La double ascendance de Frédéric Soulié. 1. Côté Soulié

L’ascendant le plus lointain de Frédéric Soulié auquel on puisse remonter du côté paternel, se nomme Jean Soulié. Le 24 juin 1668, il épouse Marguerite Cabanes. L’acte de mariage figure dans le registre protestant de la ville de Mazères. Le 22 juin 1682, Jean Soulié se trouve dit « nouveau converti » sur l’acte de baptême de sa fille Marie, acte enregistré dans le registre catholique correspondant. Jean Soulié et Marguerite Cabanes baptiseront à Mazères neuf enfants :

1. 15 avril 1669. Pierre Soulié. Parrain Pierre Soulié. Marraine Marie Gavarre. Pierre Soulié meurt le 20 février 1674.

2. 12 avril 1671. Jean Antoine Soulié. Parrain Jean Antoine Cabanes. Marraine Jeanne Merville. L’acte comporte la signature de Jean Soulié.

3. 13 mai 1674. Daniel Soulié. Parrain Daniel Soulié. Marraine Marie Cabanes.

4. 10 janvier 1677. François Soulié. Parrain François Cabanes. Marraine Marguerite Soulié.

5. 29 mars 1679. Pierre Soulié. Parrain Daniel Soulié. Marraine Jeanne de Soulié.

6. 11 février 1680. Izaac Soulié. Parrain Isaac Bessière. Marraine Jeanne de Soulié.

7. 22 juin 1682. Marie Soulié. Parrain le sieur François Vignes, premier consul. Marraine Marie Darré. Présents : les Sieurs Antoine Boy et Jacques Ventre. Jean Soulié, « nouveau converti », fait désormais « profession de la Sainte Foi ».

8. 2 mars 1685. Louis Soulié. Parrain le Sieur Louis Augery. Marraine Françoise Clavier. Présents : les Sieurs François Vignes et Dabeaux. † 16 juillet 1694.

9. 23 août 1689. Pierre Soulié. Parrain M. André Born, consul. Marraine Marguerite de Milhau. Présents : Noble Louis d’Augery, premier consul, et Paul Bancard.

Quel métier Jean Soulié exerçait-il ? Les registres paroissiaux ne l’indiquent pas. On sait seulement que Daniel Soulié, domicilié à Albi, frère probable dudit Jean Soulié, était maître passementier lorsqu’il décède de « mort subite » à Mazères, le 26 mai 1693. Maître artisan ou marchand, Jean Soulié semble avoir accédé à la notabilité après 1680, c’est-à-dire après la date de sa conversion, sachant qu’à partir de 1680 il n’est plus possible aux protestants d’être élus consuls de Mazères, et que le roi signera le 18 octobre 1685 la révocation de l’Edit de Nantes. Preuve de cet accès à la notabilité mazèrienne, les beaux parrainages dont bénéficient après 1680 les trois derniers enfants de Jean Soulié. En 1682, le sieur François Vignes, premier consul, est parrain de Marie Soulié ; en 1685, Noble Louis d’Augery [avocat en parlement ; consul en 1685-1686, 1688, 1690-1691], parrain de Louis Soulié ; en 1689, André Born, consul, parrain de Pierre Soulié. Jean Soulié, lui-même, est élu consul en 1687, 1690 et 1699.

En juin 1688, François Soulié, docteur en droit et avocat, probable autre frère de Jean Soulié, est nommé capitaine et baillif commun de la ville et du château de Mazères.

« Il prétend aussitôt à la première place dans la ville. Le Parlement de Toulouse, par un arrêt du 20 juillet 1689, lui accorde le droit de présider toutes les assemblées du conseil politique et de l’hôpital, les élections consulaires et la reddition des comptes ; il lui reconnaît aussi le droit de recevoir le serment des consuls (ou de le refuser), de précéder les consuls à l’église et dans toutes les cérémonies publiques. Le conseil politique ne peut se réunir sans son autorisation.

Cet arrêt soulève l’indignation unanime de tous les conseillers, qui réagissent avec colère. Le consul Arnaud Pascal va si loin que Soulié le fait comparaître en novembre 1689 devant le Parlement de Toulouse. Pour briser l’opposition croissante du conseil, Soulié fait même arrêter, en octobre 1690, le premier consul D’Augery et son collègue Mercier, qui restent trois mois en prison. L’abbé de Boulbonne et les consuls font aussitôt cause commune pour conserver leur rang et leurs privilèges. Il s’ensuit un long procès au Parlement de Toulouse qui s’achève par le jugement du 10 mars 1692. Le baillif de Mazères ne pourra recevoir le serment des consuls qu’en l’absence de l’abbé de Boulbonne et en présence du cellérier du monastère ; le Parlement confirme toutefois au baillif son droit de présider les réunions du conseil politique, de signer les baux et les commandes de travaux. Mais la création par le roi d’un office de maire héréditaire affaiblit les prétentions de Soulié, devenu très impopulaire à Mazères. Le conseil municipal se comporte comme dans le passé, sans tenir compte des droits reconnus au baillif par le Parlement. » 1Pierre Duffaut. Histoire de Mazères. Pages 338-339. Edition Mairie de Mazères. 1988.

Une Jeanne Soulié, qui abjure le 24 août 1700, pourrait être la sœur de Daniel Soulié. Le 12 juin 1701, Daniel Soulié, né protestant, fils de Jean Soulié « converti », choisit à son tour d’abjurer, afin sans doute de pouvoir épouser, le 5 août 1701, Marie Ardouïse, ou Ardoyn, ou d’Ardouyn, catholique, probable descendante de Jean Antoine Ardoyn, marchand pastellier nommé trésorier du conseil municipal en 1614.

« Le 12 juin 1701, jour de dimanche, au commencement de la messe, se sont présentés devant nous, soussignés curé et autres, Daniel Soulié, Jacques Dejan et Anne Bras nos paroissiens, lesquels, de leur propre mouvement et sans nulle contrainte, ont demandé d’être admis à faire profession publique de la religion C[atholique] A[postolique] et R[omaine]. Et dès aussitôt, ils ont fait ladite profession de foy, ont promis et juré, les mains mises sur les Saints Evangiles, de vouloir vivre et mourir dans la vraie église C.A.R., hors laquelle il n’y a point de Salut, en croyant et pratiquant tout ce que ladite église croit et enseigne, et d’en faire tous les exercices. Et, en cas de contravention, ils seront soumis aux peines portées par les déclarations du Roy contre les relaps… »

Daniel Soulié et Marie Ardouin baptiseront à Mazères deux enfants. Ni l’acte de mariage, ni les deux actes de baptême ne comportent la signature de Daniel Soulié.

1. 14 août 1702. Jean Pierre Soulié. Parrain Pierre Soulié. Marraine Jeanne Delpy [fille de Jean Delpy et d’autre Jeanne Soulié, probable cousine de Jean Soulié].

2. 4 janvier 1704. Magdeleine Soulié. Parrain François Cardayrou [fils d’un marchand]. Marraine Germaine Doumenc. « Ecoliers », aucun de ces derniers ne sait signer.

La signature de Jean Pierre Soulié apparaît dans les registres paroissiaux de Mazères le 20 mai 1717 pour la première fois. Nette et sobre au début, elle s’ornera un temps d’une sorte d’appogiature, caractéristique, à l’époque, des hommes qui aspirent à la notabilité ; puis elle s’assagira. Entre 1717 et 1725, Jean Pierre Soulié, tailleur d’habits, est signataire de cinq actes de baptême et de quatre actes de mariage. Tous intéressent des familles d’artisans — menuisier, fournier, boucher, etc. — ou encore des familles de marchands. Le 20 novembre 1625, Jean Pierre Soulié, maître tailleur d’habits, épouse en la personne de Magdeleine Vidal, une fille de Daniel Vidal, tisserand sergier, et d’Anne Bergé. Présents au mariage : Daniel Vidal, père de la mariée ; Jean Bares, boulanger ; Paul Rougalle ; Jean Marount, cordonnier. D. Vidal, Bares, Rougalle et Jean Pierre Soulié signent.

Présent le 30 avril 1726 au mariage du boucher Jean Amiel avec Jeanne Vidal, sœur de son épouse, Jean Pierre Soulié parrainera tous les enfants du couple. Lui seul signe chaque fois.

Jean Pierre Soulié et Magdeleine Vidal baptiseront à Mazères six enfants :

1. 1 janvier 1728. Jean Soulié. Parrain Jean Amiel. Marraine Marie Vidal.

2. 26 août 1731. Pierre Soulié. Parrain Jacques Bessière [fils d’Isaac Bessière, marié à Marguerite Soulié, probable sœur de Jean Soulié I], maître cordonnier, faisant pour Pierre Soulié [illisible] à Toulouse. Marraine Marie Soulié, de la paroisse Saint Etienne à Toulouse. Présents : Jean Pierre Soulié, père de l’enfant ; Jean Pierre Faure ; Gabriel Faure, clerc.

3. 24 janvier 1735. Jean Pierre Soulié II. Parrain le sieur Jean Amiel, de la paroisse de Calmont. Marraine Marie d’Ardouy [grand-mère de l’enfant]. Présents : Daniel Vidal [grand-père de l’enfant] et Georges Cazaux.

4. 7 juillet 1741. Paule Soulié, dite plus tard Pauline. Parrain le Sieur Jean Marion, hôte. Marraine Paule Garrillan. Présents : Jean et Pierre Soulié, frères de la baptisée. Restée célibataire, Pauline Soulié vouera sa vie au service de son frère Pierre, prêtre. Elle mourra le 18 mars 1807 à Mirepoix 2N° 143 du moulon 2 du compoix de 1766, ou n° 63 de la section C à partir de 1791, rue du Coin de Loubet, aujourd’hui rue Bayle., dans la maison qu’elle avait si longtemps partagée avec son frère prêtre.

5. 9 septembre 1745. Marianne Soulié. Parrain Maître Jean Baptiste Soulié, clerc tonsuré. Marraine Marianne Rouzaud. Présents : Maître Barthélémy Freignard, aussi clerc tonsuré, du diocèse de Saint-Papoul. Marianne Soulié épousera à une date qu’on ignore Jean Pierre Sabatier, féodiste. Le 14 avril 1781 à Mazères, elle mettra au monde une fille, nommée Abdon Anne Antoinette Sabatier.

6. 29 juillet 1748. Abdon Soulié. Parrain le Sieur Pierre Soulié, son frère, étudiant. Marraine Magdeleine Amiel. Présents : Maître Jean Soulié, clerc tonsuré, et Maître Gabriel Chaubet, aussi clerc tonsuré . Le 25 novembre 1783, Abdon Soulié, devenu maître boulanger, épousera à Belpech Jeanne Rouquet, fille de Paul Rouquet, maître boulanger. Le couple aura deux fils : Noël Etienne Jean Soulié, né le 26 décembre 1787, et Pierre Auguste Prosper Soulié, né le 11 septembre 1790. Abdon Soulié mourra à Belpech le 8 août 1815.

La lecture des registres paroissiaux du temps montre que, vraisemblablement très pieux, Jean Pierre Soulié et Magdeleine Vidal, son épouse, s’investissent toujours davantage au cours de leur vie dans la pastorale des baptêmes, mariages et sépultures, en particulier dans ceux des humbles. Jean Pierre Soulié profite sans doute de cet investissement charitable pour compenser le déficit de popularité consécutif au malheureux bailliage de François Soulié, puisqu’il est consul en 1740, 1753, 1763, puis échevin en 1769.

La poursuite de ladite saga se laisse au demeurant augurer, au regard des commencements qu’on en connaît, dans la distribution familiale des prénoms. Daniel Soulié II, semblablement à Daniel I, son oncle probable — le maître passementier d’Albi —, se trouve doté d’un prénom à consonance protestante. Après l’abjuration de 1701, il prénomme son fils Jean Pierre. Jean Pierre Soulié prénomme ensuite ses fils Jean (1727) ; Pierre (1731) ; Jean Pierre II (1735). Mais quelque chose des abjurations de 1680 et de 1701 travaille, semble-t-il, cette généalogie des prénoms ; quelque chose qui se manifeste par la rémanence des prénoms à consonance protestante ; quelque chose qui entraîne une sorte de déviation de la ligne protestante anciennement assignée à Daniel Soulié I ; quelque chose qui relève peut-être de l’injonction contradictoire, voire d’un retour familial du refoulé.

Le même Jean Pierre Soulié I prénomme son dernier fils Abdon (1748). On verra plus loin que Jean Pierre Soulié II nomme son premier fils François Melchior (1770) ; son deuxième fils Jacques (1782) ; son troisième fils Jean Pierre Melchior (1784-†1786) ; et son dernier fils, comme faisant effort pour retourner à la droite ligne catholique, Baptiste Pierre Paulin (1787). François Melchior Soulié prénommera son fils Melchior Frédéric (1800), plus connu du public sous le nom de Frédéric Soulié. Le prénom Melchior courra finalement jusqu’à Louis François Melchior Gorguos (1823) et Louis Marie Melchior Casimir Gorguos (1831), fils tous deux d’Antoinette Françoise Fanny Soulié, épouse de Jean Baptiste Louis Gorguos, sœur de Frédéric Soulié, resté sans descendance.

De cette singularité prénonymique qui passemente l’histoire de la famille Soulié depuis le temps du maître passementier Daniel Soulié I, on observe qu’elle s’entretient, après les abjurations de 1680 et de 1701, sur le mode obscur du fatum.

Le fatum tire ici son efficience du reliquat de mémoire protestante qui se réserve, de façon rendue de plus en plus subtile par l’effet du temps qui passe, dans ladite passementerie des prénoms. Même conjurée, puis peu à peu oubliée par ceux-là mêmes sur qui elle s’exerce, cette efficience se manifeste dans la chaîne de raisons qui fait de Jean Pierre Soulié I, petit-neveu de Daniel Soulié I, maître passementier, un maître tailleur, puis de Melchior Frédéric Soulié, petit-fils du maître tailleur, un maître écrivain, – figure à la fois autre et même de ces maîtrises initiales. On ne s’étonnera pas ensuite de trouver l’œuvre de Frédéric Soulié placée toute entière sous le signe du fatum, par là dédiée au dire de ce genre de secret qui vous hante, sans même que vous sachiez seulement de quelle sorte de secret il s’agit. Il faut attendre la naissance de Louis François Melchior Gorguos et de Louis Marie Melchior Casimir Gorguos, issus tous deux du mariage d’Antoinette Françoise Fanny Soulié avec Jean Baptiste Gorgos, d’où nés sous l’auspice d’un nouveau patronyme, pour que s’épuise enfin la lointaine efficience du fatum ancestral.

Jean Soulié, frère aîné de Jean Pierre Soulié II, est clerc tonsuré durant sa jeunesse. Renonçant ensuite à la tonsure, « Maître Jean Soulié étudiant, fils du Sieur Jean Pierre Soulié, consul de la ville de Mazères, et de Demoiselle Magdeleine Vidal » épouse le 30 octobre 1753 à Mirepoix Demoiselle Thérèse Barrau, fille du Sieur François Barrau, chirurgien, et de Demoiselle Catherine Bonaure. Signataires et témoins : Jean Soulié, époux ; Thérèse Barrau épouse ; M. Pierre Barrau, père de la nouvelle mariée ; M. Etienne de Rouvairollis de Rigaud ; le Sieur André Fourtanier ; et Louis Clève.

La saga Soulié continue à Mirepoix. Jean Soulié et Thérèse Barrau, qui tiennent maison sous le Grand Couvert 3n° 81 du moulon 3 du compoix de 1766, ou n° 89 de la section A à partir de 1791., baptiseront dans cette ville cinq enfants :

1. 24 mars 1755. Pierre Gabriel Soulié. Parrain le sieur Pierre Barrau, maître perruquier. Marraine demoiselle Catherine Bonaure. Emancipé le 10 septembre 1785. Le 8 octobre 1789, alors procureur au sénéchal et présidial de Limoux, il épouse à Limoux Mademoiselle Jeanne Vidal, fille du Sieur Pierre Vidal, négociant, et de Demoiselle Marguerite Loubat. Présents : M. Pierre Vidal, père de l’épouse ; le Sieur Antoine Fond, bourgeois, procureur fondé de M. Jean Soulié, père de l’époux ; le Sieur Antoine Buges, directeur de la Poste aux lettres ; M. Pierre Rieutort, notaire royal. Le couple aura quatre enfants : Thérèse Marguerite Soulié, née le 2 avril 1790 ; Pierre Jean Magdeleine Soulié, né le 29 août 1691 ; Magdeleine Françoise Maurice Soulié, née le 24 septembre 1792 ; André Jean François Soulié, né le 10 frimaire an II (30 novembre 1793). Pierre Gabriel Soulié est en l’an II secrétaire de l’administration du district. Il demeure alors rue de la Trinité, dans la section du Palais. Son fils dernier-né a pour témoins de naissance le citoyen Théodore Revel, président du directoire du district, et Jean Baptiste Bervieu, procureur syndic dudit directoire. Plus tard avoué, Pierre Gabriel Soulié mourra le 26 mars 1817 en la maison du Sieur Guitard aîné, rue de la Toulzane, section de la Justice. Pierre Jean Magdeleine Soulié sera plus tard avoué lui aussi.

2.13 septembre 1756. Magdeleine Soulié. Parrain Pierre Soulié « acolyte » 4Cf. Dictionnaire de la liturgie : « La fonction de l’acolyte est d’accompagner le prêtre et le diacre, pour leur rendre tous les services possibles, en vue desquels il est institué ; il s’agit essentiellement du service de l’autel. L’acolyte est ministre extraordinaire de la distribution de la sainte communion, quand les prêtres et les diacres ne suffisent pas pour cet office ou sont empêchés. Il revient à l’évêque — ou, pour les religieux, au supérieur majeur — d’instituer quelqu’un à ce ministère ; ceux qui se préparent au sacrement de l’ordre doivent être institués acolytes et lecteurs., oncle de la baptisée. Marraine Madeleine Barrau. Présent François Bonaure. Après avoir mis au monde le 19 avril 1789 Jean François Gabriel, un enfant illégitime qu’elle abandonne, Magdeleine Soulié disparaît de Mirepoix, puis de Limoux, où, le 29 août 1691, elle est marraine de Pierre Jean Magdeleine Soulié, puis le 26 septembre 1792, marraine de la petite Magdeleine Soulié II, enfants tous deux de Pierre Gabriel Soulié de Jeanne Vidal, son frère aîné et sa belle-sœur. Dernière trace connue de l’existence de Magdeleine Soulié.

3. 8 novembre 1758. Barthélémie Thérèse Marguerite Soulié. Parrain Jean Baptiste Denat. Marraine Demoiselle Barthélémie Bonaure. Barthélémie Thérèse Marguerite Soulié mourra le 19 mai 1770, à l’âge de 12 ans.

4. 6 octobre 1761. François Bruno Melchior Soulié. Parrain François Bonaure, sous-diacre. Marraine Demoiselle Marguerite Cairol. François Bruno Melchior Soulié mourra déserteur le 8 germinal an VIII (29 mars 1800) à l’hôpital d’Aix-en-Provence. Il faut attendre le 23 messidor an VIII (12 juillet 1800) pour que la municipalité de Mirepoix et le père du malheureux jeune homme en soient avertis par courrier.

5. 25 janvier 1764. Catherine Véronique Thècle Soulié. Parrain Pierre Soulié, prêtre, oncle de la baptisée. Marraine Magdeleine Barrau, tante de la baptisée. Véronique Soulié mourra le 2 novembre 1783, à l’âge de 18 ans.

Après son mariage, Jean Soulié est à Mirepoix d’abord maître des pensions et maître de latinité, puis régent du collège, puis avocat, puis « avocat et professeur de Belles-Lettres ». Conseiller municipal en 1785-1786, Jean Soulié est élu procureur-syndic de la commune le 31 janvier 1790. Le 28 août 1792, juge de paix délégué par le district pour l’opération de recrutement, il se trouve affronté aux troubles qui éclatent dans Mirepoix les 28, 29 et 30 août 1792. En 1793, il est nommé juge président au tribunal criminel sis à Foix ; puis, le 3 vendémiaire an VI, juge président du tribunal civil, également sis à Foix. Il meurt à Foix le 24 pluviôse an X (13 février 1802).

Deuils et chagrins, dans le même temps, ont affligé l’existence de Jean Soulié. En 1789, Jean Soulié a déjà perdu son épouse et deux de ses filles. Magdeleine Soulié, sa seule fille survivante, accouche le 19 avril 1789 d’un enfant qu’elle dit être du Sieur Louis Antoine Mercadier, clerc tonsuré, prébendier du Chapitre, qui a pris la fuite. L’histoire fait scandale à Mirepoix. Un peu plus tard, Magdeleine Soulié quitte Mirepoix et disparaît. Jean Soulié ne la reverra plus, non plus qu’il ne reverra François Bruno Melchior Soulié, son second fils, requis par la conscription avant 1799, mort déserteur en mars 1800 à l’hôpital d’Aix-en-Provence. Le 19 juillet 1830 à Estavar, dans les Pyrénées-Orientales, l’acte de mariage de Jean François Gabriel Mercadier, préposé aux Douanes royales à Fontpédrouse, né à Mirepoix le 19 avril 1789 dans la maison de Jean Soulié sous le Grand Couvert, fils naturel de Magdeleine Soulié et fils putatif de Louis Antoine Mercadier, clerc tonsuré et prébendier du Chapitre, indique que « l’habitation ou l’existence de Demoiselle Magdeleine Soulié, mère dudit Jean François Gabriel Mercadier, demeure inconnue ». Requis de signer son acte de mariage, Jean François Gabriel Mercadier déclare « ne pouvoir signer que Jean ».

Pierre Soulié, autre frère aîné de Jean Pierre Soulié II, s’est engagé de bonne heure dans la prêtrise. Il exerce d’abord son ministère à Lavelanet, mais signe dès 1757 un premier acte à Mirepoix. Titulaire ensuite d’une prébende à Mirepoix, il devient alors vicaire de la cathédrale Saint Maurice. Pauline Soulié, sa sœur, l’accompagne. Elle lui servira de gouvernante. Pierre Soulié exerce également jusqu’à la Révolution la fonction de maître de latinité chez les Frères de la doctrine chrétienne, en association avec son frère Jean Soulié. Dans les premiers mois de l’année 1792, il prête serment à la Constitution civile du clergé. Le dimanche 24 vendémiaire an VI (15 octobre 1797), jour de réintégration du culte à la cathédrale, invité par la commune à célébrer la messe en alternance avec Sébastien Arnaud, prêtre insermenté, il fera l’objet des huées de la bande à Dabail, ainsi que d’une foule de femmes et d’enfants rameutés à cette occasion. Il mourra le 5 octobre 1809 à Tourtrol, près de Mirepoix, siège de son dernier ministère.

Le 14 août 1769, Jean Pierre Soulié II, frère cadet de Jean et de Pierre Soulié, épouse à Lavelanet Françoise Fonquernie, fille de François Fonquernie, avocat, et de demoiselle Jeanne Clauzel. Le mariage est célébré par Pierre Soulié, « prêtre vicaire », frère du marié. Le nouveau couple s’installe à Lavelanet. La saga Soulié se transporte dans une autre ville encore.

A Lavelanet, Jean Pierre Soulié II et Françoise Fonquernie († 2 juillet 1826) baptiseront six enfants :

1. 29 mai 1770. François Melchior Soulié. Parrain le Sieur François Fonquernie, aïeul maternel du baptisé, bourgeois de Lavelanet. Marraine Demoiselle Pauline Soulié, tante paternelle du baptisé.

2. 2 juin 1774. Marie Sophie Soulié. Parrain et marraine indéchiffrables. Restée célibataire, sans profession, elle mourra à l’âge de 82 ans, le 4 octobre 1856 à Lavelanet.

3. 12 février 1779. Jeanne Gabrielle Soulié. Parrain Maître Gabriel Fonquernie, notaire royal. Marraine Demoiselle Jeanne Clauzel, grand-mère maternelle de la baptisée . Jeanne Gabrielle Soulié épousera le 11 décembre 1812 à Lavelanet Jean Baptiste Baille, tanneur, originaire de Gudas-et-Malléon. Parmi les témoins : Jacques Soulié, son frère, alors cafetier.

4. 11 mars 1782. Jacques Soulié († 8 mai 1824). Parrain le Sieur Jacques Clauzel. Marraine Demoiselle Catherine Soula. Jacques Soulié, alors marchand, épousera le 14 prairial an XIII (3 juin 1805) à Lavelanet Marie Claire Fouet, fille du Sieur Joseph Fouet, pareur de draps, et de Demoiselle Catherine Caulet. Le couple aura cinq enfants : Joseph Frédéric Soulié, né le 6 mars 1806 († 15 mai 1819) ; Luc Norbert Soulié, né le 17 juin 1807 († 26 mars 1824) ; Augustin Salvador Soulié, né le 30 novembre 1810 ; Joseph Léonard et Luc Théodore Soulié, nés le 5 novembre 1816. Le 21 novembre 1836, Augustin Salvador Soulié épouse Marguerite Virginie Darnaud. Le couple aura deux enfants : Gustave Adolphe Soulié, né le 18 juillet 1839, tué le 1er septembre 1870 à la bataille de Sedan, et Zelia Baptistine Clara Soulié, née le 5 avril 1841. Le 5 février 1851, Joseph Léonard Soulié, filatier, épouse Jeanne Marie Françoise Eugénie Février.

5. 1784. Jean Pierre Melchior Soulié. Parrain et marraine : Maître François [Melchior] Soulié, clerc tonsuré, et Demoiselle Sophie Soulié, ses frère et sœur. L’enfant mourra le 22 juin 1786.

6. 11 janvier 1787. Baptiste Pierre Paulin Soulié. Parrain Maître Jean Baptiste Pascal Fidency, prêtre et vicaire de la paroisse. Marraine Sophie Soulié, sœur du baptisé. Le sort de Baptiste Pierre Paulin Soulié demeure inconnu.

A Lavelanet, après avoir exercé brièvement le métier de « maître d’école », Jean Pierre Soulié II est « agent d’affaires » et avocat aux ordinaires de la ville. Il vit et travaille rue de la Place, au centre de la ville, au bord du Touyre, qui n’a pas encore été recouvert. En 1798, sur l’acte de mariage de François Melchior Soulié, son fils aîné, il est dit « laboureur », entendez propriétaire foncier. Il mourra à Lavelanet, rue de la Place, le 12 ventôse an XI (3 mars 1803). Laissés dans la gêne, Françoise Fonquernie, sa veuve, et Jacques Soulié, son fils, toujours rue de la Place, exerceront respectivement le métier de marchande et celui de cafetier.

Doté par son père d’une première instruction, plus tard confié à l’enseignement des prêtres, nanti en 1784 du statut de clerc tonsuré, François Melchior Soulié, à la veille de la Révolution, enseigne la philosophie à Toulouse chez les Frères. En 1791, il se trouve à Mirepoix, chez Jean Soulié ou chez Pierre Soulié, ses oncles. Jean Soulié est alors procureur-syndic de la commune. Pierre Soulié vient de prêter serment à la constitution civile du clergé. C’est là que, soulevé par les idées révolutionnaires et tenté par la carrière des armes, François Melchior Soulié s’engage au côté des frères Baillé et des frères Clauzel dans un bataillon de volontaires nationaux.

Le 12 prairial an II (31 mai 1794), lors d’un passage à Mirepoix, il demande aux autorités municipales un certificat de civisme. Nous disposons ainsi de son signalement, qui fera pour nous office de portrait :

« Nous soussignés maire officiers municipaux & membres du conseil général de la commune de Mirepoix, réunis en conseil général de la commune dans la grande salle de la maison commune de Mirepoix à l’effet de délibérer si c’est le cas d’accorder un certificat de civisme aux citoyens Jean François Vincent Baillé capitaine au 4e Bataillon de l’Ariège, Norbert Baillé adjudant général à l’armée d’Italie, Melchior Soulié adjoint à l’état-major de la même armée, Maurice Vincent Baillé secrétaire général du district de Mirepoix tous de la présente commune, après nous être assuré que les noms des dits Jean François Vincent Baillé, Norbert Baillé, Melchior Soulié, Maurice Vincent Baillé ont demeuré affichés sur la porte de la maison commune de Mirepoix pendant trois jours consécutifs sans qu’il nous soit parvenu aucune réclamation & [barré] après avoir mis la matière en discussion & entendu l’agent national…

Le conseil Général a unanimement délibéré d’accorder un certificat de civisme

1. Au citoyen Jean François Vincent Baillé, âgé de…, de la taille de … cheveux et sourcils …, bouche moyenne, menton mo…, les yeux …, nez …, front grand, visage ovale.

2. Au citoyen Norbert Baillé, âgé de trente ans, de la taille de cinq pieds quatre pouces (1m 73 environ), cheveux et sourcils châtains, bouche grande, nez moyen, menton rond, front moyen, visage ovale.

3. Au citoyen Melchior Soulié, âgé de 30 ans, de la taille de cinq pieds trois pouces (1m 69 environ), cheveux et sourcils noirs, les yeux noirs, bouche grande, nez relevé, menton aplati, front grand, visage ovale.

4. Au citoyen Maurice Vincent Baillé, âgé de vingt-six ans, taille de cinq pieds deux pouces (1m 68 environ), boiteux, cheveux et sourcils châtains, bouche grande, les yeux châtains, nez moyen, front moyen, menton carré, visage ovale.

En conséquence, nous certifions à qui il appartiendra que les dénommés de l’autre part ont donné depuis le commencement de la révolution et tout le temps qu’ils ont resté dans notre commune des marques du civisme le plus pur et le plus grand attachement à la révolution ; en témoignage de quoi nous avons délivré le présent certificat de civisme. »

« Agé de 30 ans, de la taille de cinq pieds trois pouces [1m 69 environ], cheveux et sourcils noirs, les yeux noirs, bouche grande, nez relevé, menton aplati, front grand, visage ovale. »

Ce signalement le vieillit. François Melchior Soulié est né le 29 mai 1770. Il a donc en 1794 vingt quatre ans seulement. Est ce lui qui, pour se donner de l’importance, a gonflé son âge ? Auquel cas, on l’a cru. Il fait probablement plus vieux que son âge. Ce n’est pas non plus un Adonis. Outre qu’il n’est pas très grand, il a le nez relevé, le menton aplati. De face, avec son poil noir, sa bouche grande, un air d’ogre. Le grand front le sauve peut être. Mais confère-t-il à cette physionomie un caractère aimable ?

Adjoint à l’état-major de l’armée d’Italie, François Melchior Soulié s’y fait remarquer pour ses qualités d’administrateur. Bientôt arrivé au grade d’adjudant général, il doit renoncer à la carrière militaire, pour des raisons de santé qu’on ne sait pas. Il entre alors dans l’administration des finances et devient en 1797, à Foix, directeur des contributions directes pour le département de l’Ariège.

Le 24 brumaire an VI (14 novembre 1797), chez Maître Jean Antoine Barthélémy Baillé, il achète à Voluzien Rives et Charles Guillaune Rives 5Voluzien Rives (?-1801), officier de santé médecin, et Charles Guillaume Rives (1773-1841) son fils, cultivateur, domiciliés dans leur domaine de Chevalier, près de Mirepoix, sont en 1797 des propriétaires importants. Les biens de Voluzien Rives lui viennent principalement de Paul Rives, son père, négociant, qui a épousé en 1731 Catherine Malroc, fille de Jean Malroc (1668-1702), marchand de fer, et qui est devenu ainsi le beau-frère de Dominique Malroc, également marchand de fer, par ailleurs coseigneur de Lafage. « une pièce de terre en auzerda 6Auzerda, occitan : luzerne. ou sainfoin, située dans la promenade publique » 7Archives départementales de l’Ariège. Minutes de Me Jean Antoine Barthélémy Baillé à Mirepoix. Cote : 5E2674. de Mirepoix, à l’angle des actuels cours du Docteur Chabaud et cours du Maréchal de Mirepoix, soit à faible distance de l’ancienne maison de la famille Baillé, et aussi de la maison qui est aujourd’hui encore de la famille Clauzel, jadis très amie de la famille Baillé, maisons dont les jardins donnent eux-mêmes sur le cours du Docteur Chabaud. Il semble bien qu’en novembre 1797, Francois Melchior Soulié achète cette pièce de terre, située à proximité de la maison familiale de la jeune femme qu’il songe à épouser, afin d’y faire bâtir par la suite une maison qui abritera leur nouveau foyer.

Au début de l’an VII, sous le nom de Melchior Soulié, il fait publier à Foix, chez Pomiès l’aîné, imprimeur du département de l’Ariège, le texte d’une pièce de théâtre intitulée L’Officier français à Milan. Celle-ci fait grand bruit dans le silence feutré de Mirepoix.

Né le 1er février 1816 à Saint-Girons, ordonné prêtre en 1840, professeur au petit séminaire de Pamiers, puis vicaire de La Madeleine à Paris (1867), puis curé de Saint-Eugène à Paris de 1870 à 1897 et chanoine honoraire à partir de 1890, Henri Louis Duclos évoque dans son Histoire des Ariégeois 8Henri Louis Duclos, Histoire des Ariégeois, tome II : « De l’esprit et de la force morale dans l’Ariège et dans les Pyrénées centrales », p. 190 sqq., Librairie Académique Didier Perrin, Paris, 1886. la figure pour lui inquiétante de François Melchior Soulié écrivain.

« Voici, dit-il, un Ariégeois qui fit, l’an VII de la République française, une comédie imprimée à Foix, intitulée L’Officier français à Milan, en cinq actes et en prose. Cet auteur est [François] Melchior Soulié, de Mirepoix, ex-capitaine à l’état-major de l’armée d’Italie.

S’il ne fallait juger sa composition que du seul côté de l’art, il est incontestable que L’Officier français est une bonne imitation de Molière. Le style est bon, sans langueurs, l’intrigue est bien nouée, bien conduite. Mais nous cesserions d’approuver si l’on nous interrogeait sur le côté de l’utilité et de la morale ; car difficilement l’œuvre de l’écrivain de Mirepoix pourrait donner quelque profit à la postérité. »

L’action se passe en Italie, pendant l’occupation française. L’officier français Florval loge chez une famille milanaise. Epris d’Eléonore, la jeune fille de la maison, il aspire à la main de cette dernière. Mais prévenue contre la légèreté des Français par le père Sévérino, confesseur de la jeune fille, la mère entend marier plutôt sa fille au sieur Géronioni, un riche barbon. Le père Severino, qui est aussi le confesseur de la jeune fille, se propose de « faire consentir » cette dernière au mariage avec le barbon :

« Faisons consentir votre fille, ne négligeons rien pour cela ; mettons tout en usage ; employons même l’autorité, s’il est nécessaire ; oui, faisons-la consentir de quelque manière et de quelque prix que ce soit ; quand il s’agit de sauver une âme, tous les moyens ne nous sont-ils pas permis ? Tels sont les ordres de Dieu, Madame… »

Le père Sévérino est, au vrai, un tartuffe qui profitera d’un moment d’entretien en tête à tête avec la jeune fille pour tenter d’attenter à la vertu de cette dernière. Il devra in fine avouer la noirceur de son plan :

« Si je m’efforçais de vous détourner de votre amour pour Florval, si je vous pressais de prendre Géronioni pour époux, c’était dans le dessein de devenir moi-même votre amant. »

« On sentira dans cette comédie », observe l’abbé Duclos en 1886, « l’esprit dont le dix-huitième siècle fut animé, à l’égard des affaires ecclésiastiques. Melchior Soulié a donné au père Severino un rôle odieux qui révolte. Ce moine a toutes les hypocrisies, toutes les fourberies, il a des procédés infâmes !

Disons-le ; beaucoup d’Ariégeois regrettent qu’un de leurs concitoyens ait dépensé un vrai talent à mettre beaucoup de fiel dans une pièce, sous prétexte d’abus. Combien l’on doit y regarder à deux fois, avant de généraliser contre une classe entière de la société !

On répondra que cette pièce, née sous la République de 1793, devait se ressentir de tous les préjugés et des dispositions peu favorables qu’on avait à cette époque envers le clergé. Cette atténuation ne répond pas à tout ; car cela ôte à un ouvrage littéraire le caractère de pérennité et d’utilité permanente qu’il eût pu revêtir. »

« Nous ignorons », remarque l’abbé Duclos, « si Melchior Soulié produisit d’autres pièces 9[François] Melchior Soulié n’a produit ensuite que Quelques vers sérieux, recueil de pièces versifiées publié chez l’imprimeur E.-B. Delanchyen à Paris, en 1840.. Mais pour son Officier français, il serait impossible à une classe nombreuse de personnes d’en supporter la lecture sans impatience ni révolte. On y rencontre des maximes injustes, des accusations outrées, des déclamations contre des abus qu’il était de mode d’exagérer. On y reconnaît trop le milieu d’idées et de sentiments dans lequel Melchior Soulié a vécu […]. »

« Il faut croire », observe encore l’abbé Duclos, « qu’une circonstance accidentelle mit la plume à la main de l’auteur dramatique de Mirepoix, et il est vraisemblable que les mœurs italiennes, les institutions de l’Italie, ne plaisaient pas plus à Melchior Soulié que les moines eux-mêmes. […]. Car pourquoi choisir précisément un tel sujet ? N’était-ce pas une pièce de combat ? Il y avait tant d’autres sujets à traiter… »

« Pourquoi choisir précisément un tel sujet ? il y avait tant d’autres sujets à traiter », s’offusque l’abbé Duclos à propos de la pièce de [François] Melchior Soulié. Et l’abbé d’attribuer un tel choix, primo à l’anticléricalisme de la république de 1793, dont [François] Melchior Soulié par la suite se réclamera toujours ; secundo à la répulsion inspirée au même [François] Melchior Soulié, ex-capitaine de l’armée d’Italie, par « les mœurs et les institutions » d’un pays soumis encore, disait-il, à la tyrannie de l’Eglise et des prêtres.

Entrevoyant toutefois qu’il y peut-être quelque autre raison au choix que fait [François] Melchior Soulié de brocher une comédie sur un thème violemment anticlérical, l’abbé Duclos témoigne finalement d’une obscure perplexité : « Il faut croire qu’une circonstance accidentelle mit la plume à la main de l’auteur dramatique de Mirepoix ».

Le bon abbé Duclos ne croyait pas si bien dire. Il y a eu en effet une « circonstance accidentelle qui a mis la plume à la main de l’auteur dramatique de Mirepoix ». Et ladite « circonstance accidentelle », c’est, le 19 avril 1789 à Mirepoix, la naissance du petit Jean François Gabriel, fils des œuvres de Magdeleine Soulié et de Louis Antoine Mercadier, clerc tonsuré, prébendier du Chapitre de la cathédrale. Le scandale, en 1789, est si grand que l’enfant fait l’objet d’un placement rapide, et que, forcé de renoncer à sa prébende, Louis Antoine Mercadier doit quitter Mirepoix pour entamer ailleurs une autre vie, une autre carrière 10Louis Antoine Mercadier migre à Pamiers. Il y exerce la fonction de vérificateur des poids et mesures. Il demeure, avec Catherine Séguéla, son épouse, rue du Pont-Neuf. Il y meurt le 22 août 1827.. Restée seule à Mirepoix, Magdeleine Soulié, circa 1802, disparaît si complètement que, malgré les recherches entreprises par les autorités, personne ne la retrouvera jamais. « L’habitation ou l’existence de Magdeleine Soulié demeure inconnue », indique l’acte de notoriété dressé et enregistré le 14 janvier 1824 par Monsieur le Juge de Paix de Mirepoix (Ariège), puis retranscrit en 1830, à Estavar, sur l’acte de mariage de Jean François Gabriel Mercadier.

A la source de L’Officier français à Milan, il y d’abord et avant tout le souvenir du scandale, ou plutôt du désastre qui, en 1789, a frappé la famille Soulié de Mirepoix.

Il ne semble pas qu’avant cette date François Melchior Soulié ait nourri des sentiments anticléricaux. Semblablement à Jean Soulié et à Pierre Soulié, ses frères aînés4, [François] Melchior Soulié a été, lui-même, clerc tonsuré. Pierre Soulié est devenu prêtre. Il exerce à partir de 1769 la fonction de prêtre prébendier, puis de prêtre prébendier et vicaire, à la cathédrale de Mirepoix. Il est également maître de latinité chez les Frères de la doctrine chrétienne, en association avec son frère Jean Soulié, devenu avocat dans le même temps. Au printemps de 1792, le même Pierre Soulié prêtera serment à la Constitution civile du clergé. [François] Melchior Soulié, quant à lui, enseigne avant 1789 la philosophie à Toulouse, dans une institution similaire à celle qui emploie ses frères à Mirepoix. Rien n’indique alors qu’il « bouffera » bientôt « du curé ». Certes la Révolution y aidera. Mais il faut la subornation de Magdeleine Soulié, sa nièce, et la « dent » qu’il conserve à l’encontre du suborneur de cette dernière, pour que [François] Melchior Soulié verse ensuite dans la haine des prêtres et assimilés, au point de soupçonner en chacun d’eux, excepté Pierre Soulié, son frère, les emportements du moine lubrique. Bref, via la publication de L’Officier français de Milan, [François] Melchior Soulié règle son compte à Louis Antoine Mercadier, figuré sous le nom de père Sévérino, de façon reconnaissable à Mirepoix, dans le rôle du moine lubrique.

Suite à quoi, le 8 Pluviôse an VI (samedi 27 janvier 1798), François Melchior Soulié, fils de Jean Pierre II Soulié, maître tailleur, consul de Mazères, et de Magdeleine Vidal, épouse à Mirepoix Jeanne Marie Baillé, fille de Géraud Baillé, notaire royal, et de Dorothée Cairol…

References   [ + ]

1. Pierre Duffaut. Histoire de Mazères. Pages 338-339. Edition Mairie de Mazères. 1988.
2. N° 143 du moulon 2 du compoix de 1766, ou n° 63 de la section C à partir de 1791, rue du Coin de Loubet, aujourd’hui rue Bayle.
3. n° 81 du moulon 3 du compoix de 1766, ou n° 89 de la section A à partir de 1791.
4. Cf. Dictionnaire de la liturgie : « La fonction de l’acolyte est d’accompagner le prêtre et le diacre, pour leur rendre tous les services possibles, en vue desquels il est institué ; il s’agit essentiellement du service de l’autel. L’acolyte est ministre extraordinaire de la distribution de la sainte communion, quand les prêtres et les diacres ne suffisent pas pour cet office ou sont empêchés. Il revient à l’évêque — ou, pour les religieux, au supérieur majeur — d’instituer quelqu’un à ce ministère ; ceux qui se préparent au sacrement de l’ordre doivent être institués acolytes et lecteurs.
5. Voluzien Rives (?-1801), officier de santé médecin, et Charles Guillaume Rives (1773-1841) son fils, cultivateur, domiciliés dans leur domaine de Chevalier, près de Mirepoix, sont en 1797 des propriétaires importants. Les biens de Voluzien Rives lui viennent principalement de Paul Rives, son père, négociant, qui a épousé en 1731 Catherine Malroc, fille de Jean Malroc (1668-1702), marchand de fer, et qui est devenu ainsi le beau-frère de Dominique Malroc, également marchand de fer, par ailleurs coseigneur de Lafage.
6. Auzerda, occitan : luzerne.
7. Archives départementales de l’Ariège. Minutes de Me Jean Antoine Barthélémy Baillé à Mirepoix. Cote : 5E2674.
8. Henri Louis Duclos, Histoire des Ariégeois, tome II : « De l’esprit et de la force morale dans l’Ariège et dans les Pyrénées centrales », p. 190 sqq., Librairie Académique Didier Perrin, Paris, 1886.
9. [François] Melchior Soulié n’a produit ensuite que Quelques vers sérieux, recueil de pièces versifiées publié chez l’imprimeur E.-B. Delanchyen à Paris, en 1840.
10. Louis Antoine Mercadier migre à Pamiers. Il y exerce la fonction de vérificateur des poids et mesures. Il demeure, avec Catherine Séguéla, son épouse, rue du Pont-Neuf. Il y meurt le 22 août 1827.

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