Christine Belcikowski

Publications 4

Action pourpre

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

D’étranges animaux déambulent
dans la nuit verte.
Un noctambule siffleur
mate une sauterelle.
Un prêtre nommé Saavedra,
roule des pensées féeriques.
Rencoigné sous un porche,
un chevalier branlant
caresse sa barbiche
du dos de sa main morte.
Un loup désespéré
sort d’un club anarchiste.
Le philosophe, lui,
s’est endormi dans son poêle.
Une armure passe, vide,
elle cliquète
et s’inquiète de ramasser
son casque déplumé,
qui a roulé par terre.
L’écran du réveil clignote.
Deux mots s’affichent en lettres majuscules :
ACTION POURPRE…
Sa couleur vient du fond des mers…

Lancer de flèches

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Les dieux jouent au lancer de flèches.
Un avion chemine dans le bleu du ciel.
Cigogne du futur,
dans ton corbillon, qu’y met-on ?
Une buse tourne dans le bleu du ciel.
Tourne, tourne, petit moulin,
couchés au bord de la rivière,
nos corps ne sont pas provende,
pas encore.
La flèche passe
et ne passe pas.
εἰ γὰρ αἰεί, φησίν, ἠρεμεῖ πᾶν [ἢ κινεῖται] ὅταν ᾖ κατὰ τὸ ἴσον, ἔστιν δ' αἰεὶ τὸ φερόμενον ἐν τῷ νῦν, ἀκίνητον τὴν φερομένην εἶναι ὀϊστόν.
« La physique veut que, si à l’instant T tout corps est en mouvement ou bien immobile dans un espace égal à lui-même, vu que tout corps qui se déplace est à chaque instant dans un espace égal à lui-même, la flèche qui vole ne bouge pas. » (1)
Où va-t-elle, la flèche,
qui vole et qui ne bouge pas ?
Où va-t-elle, la buse,
qui tourne dans le bleu du ciel et qui ne descend pas ?
Où va-t-il cet avion,
qui passe et qui n’avance pas ?
Enfants, il se disait chez nous
que c’était, dans le bleu du ciel,
l’avion de Barcelone.
Pourquoi donc Barcelone ? Je ne m’en souviens pas.
Barcelone, Naples, Rome, ou encore Samarcande, qu’importe,
bleu du ciel, ciel du bleu :
la flèche a forcément rendez-vous quelque part.
Obligée par la force de la vérité.
Obligée par la force des dieux.
Des dieux ?

-----

1. Aristote. Physique. Tome II. Livre VI. Ch. 14. § 1.

Ondes

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Ondes, vibrations,
flèches sans destination,
pourtant directrices de nos existences terraquées,
je dirai quelque jour votre prose sans points,
flèche qui va,
sans souci des échos,
flots et jusants,
bonaces, foudres,
brisants.
Mais je dirai aussi votre poésie sans objet
qui est lot du pauvre,
car on y perd, jour après jour,
son ancrage,
qui est de la moule au rocher,
et ses mots,
qui sont de bois,
celui dont on a cru jadis faire des flûtes.
Reste la girouette
qui grince sur le toit.

Ô table subtile !

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Ô table subtile
des couleurs, des matières et des formes,
clavier du Père Castel
et autres passants
du montrer sans dire,
ô clés des champs, des songes,
qui touchez aux vieilles serrures
de l’inexprimable,
ô jeu d’orgue de nos corps, nos os,
qui sentent sans penser,
et montrent sans savoir,
comme la queue du paon
quand il fait la roue.

De loin

Rédigé par Belcikowski Christine 5 commentaires

Un peu courbé par l’âge, coiffé d’un petit chapeau,
cet homme qui passe sous le grand couvert,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
c’était mon père.
Je le reconnais de loin,
mais il passe sans me voir
et il disparaît sous la porte gothique,
dont je ne saurai jamais où elle le conduit,
ailleurs, si loin que même si je l’appelais,
ma voix ne l'atteindrait pas.
Je le reconnais aussi sur une carte postale d'autrefois,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
jeune et beau dans l'encadrement d'une porte ruinée,
rongée de lierre et assiégée par les arbres
qui ont envahi la cour d'un château oublié.
Je le reconnais sans le connaître déjà
puisque je ne suis rien encore dans son monde.
Il regarde quelque chose dans l’ouvert de la photographie,
j’aimerais qu’il me voie,
mais il ne me voit pas,
et si par miracle, il me voyait,
lui, dans l’encadrement d’une porte ruinée,
moi, devant une carte postale d’autrefois,
inconnus l’un à l’autre,
qu’aurions-nous à nous dire ?
Ô voix qui ne sonnent pas ! Ô regards qui se perdent !

Fil RSS des articles de cette catégorie