A Mirepoix. « La peste cessa dans la ville le 1er janvier 1630… »

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1625-1639). Document 1NUM5/5MI662. Vue 66.

Après la peste noire de 1347–1352, qui a tué plus de quarante pour cent de la population française, la peste ressurgit au XVIe et au XVIIe siècle, de façon sporadique. Les registres paroissiaux des pays de Pamiers et de Mirepoix témoignent d’une flambée épidémique entre 1628 et 1632. Au hasard d’autres recherches, j’ai trouvé dans le registre paroissial de Mirepoix mention de cette flambée de 1628 à 1633 environ.

Venant d’Auvergne via le Rouergue, la peste arrive à Toulouse en 1628. Elle s’étend rapidement au Lauragais et aux contrées environnantes. Le 1er août 1629, les autorités de Mirepoix disputent des mesures à prendre. Comme attesté par les minutes de Maître Dumas 1Archives dép. de l’Ariège. Minutes d’Antonin Dumas. 1629 : 5E2739. Décembre 1629-1630: 5E-2740., elles signent des compromis avec Maître Jean Fabry, docteur en médecine, et avec des « corbeaux » chargés d’assister l’homme de l’art.

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Ci-dessus : reconnaissable à son masque de protection, un « corbeau », médecin ou assistant du médecin. Rare représentation d’un corbeau par Paul Fürst, Der Doctor Schnabel von Rom (Le Docteur Schnabel à Rome), circa 1656.

Le registre paroissial qui couvre à Mirepoix la période 1625-1639, comprend d’abord une liste des baptisés, qui s’arrête le 6 juillet 1629 ; puis, à partir de la vue 56, une interminable liste des « trépassés », qui court de juin 1627 à mai 1639, sachant que l’épidémie devient manifeste à partir d’août 1628 ; enfin, à partir de la vue 121, une liste des mariages, qui débute en janvier 1633 seulement.

La propagation de l’épidémie et l’effet dévastateur qui s’en suit, se mesurent visualiter au changement qui affecte la tenue des pages dédiées au mortuaire dans le registre paroissial. De plus en plus succinte, celle-ci revêt une sorte de caractère panique au fur et à mesure que la liste des morts s’allonge. Le jour du décès n’est plus mentionné, mais seulement le mois et le lieu. Certains Mirapiciens meurent « à la maison » ; d’autres à l’hôpital ; d’autres encore sont frappés chez les autres ou aux champs. En 1629, dans un souci probablement statistique, Maître Amat, vicaire qui tient le registre, liste séparément les morts de la « ville » (vue 62 sqq.) ; ceux des « faubourgs » (vue 66) ; ceux du « barry de Capitoul et Sautadou » (vue 67) ; ceux du barry du Bord de l’eau (vue 67) ; ceux du barry de Saint-Amans (vue 67).

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Ci-dessus : mortuaire de juillet 1627. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1625-1639). Document 1NUM5/5MI662. Vue 55.

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Ci-dessus : mortuaire d’août 1629. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1625-1639). Document 1NUM5/5MI662. Vue 64.

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Ci-dessus : Mort de Mathieu Fourmageat, corbeau, sa femme et trois enfants. Mort de M. Bernard Baillé, tailleur, sa femme, trois enfants, et une fille [de service]. Outre les corbeaux, les tailleurs, drapiers, chiffonniers, lavandières, exposés aux puces, ou encore les meuniers, boulangers, bouchers, exposés aux rats, sont particulièrement frappés par la peste. Mortuaire d’août 1629. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1625-1639). Document 1NUM5/5MI662. Vue 64.

Notables et membres du clergé ne sont pas davantage épargnés. Messire Jacques David, bourgeois, consul, meurt en octobre 1628 (vue 61) ; un fils de Claude Niort, consul, en décembre 1628 (vue 62) ; Messire Jean Alibert, consul, en mars 1629 (vue 62) ; Demoiselle Marie d’Audonnet, femme de M. Maître Durand Vernhes, greffier du diocèse, en mars 1629 (vue 63) ; Messire Castignolles, consul, en septembre 1629 (vue 65) ; Maître Etienne Gaschole, hebdomadier, et sa chambrière, en septembre 1629 (vue 65) ; Maître François Barrau, prêtre, et sa chambrière, en septembre 1629 (vue 65) ; deux enfants de M. de Montfaucon en octobre 1629 (vue 65) ; Maître Pierre Barre, chanoine, en novembre 1629 (vue 66) ; etc.

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3 juillet1630. Décès de Pierre de Donnaud, évêque de Mirepoix.

Lorsque le vicaire Amat dit que « la peste cessa dans la ville le 1er janvier 1630 », la formule reste propitiatoire, car la suite du registre montre que le mal continue de sévir, quoique de manière moins aiguë peut-être, jusqu’en 1633 environ. Après une interruption de quatre mois, l’enregistrement des décès reprend dans le registre paroissial en mai 1630 (vue 68). Même si le mot n’est pas prononcé — mais pourquoi le prononcer, puisque tout le monde meurt alors du même mal ? —, Pierre Bonsom de Donnaud, évêque de Mirepoix, meurt de la peste le 3 juillet 1630 (vue 69). Barthélémy Baillé, docteur ès droits, juge royal de Dun, meurt du même mal le 18 décembre 1631 (vue 77). Un de ses fils, non nommé, meurt de la peste aussi le 29 avril 1632 (vue 78). Maître Jean Niort, prêtre et précenteur du Chapitre, meurt lui aussi de la peste le 18 janvier 1633 (vue 82).

Une autre flambée de peste touchera quelques vingt ans plus tard le pays de Pamiers. Maître Pérez, curé de Coussa, signale le retour de la « maladie contagieuse » dans son registre paroissial de 1654. A relire ici : A propos de Coussa. 2. La population du village au XVIIe et au XVIIIe siècle.

References   [ + ]

1. Archives dép. de l’Ariège. Minutes d’Antonin Dumas. 1629 : 5E2739. Décembre 1629-1630: 5E-2740.