Des nouvelles de Jean Baptiste Rouvairollis, ancien cadet gentilhomme au bataillon auxiliaire des troupes des colonies en 1782

Qu’est-il advenu de Jean Baptiste Rouvairollis, cadet gentilhomme au bataillon auxiliaire des troupes des colonies, après 1782 ? Tirés des Archives nationales, ou encore des ouvrages publiées pendant la période révolutionnaire, divers documents permettent de l’entrevoir. L’histoire de Jean Baptiste Rouvairollis conserve toutefois d’importantes zones d’ombre. Et, au demeurant, elle ne finit pas.

1. En 1791

Dans Histoire impartiale du procès de Louis XVI, ci-devant roi des Français 1L.F. Jauffret. Histoire impartiale du procès de Louis XVI, ci-devant roi des Français. Tome VII, p. 61. Au Bureau du Journal de Perlet. Paris. An II (1793)., Louis François Jauffret, « homme de loi, auteur de la Gazette des Tribunaux et du Mémorial des Corps administratifs et municipaux« , reproduit le dernier « État de la Compagnie Écossaise des Gardes-du-Corps du Roi [Louis XVI] », daté du 1er juillet 1791″. Le 25 juin 1791 en effet, après l’affaire de la fuite de Varennes, l’Assemblée nationale publie le décret qui licencie les quatre compagnies des ci-devant gardes du corps royaux. La commune de Paris s’approprie les chevaux et les équipements qui sont encore dans les casernements. Certains des gardes royaux restent à Paris et intégrent la garde constitutionnelle ; d’autres défendront le Roi lors de la journée du 10 août 1792, aux Tuileries ; d’autres encore émigrent à Coblence afin d’y rejoindre les Princes, qui tentent de reconstituer là-bas les anciennes compagnies des gardes du corps.

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L.F. Jauffret. Histoire impartiale du procès de Louis XVI, ci-devant roi des Français. Tome VII, p. 61. Au Bureau du Journal de Perlet. Paris. An II (1793).

Le nom de « Jean Baptiste Caudeval de Rouverolles » [sic] figure dans cet état, ainsi que ceux de Joseph Thibaud de Rouverolles Villedieu [sic] [oncle de Jean Baptiste Caudeval de Rouverolles] 2Ibidem, p. 56., et de Jean Maurice Florentin Malroc de Raissac [fils de Dominique Guillaume Malroc de Lafage] 3Ibid., p. 64.. Cf. Christine Belcikowski. À Caudeval et à Limoux. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. Après 1789, que sont-ils devenus ? ; Les chemins de Jean Dabail – À Mirepoix, Caudeval, Lafage, nébuleuse royaliste et « bandits royaux ».

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L.F. Jauffret. Histoire impartiale du procès de Louis XVI, ci-devant roi des Français. Tome VII, p. 61. Au Bureau du Journal de Perlet. Paris. An II (1793).

Regroupés en quatre Compagnies surnommées la « Maison bleue » (1e Compagnie, dite compagnie écossaise ; 2e compagnie, 3e compagnie, 4e compagnie, dites toutes « Compagnie française »), les gardes du corps constituaient depuis 1423 une unité de cavalerie de la Maison militaire du roi de France. Vêtus d’un habit bleu sur une veste, des culottes et des bas rouges, ils portaient sur leur épée l’inscription « Vive le Roy » et avaient pour devise sous Louis XVI Nec pluribus impar (À nul autre pareil), en souvenir du Roi Soleil.

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Ci-dessus : étendard de la Compagnie écossaise.

Dans son Traité des droits, fonctions, franchises, exemptions, prérogatives et privilèges annexés à chaque dignité, à chaque office et à chaque état, soit civil, soit militaire, Pierre Jean Guyot définit les gardes du corps du roi comme un « corps d’officiers établis pour garder jour et nuit la personne du Roi et la défendre contre quiconque formeroit le dessein d’attenter à sa sûreté » 4Pierre Jean Guyot. Traité des droits, fonctions, franchises, exemptions, prérogatives et privilèges annexés à chaque dignité, à chaque office et à chaque état, soit civil, soit militaire. Tome II, p. 43. Paris. 1786-1788..

L’entrée dans ce corps se fait aux conditions minimales qui suivent, définies en 1702 par le ministre de la Guerre : il y faut des hommes « sages et sans reproche, dont les mœurs vous soient connues, qu’ils soient bien faits, ayant au moins cinq pieds cinq pouces et demi de hauteur (environ 1,78 m) et soient tous anciens catholiques » 5Indication fournie par L.Tuetey, in Les officiers sous l’Ancien Régime. Nobles et roturiers. Paris. 1908..

Le candidat doit être présenté par un garde du corps en exercice, ou par « un personnage connu et digne de confiance, généralement noble, qui se porte en quelque sorte garant des qualités de l’impétrant ». Déjà recommandé en 1782 par François Tristan de Cambon, évêque de Mirepoix, pour l’emploi de gentilhomme cadet au bataillon auxiliaire des troupes des colonies, Jean Baptiste Rouvairollis a dû l’être à nouveau par le même François Tristan de Cambon pour l’emploi de garde du corps du roi. D’autant que le recrutement de ces gardes du corps se fait majoritairement dans les provinces du Midi. Parce que globalement plus pauvres, « les régions de France qui donnent les plus de soldats et d’officiers subalternes sont les généralités du Midi aquitain et languedocien, dit A. Corvisier dans L’armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère de Choiseul.

J.-F. Labourdette, dans La Compagnie écossaise des gardes du corps du roi au XVIIIème siècle : recrutement et carrières, tente de faire le point sur la place des roturiers parmi les gardes du corps du roi.

« Tous, en principe, doivent être gentilshommes, donc sans profession sinon le métier des armes. Or, depuis Louis XIV au moins, ce principe est loin d’avoir été respecté […]. Sur la présence de roturiers dans les gardes du corps, les témoignages contemporains concordent : dans ses instructions, le ministre de la Guerre recommandait en 1702 aux gouverneurs et intendants, dans le cas où ils ne trouveraient pas de gentilshommes en nombre suffisant, de prendre des « fils de bons bourgeois vivant noblement » 6Tuetey, op. cit., p. 116.. Le mémoire du chevalier de Chabo sur la cavalerie est encore plus explicite quant à la composition sociale des gardes du corps pendant la première partie du règne de Louis XV : il observe que les gentilshommes n’entrent plus guère dans les gardes du corps et qu’il a fallu prendre à la place « les fils de notaires, de marchands, d’avocats, de procureurs et généralement tout ce qui s’est présenté dans ces rangs-là » 7Tuetey, op. cit., , pp. 119 et 120.. Et il donne une raison essentielle à ce recrutement dans la bourgeoisie aisée : l’argent ; en effet l’état de garde ne convenait pas à tous les nobles : une partie de la noblesse ne peut y entrer, car telle est la disproportion entre la paye du garde et la dépense qu’un gentilhomme qui n’a rien ne sauroit s’y soutenir ; celui qui n’a que 200 livres de rente ne le peut pas encore ; il faut donc une pension à peu près égale à celle qui est nécessaire à un sous-lieutenant d’infanterie ». Quant à la noblesse aisée, ayant à choisir entre un emploi de garde du corps et celui de sous-lieutenant, elle préfère ce dernier qui est « d’un rang plus distingué et qui la flatte davantage » 8Tuetey, op. cit., pp. 120-121..

« Nous disposons d’une indication très précieuse », observe encore J.F. Labourdette : sur le formulaire imprimé figure la mention « gentilhomme catholique » ; or, indication incontestable de la présence de roturiers, pour certains gardes, la mention « gentilhomme » a été barrée. Il est pourtant délicat et aléatoire d’établir une statistique et une proportion nobles-roturiers, car nous ne pouvons pas être certains de la constance des rédacteurs du registre : nous avons même pu constater des erreurs flagrantes, lorsque, de deux frères, l’un a la mention «gentilhomme» raturée et l’autre non. Il est même permis de penser que, pendant toute la période qui va de 1746 à 1758 où il n’y a aucune rature de la mention, il ne s’agit pas d’exclusivisme nobiliaire, mais d’un oubli ou d’une négligence, volontaire ou non, du rédacteur, car nous notons la présence de gardes appartenant à des familles qui, dans la période précédente, étaient considérées comme roturières. Et il faut faire la part des certificats de noblesse de complaisance, lorsqu’à partir de 1775, ils sont exigés » 9J.-F. Labourdette. « La Compagnie écossaise des gardes du corps du roi au XVIIIème siècle : recrutement et carrières« . In Histoire, économie & société. Année 1984 3-1, pp. 95-122..

Dans la famille Rouvairollis, Joseph Thibaud de Rouvairollis Villedieu a donc pu entrer dans le corps des gardes royaux en tant que « fils de bons bourgeois vivant noblement » ; puis est venu le tour de Jean Baptiste Rouvairollis, son neveu, qui a probablement bénéficié desdits « certificats de noblesse de complaisance ».

De 1758 à 1791, la Compagnie Écossaise œuvre sous le commandement de Jean Paul de Noailles (1739-1824), 2e duc d’Ayen, 5e duc de Noailles, beau-père de Lafayette 10En 1774, Marie Adrienne Françoise de Noailles (1759-1807), fille cadette de Jean Paul de Noailles, a épousé Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de Lafayette, dit Lafayette.. Jean Paul de Noailles émigre une première fois en 1791. Il revient en France pour défendre les Tuileries lors de la journée du 10 août 1792. Après cette journée terrible, il émigre une seconde fois et trouve alors refuge en Suisse. Restées à Paris, Anne Louise Henriette d’Aguesseau (1737-1794), son épouse, Anne Jeanne Baptiste Pauline Adrienne Louise Catherine Dominique de Noailles (1758-1794), sa fille aînée, et Catherine De Cossé Brissac, sa mère, sont guillotinées le 4 thermidor an II (22 juillet 1794). En 1796, Jean Paul de Noailles se remarie en Suisse avec Elisabeth Wilhelmie Justine von Mosheim (†1824), comtesse Golowkine. Il rentrera en France sous la Restauration et sera élu à la Chambre des Pairs ainsi qu’à l’Institut de France.

On ignore tout des faits et gestes qui ont été ceux de Jean Baptiste Rouvairollis à la suite de son licenciement de 1791. Est-il resté à Paris ? A-t-il participé le 28 février 1791, aux Tuileries, à la conspiration des Chevaliers du poignard ? A-t-il défendu le roi lors de la journée du 10 août 1792, aux Tuileries encore ? A-t-il, comme Joseph Thibaud Rouvairollis Villedieu, son oncle, rejoint l’armée des Princes à Coblence 11Cf. Christine Belcikowski. Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis rentre de Russie. ? Est-il retourné en Languedoc ?

Frère de Jean Baptiste Rouvairollis de Rigaud, Francois Hilaire Rouvairollis de Rigaud, capitaine au régiment Royal Marine, chevalier de Saint Louis, s’évapore lui aussi circa 1791. Catherine Clémence Cairol Madaillan, épouse dudit François Hilaire Rouvairollis de Rigaud, demande et obtient le divorce le 4 germinal an II (24 mars 1794) à Limoux, pour cause d’émigration de son mari. On ignore si celui-ci est revenu, et si le couple s’est reconstitué. 12Cf. Christine Belcikowski. 1801-1802. Quand les familles Cairol Caramaing, Calvet et Cairol de Madaillan interviennent dans la succession de Jean François Vidalat. Portrait de groupe.

Autre frère de Jean Baptiste Rouvairollis de Rigaud, François Clément Marguerite Rouvairollis de Rigaud est arrêté en 1793 à Toulouse pour collusion ave des aristocrates suspects. Élargi après Thermidor, il participe sous le nom de « M. Caudeval » à la « conspiration anglaise » fomentée à Castres sous le couvert de la Société philanthropique de Bordeaux. Il disparaît en 1800, après que la conspiration a été éventée par les services de Joseph Fouché. Il ne réapparaîtra jamais plus. 13Cf. Christine Belcikowski. À Caudeval et à Limoux. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. Après 1789, que sont-ils devenus ?

2. Le 14 ventôse an IX (3 février 1801)

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Archives nationales. Police générale. Cote : F/7/4883.

Conservé à la Bibliothèque nationale, le dossier de Police générale classé sous la cote F/7/4883 concerne la requête formulée par Jean Clément de Rouvairollis, le 8 frimaire an VIII (29 novembre 1799), en faveur de Jean Baptiste de Rouvairollis, son fils aîné, « qu’il prétend être mis mal à propos sur la liste des émigrés ». À la sous-préfecture de Limoux, le 13 brumaire an IX (4 novembre 1800), le commissaire du gouvernement « ne peut statuer sur cette requête, faute de justification de la résidence dudit Jean Baptiste Rouvairollis, dans les formes prescrites par les lois relatives à cet objet » ; et il arrête « n’y avoir lieu de statuer sur la démarche du pétitionnaire jusqu’à ce qu’il se soit conformé en tous points aux dispositions de la loi du 25 brumaire an III (15 novembre 1794) 14Cf. Décret du 25 brumaire an III concernant les émigrés., et autres postérieures, concernant le personnel des émigrés. »

Transmise par Pierre François Brun 15Cf. Christine Belcikowski. Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège., premier préfet de l’Ariège, le 14 ventôse an IX (3 février 1801) à Joseph Fouché, ministre de la Police générale, la requête de Jean Clément Rouvairollis fait, sous la plume du préfet, l’objet de l’observation suivante : « Il paraît que le pétitionnaire a fait sa réclamation le 8 frimaire an VIII (29 novembre 1799), devant l’administration municipale du canton de Peyrefitte ». Le préfet joint au dossier diverses pièces relatives à la requête de Rouvairollis père, et il « prie le Citoyen Ministre, en exécution de l’article 14 de l’arrêté des consuls du 28 vendémiaire, de faire insérer sur la liste qui sera dressée, une note portant que le Citoyen Rouvairollis a réclamé contre cette inscription avant le 4 nivôse de l’an VIII (25 décembre 1799). »

Outre la lettre de Pierre François Brun, le dossier comprend le texte de la requête formulée par Jean Clément Rouvairollis en faveur de Jean Baptiste Rouvairollis, son fils aîné :

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Archives nationales. Police générale. Cote : F/7/4883.

« Au Préfet de l’Ariège

Jean Clément Rouvairollis Rigaud Caudeval vous expose que Jean Baptiste Rouvairollis Caudeval, son fils aîné, fut mal à propos inscrit sur la liste des émigrés par l’ancien district de Mirepoix le 1er ventôse an II (29 février 1794) an III, supplément lettre R, page 68 et 69, puisqu’il est de fait que le fils de l’exposant résidait alors sur le territoire français, et qu’il y a résidé depuis le 6 mai 1792 jusqu’au 10 vendémiaire an VI (1er octobre 1797), ainsi que cela demeure établi par le certificat de résidence revêtu de toutes les formalités prescrites par les lois sur le personnel des émigrés, que l’exposant remet, ci-joint nº 1.

L’exposant, convaincu de l’injustice de l’inscription de sondit fils sur la liste fatale, forma la réclamation contre cette inscription le 8 frimaire an VIII (29 novembre 1799). Cela demeure encore établi par l’extrait en forme de ladite déclaration, qu’il remet ci-joint nº 2.

Il reste à l’exposant de suivre l’exécution de cette réclamation, et sans doute qu’aujourd’hui que le gouvernement n’est guidé que par les principes de justice qui le dirigent et qui sont la suite et la conséquence nécessaire d’un gouvernement paternel ; qu’aujourd’hui que les magistrats chargés de l’exécution des lois reconnaissent par leurs vertus la confiance bien méritée du gouvernement et des administrés ; et enfin aujourd’hui que l’exposant, plein de confiance dans votre justice, a recours à vous, citoyen préfet, pour qu’il vous plaise déclarer qu’il y a lieu d’éliminer, ou rayer de la liste des émigrés le nom de Jean Baptiste Rouvairollis, fils de l’exposant, compris au 3e supplément lettre R, page 68 ; [qu’il vous plaise] le réintégrer dans tous ses droits ; et en attendant qu’il ait été définitivement statué sur cette réclamation, [qu’il vous plaise] déclarer qu’il y a lieu d’autoriser le fils de l’exposant à résider sur le territoire français, et y être placé sur la surveillance des autorités locales dans la commune de Limoux, ou Caudeval, au département de l’Aude, c’est à quoi l’exposant conclut. »

Signé : Rouvairollis Caudeval

Outre la lettre du préfet Brun, le dossier F/7/4883 comprend encore un certificat de résidence fourni par la municipalité de Nébias, le 7 nivôse an IX (28 décembre 1800), à Joseph Medus, procureur fondé de Jean Baptiste Rouvairollis :

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Extrait du registre des délibérations de la municipalité de Nébias dépendante du 4e arrondissement de l’Aude.

« L’an IX de la République française une et indivisible et le 7 nivôse (28 décembre 1800), par devant nous, maire de la commune de Nébias au quatrième arrondissement de l’Aude, a comparu le citoyen Joseph Nébias, négociant de la commune de Belcaire, même arrondissement, lequel, en qualité de procureur fondé de Jean Baptiste Rouvairollis Rigaud Caudeval, fils aîné originaire de Mirepoix au département de l’Ariège, nous a requis de certifier la résidence dudit Rouvairollis Rigaud Caudeval dans la présente commune sur l’attestation de neuf témoins, en se conformant aux dispositions de la loi du 25 brumaire an III.

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Archives nationales. Police Générale. Cote : F/7/4883.

Sur quoi nous soussignés, maire et adjoint de la commune de Nébias au quatrième arrondissement de l’Aude, certifions, sur l’attestation des citoyens Jean Pierre Vassal, cordonnier ; Jean Canredon, dit Coutou ; Jean Pons ; Jean Canredon Marquisat ; Gabriel Moullard ; Gabriel Pons ; Pierre Canobi ; Marc Antoine Pons ; Jean Pons Ginet, tous cultivateurs domiciliés à Nebias, que le nommé Jean Baptiste Rouvairollis Rigaud Caudeval fils aîné originaire de Mirepoix au département de l’Ariège, actuellement âgé trente-quatre ans, taille d’un mètre sept-cent-soixante-un millimètres, cheveux et sourcils châtain, yeux de même, nez bien fait, bouche moyenne, menton rond, front petit, visage ovale, ainsi qu’il est désigné dans l’attestation qui nous a été présentée par ledit Medus, son fondé de pouvoir, a résidé sans interruption dans ladite commune, maison appartenant à la citoyenne Saurine, veuve Millaud, depuis le 6 mai mille-sept-cent-quatre-vingt-douze jusqu’au 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797) ; certifions en outre que les citoyens attestants ne sont à notre connaissance, et d’après leur affirmation, ni parents, alliés, agents, fermiers, créanciers ou débiteurs dudit certifié ni de son procureur fondé ou employés à son service.

Fait dans le lieu ordinaire de nos séances à Nébias le 7 nivôse an IX (28 décembre 1800) de la République française en présence du procureur fondé dudit certifié et des attestants, lesquels ont signé avec nous tant le registre de nos délibérations que le présent extrait. »

Que vaut le certificat de résidence reproduit ci-dessus ? Où Jean Baptiste Rouvairollis se trouve-t-il à la date de cette certification ? Qu’avait-il à résider à Nébias, du 6 mai 1792 au 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797) chez la citoyenne Saurine, veuve Millaud, plutôt qu’à Caudeval ou à Limoux, chez son père ? Autant de questions difficiles.

Renseignements pris sur la « citoyenne Saurine, veuve Millaud », il s’agit plus exactement de Marianne Saurine, veuve de Jean Milhau, boulanger, mort le 26 juin 1774 à l’âge d’environ environ 60 ans 16Archives dép. de l’Aude. Nébias (1758-1791). Document 100NUM/AC263/1E6. Vue 64., et cousine germaine d’Anne ou Marianne Saurine, veuve, elle, de Joseph Rieutort, notaire à Chalabre. 17Le mariage d’Anne Saurine et de Joseph Rieutort a été célébré le 19 mars 1743 à Chalabre. Archives dép. de l’Aude. Chalabre (1733-1746). Document 100NUM/AC91/GG10. Vue 114.

Le 13 août 1764, Marianne Saurine et Jean Milhau accueillent dans leur maison Thérèse Rieutort, venue accoucher à Nébias, en présence de M. Joseph Deville, chirurgien, d’un enfant naturel qu’elle dit être de Maître Barthélémy Bonpieyre, avocat en parlement. L’enfant est, le même jour, ondoyé, puis baptisé. Parrain et marraine du petit Antoine sont d’abord Jean Milhau et Marianne Saurine ; puis Jean Antoine Bonpieyre, conseiller du roi, procureur au sénéchal de Limoux, grand-père de l’enfant ; et Marianne Saurine pour Demoiselle Anne Saurine, épouse de M. Joseph Rieutort, notaire à Chalabre. 1813 août 1764. Baptême d’Antoine Bonpieyre. Archives dép. de l’Aude. Nébias (1758-1791). Document 100NUM/AC263/1E6. Vue 26..

Le 24 décembre 1795 (3 nivôse an IV), Anne ou Marianne Saurine, veuve de Joseph Rieutort, meurt à Nébias dans la maison de sa cousine Marianne Saurine. 193 nivôse an IV (24 décembre 1795. Décès d’Anne Saurine. Archives dép. de l’Aude. Nébias (1793-1802). Document 100NUM/5E263/4. Vues 89-90.

Du 6 mai 1792 au 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797), Marianne Saurine héberge, ou aurait hébergé Jean Baptiste Rouvairollis, ancien garde du corps de la Compagnie Écossaise ? Mais qu’allait-il faire à Nébias ? Nébias se trouve à 29 kilomètres de Caudeval et à 26 kilomètres de Limoux. Jean Baptiste de Rouvairollis de Rigaud, fils de Jean Clément Rouvairollis de Rigaud, baron de Caudeval, connaissait sans doute François Savary de Mauléon Narbonne, né à Nébias, seigneur de Nébias et autres places, époux de Marguerite de Béon Cazaux, et maître de camp dans la cavalerie. Lors de la journée du 10 août 1702, François Savary de Mauléon Narbonne a participé à la défense des Tuileries. Puis il s’est réfugié à Nébias. Arrêté en 1794 à Nébias, il est guillotiné à Collioure ou meurt en Espagne la même année. Personne en tout cas, après 1794, ne l’a jamais revu. D’où viendrait donc qu’après 1794 Jean Baptiste Rouvairollis soit resté à Nébias jusqu’au 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797) ?

La question se pose avec d’autant plus d’insistance que le sort de Jean Baptiste Rouvairollis réplique en quelque façon celui de Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis, son oncle. Joseph Medus, fondé de pouvoir de Jean Baptiste Rouvairollis en l’an IX, habilité à requérir pour ce dernier un certificat de résidence à Nébias, a été également le fondé de pouvoir de Joseph Thibaud Rouvairollis Villedieu, habilité à requérir pour ce dernier un certificat de résidence à Comus 20En 1687, le roi de France est dit seigneur, en toute justice, haute, moyenne et basse, de Comus.. Or on sait que Joseph Thibaud Rouvairollis Villedieu a émigré, puisqu’il est rentré de Russie après le 4 vendémiaire an XIII (26 septembre 1804). 21Cf. Christine Belcikowski. Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis rentre de Russie.

Joseph Thibaud Rouvairollis Villedieu est inscrit sur la liste des émigrés le 4 août 1792. Ses biens sont alors mis sous séquestre. Anne Andrieu, son épouse, qui a épousé Joseph Thibaud Rouvairollis Villedieu le 30 janvier 1782, argue d’un acte de partage, daté du 6 juin 1792, pour se plaindre le 18 messidor an II (6 juillet 1794) du séquestre qui, après l’émigration de son mari, se trouve indûment apposé sur sa part à elle. La minute nº 3794 du 2e Bureau de la 3e Division en témoigne :

« Rigaud Villedieu
Anne Andrieu, sa femme, réclame contre le séquestre apposé sur ses biens propres. Question de finance. Le moulin de Maynard a été adjugé à Jean Brunet fils moyennant 30.800 francs par verbal d’adjudication du 18 messidor an II.
Mais elle ne conteste point l’émigration de son mari.
Maintenue de Rigaud Villedieu. » 22Archives nationales. Cote : F/7/4893/2. Dossier 20.

Le 15 messidor an VIII, un extrait du registre des délibérations de la commune de Comus, située à 43 kilomètres de Caudeval et à 26 kilomètres de Limoux, constitue à l’endroit de Joseph Thibaud Villedieu, dont on sait bis repetita qu’il a émigré, le certificat de résidence suivant :

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« L’an VIII de la République française une et indivisible et le quinze messidor, par devant nous, maire et adjoint de la commune de Comus au quatrième arrondissement de l’Aude, a comparu le citoyen Joseph Medus, négociant de la commune de Belcaire, lequel, en qualité de procureur fondé de Joseph Thibaut Rouvairollis Villedieu, originaire de Limoux du chef-lieu d’arrondissement, nous a requis de justifier la résidence dudit Villedieu dans la présente commune, sur l’affirmation de neuf témoins, en se conformant aux dispositions de la loi du 25 brumaire an III.

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Archives nationales. Cote : F/7/4893/2. Dossier 20.

Sur quoi, nous soussignés, maire et adjoint de la commune de Comus au quatrième arrondissement de l’Aude, sur l’attestation des citoyens Clément Pélofi, Joseph Sarda, Pierre Pélofi, Étienne Vergé, Jacques Vergé, Jacques Pélofi, Pascal Joseph Pélofi, Antoine Buscail et Nazaire Vergé, tous cultivateurs domiciliés dans ladite commune de Comus, que le nommé Joseph Thibaut Rouvairollis Villedieu, originaire de Limoux, actuellement âgé de cinquante-un ans, taille de un mètre huit cent quinze millimètres, cheveux et sourcils noirs, yeux de même, nez bien fait, bouche ordinaire, menton un peu relevé, visage brun et ovale, ainsi qu’il est désigné dans l’attestation qui nous a été présentée par ledit Medus, son fondé de pouvoir, a résidé dans ladite commune sans interruption, maison appartenant à Joseph Pascal Pélofi 23Jean Pascal Pélofy, tailleur d’habits, veuf de Suzanne Vergé, époux d’Anne Vergé en secondes noces depuis le 23 janvier 1781. Archives dép. de l’Aude. Comus (1737-1799). Document 100NUM/5E96/1. Vue 196., depuis le 1er mai 1792 jusqu’au 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797).

Certifions en outre que les citoyens attestants ne sont, à notre connaissance et d’après leur affirmation, ni parents, ni alliés, agents, fermiers, créanciers ni débiteurs dudit Villedieu, ni de son procureur fondé ou employés à son service… »

3. Après le 14 ventôse an IX (3 février 1801)

Quoi qu’il en soit de la véracité du certificat de résidence rédigé le 7 nivôse an IX (28 décembre 1800) à la demande de Joseph Medus, procureur fondé de Jean Baptiste Rouvairollis, ledit certificat se trouve affiché pendant six jours dans la commune de Nébias. Déposé aux archives de Nébias le 14 nivôse an IX (4 janvier 1801), il est délivré à Joseph Medus le 22 nivôse an IX (12 janvier 1801), puis vu et vérifié à Limoux le 14 pluviôse an IX (3 février 1801), et vu à Foix, le même jour, par Pierre François Brun, préfet de l’Ariège. Le même jour encore, Pierre François Brun adresse l’ensemble du dossier à Joseph Fouché, ministre de la Police générale.

Le dossier conservé aux Archives nationales ne comprend pas la réponse du ministre. On ne sait donc pas si Jean Baptiste Rouvairollis, en 1801, a été rayé de la liste des émigrés. D’autant que comme François Savary de Mauléon Narbonne et comme François Hilaire de Rouvairollis, pour autant qu’on puisse en juger, ledit Jean Baptiste Rouvairollis n’est jamais revenu.

Le 4 vendémiaire an XIII, Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis, émigré amnistié venant de Russie, obtient un passeport pour se rendre à Limoux, département de l’Aude, en passant par Paris. Le Le 26 décembre 1811, il assiste au mariage de François Evremond Rouvairollis Caudeval, son neveu, avec Françoise Joséphine Rose Zoé Andrieu ; le 14 novembre 1821, au mariage de Louis Jules Auguste Rouvairollis de Caudeval, son autre neveu, avec Jeanne Marie Françoise de Raymond de Lasbordes. Il meurt le 3 octobre 1835 dans sa maison, sise à Limoux rue des Cordeliers, section du pacte social.

Né le 8 décembre 1766, Jean Baptiste Rouvairollis était en 1801 âgé de 35 ans. Il n’apparaît à partir de cette date dans aucun des actes d’état-civil, baptêmes, mariages, décès, relatifs à la famille Rouvairollis. Qu’est-il devenu ? La question demeure sans réponse.

À consulter : Dossier Rouvairollis
À Mirepoix. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. 1. De François et Jean Rouvairollis à Jean Clément de Rouvairollis
Suites tragi-comiques d’un soufflet donné sur la place de Mirepoix le 17 juin 1728…
1740-1789. Désordres en Ariège
À Mirepoix. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. 2. Jean Clément Rouvairollis et les siens
En 1782, dans la famille Rouvairollis… Le Sieur Caudeval (de…), cadet gentilhomme au bataillon auxiliaire des troupes des colonies
À Caudeval et à Limoux. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. Après 1789, que sont-ils devenus ?
Des nouvelles de Jean Baptiste Rouvairollis, ancien cadet gentilhomme au bataillon auxiliaire des troupes des colonies en 1782
Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis rentre de Russie
1801-1802. Quand les familles Cairol Caramaing, Calvet et Cairol de Madaillan interviennent dans la succession de Jean François Vidalat. Portrait de groupe
À Paris, Chartres, Nancy, Givet, Landreville, etc. Histoire à énigme de Louis Rouvairolis de Rigault et des siens

References   [ + ]

1. L.F. Jauffret. Histoire impartiale du procès de Louis XVI, ci-devant roi des Français. Tome VII, p. 61. Au Bureau du Journal de Perlet. Paris. An II (1793).
2. Ibidem, p. 56.
3. Ibid., p. 64.
4. Pierre Jean Guyot. Traité des droits, fonctions, franchises, exemptions, prérogatives et privilèges annexés à chaque dignité, à chaque office et à chaque état, soit civil, soit militaire. Tome II, p. 43. Paris. 1786-1788.
5. Indication fournie par L.Tuetey, in Les officiers sous l’Ancien Régime. Nobles et roturiers. Paris. 1908.
6. Tuetey, op. cit., p. 116.
7. Tuetey, op. cit., , pp. 119 et 120.
8. Tuetey, op. cit., pp. 120-121.
9. J.-F. Labourdette. « La Compagnie écossaise des gardes du corps du roi au XVIIIème siècle : recrutement et carrières« . In Histoire, économie & société. Année 1984 3-1, pp. 95-122.
10. En 1774, Marie Adrienne Françoise de Noailles (1759-1807), fille cadette de Jean Paul de Noailles, a épousé Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de Lafayette, dit Lafayette.
11, 21. Cf. Christine Belcikowski. Joseph Thibaud Villedieu Rouvairollis rentre de Russie.
12. Cf. Christine Belcikowski. 1801-1802. Quand les familles Cairol Caramaing, Calvet et Cairol de Madaillan interviennent dans la succession de Jean François Vidalat. Portrait de groupe.
13. Cf. Christine Belcikowski. À Caudeval et à Limoux. Essai de généalogie de la famille Rouvairollis. Après 1789, que sont-ils devenus ?
14. Cf. Décret du 25 brumaire an III concernant les émigrés.
15. Cf. Christine Belcikowski. Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège.
16. Archives dép. de l’Aude. Nébias (1758-1791). Document 100NUM/AC263/1E6. Vue 64.
17. Le mariage d’Anne Saurine et de Joseph Rieutort a été célébré le 19 mars 1743 à Chalabre. Archives dép. de l’Aude. Chalabre (1733-1746). Document 100NUM/AC91/GG10. Vue 114.
18. 13 août 1764. Baptême d’Antoine Bonpieyre. Archives dép. de l’Aude. Nébias (1758-1791). Document 100NUM/AC263/1E6. Vue 26.
19. 3 nivôse an IV (24 décembre 1795. Décès d’Anne Saurine. Archives dép. de l’Aude. Nébias (1793-1802). Document 100NUM/5E263/4. Vues 89-90.
20. En 1687, le roi de France est dit seigneur, en toute justice, haute, moyenne et basse, de Comus.
22. Archives nationales. Cote : F/7/4893/2. Dossier 20.
23. Jean Pascal Pélofy, tailleur d’habits, veuf de Suzanne Vergé, époux d’Anne Vergé en secondes noces depuis le 23 janvier 1781. Archives dép. de l’Aude. Comus (1737-1799). Document 100NUM/5E96/1. Vue 196.

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