Christine Belcikowski

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Le visage des ombres

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Vois
comme le visage des ombres mûrit dans l’eau des miroirs,
vois
comme il te regarde,
vois
comme il te fait face.
Ne te retourne pas !
Ta face se déferait.
C'est pile,
ou face,
il faut choisir.
La face est éphémère,
et l'air de ressemblance
qui te vient du visage des ombres,
du regard du passé.

Ombres mouvantes

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Ombres mouvantes,
ombres de l´autre monde
qui affluez, colombes,
au bord de la maison fermée,
poussez la porte, entrez,
messagères de la vie antérieure,
des jours perdus,
qu´on n´oublie pas.
Vos signes hélas s´effument
aussitôt qu´ils paraissent
et déjà vous fuyez !
Revenez, ombres chères,
revenez !
Mais l´hiver est sans ombres,
les colombes, disparues.

Les citrouilles mûrissent

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Les citrouilles mûrissent dans leurs heures lourdes lentes
le prodige d’un or
dont nos corps tristement incolores
rêvent de partager le paisible secret.
Ils y touchent un moment
quand, fuyant le souci de l’hiver qui viendra
et des jours qui fuiront sans retour sous la lampe,
ils basculent dans l’azur d’un étroit ciel d’automne
où, régalien, ostinato, l’été s’attarde.
Dans le jaune et le bleu de son portatif insonore
l'automne appelle, appelle, invisible encore,
le vert, le vif, le vrai
qui se réserve - ô miracle ! en la table gardée
اللوح المحفوظ
ou l'antique table d'émeraude
tabula smaragdina,
la pupille du monde,
celle de l'herbe neuve
qui reviendra un jour, qui sait ?
si Dieu le veut, sive natura,
ou le Diable de l'anthropocène ?

Nageoire

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L’odeur du bois qu’on brûle dans les cheminées
va comme le bruit du coquillage qui bâille au fond de la mer,
elle marche d’avance,
sans laisser rien d’autre derrière elle
que le sillage impromptu de sa nageoire invisible.
C'est au coin de la rue,
au passage d'un corbeau
qui pointe au front d'une vieille maison
comme fait un rocher, ailleurs, au sortir de la baie,
que, bâillant là ta vie et tes petites pensées,
tu marches d'avance, toi aussi,
sans laisser rien d'autre derrière toi
qu'un rapide dérangement du fluide de l'air,
et des mots,
écume de l'aileron qui replonge aussitôt
dans l'abîme.

La mort n'y mord ?

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Feuilles mortes se recroquevillent
dans la rue
— l’hiver vient —
comme des souris mortes
— il y un chat au jardin d’Éden —
comme des mains mortes
— mainmortable est leur condition —
comme des âmes mortes
— purgatoire en octobre, enfer en novembre, décembre, jenvier, février... —
Qui a dit un jour que
la mort n'y mord(1)
Le poète a l’étrange mérite
de croire au printemps.
Il est en Paradis ?

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1. Clément Marot. « À sa Dame ». In L'Adolescence clémentine (1538).

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