladet de Cairol. Dans la lettre reproduite ci-dessus, on voit comment, sous l'effet sans doute du sentiment d'humiliation que Jean Antoine Cairol tente de ravaler, son ortographe se dégrade notablement.

15. Armé par David Gradis et fils, négociants à Bordeaux, le navire Président-Le-Berthon se trouve habituellement frété pour le transport de vivres destinés aux vaisseaux du roi à Saint-Domingue. Ce navire doit son nom à André Benoît François Hyacinthe Le Berthon (1713-1800), président à mortier et premier-président du Parlement de Bordeaux, porte-parole de l'opposition dudit Parlement à « l'arbitraire et au despotisme » du pouvoir royal.

16. L'amiral Packer est en 1779 commandant des forces de mer anglaises qui sont basées sur l'île d'Antigua et qui tentent régulièrement des coups de force contre la colonie française de Saint-Domingue.

17. René Nicolas Joubert de la Motte (Château-Gontier, 1740-1787, Port-au-Prince), médecin et botaniste du Roi à Saint-Domingue de 1772 à 1787.

18. François Claude Amour du Chariol, marquis de Bouillé (Saint-Eble, Auvergne, 1739-1800, Londres), nommé en 1768 gouverneur de la Guadeloupe, en mai 1777 gouverneur de la Martinique et de Sainte-Lucie, et de juillet 1777 à avril 1783 gouverneur général des colonies françaises des îles du Vent. Après avoir combattu aux Antilles pendant la guerre d'indépendance des États-Unis et enlevé plusieurs îles aux Britanniques en 1778, il prend en 1781 le commandement de la flotte française du comte de Grasse lors de la prise de Tobago. On lui attribue la première version (1769) des paroles de la chanson Adieu foulards, adieu Madras. En 1789, il est nommé gouverneur des Trois-Évêchés (Toul, Metz et Verdun), puis gouverneur de l'Alsace, de la Lorraine et de la Franche-Comté. En 1790, il est nommé encore général en chef de l'armée de Meuse, Sarre-et-Moselle. Il est en 1791 l'organisateur de la fuite de la famille royale à Varennes. Il émigre ensuite à Coblence, gagne en 1792 l'armée de Louis Joseph de Bourbon, prince de Condé, et se retire finalement en Angleterre.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

Écrire un commentaire

Quelle est la deuxième lettre du mot sralm ?

Fil RSS des commentaires de cet article