À Paris, au XVIIIe siècle, difficile réception de l’œuvre de Gabriel Mailhol, dramaturge et romancier audois

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8 avril 1725. Baptême de Gabriel Mailhol. Archives dép. de l’Aude. Carcassonne. Paroisse Saint Vincent (1725 – 1726). Document 100NUM/AC69/GG245. Vue 4.

Baptisé le 8 avril 1725 à Carcassonne, descendant d’une lignée de riches marchands drapiers, neveu de Claude Mailhol (c. 1700-1775), moine génovéfain, savant helléniste et hébraïsant établi à Paris, Gabriel Mailhol obtient en 1750 un prix de l’académie des Jeux Floraux pour un poème intitulé Les Beaux-Arts placés au temple de la Mémoire.

Âgé alors de vingt-cinq ans, il décide de tenter à Paris l’aventure des Lettres. Il entre, pour ce faire, dans le cercle des petits-neveux du Cardinal de Fleury, qui ont quitté leurs terres de Fleury dans l’Aude pour faire carrière à la Cour de Versailles, et qui soutiennent leurs compatriotes languedociens au titre des solidarités initiées par leur illustre grand-oncle. Gabriel Mailhol devient ainsi le secrétaire de Jean André Hercule de Rosset de Ceilhes, plus communément appelé le Commandeur de Fleury.

Brigadier de cavalerie en 1748, maréchal de camp en 1761, gouverneur de Montlouis en 1763, grand dignitaire de l’ordre de Malte, Jean André Hercule de Rosset de Ceilhes (1726-1781), commandeur de Fleury, est le frère d’André de Rosset de Rocozel de Fleury (1715-1788), marquis de Perpignan, sénéchal de Carcassonne, Béziers et Limoux en 1734, duc et pair de France en 1736, premier gentilhomme de la chambre du roi en 1741. Secrétaire du Commandeur de Fleury, Gabriel Mailhol passe bientôt pour jouir de la protection du premier gentilhomme de la chambre du roi. D’où l’accueil particulièrement favorable qu’il trouve alors auprès des éditeurs et des directeurs de théâtre. D’où, par suite, les débuts express qu’il connaît.

1. Débuts express

1.1. Premières publications

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  • 1751. Chimoeta ou le prince singulier ; histoire monomotapienne, traduite du monomotapien. Lointainement inspiré des Deux Amis de La Fontaine 1Cf. La Fontaine, Les deux Amis : « Deux vrais amis vivaient au Monomotapa… », il s’agit d’un amusant petit récit, qui cultive la veine licencieuse, façon Diderot dans Les Bijoux indiscrets, en même temps que la fantaisie exotique et la prolifération de mirifiques voitures volantes ». « Je dois avertir pour le bonheur du monde, que si le curieux en désire de la même espèce, j’en ai deux à vendre, montées et attelées comme on verra. »
  • 1752. Anecdotes orientales. Ouvrage dédié aux dames. 2À Berlin. Fausse adresse : ouvrage publié à Paris par Sébastien Jorry d’après la permission tacite accordée le 11 janvier 1752. BnF, ms. fr. 21994, n° 112 ; ms. fr. 21982 ; imprimé. en France, probablement à Paris, d’après les matériel et usages typographiques ainsi que le papier.. Où il est question de l’allégorie, de l’opéra français et italien, etc.
  • 1753. La nouvelle du jour, ou Les feuilles de la Chine. 3À Londres. Fausse adresse : ouvrage publié et imprimé par Sébastien Jorry à Paris d’après la déclaration de celui-ci, datée du 9 février 1753, à la Chambre syndicale des libraires et imprimeurs parisiens. BnF, ms. fr. 21985, fol. 86.
  • 1753. Les Femmes, texte d’une comédie en 1 acte. 4Sans mention d’éditeur.
  • 1754. Les Lacédémoniennes ou Lycurgue, texte d’une comédie en vers libres et en 3 actes. 5Duchesne, Libraire. Paris.

1.2. Premières créations au théâtre

  • 2 août 1753. Les Femmes, par les Comédiens Italiens, revenus à Paris depuis 1716, après leur expulsion de 1697. Le lieu de cette représentation demeure inconnu.
  • 21 janvier 1754. Paros, tragédie en 5 actes et en vers, par les Comédiens ordinaires du Roi, au Théâtre Royal (14, rue de l’Ancienne Comédie, Paris VIe). Texte publié chez Sébastien Jorry, la même année.

2. L’affaire Paros et ses suites désastreuses

2.1. Réception de Paros

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Crédité de la protection des Fleury, Gabriel Mailhol fait recevoir Paros au Théâtre Royal. Il offre à Mlle Hus le rôle d’Aphise, seul personnage féminin de sa pièce, quoique les célèbres Mlle Dumesnil, Mlle Clairon et Mlle Gaussin fussent alors au théâtre. « Cet hommage fut très agréable à Mlle Hus ». 6P. D. Lemazurier. Galerie historique des acteurs du théâtre français depuis 1600 jusqu’à nos jours. Tome II, p. 250 sqq. Joseph Chaumerot, Libraire. Paris. 1810.

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Ci-dessus : Anonyme. Portrait de Mlle Hus.

Entrée le 21 mai 1753 au Théâtre Royal, âgée de vingt ans en 1754, jolie, mais souffrant d’une voix faible et d’une prononciation confuse, Adélaïde Pauline Hus est alors la maîtresse d’Auguste Louis Bertin de Blagny (1725-1792), trésorier des parties casuelles 7Parties casuelles : droits qui revenaient au roi pour les charges de judicature ou de finance qui changeaient de titulaire., qui l’entretient richement et qui encourage sa carrière naissante de toutes les façons possibles.

« Bertin, frappé des charmes de Mlle Hus, prit avec elle les arrangements d’usage, et du moment où elle fut sa maîtresse, il se persuada qu’elle avait un grand talent, même pour la tragédie, quoique Mlle Hus ne fût passable que dans les jeunes amoureuses comiques, et il ne s’occupa plus que de lui procurer des rôles nouveaux où ce grand talent pût briller de tout son éclat. » 8P. D. Lemazurier. Galerie historique des acteurs du théâtre français depuis 1600 jusqu’à nos jours. Tome II, p. 250 sqq. Joseph Chaumerot, Libraire. Paris. 1810.

Afin d’assurer le succès de Mlle Hus dans Paros, Bertin achète pour plusieurs soirées la plupart des places et il les distribue gratuitement. Il achète également les faveurs du chef de claque.

« Paros eut un de ces succès pires que des chutes qui n’empêchent point une tragédie d’être emportée rapidement dans les eaux du Léthé. Celle de Mailhol n’eut que huit représentations : nous n’avons pas besoin d’ajouter que Mlle Hus y fut très applaudie ; toutes les précautions étaient prises d’avance, et cette tactique commode pour les comédiens qui veulent se dispenser d’avoir des talents, a été bien perfectionnée dans la suite. » 9Ibidem.

Le 1er mars 1754, le baron Friedrich Melchior von Grimm, qui a assisté à la première représentation de Paros, formule à l’intention de son ami Diderot ce jugement sans appel :

« Les Comédiens Français n’ont pu donner cet hiver qu’une seule tragédie nouvelle sous le titre de Paros, pièce d’un jeune homme, M. Mailhol, qui a donné l’été passé une mauvaise petite pièce à la Comédie Italienne, intitulée Les Femmes. Cette tragédie ne nous fait pas mieux augurer du talent de son auteur, et ne mérite pas qu’on s’arrête un instant à en donner une idée. […]. Après la tragédie de Paros, M. Mailhol peut se dispenser de faire un second essai ; il peut être assuré que sa vocation n’est pas d’être le successeur des Corneille, des Racine et des Voltaire. » 10Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot depuis 1753 jusqu’à 1790. Tome I, p. 120. Furne, Libraire. Paris. 1829.

Élie Catherine Fréron (1718-1776), critique littéraire connu pour sa causticité, dédie quant à lui au jeune Gabriel Mailhol ce compliment narquois :

« Je ne me lasse point d’admirer les rares dispositions, les talents singuliers, l’heureuse facilité que la nature prodigue à nos jeunes écrivains ; avant que de se mêler d’écrire, on travaillait longtemps autrefois, on se formait le goût, on étudiait les bons modèles, on apprenait sa langue, on consultait les sources, on approfondissait l’art et ses principes. Dans ce siècle, des écoliers à peine sortis de leurs classes, enfantent des merveilles. Ils sont doués du même privilége que les gens de qualité dans le Bourgeois Gentilhomme, de savoir tout sans avoir rien appris. Ils se demandent tous les matins en se levant : Quel chef-d’œuvre produirai-je aujourd’hui ? ferai-je une tragédie, une comédie, une histoire, un roman ? — Après ces débuts, M. Mailhol donna au théâtre, en 1753, les Femmes, comédie-ballet ; en 1754, Paros, tragédie en cinq actes, où l’on trouve ce vers :

« Plus il est satisfait, plus mon désir s’allume » ! 11Cité par Jean-Pierre-Jacques-Auguste de Labouisse- Rochefort, in Souvenirs et mélanges littéraires, politiques, et biographiques. Tome II, p. 310-311. Bossange Père et Bossange Frères. Paris. 1826.

Gabriel Mailhol, piqué au vif, publie en retour une Lettre de l’auteur de Paros à M. le Marquis de M… sur les critiques de cette tragédie insérées dans les feuilles périodiques. Il y exprime sur un ton des plus dignes l’amertume de l’écrivain dont on ruine la réputation d’un trait de plume, et dont le discrédit va se savoir jusqu’au fin fond de sa province d’origine.

« Je me garderai bien, Monsieur, de soutenir que mon Ouvrage soit sans défauts. Ceux de l’Auteur, de la Nature ont seuls cet avantage. Les Pièces de nos plus grands génies perdent dans l’analyse une partie de leur mérite. Je me connois, et j’avoue toute la faiblesse de mes lumières : mais je n ai pu voir sans peine un jugement aussi faux que vain dans des Feuilles, qui par malheur constituent trop souvent dans les Provinces la réputation d’un jeune Auteur.

Les Citoyens de cette Ville jugent par eux-mêmes, et lisent rarement des satires, dont ils connaissent le mobile : mais les Provinces ignorent que tels Ecrivains payés par un tel Libraire se garderont bien de dépriser ses Livres, ou d’en vanter qui ne soient point à lui, et qu’ils ont des amis à couronner, et des ennemis à détruire. Elles ne savent point que nos Journaux approuvés par le Ministère, donnant l’Extrait et la Critique des Ouvrages, il ne reste plus aux Faiseurs de Feuilles, pour n’être point plagiaires, qu’à parler vaguement de ce qu’ils ne connoissent pas, et à forger des Épigrammes méchantes et mauvaises… »

Réponse de Fréron, le 25 mars 1754, dans L’Année littéraire :

« Je ne suis point accoutumé à de pareilles galanteries ; mais soit qu’on me loue, soit qu’on se plaigne de moi dans de petites Brochures ignorées, comme M. Mailhol, je n’en penserai ni n’en dirai pas moins, sans partialité, que la Tragédie de Paros est en tous points ce que l’on a vu de plus mauvais sur la Scène Française depuis trente ans. » 12Élie Catherine Fréron, in L’Année littéraire. 1754. Volume 1, pp. 335-336.

2.2. Suites de l’affaire Paros

Le 13 juillet 1754 malgré tout, Gabriel Mailhol obtient encore la représentation des Lacédémoniennes ou Lycurgue par les Comédiens Italiens ordinaires du roi ; puis, le 3 juillet 1755 la lecture publique du Prix de la beauté, ou le jugement de Pâris par les mêmes Comédiens Italiens ordinaires du roi ; et, le 31 janvier 1757, la représentaion de Ramir, comédie héroïque en 4 actes en vers, tirée de l’italien, représentée par les Comédiens italiens ordinaires du Roi.

Le succès demeure modeste, toujours contesté.

Fréron s’acharne à taper. Donc, ici, sur Les Lacédémoniennes ou Lycurgue :

« Cette comédie en vers et en trois actes a été ramassée, Monsieur, dans la poussière du Parterre des Italiens, par un Libraire qui, par pitié, lui a accordé un petit recoin dans sa Boutique. Une morale triste, pesante et monotone, fait la base de cette Pièce, représentée sans Spectateurs, imprimée sans Lecteurs. Ô la belle imagination d’un Écrivain, de mettre sur le Théâtre, et sur le Théâtre Italien, un Philosophe, un Sage, un Législateur tel que Lycurgue, de lui donner Arlequin pour Confident, et de le rendre amoureux d’une jeune Veuve déguisée en homme, avec laquelle il s’enfuit ! […]. « Le désir que j’ai eu, dit-il dans un court Avertissement, de contribuer aux plaisirs (à l’ennui) de la Société, en lui offrant des objets nouveaux, m’a fait hasarder un ouvrage, pour lequel je n’ai trouvé de modèle ni dans les Modernes ni dans les Anciens ». Il a raison, ainsi que dans le premier mot de son Épigraphe, où il dit à tous ceux qui jetteront les yeux sur sa Pièce : Gemite. Il appelle des objets nouveaux des Prudes, des Coquettes, des Petit-Maîtres, des Comédiennes qui forment une ligue contre Lycurgue, pour empêcher que ses lois rigoureuses ne soient reçues dans Sparte… »

Pour faire bonne mesure, « car je suis juste », observe le critique, Fréron reconnaît au Lycurgue de Mailhol « un morceau assez éloquent. » 13Élie Catherine Fréron, in L’Année littéraire. 1754. Volume 5, p. 154 sqq.

En 1757, le même Fréron assassine encore Le prix de la Beauté, ou le Jugement de Pâris, comédie-ballet jouée le 3 juillet 1855.

« Ce sujet, qui a exercé tant de plumes habiles, n’a point effrayé M. Mailhol. Sa pièce a été jouée sept ou huit fois aux Italiens, et se trouve aujourd’hui imprimée chez Duchesne, Libraire. C’est un dialogue froid entre Junon, Minerve, Vénus, Pâris et Mercure. Nul esprit, nul style, nulle douceur, nulle harmonie dans la versification ; pensées triviales, style languissant, vers durs et secs. Junon y parle sans dignité, Minerve sans noblesse, Vénus sans ceinture. Quel dommage qu’un sujet si galant ne soit point tombé en des mains plus heureuses ! Il est toujours temps de le traiter. »

En 1760, François Nicolas Martinet (1731-1800), dessinateur et graveur du cabinet du roi, créera « les jolies compositions » qui ornent l’édition imprimée de « la pastorale de Mailhol, Le Prix de la beauté« . Martinet, dixit le Baron Portalis dans Les Dessinateurs d’illustrations au XVIIIe siècle, s’approche là des « maîtres de la vignette. » 14Baron Roger Portalis. Les Dessinateurs d’illustrations au XVIIIe siècle, p. 384. Damascène Morgand et Charles Fatout. Paris. 1877.

Le 31 janvier 1757, Gabriel Mailhol donne encore Ramir, comédie héroique, en quatre actes et en vers, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi.

Un comte de Cerdagne, pour avoir secrètement épousé la sœur du roi de Léon, se trouve emprisonné dans le château de Lune. Ramir, fruit de cette union, est découvert dans la retraite sauvage où son père caché est amené au roi de Léon. Un peu plus tard les Maures, sous la conduite d’Almanzor et de Zéline, sa sœur, s’avancent vers Burgos. Fait alors chevalier par le roi de Léon, Ramir combat les Maures. Il tue Almanzor, et s’empare de Zéline. Après cette expédition, il force la porte de la prison et libère son père. Le roi de Léon les surprend daus l’épanchement de leur joie ; n’écoutant alors que sa clémence, il pardonne au comte de Cerdagne, le nomme ministre en lieu et place de celui qui complotait contre lui, et marie Ramir et Zéline, qui sont tombés amoureux l’un de l’autre.

Fréron dédaigne cette fois de consacrer le moindre commentaire à Ramir, pièce qui est jouée cependant avec succès.

2.3. Publication de l’Avare de Molière, mis en vers par Gabriel Mailhol

Fatigué, semble-t-il, du sort que lui réservent Fréron et les siens, Gabriel Mailhol ne reviendra à l’écriture dramatique qu’en 1775 avec la publication de L’Avare, comédie en cinq actes, « mise en vers, avec des changements ».

« Mailhol, après être tombé lui-même plusieurs fois au théâtre, résolut d’entraîner Molière dans sa chute », déclare Jules Taschereau, savant commentateur de la Correspondance de Grimm. Connu seulement de quelques familiers, L’Avare de Mailhol sera joué pour la première fois en 1813, soit vingt ans après la mort de son auteur.

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Journal des arts, des sciences, et de littérature. Volume 14, p. 289. Année 1813.

« On sait que Molière n’avait d’abord composé cette Comédie, en prose, que pour la mettre ensuite en vers […]. On lit enfin dans la vie de ce célèbre Auteur, que son Avare eut à peine sept représentations dans sa nouveauté, parce que cinq Actes de prose dégoûtaient le public. […]. Je crois devoir ajouter à l’exposìtion de ces faits, le sentiment et les propres paroles du plus grand Poète, et de l’un des meilleurs Juges de nos jours, en littérature : Dans les grandes pièces, dit-il, remplies de portraits, de maximes, de récits, et dont les personnes ont des caractères fortement dessinés, les vers en paraissent absolument nécessaires », dit Gabriel Mailhol dans l’Avertissement qui précède sa pièce, justifiant de la sorte le travail de versification qui suit.

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Comparez ci-dessous dans L’Avare l’incipit de Molière et celui de Mailhol :

2.3.1 Incipit de L’Avare de Molière

VALÈRE.
Hé quoi, charmante Élise, vous devenez mélancolique, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi ? Je vous vois soupirer, hélas, au milieu de ma joie ! Est-ce du regret, dites-moi, de m’avoir fait heureux ? et vous repentez-vous de cet engagement où mes feux ont pu vous contraindre ?

ÉLISE.
Non, Valère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je fais pour vous. Je m’y sens entraîner par une trop douce puissance, et je n’ai pas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas. Mais, à vous dire vrai, le succès me donne de l’inquiétude ; et je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais.

VALÈRE.
Hé que pouvez-vous craindre, Élise, dans les bontés que vous avez pour moi ?

ÉLISE.
Hélas ! cent choses à la fois : l’emportement d’un père ; les reproches d’une famille ; les censures du monde ; mais plus que tout, Valère, le changement de votre cœur ; et cette froideur criminelle dont ceux de votre sexe payent le plus souvent les témoignages trop ardents d’une innocente amour.

2.3.1 Incipit de L’Avare de Gabriel Mailhol

VALÈRE.
Hé quoi ! charmante Elise, à des chagrins en proie,
Vous poussez des soupirs quand je suis dans la joie !
Vous repentiriez-vous d’avoir comblé mes voeux
Par un engagement qu’ont mérité mes feux ?

ELISE.
Non, Valère ; mon coeur , qu’un doux pouvoir entraîne,
Ne se peut repentir d’avoir noué sa chaîne :
Il n’en a pas la force. A dire vrai pourtant,
Je crains pour le succès de cet engagement ;
Je crains d’avoir blessé les devoirs d’une fille.

VALÈRE.
Vous !

ÉLISE.
J’appréhende, hélas ! mon père, ma famille,
Les censures du monde, et sans doute encor plus
D’un amant, trop content, les voeux irrésolus.
D’un innocent amour les trop vifs témoignages
Ont fait de vos pareils tant de fois, des volages
.

3. De 1755 à 1764, succès interlope du Cabriolet et autres récits ou romans

3.1. Succès interlope du Cabriolet

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En 1755, Gabriel Mailhol publie Le Cabriolet, suivi du Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu 15Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, suivi du Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755., petit roman licencieux dans lequel une jeune femme, « étourdie par réflexion, vaine par Nature, méchante par mode et par désoeuvrement, enfin élevée par la fortune, tourne ses regards sur les premières années de sa vie, et mesure les degrés qu’elle a franchis ! Changeons néanmoins les Acteurs de ma Comédie », observe la narratrice : « Mon époux lit quelquefois des Romans, et quoique Parisienne, je suis assez bonne pour m’intéresser à sa tranquillité » 16Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, p. 5. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755.. Le récit se trouve précédé au demeurant d’un Avertissement du genre spécieux :

« On ne dédie cet Ouvrage à aucune Femme de Nom, qui puisse le faire circuler, et répondre de sa bonté. On ne le portera point aux Toilettes des petites Maîtresses. On ne dira point aux Prudes qu’il est défendu. » 17Gabriel Mailhol. Le Cabriolet. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755.

L’ouvrage est agréablement tourné ; l’usage du mot « cabriolet », suffisamment glissant pour donner à penser à autre chose que « la sorte de voiture légère, montée sur deux roues » décrite sous le nom de « cabriolet » par le dictionnaire de l’Académie (1762).

« Je vais vous révéler, dit Mme Daronvile à la narratrice, un secret que je vous ai caché jusqu’à présent, pour exécuter les ordres de votre mère. Le plus rare des effets que vous aient laissé vos parents est un petit Cabriolet, bien suspendu, d’un contour flatteur, et d’une couleur vive et brillante. Je n’ai pas dû vous en permettre l’usage jusqu’à ce jour : par défaut d’expérience vous l’eussiez peut-être confié à quelque Cocher maladroit qui vous eût versée et qui l’aurait fracassé.

Vous en jouirez donc dorénavant au gré de vos souhaits. Mais apprenez ce que je tiens de votre père au sujet de ce galant équipage. Il en fut l’ouvrier lui-même, quoiqu’il n’eût jamais appris l’art d’en fabriquer. Enchanté d’avoir produit un tel ouvrage, il le fit porter à la fameuse Devineresse chez qui les Parisiens accourent en foule pour apprendre leur sort. A peine l’eut-elle considéré qu’elle s’écria sur les aventures qu’il devait causer. Elle prédit, entre autres choses, qu’il exciterait les désirs de tous ceux qui le verraient ; et qu’il faudrait le garder avec soin, si on ne voulait le voir périr sous le poids de ceux qui aspireraient à s’y faire traîner. » 18Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, p. 18. Deuxième édition. 1760.

L’ouvrage, comme attendu, trouve son public, au point qu’il fera l’objet d’une deuxième édition en 1760. Rapportée sur le mode de la chose vue, on relève à propos de Paris et de sa « Promenade à la mode », une observation personnelle, rare dans l’oeuvre protéiforme de Gabriel Mailhol :

« Il me reprocha vivement de ne m’être pas encore montrée au Cours en équipage. C’était alors la Promenade à la mode. On étalait dans ce lieu noble et charmant, en vue de la Seine et des Invalides, ces voitures brillantes qu’à présent on traîne dans la boue des Boulevards, pour y voir quelques murailles recrépies, Polichinelle, et des Égoûts. » 19Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, pp. 16-17. Deuxième édition. 1760.

Dans le Le Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu, publié avec Le Cabriolet, Gabriel Mailhol broche un autre petit récit licencieux à partir des aventures de Jacques Rochette de la Morlière, escroc et libertin 20Cf. Patrick Wald-Lasowski. « Jacques Rochette de la Morlière, escroc et libertin, escroc et libertin« . In Dix-Huitième Siècle. Année 1997. Nº 29, pp. 465-481., qu’il a connu.

3.2. Autres récits ou petits romans

  • 1764. Le Philosophe négre, et les secrets des Grecs, « ouvrage trop nécessaire ». Volume 1. Volume 2. À Londres. Fausse adresse : Louis François Prault. Paris. Le Philosophe négre, et les secrets des Grecs de Gabriel Mailhol emprunte la seconde partie de son titre, « Les secrets des Grecs » ainsi qu’une part de son sujet à un ouvrage intitulé L’Histoire des grecs ou de ceux qui corrigent la fortune au jeu, revue et augmentée d’un projet d’hôpital, où les Grecs pourront avoir à l’avenir une retraite, écrit et publié en 1757 ches L’Habile Joueur (sans lieu) par l’avocat Ange Goudar.
  • 1765. Les Bonnets ou Talemik et Zinéra. Histoire moderne, traduite [faussement]de l’arabe. « À Londres, et se trouve à Paris. Chez Jacques François Quillau, Libraire ». Marchand naufragé, le narrateur échoue sur une Île merveilleuse. « C’est là que j’ai acquis le manuscrit de l’Histoire des Bonnets ; et je l’ai traduite de l’Arabe, avec mon Maître de Langues, pendant le reste de mon voyage. Tandis qu’on vend au Havre les fruits immenses de ma pacotille, je prends la poste, j’arrive à Paris, on m’imprime, et je ne crois pas certainement faire un mauvais présent à l’Europe ». Il s’agit dans cette histoire des Bonnets de marier Zinéra, fille du sultan de Masfa. Zinéra s’oppose aux projets de son père : « Dans le plus grand éclat de toute sa splendeur, un Sultan est souvent moins qu’un homme. Bagdaël parut surpris d’une telle réponse ; et toute personne autre que Zinéra ne l’eût point achevée avec impunité… » Gabriel Mailhol, dans ce récit, s’inspire du Zadig de Voltaire.
  • 1766. Euménie et Gondamir, histoire française du temps où commença la monarchie. Chez Sébastien Jorry, Imprimeur-Lbraire. Paris. L’histoire se passe sous le règne de Childéric Ier, roi des Francs, à l’époque où Odoacre (433-493), soldat romain d’origine barbare, est devenu en 476 patrice (roi) d’Italie. Plus de vingt ans avant la convocation des États généraux (1788), Gabriel Mailhol esquisse dans ce conte, par effet de comparaison avec la monarchie mérovingienne, une réflexion sur la monarchie en cours. Grimm n’y voit, lui, qu’une « peinture assez insipide des mœurs françaises modernes sous des noms surannés et gothiques. » 21Maurice Tourneux. Correspondance, littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc. Tome VII, p. 177. Garnier Frères. Paris. 1879.
  • 1766. Lettre en vers de Gabrielle de Vergy, à la comtesse de Raoul, soeur de Raoul de Coucy, suivie de la romance sur les amours infortunés de Gabrielle de Vergy et de Raoul de Coucy, attribuée à M. le duc de ***. Gabriel Mailhol s’inspire là des romans médiévaux, comme le fera plus tard Gaetano Donizetti dans son opéra Gabriella di Vergy (1828). Gabrielle de Vergy et Raoul de Coucy filent depuis l’enfance des amours innocentes. Mais M. de Vergy marie Gabrielle au « riche, puissant, orgueilleux et cruel » Fayel. Parti faire au loin ses premières armes, Raoul de Coucy vient à son retour parler une fois encore à sa Gabrielle bien-aimée. « Fayel, son époux jaloux et barbare, ayant faussement soupçonnée Gabrielle d’avoir commis contre lui des infidélités, la fit renfermer seule dans un souterrain en dessous de son Château ». Désespéré, Raoul de Coucy part alors aux Croisades. « Mortellement blessé, il voulût que son Écuyer embaumât son cœur après sa mort. Il lui dit de le porter à celle qu’il aimait. L’Ecuyer, arrivé près du Château de Fayel, est assassiné par ce Mari féroce. Celui-ci feint de se raccommoder avec Gabrielle. Il lui fait manger le cœur de son Amant, mêlé avec d’autres viandes ; il y ajoute la cruauté de l’en avertir ; et cette Femme infortunée expire, en le maudissant dans le plus affreux désespoir. »

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« Doux Tyran de nos cœurs, Amour, qui les conduis,
Enfant de la Nature, et qui la reproduis,
Âme de l’Univers, et mobile des Êtres,
Ah ! si le Genre Humain, sans préjugés, sans maîtres,
N’eût subi que ton joug, n’eût écouté que toi,
Au comble du bonheur il béniroit ta loi.
Mais l’intérêt, l’orgueil nous forgea des entraves ;
Et la société nous rendit tous esclaves.
Dans nos nouveaux besoins, sources de nos malheurs,
Nos seuls guides, nos Dieux sont l’or et les grandeurs.
A leurs pieds la Vertu, l’Innocence succombe :
Et le Vautour puissant s’unit à la Colombe.
La Nature, contrainte en tous ses sentiments,
Ne se reconnoît plus qu’à ses gémissements… » 22Gabriel Mailhol. em>Lettre en vers de Gabrielle de Vergy, à la comtesse de Raoul, soeur de Raoul de Coucy, p. 17.

Friedrich Melchior Grimm, à propos de cette Lettre en vers de Gabrielle de Vergy, taxe Gabriel Mailhol de « cruel poète ». 23Maurice Tourneux. Correspondance, littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc. Tome VII, p. 62. Garnier Frères. Paris. 1879.

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Ci-dessus : Edward Burne-Jones. Chant d’amour (c. 1868-73), œuvre inspirée par l’histoire de Gabrielle de Vergy.

4. Le Philosophe Nègre

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Ci-dessus : Le Philosophe négre et Les secrets des Grecs. Édition originale. Source : Dany Tricks. Le magicien des petits et des grands enfants.

Publié en 1764, Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs a fait en 2008, par les soins de Romuald Fonkoua, l’objet d’une réédition critique passionnante 24Romuald Fonkua. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire, en deux parties. Éditions L’Harmattan. 2008..

Gabriel Mailhol dans Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs tire ostensiblement son inspiration du Candide (1759) de Voltaire, dont il prolonge le récit sur le mode parodique.

« En traversant la Westphalie, je me retrouvai parmi de vieilles Baronnes qui fumaient, et de grands Seigneurs, dont la plupart passaient leur vie à chasser dans la neige, ou dans les grains, à faire élever leurs enfants par des valets en soutane, et à relire leurs titres tous les soirs.

On me fit marcher sur les ruines du fameux Château de Thunder-en-tronckh, d’où l’aimable Candide avait été, comme on sait, chassé à grands coups de pied dans le derrière. Ses tristes débris s’élevaient avec majesté du milieu de quelques Hameaux reconstruits, et sortis de leurs cendres. Les habitants me firent voir une coiffe à dentelles noires, un collier de perles bleues, deux pendants de porcelaine, et un petit vase de terre brune fait en cuvette oblongue rendue commode par une anse, le tout appartenant à Mademoiselle Cunégonde. Ils s’attendent à lui remettre ces bijoux, dès qu’elle reparaîtra dans le pays pour y être admirée, honorée et servie. On y possède aussi la lampe de Pangloss, et l’écritoire de Candide. On espère qu’un jour ces honnêtes personnes reviendront pour faire rire leurs vassaux, et pour rebâtir avec plus de magnificence encore le plus beau des Châteaux possibles. » 25Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 2, pp. 41-43.

L’ouvrage de Gabriel Mailhol débute sans façons, in medias res : « Les Français avaient déja pénétré jusque au-delà d’Hanovre, et s’en étaient repliés : des succès balancés avaient déja favorisé tour à-tour en Allemagne, les Partis opposés et les Armées ennemies, quand mes affaires et mon devoir m’entraînèrent à la suite de la nôtre. Attaché au trésor, j’eus ordre de me rendre d’abord à Cologne. Dès mon entrée dans le Brabant, je m’aperçus, que je sortais de Sibaris, ou du moins, que j’arrivais dans des Régions où l’on ne sait point encore jouir de la vie.

Ô toi, qui, dans le siécle de la molesse, as la force de pratiquer les durs préceptes que tu donnes : tu nous conseillas en vain de sortir des Villes, pour aller dans les forêts, être exposés à Tintempérie de l’air, brouter l’herbe, et marcher à quatre pattes ; sévere Rousseau, voyage en Allemagne : et, pour la premiere fois peut-être, tu seras content du genre humain. Tu auras le plaisir de te trouver dans des chemins bourbeux, où réellement les quatre pattes deviennent souvent nécessaires… » 26Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 1, pp. 7-9.

Après avoir été quitté par son valet, le narrateur croise dans une mauvaise auberge de Cologne « un Nègre, ayant dans sa main son sabre nu, gesticulant avec fureur, et tout prêt à se couper la gorge » 27Ibidem, p. 20.. Ému d’un tel spectacle, le narrateur songe à engager ce Nègre, en remplacement de son valet disparu. Le Nègre raconte alors son histoire :

« Mon nom est Tintillo. Dans l’équipage où me voilà, ne possédant, de toutes les richesses de ce monde, qu’un sabre sans fourreau, un méchant habit vert, tout parsemé de boutons et sans boutonnière, une pipe et point de tabac, trois chemises déchirées, un bonnet qui fut noir, et des bottines sans semelles, vous n’imagineriez peut être pas, Monsieur, que j’ai l’honneur d’être le fils du Roi de Mitombo.

C’est une chose très possible, lui répliquai-je, sans sourire ; je connais des livres estimés, fondés sur des généalogies beaucoup moins vraisemblables. J’ai lu tous vos Romans, reprit l’étonnant Tintillo, et ce que je vais vous dire n’en est point un. Je naquis à Mitombo, l’an mille sept cent vingt de votre Calendrier… » 28Ibid., pp. 23-24.

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Jeune prince, après s’être entraîné aux exercices du corps et de la chasse, Tintillo s’est appliqué à ceux de la guerre. Lorsque le roi de Bouré déclare la guerre à Mauritan, son père, il découvre que le but du roi Bouré est de faire des prisonniers qu’il puisse vendre ensuite à « quelques Marchands Européens qui ont besoin d’esclaves ». « Nos gouverneurs nous envoyèrent quatre Portugais, que les soins de leur commerce avaient amenés dans le Royaume. Ces malheureux devinrent les victimes du ressentiment de mon père. Ils furent assommés par ses ordres, et mangés dans un festin, qu’il fit donner aux principaux Bourgeois de Mitombo. On garda néanmoins pour notre table les foies de ces gras Européens. Ce fut pour nous un mets d’autant plus délicieux, qu’il était assaisonné par la vengeance ; et voilà de ces ressources qui, parmi vos gourmands, sont vraisemblablement ignorées. » 29Ibid. p. 31.

Une fois la guerre entamée, « des ruisseaux de sang coulèrent : ils entraînèrent dans leurs flots pêle-mêle, jambes, bras, cuisses, oreilles, nez, et tout ce qu’on avait la bonté de se couper, pour complaire à des Marchands d’Europe.

Moi, qui n’étais point encore Philosophe, je fis comme les autres ; et, pour ne point m’ennuyer, je contribuai, de mille coups au moins, à la commune boucherie. Je taillai, je tranchai, je fendis, j’assommai, je hachai, comme un Barbare, et un Héros. » 30Ibid. p. 35.

Après le massacre, Tintillo remarque parmi les prisonniers qu’il a faits, un Français nommé Bellefont, venu « faire dans vos Régions des expériences Physiques, Géométriques, Trigonométriques, Astronomiques ». « Je dis à Bellefont », raconte Tintillo, « que j’avais toujours eu du goût pour apprendre ce qu’on ignorait dans mon Pays, et que s’il voulait m’enseigner son idiome, et tout ce qu’il savait, il serait auprès de moi, beaucoup moins mon esclave, que mon ami » 31Ibid. p. 41.. « Il me fit connaître les premiers principes de votre langue, et ceux de la Philosophie, des Mathématiques et des Beaux-Arts. » 32Ibid. p. 53.

Lorsque le roi Bouré relance la guerre contre le roi Mauritan, Tintillo est fait prisonnier, et vendu comme esclave à « deux Marchands Anglais, qui s’étaient fait une habitation dans une des Îles. Ils donnèrent en échange du prince de Mitombo, deux violons, dix mois de kola, un papier de musique et trois flageolets. » 33Ibid. p. 65.

Auprès de mes nouveaux maîtres mes occupations ne furent pas pénibles, mais elles me parurent bien avilissantes : avec la queue d’un éléphant j’étais obligé de chasser toutes les mouches de la maison. S’il en restait une le soir, on me couchoit le ventre contre terre ; là j’étois régalé de cent coups de fouet, ou de nerf de bœuf, qui, en me causant des douleurs affreuses, sillonnoient ma peau, déchiraient ma chair, & meurtrissaient mes os. Mon sang coulant à gros bouillons suspendait enfin les coups de mes bourreaux, qui craignaient de perdre leur argent, s’ils me faisaient périr. Pour guérir mes blessures, ils les imprégnaient alors de vinaigre, de poivre et de sel, dont l’acide et l’âcreté augmentaient et comblaient l’horreur de mes souffrances. Voilà comme les hommes, qui ont le bel avantage de posséder la raison, traitent en ce pays là les hommes, parce que ces derniers préfèrent le fer à l’or, parce qu’ils sont d’une autre couleur, et qu’ils n’ont pas le nez aquilin. » 34Ibid. p. 67.

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Revendu ensuite à un Français et embarqué dans la cale d’un navire avec quatre cent autres Nègres, Tintillo, comme il dit, y apprend « à danser » ! « Si celui-ci [le Français], pour nous conserver et pouvoir gagner sur les achats, nous mit quelque temps à la gêne, du moins travailla-t-il à nous la rendre supportable. Il nous faisait entendre tous les jours un concert d’instruments et de voix, et nous donna des Maîtres-à-danser. Quelques-uns de mes camarades apprirent le menuet, l’allemande et la bourrée ; et dans le cours du voyage on n’en trouva que cent quatre-vingt-neuf poignardés par eux-mêmes, étouffés ou pendus. Ce petit commerce, comme vous le voyez, doit donner à nos peuples une idée charmante de la douceur des mœurs européennes , et de l’humanité qui dirige vos âmes. » 35Ibid., pp. 67-68.

Revendu derechef à la Martinique, Tintillo a cette fois la chance d’échoir au Français le plus éclairé de la colonie. « Tandis que mes camarades furent condamnés aux travaux les plus pénibles, et traités comme des animaux, pour procurer aux Insulaires desœuvrés le café, le sucre et l’indigo, Ducolart, mon nouveau Maître, me nomma son Bibliothécaire, et son Conseiller : je puisai dans ses livres nombreux des lumières étendues et toute la raison que je vous montre ; il ne pouvait néanmoins s’empêcher de se défier de moi.

Mes camarades avoient formé autrefois, à la Martinique, le projet de s’armer en secret, et de faire périr à la fois leurs Maîtres. Ils auraient vraisemblablement réussi dans leur entreprise, s’ils n’avaient été trahis par une Négresse qui nourrissait un enfant blanc. D’ailleurs un grand nombre de Nègres désertent souvent des habitations, et vont jouir dans les bois, sous le nom de Nègres Marrons, d’une liberté dont on leur fait un crime. Quelquefois ils en sortent, et reviennent dans les champs piller les vivres qui leur manquent. Ainsi un Nègre, quel qu’il soit, ne peut s’attendre à jouir en Amérique de l’amitié d’un Blanc. On croit beaucoup nous honorer, si on nous place en un rang intermédiaire entre l’homme et la bête. » 36Ibid., pp. 68-70.

Devenu peu à peu plus proche de Tintillo, Ducolart l’invite à une chasse, organisée par d’autres maîtres d’esclaves et amis. Au cours de cette chasse, Tintillo tombe sur un Nègre marron, qu’il avertit par un coup de fusil en l’air d’avoir à se sauver, au lieu de tirer sur lui comme les amis de son maître l’y invitent. Peu après ce coup de fusil, les autres chasseurs se trouvent assaillis par une bande de Nègres marrons, Tintillo se réfugie avec son maître dans une grotte. La bande de Nègres marrons, qui les retrouve là, menace de tuer Ducolart. Tintillo plaide la cause de son maître et accepte de se faire auprès des autres maîtres l’ambassadeur de la bande des Nègres marrons. Il déploie à cet effet le discours de la Raison, tel que celui-ci s’inaugure dans la philosophie des Lumières. « Mon Maître, extasié de joie , croyait à peine tout ce qui venoit de le passer ; et il me dit d’abord avec gaîté que j’avais un talent supérieur pour les ambassades. Aussi m’attends-je quelque jour, lui répliquai-je sur le même ton, à devenir le plénipotentiaire du genre humain. Je veux alors pacifier pour jamais tous les frères de la grande famille, l’Afrique, l’Asie, l’Europe, l’Amérique, les Blancs, les Noirs, les Bruns, les fourrés, les habillés, les nus, les baptisés, les circoncis, les poil ras et les barbes. » 37Ibid., p. 86.

Quelque temps plus tard, Tintillo embarque avec son maître sur un vaisseau à destination de l’Europe. Mais le vaisseau fait naufrage, son maître périt, et Tintillo prend la direction d’une chaloupe, sur laquelle peu à peu nombre de ses compagnons périssent de faim. Il résiste ensuite à la tentation de l’anthropophagie ; puis, secouru au large de Bayonne, à la tentation d’une réalimentation trop rapide. « Et moi, pauvre Négre raisonnable, qui n’avois mangé que quelque atomes, j’échappai seul à la mort. À mon arrivée, on me mit dans un bel appartement, où diminuant petit à petit mes jeûnes, j’acquis en peu de journées le teint d’un Marabout, l’embonpoint d’une Pagode, et la plus vigoureuse des santés. » 38Ibid., p. 96.

Tintillo se trouve en fait à l’hôpital, où, une fois remis, il se laisse embobiner par les belles promesses d’un sergent recruteur.

« Monsieur, ajoutai-je, en soupirant, vous ignorez que je suis Philosophe. Eh corbîeu ! mon cher camarade, reprit-il avec vivacité, c’est justement un Philosophe qui nous manque. Mais, repliquai-je avec étonnement, un vrai Philosophe ne veut tuer personne. Touchez-là, mon ami, me dit-il, en prenant ma main, je vous donne ma parole d’honneur qu’on ne vous contraindra point là-dessus. Voilà dix écus qui en valent mille. Allons boire, choisìr un bon cheval chez le Capitaine, et nous préparer, en dansant, à commencer demain notre promenade. N’ayant rien de mieux à faire, je me laissai entraîner vers l’officier, à qui néanmoins je ne voulus signer qu’un engagement de deux ans. Notre Capitaine n’était pas difficile à cet égard. Si on le souhaitoit, il vous enrôlait pour deux mois, et vous retenoit toute la vie. » 39Ibid;, pp. 101-102.

« Je m’accoutumai plus aisément qu’un autre à la façon de vivre singulière de ma troupe. Galoper nuit et jour ; s’assoupir quelques instants sous un arbre, ou dans une chaumière, sans jamais quitter son habit ; se nourrir de viandes encore palpitantes, de pain quand on en trouve, et le plus souvent de fruits amers ; s’abreuver de bran-de-vin ou d’eau, sabrer sans coup férir, tirailler sans effet, et piller l’ennemi quand les autres le tuent ; j’exécutais ces choses-là, au gré de tout le monde. Mais il y avait malheureusement des procédés sur lesquels je ne me trouvais jamais d’accord avec mes camarades, et qui m’attirèrent de leur part, en différentes occasions, une douzaine de coups de sabre ; je n’assommais point le paysan : je refusais d’aller à mon tour à maraude, et surtout, dans les surprises et les retraites, de piller les équipages de notre propre armée. Cette façon de penser extraordinaire me fit dans l’esprit du corps entier un tort considérable ; et j’avais en effet au milieu d’eux, l’air d’être un espion de la raison et de l’honneur. » 40Ibid., p. 102-103.

Resté pauvre parmi les pillards, moqué pour cette raison, Tintillo se trouve au bout de deux ans congédié de l’armée pour avoir échoué à capturer un officier anglais, monté sur un cheval plus rapide que le sien. « Convaincu que je me présenterais en vain à quelqu autre Capitaine pour lui vendre mon sang à raison de cinq sols par jour, conclut-il à l’intention du narrateur, je me suis renfermé dans cette chambre pour pouvoir le répandre à mon gré ». 41« >Ibid., p. 109.

Tintillo ne veut point du statut de domestique. Le narrateur l’engage comme écuyer. « Je donnai à mon Négre un habit brun, à boutons d’or, convenable à sa double qualité d’Écuyer, et de Philosophe. Je lui laissai néanmoins son sabre : outre que dans sa main il pouvoit m’être utile dans les routes, je sentis qu’il n’était point décent de vouloir désarmer un Prince » 42Ibid., p. 113.. Et, variante improbable de Don Quichotte et Sancho Pança, le narrateur et son écuyer s’en vont vers de nouvelles aventures qu’il appartient au lecteur de découvrir dans le deuxième volume du Philosophe nègre et Les secrets des Grecs. Entendez par « Grecs » les fripons, habitués à Paris des cercles de jeu.

« Pour la première fois dans l’histoire de la littérature du XVIIIe siècle, observe Romuald Fonkoua, le personnage du Nègre emprunte tous les traits d’un philosophe des Lumières. Sage étranger, il critique la pratique de l’esclavage européen et la prétendue supériorité de l’Occident civilisé » 43Romuald Fonkua. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire, en deux parties, quatrième de couverture. Éditions L’Harmattan. 2008.. Mais Tintillo emprunte probablement aussi certains traits de Gabriel Mailhol, qui se campe face à Voltaire, Rousseau et autres grandes figures des Lettres parisiennes, dans la posture du sage provincial, autrement dit dans celle du philosophe audois, capable à l’occasion de partager avec un ami de hasard « quatre bouteilles de vin soufré » 44Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire. Volume 2, p. 104..

Dès la parution du Philosophe nègre et des Secrets des Grecs, observe Romuald Fonkoua, la critique est négative. Dans la Correspondance littéraire, philosophique et critique du 1er avril 1764, périodique dirigé alors par le baron Grimm, on peut lire ceci : « Le Philosophe nègre est un détestable roman nouveau en deux parties, dans lequel un détestable auteur, M. Mailhol, a voulu découvrir les friponneries que les joueurs de profession exercent dans les tripots » 45Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. Notices, notes, table générale par M. Tourneux. Volume 5, p. 481. Garnier Frères. Paris. 1878. . Et vlan ! Poursuivant Gabriel Mailhol de sa vindicte comme le fit précédemment Élie Catherine Fréron, Friedrich Melchior Grimm a encore frappé. Mais celui qui se veut ici arbitre du goût et chien de garde de la pensée des Lumières, n’a manifestement lu des deux volumes du Philosophe nègre et des Secrets des Grecs que l’Avertissement, sis en tête du volume 1, et les seuls passages relatifs aux jeux dans le volume 2 !

5. Retour à la province

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Ci-dessus : église paroissiale de Saint-Papoul.

Le 12 août 1768, rentré dans sa région natale, âgé alors de 43 ans, Gabriel Mailhol épouse à Saint-Papoul Jeanne Faure, veuve en premières noces de feu M. Denis Bardichat, bourgeois de Saint-Papoul, et de Claire Fromiga. 46Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1762-1770). Document 100NUM/5E361/3. Vue 105.

Le 29 juin 1769 à Saint-Papoul, Jeanne Faure met au monde une petite Marianne Pétronille Mailhol 4729 juin 1769. Baptême de Marie Anne Mailhol, fille de Gabriel Mailhol et de Jeanne Brigitte Faure. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1747-1770). Document 100NUM/AC361/1E3. Vue 172.. Le lecteur qui voudrait en savoir plus sur la destinée de Marianne Pétronille se renseignera ici : Christine Belcikowski. Jeunesse, mariage et ascension politique de Raymond Gaston, député de l’Ariège à l’Assemblée nationale.

En 1771, après avoir lu les Gasconismes corrigés 48M. Desgrouais. Les Gasconismes corrigés : ouvrage utile à toutes les personnes qui veulent parler et écrire correctement, et principalement aux jeunes gens, dont l’éducation n’est point encore formée. Imprimerie de Jean Jacques Robert. Toulouse. 1766. Commentaire de Grimm dans sa Correspondance, littéraire, philosophique et critique : « Le projet de l’auteur est de relever toutes les manières de parler vicieuses qui sont en vogue dans les provinces méridionales de la France. Ces expressions et tournures vicieuses ne sont pas en petit nombre, et l’auteur, résidant à Toulouse, peut se vanter d’être à leur source. », ouvrage publié en 1766 par M. Desgrouais, professeur au Collège Royal, Gabriel Malhol publie à Toulouse Lettres aux Gascons sur leurs bonnes qualités, leurs défauts, leurs ridicules, leurs plaisirs, comparés avec ceux de la capitale. 49Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons sur leurs bonnes qualités, leurs défauts, leurs ridicules, leurs plaisirs, comparés avec ceux de la capitale. Chez Dupleix et Laporte. Toulouse. 1771.

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Gabriel Mailhol définit ainsi le propos de ses Lettres aux Gascons : « M. Desgrouais a traité des expressions et des phrases ; je parlerai des manières, des procédés, des actions : il a fait des Grammairiens ; tâchons de faire des personnes honnêtes. » 50Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons. Première Lettre. Vues de l’auteur, p. 1.

« Les Gascons ont généralement l’esprit vif, le cœur bon, la tête chaude. Ils manquent peut-être de lumière, de goût, et de cette politesse aimable, aisée, qui n’est vraiment connue et pratiquée qu’à Paris et à la Cour.

« J’ai vu assez longtemps l’un et l’autre, et même les Pays étrangers, et les Armées. J’ai lu, réfléchi, écrit. À mon retour dans nos Provinces méridionales, que le Parisien, comme on sait, appelle toutes gasconnes, les discours, le ton, les airs, les manières, les modes particulières, m’ont peut-être plus frappé qu’un autre. J’entreprends de les peindre, sans méchanceté, sans aigreur, sans orgueil, sans gêne, avec l’intention d’égayer la matière, et de m’arrêter quelquefois à de petits détails, absolument nécessàires dans un ouvrage tel que celui-ci. Je n’ose point d’ailleurs trop m’attendre, au bonheur d’être utile. Mes chers compatriotes, se reconnoîtra qui voudra ; se corrigera qui pourra. »

On pourrait s’étonner de ce que Gabriel Mailhol, comme indiqué ci-dessus, ait « vu… les Pays étrangers et les armées ». Mais on se souviendra que le même Gabriel Mailhol a été le secrétaire du Commandeur de Fleury, brigadier de cavalerie en 1748, maréchal de camp en 1761, gouverneur de Montlouis en 1763, grand dignitaire de l’ordre de Malte, et qu’à ce titre il l’a suivi dans ses diverses campagnes. D’où les vues circonstanciées des villes et des campagnes allemandes qu’on trouve dans le second volume du Philosophe nègre.

Même si Gabriel Mailhol prend soin de ménager dans ses Lettres la susceptibilité des Gascons, même s’il rend hommage à leur goût de la bonne chère assortie d’un bon vin, à la franchise de leurs manières et à leur sociabilité riante, le même Gabriel Mailhol pose d’abord dans lesdites Lettres la question qui le taraude : « Comment voudrait-on qu’un Gascon pût percer à Paris dans ce qu’on appelle la bonne compagnie ? » 51Ibidem, p. 99..

Le propos est, sans le dire, autobiographique et vise à expliquer les raisons d’une défaite, défaite ressentie de façon d’autant plus triste que, dans la province à laquelle l’écrivain est retourné, on n’en fait point cas, ou alors si peu : « Si vous vous êtes laissé tomber, au bord d’une Rivière, sur un Rocher qui vous ait fait une grande blessure à la tête, plaignez-vous-en ; l’on vous répondra que vous êtes trop heureux de ne vous être pas noyé » 52Ibid..

« Comment voudrait-on qu’un Gascon pût percer à Paris dans ce qu’on appelle la bonne compagnie ? » Gabriel Mailhol revient sur cette question dans les lettres qu’il consacre à la littérature et aux arts (lettre 2), aux modes (lettre 4), aux bienséances et aux procédés (lettre 82). Ces lettres-là, sans surprise, sont aussi les plus longues, et parfois aussi les plus véhémentes.

La plupart des Gascons lettrés, qui veulent voir Paris, n’y vont guère pour l’enrichir : leur fortune est mesquine. Or, pour se faire admirer, il faut exister ; l’immortalité ne fait pas vivre ; ils sont donc obligés d’abord de partager leur temps, leur application, entre le double soin de polir leur esprit, et de nourrir leur bourse : et l’un des deux objets fait toujours tort à l’autre.

Pour se procurer d’ailleurs ce bien-être modeste et nécessaire, que de difficultés ! que d’entraves ! Notre Gascon transplanté se trouve là sans parents, sans appui. Son mérite n’est pas celui des affaires. S’il se propose quelque part, s’il demande une place, il rencontre mille concurrents, étayés par leurs parents, leurs amis, leurs maîtresses, et dont la plupart encore doivent, dit-on, en secret, leur naissance à ceux qui disposent des emplois. 53Ibid.

Gabriel Mailhol revient aussi dans ses Lettres aux Gascons sur les fortes émotions de son passé de poète dramatique :

À Paris, « pour attirer sur soi les regards du Public, pour mériter qu’il songe à votre existence, c’est au théâtre, au seul théâtre qu’il faut périr, ou triompher.

Devant une assemblée, composée des meilleurs esprits de France, et d’une infinité de personnes du goût le plus exquis, on va représenter le premier ouvrage dramatique d’un Poète. Combien les beautés et les défauts de cette pièce vont-ils être analysés et sentis ! la toile disparaît, on commence. L’Auteur tremble : les Acteurs ne font guère plus assurés. On les écoute d’abord en silence, mais bientôt, ce silence est interrompu par des murmures, ou des applaudissements. Tantôt les uns et les autres partent à la fois, se choquent ; tantôt ils se succédent tour à tour. C’est une variation, une incertitude, un combat, qui ne doit finir qu’avec la pièce, et fixer à jamais son sort glorieux, ou funeste.

Quelquefois, dès les premieres scènes, l’ouvrage paraît exactement mauvais, on le hue, les Acteurs sont renvoyés ; la pièce est tombée : et l’Auteur fuit secrètement, se croyant le plus malheureux des mortels, renonçant au Parnasse, ou déjà méditant d’affronter un nouveau péril.

Quelle différence du sort de ce Poète, à celui d’un Auteur, qui réussit pleinement ! Un million d’applaudissements unanimes ont déjà retenti à son oreille. On les redouble à l’instant qui fixe sa victoire ; et les spectateurs s’emportent quelquefois, jusqu’à demander de le voir, pour connaître leur nouvelle Idole. Il sait que tout Paris, la Cour, la France vont parler de lui, ils s’empresseront d’imiter la partie du Public qui le couronne : son âme s’épanouit ; des soupirs, jusque là retenus, partent en foule de son sein ; il ne peut contenir les vifs transports de sa joie : il est réellement le plus heureux des Hommes.

Quelles leçons ! quelle école ! combien de causes d’effervescence pour un jeune Poète qui voit toutes ces choses ! Excité, animé, son sang pétille, bouillonne, son cœur palpite ; il pâlit ; il rougit ; un tremblement involontaire agite ses membres ; ses cheveux se hérissent ; son imagination s’échauffe, s’exalte ; transporté, plein d’enthousiasme, il sort ; il va produire. C’est là, sans doute, c’est à ce foyer ardent que tout Littérateur devrait tendre. » 54Ibid. p. 19 sqq.

« Quelle différence » du sort de Gabriel Mailhol en 1754 dans Paros, « à celui d’un Auteur, qui réussit pleinement ! » Gabriel Mailhol attribue ses infortunes littéraires au fait que le soutien d’un protecteur (Auguste Louis Bertin de Blagny ?) lui a manqué, et que « quelque critique effronté, menteur, et chef de parti » (Élie Catherine Fréron, puis Friedrich Melchior Grimm ?), s’est ingénié à « étouffer sa réputation naissante » :

« Le Gascon, avec quelques contributions tirées du Rhône, ou de la Garonne, se sera-t-il soutenu lui seul jusqu’à l’apparition de son premier ouvrage ? il faut qu’il ait un protecteur : et les gens de cette espéce sont, en général, d’étranges personnes.

Si vous êtes rampant et flatteur, si vos talents sont bien constatés, si vous voulez composer des couplets innocents en l’honneur d’une famille entière, du Perroquet de Madame et de son petit Chat ; si d’ailleurs quelque critique effronté, menteur, et chef de parti, n’a pas intérêt d’étouffer votre réputation naissante, il vous préviendra, vous soutiendra, vous prônera, vous aimera, jusqu’à votre première chute. Or, mes amis, nos plus grands Hommes sont eux-mêmes tombés quelquefois.

Au reste, je dois dire ici à la gloire de tout Auteur Gascon, qu’il a dans le caractère la plupart des qualités qu’il faut pour s’aliéner les protecteurs et les prôneurs journalistes, abhorrant les détours honteux de la charlatanerie qui prospère, il ne sait, ni prier, ni ramper, ni mentir. Il ne veut point s’élever par des bassesses, et préférerait sa perte, au malheur de la mériter. On le croit orgueilleux ; il n’a peut-être que la vanité de tout bon Français.

L’Homme vain est, à la vérité, ridicule ; mais il n’est point ordinairement bas, faux , intéressé : et, ridicule pour ridicule, il semble que la tolérance, dans le spectateur impartial, devrait être pour le plus noble.

Dans la lettre intitulée « Du prix de certains Hommes, Gabriel Mailhol s’administre finalement à lui-même cette leçon empreinte de dignité consolante :

Dans les Arts d’imagination, tels que l’éloquence et la poésie, bravons, surmontons les obstacles. Et qu’un ancien préjugé vulgaire, dont je vais parler, ne nous arrête point dans notre course. Vos Juges, vos adversaires, vos amis, tous vous diront d’une voix : si vous n’êtes point capable de monter à la cime du Parnasse, vous tomberez au pied, dans ses bourbiers ; vous devez exciter l’admiration la plus haute, ou mériter le mépris ; nourisson des muses, soyez sublime, ou taisez-vous.

Vain épouvantail ! vaines menaces, faites et consacrées par l’envie et la mauvaise foi ! en éloquence, et même en poésie, le mérite a plusieurs degrés, comme dans les autres Arts.

Heureux sans doute le génie qui peut atteindre au premier ; mais celui-là est heureux encore, qui monte, et brille au-dessous.

Eh ! que devrait importer à un Auteur, qu’on lui tînt de tels discours, pour le mortifier ou le décourager, ou pour tâcher de lui faire méconnaître son prix ! il sauroit qu’à chaque instant, tout homme de bonne foi peut, pour ainsi dire, peser et calculer son mérite. Et voici, selon moi, quelles seraient, à peu près, les données et les conditions d’un tel problème. » 55Ibid. p. 105-106.

Telle leçon, en 1771 à Saint-Papoul, aura-t-elle effectivement suffi à consoler Gabriel Mailhol de sa carrière bancale ? On a tout loisir d’en douter. En 1764 déjà, Monsieur de Viremont, narrateur du Nègre philosophe et double littéraire de Gabriel Mailhol, se laissait aller au drôle d’autoportrait qui suit. C’était dix ans après l’échec retentissant de Paros. Certes Gabriel Mailhol n’avait pas encore épousé à Saint-Papoul Jeanne Faure.

« Vous voyez en moi cet homme qui fut poète de société, prosateur éphémère, prête-nom dramatique, auteur sifflé, citoyen désespéré, héritier riche, amant prodigue, chef de maison ruiné, portier reçu à condition, et pour tout dire en un mot, le pauvre Diable. » 56Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 2, p. 46.

Le 21 octobre 1772, toujours à Saint-Papoul, Jeanne Faure, épouse de Gabriel Mailhol, met au monde cette fois un petit garçon. Mais celui-ci meurt hélas à peine ondoyé 57Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1771-1777). Document 100NUM/5E361/4. Vue 48., et Jeanne Faure meurt à son tour le 3 décembre 1772 58Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1771-1777). Document 100NUM/5E361/4. Vue 49..

En 1773, sans savoir qu’en 1775 Gabriel Mailhol publiera encore L’Avare de Molière, mis en vers, un critique resté anonyme enterre ainsi le « pauvre Diable » : « Mailhol, Gabriel, né à Carcassonne en 1725. Auteur de plusieurs Romans éphémères, d’une Tragédie, et de quelques Comédies qui ne sont connues que par leur chute. Ce serait en dire assez, si nous ne pouvions ajouter à sa louange, qu’il s’est exécuté lui-même, et paraît avoir renoncé à la Poésie, et sans doute à la Prose. Combien d’Auteurs aussi malheureux, et plus opiniâtres ! » 59Anonyme. Les Trois Siècles de la littérature françoise ou Tableau de l’esprit de nos écrivains depuis François I, jusqu’à 1773. Tome troisième, p. 7. A La Haye. Chez Moutard, Paris. 1779.

En 1774 à Carcassonne, dans la chapelle de la confrérie des Pénitents bleus, l’abbé Jean Pierre Mailhol 60Cf. Christine Belcikowski. « À propos de Jean Pierre Mailhol, né à Carcassonne, prêtre constitutionnel enfermé en l’an II aux prisons de Castelnaudary ». In Pages lauragaises 8. Centre Lauragais d’Études Scientifiques. 2018., frère cadet de Gabriel Mailhol, prononce de façon très remarquée l’Oraison funèbre de Louis XV. Et il publie la même année un Exercice de l’âme pendant la messe et les vêpres. Gabriel Mailhol, douloureusement atteint par la mort de son épouse et par la soudaine notoriété de son frère aîné, ne peut pas faire moins que de publier en 1775 son dernier opus, L’Avare de Molière, mis en vers mentionné plus haut. La publication de cette comédie constitue au demeurant le point final de sa carrière littéraire.

6. Secondes noces et engagement politique de Gabriel Mailhol

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« [Marraine] marraine, Dame Anne Antoinette Belcastel, épouse du Sieur Gabriel Mailhol, citoyen de Saint-Papoul et procureur de la commune, père de la Dame Gaston et aïeul maternel de l’enfant, laquelle en son absence a été représentée par Demoiselle Jeanne Hélène Mailhol, domiciliée à Mirepoix, grand-tante de l’enfant ». Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Baptêmes, Mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 196.

On ne sait rien des secondes noces de Gabriel Mailhol, mais le nom d’une certaine « Dame Anne Henriette Belcastel, épouse du Sieur Gabriel Mailhol, citoyen de Saint-Papoul et procureur de la commune », figure le 8 avril 1792 sur l’acte de baptême du petit Michel Etienne Pascal Antoine Jean Jacques Gaston, fils de Marianne Pétronille Mailhol et de Raymond Gaston, mariés le 19 juin 1791 à Mirepoix 6119 juin 1791. Mariage de Marianne Pétronille Mailhol et de Raymond Gaston. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 152. Cf. Christine Belcikowski. Jeunesse, mariage et ascension politique de Raymond Gaston, député de l’Ariège à l’Assemblée nationale..

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Fleury Vindry (1869?-1925). Les demoiselles de Saint-Cyr (1686-1793), p. 45. H. Champion. 1908.

J’ai cherché pendant des mois qui pouvait être cette Dame Anne Henriette Belcastel de 1792. Je passe ici sur le détail des recherches. Je n’ai jamais trouvé qu’une seule et même Anne Henriette Belcastel. Il s’agit d’Anne Henriette de Belcastel Escayrac, fille de François de Belcastel de Montvaillant, chevalier, et de Jeanne Nicole de la Tourille, baptisée le 1er octobre 1732 à Caussade (paroisse Notre-Dame) 62Les registres de Caussade hélas ne sont pas en ligne pour la date de 1732., entrée le 14 octobre 1741 aux Demoiselles de Saint-Cyr, pensionnée pour infirmité en 1745, et autorisée à un voyage en 1747. Comme Anne Henriette Belcastel ne figure pas dans la liste des Demoiselles qui sont mortes à Saint-Cyr, j’ai bon espoir qu’elle ait pu être, après le 3 décembre 1772, date de la mort de Jeanne Faure, première épouse de Gabriel Mailhol, la Dame Anne Henriette Belcastel, épouse de ce dernier en 1792.

Gabriel Mailhol n’a pas épousé en deuxièmes noces un tendron. Anne Henriette de Belcastel a en 1792 soixante ans. Mais elle s’est trouvée représentée aux États du Languedoc de 1789, sénéchaussée de Castelnaudary, par Gabriel de Séverac, seigneur d’Emmonnausseau, faisant aussi pour le baron de Cordurier 63Cahier de la noblesse de la sénéchaussée de Castelnaudary (cahier de doléances). Archives Parlementaires de la Révolution Française. Année 1879 2, pp. 553-559.. Et Gabriel Mailhol a été, quant à lui, député aux états de la province du Languedoc pour la ville de Saint-Papoul. La fonction l’intéressait : dès 1771 dans ses Lettres aux Gascons, il parle avec intérêt de « l’auguste assemblée qui compose nos états » : « Je dois d’ailleurs ne pas oublier de présenter, sur ce sujet dont j’ai parlé, la plus sûre de nos ressources. Nous la trouverons sans doute dans l’auguste assemblée qui compose nos Etats. Nos députés y voient, chaque année, d’excellents modèles frais émoulus, qu’il ne faut pourtant pas imiter en toutes choses. » 64Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons, p. 68..

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4 juin 1793. Acte de décès de Gabriel Mailhol. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1792-1797). Document 100NUM/5E361/7. Vue 144.

Àgé alors de 68 ans, Gabriel Mailhol meurt le 4 juin 1793 à Saint-Papoul. Son épouse signe de son nom noble, « de Bel Castel » ! l’acte de décès. On perd sa trace ensuite.

Il faut attendre le maître livre que Romuald Fonkoua consacre en 2008 au Philosophe nègre pour que l’on s’intéresse à nouveau à l’œuvre de Gabriel Mailhol.

References   [ + ]

1. Cf. La Fontaine, Les deux Amis : « Deux vrais amis vivaient au Monomotapa… »
2. À Berlin. Fausse adresse : ouvrage publié à Paris par Sébastien Jorry d’après la permission tacite accordée le 11 janvier 1752. BnF, ms. fr. 21994, n° 112 ; ms. fr. 21982 ; imprimé. en France, probablement à Paris, d’après les matériel et usages typographiques ainsi que le papier.
3. À Londres. Fausse adresse : ouvrage publié et imprimé par Sébastien Jorry à Paris d’après la déclaration de celui-ci, datée du 9 février 1753, à la Chambre syndicale des libraires et imprimeurs parisiens. BnF, ms. fr. 21985, fol. 86.
4. Sans mention d’éditeur.
5. Duchesne, Libraire. Paris.
6, 8. P. D. Lemazurier. Galerie historique des acteurs du théâtre français depuis 1600 jusqu’à nos jours. Tome II, p. 250 sqq. Joseph Chaumerot, Libraire. Paris. 1810.
7. Parties casuelles : droits qui revenaient au roi pour les charges de judicature ou de finance qui changeaient de titulaire.
9. Ibidem.
10. Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot depuis 1753 jusqu’à 1790. Tome I, p. 120. Furne, Libraire. Paris. 1829.
11. Cité par Jean-Pierre-Jacques-Auguste de Labouisse- Rochefort, in Souvenirs et mélanges littéraires, politiques, et biographiques. Tome II, p. 310-311. Bossange Père et Bossange Frères. Paris. 1826.
12. Élie Catherine Fréron, in L’Année littéraire. 1754. Volume 1, pp. 335-336.
13. Élie Catherine Fréron, in L’Année littéraire. 1754. Volume 5, p. 154 sqq.
14. Baron Roger Portalis. Les Dessinateurs d’illustrations au XVIIIe siècle, p. 384. Damascène Morgand et Charles Fatout. Paris. 1877.
15. Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, suivi du Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755.
16. Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, p. 5. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755.
17. Gabriel Mailhol. Le Cabriolet. Chez Marc Michel Rey. La Haye. 1755.
18. Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, p. 18. Deuxième édition. 1760.
19. Gabriel Mailhol. Le Cabriolet, pp. 16-17. Deuxième édition. 1760.
20. Cf. Patrick Wald-Lasowski. « Jacques Rochette de la Morlière, escroc et libertin, escroc et libertin« . In Dix-Huitième Siècle. Année 1997. Nº 29, pp. 465-481.
21. Maurice Tourneux. Correspondance, littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc. Tome VII, p. 177. Garnier Frères. Paris. 1879.
22. Gabriel Mailhol. em>Lettre en vers de Gabrielle de Vergy, à la comtesse de Raoul, soeur de Raoul de Coucy, p. 17.
23. Maurice Tourneux. Correspondance, littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc. Tome VII, p. 62. Garnier Frères. Paris. 1879.
24. Romuald Fonkua. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire, en deux parties. Éditions L’Harmattan. 2008.
25. Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 2, pp. 41-43.
26. Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 1, pp. 7-9.
27. Ibidem, p. 20.
28. Ibid., pp. 23-24.
29. Ibid. p. 31.
30. Ibid. p. 35.
31. Ibid. p. 41.
32. Ibid. p. 53.
33. Ibid. p. 65.
34. Ibid. p. 67.
35. Ibid., pp. 67-68.
36. Ibid., pp. 68-70.
37. Ibid., p. 86.
38. Ibid., p. 96.
39. Ibid;, pp. 101-102.
40. Ibid., p. 102-103.
41. « >Ibid., p. 109.
42. Ibid., p. 113.
43. Romuald Fonkua. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire, en deux parties, quatrième de couverture. Éditions L’Harmattan. 2008.
44. Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs : ouvrage trop nécessaire. Volume 2, p. 104.
45. Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. Notices, notes, table générale par M. Tourneux. Volume 5, p. 481. Garnier Frères. Paris. 1878.
46. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1762-1770). Document 100NUM/5E361/3. Vue 105.
47. 29 juin 1769. Baptême de Marie Anne Mailhol, fille de Gabriel Mailhol et de Jeanne Brigitte Faure. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1747-1770). Document 100NUM/AC361/1E3. Vue 172.
48. M. Desgrouais. Les Gasconismes corrigés : ouvrage utile à toutes les personnes qui veulent parler et écrire correctement, et principalement aux jeunes gens, dont l’éducation n’est point encore formée. Imprimerie de Jean Jacques Robert. Toulouse. 1766. Commentaire de Grimm dans sa Correspondance, littéraire, philosophique et critique : « Le projet de l’auteur est de relever toutes les manières de parler vicieuses qui sont en vogue dans les provinces méridionales de la France. Ces expressions et tournures vicieuses ne sont pas en petit nombre, et l’auteur, résidant à Toulouse, peut se vanter d’être à leur source. »
49. Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons sur leurs bonnes qualités, leurs défauts, leurs ridicules, leurs plaisirs, comparés avec ceux de la capitale. Chez Dupleix et Laporte. Toulouse. 1771.
50. Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons. Première Lettre. Vues de l’auteur, p. 1.
51. Ibidem, p. 99.
52. Ibid.
53. Ibid.
54. Ibid. p. 19 sqq.
55. Ibid. p. 105-106.
56. Gabriel Mailhol. Le Philosophe nègre et les secrets des Grecs. Volume 2, p. 46.
57. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1771-1777). Document 100NUM/5E361/4. Vue 48.
58. Archives dép. de l’Aude. Saint-Papoul (1771-1777). Document 100NUM/5E361/4. Vue 49.
59. Anonyme. Les Trois Siècles de la littérature françoise ou Tableau de l’esprit de nos écrivains depuis François I, jusqu’à 1773. Tome troisième, p. 7. A La Haye. Chez Moutard, Paris. 1779.
60. Cf. Christine Belcikowski. « À propos de Jean Pierre Mailhol, né à Carcassonne, prêtre constitutionnel enfermé en l’an II aux prisons de Castelnaudary ». In Pages lauragaises 8. Centre Lauragais d’Études Scientifiques. 2018.
61. 19 juin 1791. Mariage de Marianne Pétronille Mailhol et de Raymond Gaston. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 152. Cf. Christine Belcikowski. Jeunesse, mariage et ascension politique de Raymond Gaston, député de l’Ariège à l’Assemblée nationale.
62. Les registres de Caussade hélas ne sont pas en ligne pour la date de 1732.
63. Cahier de la noblesse de la sénéchaussée de Castelnaudary (cahier de doléances). Archives Parlementaires de la Révolution Française. Année 1879 2, pp. 553-559.
64. Gabriel Mailhol. Lettres aux Gascons, p. 68.

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