La double ascendance de Frédéric Soulié. 2. Côté Baillé

Jeanne Marie Baillé, qui épouse François Melchior Soulié le 8 Pluviôse an VI (samedi 27 janvier 1798) à Mirepoix, est issue d’une longue lignée d’hommes de loi.

L’ascendant le plus ancien qu’on trouve à Jeanne Marie Baillé est Barthélémy Baillé 1Barthélémy Baillé, docteur ès droits, juge royal de Dun, mourra le 18 décembre 1631, vraisemblablement de la peste. Un de ses fils, non nommé, meurt également de la peste le 29 avril 1632., docteur ès droits, avocat, juge royal de Dun, marié à Françoise Rousset. Les divers registres paroissiaux prêtent à ce couple sept enfants, mais le compte n’est pas forcément exact, car ces registres, qui débutent en 1597, comportent plusieurs lacunes et des pages mangées par les souris :

1. 21 sept 1603. Jeanne de Baillé, fille de M. Barthélémy et de Françoise Rousset. Parrain Noble Joseph de George de Sibra. Marraine Honneste Jeanne d’Usson.

2. 23 mai 1605. Barthélémy Baillé. Parrain Barthélémy Baillé, habitant de Lagarde. Marraine Catherine de Rousset, femme de Guillaume [illisible], marchand de Mazères.

3. 1er juin 1608. Jean Baillé. Parrain M. Jean Rousset, consul. Marraine Honneste Clémence de Rousset.

4. 19 mai 1611. Jean Pierre Baillé. Parrain M. Jean Fechaux ? chanoine. Marraine Honneste Jeanne Barsalou.

5. 22 mai 1613. Françoise Baillé. Parrain M Jean Alard, prêtre. Marraine Honneste Françoise Alard.

6. 15 juillet 1614. Marie Baillé. Parrain M. Jean Pierre de Rousset, chanoine. Marraine Demoiselle Marie de Satinide.

7. 28 février 1617. Marie Baillé. Parrain Jean Baillé prêtre. Marraine Damoiselle Jeanne Baillé, sœur de la baptisée.

Jean Baillé, docteur ès droits, juge royal de Dun à son tour, épouse vers 1632 Georgette Blanchard, fille de Pierre Blanchard, avocat de Mirepoix. Le couple baptise par la suite six enfants :

1. 1 mai 1635. Françoise Baillé. † 20 septembre 1674.

2. 6 mai 1637. Marie Eléonor Baillé. Parrain Noble George de Sibra. Marraine Damoiselle Eléonor Mouissent. Marie Eléonor Baillé épousera le 13 février 1668 à Mirepoix Jean Rouger (1627-1694), notaire royal.

3. 16 septembre 1642. Barthélémy Baillé. Parrain M. Barthélémy Baillé, « frère de Jean Baillé ». Marraine Pascale de Camus.

4. 16 juin 1645. Jean Baillé. Parrain Jean Vernhes, prêtre et chanoine de l’église cathédrale. Marraine Demoiselle Jeanne de Jay.

5. 19 juillet 1648. Jean Antoine Baillé. Parrain M. Jean Hector Rousset, bourgeois. Marraine Damoiselle Magdaleine Senié, sa femme.

6. 26 mars 1653. Joseph Baillé. Parrain M. Jacques Catery. Marraine Demoiselle Françoise Baillé.

Des six enfants de Jean Baillé et de Georgette Blanchard, on connaît le sort de trois d’entre eux seulement. Marie Eléonor Baillé épouse à Mirepoix Jean Rouger, notaire royal, fondateur d’une longue lignée notariale. Barthélémy Baillé, docteur en théologie, est prêtre et sacristain du Chapitre de Mirepoix. Jean Antoine Baillé, docteur ès droits, devient, après son père et son grand-père, juge royal de Dun. Il épouse Isabeau Amat, fille de Jean Amat, bourgeois, vers 1669 à Mirepoix.

Jean Antoine Baillé et Isabeau Amat baptisent à leur tour six enfants :

1. 20 septembre 1670. Marie Baillé. Parrain M. Jean Baillé, docteur ès droits. Marraine Marie de Camus, femme de M. Amat, bourgeois.

2. 24 février 1675. Barthélémy Baillé. Parrain M. Barthélémy Baillé. Marraine Demoiselle Catherine Vernhes.

3. 20 février 1677. Géraud Baillé. Parrain Maître Géraud Amat, prêtre chanoine grand vicaire. Marraine Demoiselle Marie Eléonor Baillé, femme de Maître Jean Rouger, notaire.

4. 24 février 1679. Anne Baillé. Parrain Jean Baillé, prêtre et prébendier. Marraine Demoiselle Anne Amat.

5. 16 avril 1781. François Baillé. Parrain M. François Amat, docteur et avocat en la cour. Marraine Mademoiselle Anne Baillé.

6. 26 avril 1684. Marie Anne Baillé. Parrain M. Jean Roger, avocat. Marraine Anne Dupred.

Barthélémy Baillé, docteur ès droits, juge royal de Dun, épouse le 18 août 1701 Marguerite Vernhes, fille de François Vernhes, bourgeois, et de Marguerite Jalabert. Le couple a par la suite quatre enfants :

1. 14 mai 1702. François Baillé. Parrain M. François Vernhes, bourgeois. Marraine Damoiselle Elizabeth Amat, veuve de M. Antoine Baillé. † 19 juin 1703.

2. 22 mai 1703. Jean Antoine Baillé. Parrain Maître Jean Baillé, prêtre et prébendier du Chapitre. Marraine Damoiselle Anne Vernhes.

3. 8 juin 1704. Françoise Baillé. Parrain M. François Vernhes, oncle de la baptisée. Marraine Damoiselle Françoise Baillé, tante de Barthélémy Baillé.

4. 31 Janvier 1707. Géraud Baillé. Parrain M. Géraud Baillé, prêtre et prébendier du Chapitre. Marraine Dame Marie Anne de Vernhes, femme de M. Desguilhots de Saint-Julien.

Géraud Baillé, avocat au parlement, notaire royal, épouse le 13 février 1749 à Mirepoix Dorothée Cairol, fille d’Antoine Cairol, docteur en médecine, et de Magdeleine Bernard. Présents au mariage : Maître Jean Antoine Baillé, prévôt de l’église cathédrale de Mirepoix ; M. Maître François Baillé, prêtre prébendier de la même église ; M. Maître François Vernhes, avocat au parlement ; M. Vincent Cairol et M. Gaspard Cairol, frères de la nouvelle épouse.

Entre 1749 et 1767, Dorothée Cairol met au monde treize enfants :

1. 16 décembre 1749. Anne Thérèse Adélaïde Baillé. Parrain Maître Jean Antoine Baillé, prévôt de l’église cathédrale, oncle paternel de la baptisée. Marraine Demoiselle Anne Thérèse Cairol, bisaïeule de la baptisée. Restée célibataire, Anne Thérèse Adélaïde Baillé mourra le 18 pluviôse an X (7 février 1802).

2. 25 décembre 1750. Jean Antoine Barthélémy Baillé. Parrain M. Maître Antoine Cairol, docteur en médecine, grand-père maternel du baptisé. Marraine Demoiselle Françoise Baillé, tante paternelle du baptisé. Jean Antoine Barthélémy Baillé épouse le 16 avril 1781 Marianne Rosalie Bauzil, fille de Maître Thomas Bauzil, avocat au parlement, et de Dame Jeanne Marie Boutonnier. Il reconnaît à cette occasion la paternité de Marguerite Georgine Baillé, née de Marianne Rosalie Bauzil le 23 avril 1780, déclarée d’abord de père inconnu, puis, sous la pression des parrain et marraine qui refusent de signer la première version de l’acte, fille de Maître Jean Antoine Barthélémy Baillé, notaire royal, scandaleusement absent le jour du baptême. Jean Antoine Barthélémy Baillé sera père encore de Jeanne Marie Françoise Vincente Eulalie Baillé, née le 22 février 1782 ; Marie Clotilde Sylvie Baillé, née le 14 mars 1783 ; Gabrielle Basilice Alexandrine Françoise Baillé, née le 16 mars 1684 ; Jean François Géraud Alban Baillé, né le 22 juin 1785 ; Cécile Soulange Théodore Baillé, née le 21 novembre 1786 ; Marie Charles Dominique, né le 4 novembre 1787 2Marie Charles Dominique Baillé mourra âgé de 20 ans à peine, chasseur à cheval du 6e régiment, deuxième escadron, deuxième compagnie, matricule 1264, le 26 juillet 1807 à Trévise, Italie. ; Louise Antoinette Amélie Baillé, née le 24 avril 1791, morte à Rieucros le 29 septembre 1792. Marianne Rosalie Bauzil mourra à Pamiers le 15 pluviôse an X (4 février 1802). Jean Antoine Barthélémy Baillé mourra le 6 septembre 1830 à Foix.

3. 22 janvier 1752. Jean François Vincent Baillé. Parrain Maître Jean François Baillé, prêtre bénéficier, oncle paternel du baptisé. Marraine Mademoiselle Magdeleine Bernard Cairol, aïeule du baptisé.

4. 26 juin 1753. Marie Marguerite Elizabeth Baillé. Parrain le Sieur Vincent Cairol, oncle maternel de la baptisée. Marraine Demoiselle Marie Baillé, tante paternelle de la baptisée. Marie Marguerite Elizabeth Baillé épouse le 30 mai 1785 Antoine Etienne Jalabert, docteur en médecine, fils de feu le Sieur Jean Jalabert, bourgeois, et de Dame Anne Elizabeth de Saint-Albi. Les époux bénéficient d’une dispense en raison de leur « parenté double du troisième ou quatrième degré ». Présents au mariage : Maître Jean Antoine Barthélémy Baillé, avocat au parlement, frère de l’épouse ; M. Antoine Cairol, ancien officier d’artillerie ; Maître Etienne Rouger, avocat au parlement ; Maître Jean Antoine Vernhes, clerc tonsuré ; M. François Manent, bourgeois.

5. 21 août 1754. François Géraud Baillé. Parrain le Sieur Jean François Cairol, clerc tonsuré, oncle maternel. Marraine Demoiselle Jeanne Marie Baillé, épouse du Sieur Ensalles, marchand, habitant de Foix. Plus tard, devenu chanoine, François Géraud Baillé jouira d’une prébende à Coutens, près de Mirepoix. Incarcéré à Foix pendant la Terreur, il mourra le 13 brumaire an V (3 novembre 1796) des suites de cette incarcération.

6. 21 février 1756. Thérèse Dorothée Baillé. Parrain le Sieur Barthélémy Vernhes, bourgeois, cousin de la baptisée. Marraine Demoiselle Thérèse Cairol, tante de la baptisée. Thérèse Dorothée Baillé meurt le 20 août 1756. Elle est enterrée dans la chapelle Sainte Catherine de la cathédrale.

7. 25 avril 1757. Marc Sylvain Baillé. Parrain le Sieur Gaspard Cairol. Marraine Antoinette Pinet, veuve de M. Vernhes.

8. 15 décembre 1758. Jean François Théodore Baillé. Parrain Maître Jean François Vernhes, diacre et prébendier de l’église cathédrale. Marraine Demoiselle Marie Cairol, épouse de Maître Maleville, notaire de Laroque d’Olmes.

9. 20 janvier 1760. Germaine Pétronille Agnès Baillé. Parrain Jean Antoine Barthélémy Baillé. Marraine Thérèse Anne Adélaïde Baillé, sœur de la baptisée, frère de la baptisée. Restée célibataire, Germaine Pétronille Agnès Baillé mourra le 19 août 1835 à Mirepoix.

10. 3 août 1761. Jeanne Marie Baillé. Parrain Maître Pierre Cairol, prêtre vicaire de Mazerettes, près de Mirepoix. Marraine Demoiselle Marie Ensalles, épouse du Sieur Lacaze, habitant de Foix.

11. 6 septembre 1763. Etienne Benoît Baillé. Parrain M. Etienne Rouger, notaire, avocat au parlement. Marraine Demoiselle Marie Magdeleine Cairol.

12. 7 juin 1765. Jean Antoine Norbert Baillé. Parrain M. Vincent Cairol. Marraine Demoiselle Jeanne Marie Ensalles, habitante de la ville de Foix. Jean Antoine Norbert Baillé embrassera la carrière militaire. Il mourra le 29 novembre 1810 d’une blessure reçue à la bataille de Santarem, en Portugal.

13. 11 septembre 1767. Maurice Vincent Baillé. Parrain le Sieur Jean François Vincent Baillé, étudiant. Marraine Demoiselle Marie Marguerite Elizabeth Baillé. Maurice Vincent Baillé épousera Marie Anne Adélaïde Olin, née à Bélesta, fille de feu Antoine Olin († 4 avril 1785 à Mirepoix), marchand de bois, et de Jeanne Marie Rives ; veuve de François Charry, chirurgien renoueur, qu’elle a épousé en présence de Noble Malroc de Lafage 3Les familles Malroc et Olin sont liées. Catherine Malroc, sœur de Dominique Malroc, marchand, coseigneur de Lafage, a épousé le 28 novembre 1731 à Mirepoix Paul Rives, marchand, père de Jeanne Marie Rives, qui est, elle, l’épouse d’Antoine Jean Olin, marchand, et la mère de Marianne Adélaïde Olin., fils cadet, le 24 mai 1788 à Mirepoix et qui est mort à l’âge de vingt-cinq ans le 4 février 1791 à Rieucros; mère d’une petite Etiennette Charry. Il semble que les chemins de Maurice Vincent Baillé et de Marie Anne Adélaïde Olin, veuve Charry, se soient croisés le 28 vendémiaire an III (19 octobre 1794), jour de décadi où tous deux sont invités à signer le procès-verbal enregistré pour ivresse et tapage à l’encontre de Guillaume Sibra, dit Jean Dabail, et de ses amis chez l’aubergiste Charly Rouger 4Cf. Christine Belcikowski. Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française. Editions L’Harmattan. 2014.. Maurice Vincent Baillé et Marie Anne Adélaîde Olin se marient, à une date qu’on ne trouve pas dans le registre de Mirepoix, ni dans celui de Rieucros. Mais celui-ci comporte une lacune entre 1792 et l’an XI. Le couple aura deux enfants : Antoinette Thérèse Dorothée Baillé, née le 24 vendémiaire an VII (15 octobre 1798) et Norbert Hector Géraud Baillé, né le 25 nivôse an VIII (15 janvier 1800). Marie Anne Adélaïde Olin meurt le 15 nivôse an IX (5 janvier 1801). Antoinette Thérèse Dorothée Baillé sera plus tard religieuse, et Norbert Hector Géraud Baillé, notaire au Mas-d’Azil.

« Maître Géraud Baillé, avocat au parlement et notaire royal de la présente ville de Mirepoix, tient une maison et autres couverts avec une cour et un jardin à la rue Courlanel, contenant la maison et autres couverts, cent cannes, la cour, quinze cannes, et le jardin, cent vingt trois cannes sept huitiemes. Confronte d’auta, et partie d’aquilon, Demoiselle Germaine Lajoux, dudit auta lesdeux endroits, et partie du midy le sieur Rabinel Calzan, dudit midy la promenade autrefois, les escossieres de la ville, cers et midy François Laffont dit Cathery, dudit cers lesdeux, la droite et partie d’aquilon la communauté pour la Maison prèsbiterale. Et durestant d’aquilon dud. rue Courlanel. Estimé en tout deux cents livres des rentes, alivré six livres treize sols quatre deniers, cy… » 5Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Document 312EDT/CC5. Compoix de 1766. Tome 2. Folio 136. Plan 3. Nº 225. Orthographe originale.

Maître Géraud Baillé et sa nombreuse famille ont vécu dans la maison décrite ci-dessus, sise rue Courlanel, dans le quartier noble du vieux Mirepoix. Renommée plus tard rue des Pénitents bleus, puis rue Maréchal Clauzel dans la partie qui va de la porte d’Aval au cours Louis Pons-Tande, l’ancienne rue Courlanel court en 1766 jusqu’à la promenade du Jeu du Mail, traversant ainsi la ville entière d’ouest en est, à la façon d’un cardo. Rendue imposante par sa taille et sa façade sévère, l’ancienne maison Baillé subsiste aujourd’hui encore. Comme par le passé, elle jouxte la maison natale du Maréchal Clauzel et elle fait face à la tour de la Douairière, ancienne maison forte dans laquelle, au XVIIe siècle, Madame de Roquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis, seigneur de Mirepoix, régente des enfants de ce dernier, a entretenu une garnison. Sur la façade de cette maison forte subsiste un blason daté de 1607, frappé de l’orgueilleuse devise suivante : VERITAS ODIUM PARIT, la vérité engendre la haine.

Le 13 janvier 1772, Gabriel Clauzel, marchand fabricant drapier de Carcassonne, originaire de Lavelanet, fils du Sieur Jacques Clauzel, négociant, et de Demoiselle Françoise Verdier, habitants tous deux de Lavelanet, épouse à Mirepoix, au grand dam de sa famille, Demoiselle Blanche Castel, fille du Sieur Pierre Castel, négociant, et de Demoiselle Marie Lacoustine. Témoins : le Sieur Captier, praticien ; Maître Jean Gorguos, avocat, cousin de l’époux et de l’épouse ; le Sieur Jean Castel, frère de l’épouse. Le couple, qui a déjà une fille naturelle, Anne Clauzel, née en 1768 à Lavelanet, acquiert, rue Courlanel, l’ancienne maison presbytérale, voisine de la demeure de Maître Géraud Baillé. Il s’y installe et il y aura par la suite d’autres enfants. Les deux familles, Baillé et Clauzel, parents et enfants, nouent rapidement des liens d’amitié. Jeanne Marie Baillé a ainsi connu au temps de leur adolescence Bertrand Clauzel, né le 13 septembre 1772, et Jean Louis Joseph Clauzel, né le 5 avril 1777, les fils de Gabriel Clauzel et de Blanche Castel, ainsi que Anne Clauzel, dite Agnès, née le 17 octobre 1786, et Jeanne Henriette Clauzel, née le 24 juin 1789, sœurs puînées de ces derniers. Déjà propriétaire de la maison de la rue Courlanel par suite d’héritage familial, Géraud Baillé acquiert bientôt aux alentours de Mirepoix la métairie de Mativet 6Archives dép. de l’Ariège. Contributions de l’an VII. Métairies. Mativet., située au-dessus du village de Saint-Aulin, dans les collines qui surplombent la rive droite de l’Hers.

Une des filles de Géraud Baillé, Thérèse Dorothée, morte en bas-âge, repose depuis le 21 février 1757 dans la chapelle Sainte Catherine de la cathédrale de Mirepoix. Géraud Baillé l’y rejoint le 12 juin 1772. Dorothée Cairol, sa veuve, a cette année-là quarante-sept ans. Jeanne Marie Baillé, elle, a onze ans, trois soeurs et huit frères vivants. Jean Antoine Barthélémy, l’aîné des enfants de Géraud Baillé, reprend la charge de son père. Il épouse le 16 avril 1781 Marianne Rosalie Bauzil, fille d’un avocat, plusieurs fois consul de Mirepoix. François Géraud Baillé, devenu chanoine, jouit d’une prébende à Coutens, près de Mirepoix. Marie Marguerite Elizabeth Baillé épouse le 30 mai 1785 Antoine Etienne Jalabert, médecin, et quitte à son tour la maison familiale.

Jeanne Marie Baillé a en 1789 vingt-huit ans. Quatre de ses frères, Jean Antoine Barthélémy Baillé, Jean François Vincent Baillé, Maurice Vincent Baillé, Jean Antoine Norbert Baillé, s’engagent dans la Révolution, aux côtés de Gabriel Clauzel, bientôt maire de Mirepoix. Jean Antoine Barthélémy Baillé devient ainsi le notaire attitré et le procureur-syndic de la municipalité révolutionnaire, ainsi que le représentant de la commune à la Fédération des Pyrénées. Jean François Vincent Baillé, Maurice Vincent Baillé, Jean Antoine Norbert Baillé, comme Bertrand Clauzel et Jean Louis Joseph Clauzel, font partie des volontaires de l’an II. Ils sont rejoints dans leur engagement militaire par un certain François Melchior Soulié. Vincent Maurice Baillé, affligé d’une claudication, se consacre à des tâches d’administrateur civil, puis exerce la fonction de juge de paix. François Géraud Baillé, ex chanoine, meurt le 13 brumaire an V (3 novembre 1796) après avoir séjourné à la prison de Foix. Dorothée Cairol, veuve de Géraud Baillé, meurt âgée de soixante-huit ans le 23 janvier 1793 . Anne Thérèse Adélaïde Baillé, Agnès Pétronille Germaine Baillé et Jeanne Marie Baillé, d’après le rôle des contributions de l’an VII, restent copropriétaires de la maison paternelle. Elles ont alors respectivement quarante quatre ans, trente trois ans et trente deux ans. Pourquoi ne sont elles pas mariées ?

La dot fait défaut. Il ne reste rien de la fortune de Géraud Baillé, déjà partagée entre les enfants survivants. L’examen du rôle des contributions permet de vérifier ce que l’on suppose : les sœurs Baillé sont pauvres. A ce titre, même si, filles du très honorable Maître Géraud et copropriétaires d’une grande maison dans le Mirepoix de la notabilité, elles eussent dû pouvoir épouser dans leur condition, elles sont restées seules. On remarque toutefois que Marie Marguerite Elizabeth Baillé, née en 1753, deuxième venue dans la fratrie Baillé, s’est mariée en 1785, tandis que Anne Thérèse Adélaïde Baillé, née en 1749, aînée de la fratrie, demeurait célibataire. Anne Thérèse Adélaïde Baillé, Agnès Pétronille Germaine Baillé et Jeanne Marie Baillé, les trois sœurs restantes manquaient elles de beauté ? Faute de portraits, on ne sait pas.

En 1793, tandis que les hommes font la Révolution, les femmes rue Courlanel se retrouvent entre elles. Il y a les trois soeurs Baillé, et Blanche Castel, leur voisine, épouse de Gabriel Clauzel, mère de sept enfants, dont cinq survivants, dont, plus spécialement encore Jeanne Henriette, quatre ans alors, petite sœur préférée de Bertrand Clauzel, son frère aînée, épouse plus tard de Casimir Captier. Que font elles là, toutes ensemble ? Les fillettes jouent. Les femmes tiennent la maison, elles parlent, elles rêvent peut-être, et peut-être aussi s’ennuient-elles. Jean Antoine Norbert Baillé, Vincent Maurice Baillé, Maurice Vincent Baillé, Bertrand Clauzel, Jean Louis Joseph Clauzel, et François Melchior Soulié forment pendant ce temps une bande d’amis. Ils passent rue Courlanel quand leurs activités militaires le permettent. C’est ainsi sans doute que le chemin de François Melchior Soulié, vingt-trois ans alors, croise en 1793 celui des trois sœurs Baillé.

En 1797-1798, la vieille maison Baillé sort de son ensommeillement. On y fête successivement deux mariages. Vincent Maurice Baillé épouse Marianne Adélaïde Olin, veuve d’Etienne Charry, chirurgien, mère d’une petite Etiennette Charry. Le couple choisit de résider à Mirepoix, avec Etiennette, dans la vieille maison de la rue Courlanel. Celle-ci comprend désormais deux foyers, réunis sous le même n° 35 de la section A. François Melchior Soulié épouse le 27 janvier 1798 Jeanne Marie, la plus jeune des trois soeurs Baillé. Il a le jour de son mariage vingt-sept ans, et Jeanne Marie Baillé trente-six ans.

References   [ + ]

1. Barthélémy Baillé, docteur ès droits, juge royal de Dun, mourra le 18 décembre 1631, vraisemblablement de la peste. Un de ses fils, non nommé, meurt également de la peste le 29 avril 1632.
2. Marie Charles Dominique Baillé mourra âgé de 20 ans à peine, chasseur à cheval du 6e régiment, deuxième escadron, deuxième compagnie, matricule 1264, le 26 juillet 1807 à Trévise, Italie.
3. Les familles Malroc et Olin sont liées. Catherine Malroc, sœur de Dominique Malroc, marchand, coseigneur de Lafage, a épousé le 28 novembre 1731 à Mirepoix Paul Rives, marchand, père de Jeanne Marie Rives, qui est, elle, l’épouse d’Antoine Jean Olin, marchand, et la mère de Marianne Adélaïde Olin.
4. Cf. Christine Belcikowski. Les chemins de Jean d’Abail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française. Editions L’Harmattan. 2014.
5. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Document 312EDT/CC5. Compoix de 1766. Tome 2. Folio 136. Plan 3. Nº 225. Orthographe originale.
6. Archives dép. de l’Ariège. Contributions de l’an VII. Métairies. Mativet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *