Christine Belcikowski

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À propos de trois tableaux conservés à l'église d'Arvigna

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Je connais ces tableaux depuis mon enfance. Mais, enfant, je ne les regardais pas, et donc, pendant longtemps, je ne les ai pas vus. Ils faisaient pour moi partie du décor, sans plus. Samedi dernier, 12 janvier 2019, jour de la bénédiction de la nouvelle cloche de l'église d'Arvigna, j'ai voulu en revanche regarder de près ces trois tableaux. Mais l'apparat de la cérémonie les masquait en partie, et la base du grand tableau d'autel se trouve rendue difficile à voir par l'étroitesse de l'espace de circulation ménagé derrière cet autel. J'ai pris quelques photos vaille que vaille, et je reviendrai à l'occasion pour tenter de mieux voir.

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Impressions lumineuses à la cathédrale Saint Maurice

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Ci-dessus : Sous le règne de Dioclétien, près avoir refusé de tuer les habitants d'Octodure (Martigny, au nord des Alpes), qui avaient été convertis au christianisme par Saint Materne, Maurice d'Agaune, ou Saint Maurice, et les soldats de sa légion copte, sont massacrés par les autres légions romaines. Fresque non documentée.

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Pierre Sidoine. Don Miguel de la Cocotología

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Ci-dessus : Pierre Sidoine. Don Miguel de la Cocotología. Novembre 2018.

 

En 1888, pendant qu'il apprend le danois pour lire Kierkegaard dans le texte, Miguel de Unamuno, qui a fait de la cocotte en papier son amie pour la vie, consacre à cette pajarita de papel un facétieux Traité de cocotologie, continué et enrichi toute sa vie durant.

En 2018, pendant qu'il réfléchit à un nouveau projet de sculpture, Le Cheval de Troie, Pierre Sidoine sculpte un Don Miguel de la Cocotología, en forme de pajarita de papel.

Il s'agit d'une pièce de 65 cm de haut, 80 cm de long, 50 cm de large, faite d’un métal martelé et plié conformément aux règles de la cocotologie enfantine. La cocotte est montée sur roues. Elle se trouve habillée, façon costume de lumière, d’un manteau de puces électroniques de couleur blanche, pointillée d’or, et d’assemblage minutieusement mosaïqué. Elle abrite entre ses ailes, une tête d’enfant, remploi d’un moule à poupons, rescapé d’une ancienne fabrication industrielle. Vue de profil, la tête de la cocotte fait une sorte de chapeau de clarté à celle de l’enfant. De quelle sorte de conception ce cet enfant provient-il, puisque, issue ici d’une surface et non de la matière même, la cocotte demeure forme pure, de sexe neutre – ne uter, sans autre –, celui d’avant la différenciation embryologique fatale.

« Quelle surabondance de philosophie inconsciente dans les replis du langage ! » – dans les replis de la cocotte ? –, dit Miguel de Unamuno dans L’Essence de l’Espagne (1895). Quelle surabondance de philosophie inconsciente dans les replis du Don Miguel de Pierre Sidoine !

L’art est, comme on sait, cosa mentale. Ce qui se joue secrètement sur l’autre scène, se donne à voir et par là se répète sur la scène de l’art, mais cocotologiquement, ou énigmatiquement, sans rien trahir du secret de son origine. La cocotte perdrait de son charme à être dépliée, si c’était possible ! Comme chez Miguel de Unamuno, écrivain, il y a chez Pierre Sidoine, sculpteur, une sorte de donquichottisme de la raison créatrice, qui fait lever dans son pas l’inquiétante étrangeté du Surréel.

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Pierre Sidoine. Mishima

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Ci-dessus : Pierre Sidoine. Mishima. Ferronnerie, puces électroniques, touches de piano, œuf d'autruche. 2018.

C’est la pratique et la philosophie du kendo, dit Pierre Sidoine, qui lui ont inspiré l’idée de créer, après Odysseus 2357, une nouvelle pièce sculptée intitulée Mishima. Reprenant le motif du casque, Pierre Sidoine le transporte ici de la Grèce antique au Japon des années 1970 et par là le rapproche du foyer abyssal qui est en l’occurrence celui de la création contemporaine.

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Pièce majeure du kendo-gu, ou armure du kenshi (pratiquant du kendo), le 面 (men) est un masque pourvu d'une grille couvrant le visage et la tête, les épaules et la gorge, et porté par-dessus un tissu de coton nommé tenugui. La grille du men, appelée mengane, est réalisée en métal ou en céramique.

Au décours des années 1950, Yukio Mishima dit vouloir « s'asseoir sur des meubles rococo, vêtu d'un Levi's et d'une chemise hawaïenne, c’est mon style de vie idéal » ; il voyage en Europe, en Grèce, aux États Unis, et il lit et médite les grandes œuvres de la littérature européenne. Il devient toutefois dans le même temps un expert en kendo, et il se déclare par la suite partisan d’un retour aux valeurs de la culture samouraï. Le 25 novembre 1970, il use de son wakizashi (variante courte du katana (sabre utilisé dans le kendo), pour se donner la mort par seppuku.

Sensible à l’antagonisme des valeurs auxquelles renvoie l’œuvre de Mishima, Pierre Sidoine dit de son propre travail de création qu’il procède du conflit de deux postulations contraires, l’une qui reconduit aux modèles issus de la tradition ancienne, l’autre qui vise au détournement et à la déconstruction de ces derniers. Du détournement et de la déconstruction du masque de kendo, il tire ainsi prétexte à la réalisation d’une sorte d’autoportrait de l’artiste en proie à la crise des valeurs créatrices, partant, au vertige de l’identité.

Sur des formes anciennes, sculptons des choses contemporaines ! Pierre Sidoine s’y emploie de façon qui inquiète. De la forme complexe du masque de kendo, qu’il a initialement débarrassé de sa grille, il ne conserve ici que l’épure, réalisée en ferronnerie. Il revêt ensuite l’épure, d’une mosaïque dont les tesselles sont des puces électroniques, choisies pour leurs couleurs et leur éclat, proche de ceux des émaux. On reconnaît dans le dessin de la mosaïque, de chaque côté du masque, le soleil rouge, qui figurait jadis sur les drapeaux des samouraïs, et qui, allié à l’acier du sabre, a inspiré à Mishima le projet de s’offrir à la mort, conçue paradoxalement comme seule voie d’accès possible au Bien suprême. Par effet d’ironie tragique — de quoi jouer la marche funèbre —, le sommet du masque se trouve marqueté d’une suite de touches de piano, dont le sculpteur n’a conservé que l’ivoire, ou l’os.

Le masque n’est pas vide. Il abrite une face nue, faite d’un œuf d’autruche. Sous le masque dépourvu de grille, cette face nue, ou plutôt ce visage aveugle, se prête sans défense au sabre, ou encore au regard qui sabre. C’est là sans doute une figure du risque que tout artiste endure, et dans l’œuvre même, et dans sa personne, jusque dans le secret de l’intime.

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Pierre Sidoine. Odysseus 2357

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Ci-dessus : Pierre Sidoine. Odysseus 2357. Ferronnerie, puces électroniques, matériaux de récupération. 2018.

Le casque est sans hoplite, autant dire sans raison. On se souviendra là du « casque fatal » que le prince Manfred trouve, tombé du ciel, dans la cour de son château d'Otrante, et qu'il considère d'un œil fixe, non sans souhaiter en vain de « le pouvoir regarder comme un songe. » 1

Du casque du château d'Otrante, avec « sa touffe de plumes noires, aussi haute qu'une montagne », au casque de Pierre Sidoine, avec son cimier de métal cruellement découpé, n'y a-t-il pas une sorte de lien abyssal entre l'imaginaire de l'écrivain « frénétique » et celui d'un sculpteur contemporain qui dit devoir à sa culture initiale - il est belge - le goût des masques à la Ensor et celui du surréel façon Magritte ou Delvaux, ou encore à sa fréquentation des vieux livres une curiosité des mythes et légendes comparable à celle de l'italien Giorgio de Chirico dans le domaine de la peinture ? La légende est ici celle d’Odysseus 2357 ; le mythe, celui du héros, ou plutôt de l’errant, voué par la fatalité à l’horreur du devenir fantôme. Masque mortuaire ou crâne vide, le casque créé par Pierre Sidoine ne pourrait-il être vu comme figure macabre du Destin des hommes, vérité des héros, vérité des Grandes Guerres qu’ils entretiennent, et vérité de la Mort victrix ?

Mais le vide du crâne et l’ajout d’un cadran téléphonique, de roues dentées et de puces électroniques sur le casque, augurent peut-être là encore la figure néo-futuriste de l’homme-machine, non point celui dont Julien Offray de La Mettrie disait en 1748 que son esprit « doit être considéré comme une suite de l’organisation sophistiquée de la matière dans le cerveau humain », mais celui dont le transhumanisme fait le Terminator, chargé d'exterminer l'humanité pour éviter d'être débranché par ses créateurs. Une variante cybernétique du Golem ? Ou encore, par effet d’ironie tragique, un sombre successeur d’Artaud le Momo, après les électrochocs ?

Il faut toutefois prendre garde à la pointe oniro-critique dont fait montre l’artiste ferronnier dans la construction de sa figure-machine. En associant des matériaux de récupération, chinés un peu partout dans des brocantes, en les combinant sur le mode du pastiche, en revêtant le tout d’une mosaïque de puces électroniques invalides mais dont le vert atteint à l’éclat des émaux, l’artiste renvoie au domaine de la catharsis, autrement dit à celui de la poésie – ut sculptura poesis -, la figure de cauchemar qui hante l’histoire des hommes depuis le commencement grec, et dont il signifie ainsi, humour oblige, qu’il y loin du Terrible à la nue beauté des travaux et des jours.

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1. Horace Walpole (1717-1797). Le Château d'Otrante, p. 5. À Amsterdam, et se trouve à Paris, chez Prault le jeune, libraire, quai de Conty, à la Charité. 1767.).

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