Les chemins de Jean Dabail – A Mirepoix, Caudeval, Lafage, nébuleuse royaliste et « bandits royaux »

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La multiplication des « bandits royaux » en Ariège à partir de l’an II résulte de causes multiples : misère qui frappe le petit peuple dans un contexte de pénurie généralisée ; présence de nombreux réfractaires ou déserteurs après la levée en masse décrétée par la Convention le 23 février 1793, puis la conscription instaurée par la loi Jourdan du 19 fructidor an VI (5 septembre 1798) ; infiltration du département par des agents royalistes venus de Vendée, de Normandie, ou d’Espagne 1Cf. Christine Belcikowski, Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 1. Louis Maury et Gérard Saint-Elme. ; influence du milieu royaliste ariégeois et audois.

En rapport avec les « bandits royaux » qui ont hanté la contrée de Mirepoix, je me suis intéressée aux familles nobles ou assimilées qui ont compté dans la dite contrée un ou plusieurs émigrés.

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Après le départ du marquis du Mirepoix, prudemment émigré à Rome dès octobre 1789, quatre familles de la même contrée ont vu un ou plusieurs de leurs membres émigrer à leur tour. Il s’agit des familles Malroc de Lafage à Mirepoix, de Gouzens de Fontaines à Lafage, de Rouvairollis de Rigaud à Caudeval, et de Pardaillan de Portes à Manses. De façon sincère ou opportuniste – nul aujourd’hui n’est à même d’en juger -, ces familles ont adhéré au projet de la Constituante ; il se peut en revanche qu’à partir de la Convention, elles aient nourri des sympathies pour la Contre-Révolution, voire traité avec cette dernière.

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Ci-dessus : Collection de Vinck. Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870. Vol. 26 (pièces 4348-4477).

1. Le cas de la famille Malroc

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Ci-dessus : reste du château de Lafage.

Lointain descendant d’un chaudronnier de Lavelanet, fils d’un riche marchand, Guillaume Dominique Malroc est avant la Révolution lieutenant général criminel en la sénéchaussée de Limoux et co-seigneur de Lafage. Guillaume Augustin Malroc, son frère cadet, est procureur du roi à Carcassonne. Jean Baptiste Paul Malroc, son frère puîné, est prêtre et curé de Lafage. Jean Maurice Florentin Malroc de Raissac (commune située à 5 kilomètres de Lafage), autre frère des mêmes, est jusqu’en 1791 membre du corps prestigieux des gardes de Louis XVI. Jeanne Marie Malroc, soeur des mêmes, a épousé en 1752 Guillaume de Jaubert conseiller du roi, lieutenant en la maitrise des eaux et forêts de la ville de Quillan au diocèse d’Alet, fils de Jean Louis de Jaubert, aussi conseiller du roi, et de feue Marie Anne de Rouvairollis.

A Lafage et à Raissac, les Malroc fréquentent régulièrement la famille Gouzens de Fontaines, qui a vendu au marchand Dominique Malroc, au début du XVIIIe siècle, une partie de son antique seigneurie. A Caudeval, ils fréquent la famille Rouvairollis de Rigaud.

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On lit de la plupart des gardes du corps de Louis XVI qu’ils ont émigré. C’est le cas de Jean Maurice Florentin Malroc de Rayssac. On ignore ce qu’il advient de lui par la suite. Il est mort toutefois avant 1825, puisque son nom figure cette année-là sur une ordonnance de « dépossession pour cause d’émigration », ordonnance rendue à la demande de trois héritiers potentiels du dit Malroc de Rayssac, dont Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines, qui se dit en l’affaire « héritier institué ».

Le 17 août 1792 à Carcassonne, tandis qu’une émeute éclate à l’écluse du Fresquel à propos des 23 000 setiers de blé qui partent vers l’armée des Pyrénées orientales et vers celle de Toulon, Guillaume Augustin Malroc, alors administrateur du district, et Jean Baptiste Espert, natif de Sibra près de Mirepoix, procureur syndic du même district, brillent tous deux par leur absence de réaction face à l’émeute. Ils seront suspectés d’avoir laissé faire, sans toutefois se voir poursuivis.

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Ci-dessus : à Mirepoix, rue Maréchal Clauzel, ancien hôtel particulier de la famille Malroc.

Le directoire politique de l’Ariège se montre autrement sévère concernant à Mirepoix des événements comparables à ceux de Carcassonne. Le 17 messidor an II (3 juillet 1794), Guillaume Dominique Malroc, qui a été maire de Mirepoix de 1791 à 1792, Guillaume Paul Benoît Malroc, son fils cadet, et Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, seigneur de Caudeval, sont arrêtés, car prévenus par le Comité de sûreté générale d’être « auteurs ou complices des mouvements séditieux excités dans la commune de Mirepoix, les 28, 29 et et 30 août 1792 » 2Cf. A. Gardes, Un épisode de la Révolution à Mirepoix (Ariège), 1791-1798, pp. 1-23, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1912, vol. 13, n° 1-1913, vol. 13, n° 8.. Conduits en charrette à Paris, ils ne doivent leur salut qu’à leur arrivée dans la capitale quelques jours après Thermidor. Ils nourrissent par la suite une solide rancune à l’encontre du régime qui leur a infligé cette épreuve.

Guillaume Paul Benoît Malroc a tenté d’émigrer en 1793. Arrêté à Sète, acheminé ensuite vers Paris, il s’évade à Pont-Saint-Esprit et retourne à Mirepoix. Deux ans plus tard, il ne craint pas d’afficher en ville sa couleur politique. Le registre municipal mirapicien conserve en date du 21 germinal an III (10 avril 1795) les procès-verbaux du scandale causé au café Pas par le citoyen Guillaume Paul Benoît Malroc. Armé ce jour-là du bâton des muscadins, bâton autrement dénommé « directoire exécutif », Guillaume Paul Benoît Malroc s’en prend au très jacobin Abraham Louis, membre de l’ex-comité de surveillance de la ville :

« Tu [Abraham Louis] es un foutre gueux, et un tas de foutus coquins qui avez signé pour arrêter et condamner… Si tout le monde pensait comme lui [Paul Malroc], ils le [Abraham Louis] rappelleraient bientôt aux principes d’humanité et de justice qu’il [Abraham Louis] avait proscrits si longtemps… S’ils étaient plusieurs comme lui [Paul Malroc], ils arracheraient les entrailles au comité… » 3La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – La traverse de l’ancien café Pas.

Bien informé du dessous des cartes de la Révolution ariégeoise, Frédéric Soulié rapporte que certaines grandes familles de la société locale auraient bénéficié de la protection des « bandits royaux », voire tiré parti de l’action de ces derniers. Il ne nomme aucune de ces familles, mais il observe qu’à « l’époque de la Terreur », le bandit Guillaume Sibra, dit Jean Dabail, « ancien serviteur d’une des familles les plus nobles du pays, prit sous sa protection ceux qu’il avait servis autrefois » 4Frédéric Soulié, Deux séjours – Province, Paris, p. 272, Hippolyte Souverain, deuxième édition, 1837.. Or Louis Sibra, père de Guillaume Sibra, natif d’un hameau circonvoisin de Mirepoix, avait travaillé comme brassier à la métairie de Mérouly, qui était alors un bien de la famille Malroc.

Au printemps de l’an V, début de la période de haute tension qui va, entre germinal et fructidor, du triomphe électoral du parti royaliste à l’annulation des élections par le Directoire et au retour des anciens conventionnels aux affaires, Guillaume Sibra se voit arrêté comme fauteur de divers troubles dans la ville de Mirepoix, dont le 3 floréal an V (22 avril 1797) une agression contre Clauzel fils, i.e. Joseph Louis Marie Clauzel, fils de Gabriel Clauzel, qui, meneur de la révolution jacobine à Mirepoix, a été maire de la ville de 1790 à 1791, puis derechef en 1795. Confronté à Clauzel fils, Guillaume Sibra l’accuse de lui avoir « proposé plusieurs quadruples pour tuer, entre autres, le citoyen Dufrene », notaire, ex-homme de confiance du marquis de Mirepoix. Inspiré ou commandité par qui donc en arrière-plan ? – Guillaume Sibra vise probablement ici le père via le fils. L’attaque porte d’autant plus qu’en l’an III déjà, lors du désarmement des membres du comité de surveillance de la ville, Joseph Clauzel avait fait l’objet de poursuites, suivies d’une condamnation aux dépens, pour avoir publiquement déclaré que « la moitié des habitants de Mirepoix étaient des coquins et, au nombre de ceux-ci, une grande partie des autorités constituées. » Au nombre de ces « coquins », il comptait sans doute, au premier chef, Guillaume Dominique Maroc et les siens.

Le 24 vendémiaire an VI (15 octobre 1797), soit quinze jours après le coup d’état du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) qui entraîne l’annulation des élections et le retour des conventionnels au pouvoir, Guillaume Sibra et sa bande s’en prennent à Pierre Soulié, prêtre constitutionnel, par ailleurs oncle du futur Frédéric Soulié, qu’ils couvrent de huées lors de son intronisation à la cathédrale. Jean Baptiste Paul Malroc, trop âgé, n’est plus alors curé de Lafage, mais il n’a pas adhéré à la constitution civile du clergé, et lui et sa famille, comme tant d’autres dans Mirepoix, n’ont sans doute pas réprouvé les dites huées. Un peu plus tard dans la même journée, Guillaume Sibra tente d’assassiner rue del Four (aujourd’hui rue Jacques Fournier) le citoyen Roussel, maire de Lapenne, membre du conseil de canton. Le 30 vendémiaire an VI (21 octobre 1797), le tribunal militaire condamne le déserteur Guillaume Sibra à cinq ans de fers pour vol aux armées. Averti de cette condamnation par quelqu’un de bien placé, Guillaume Sibra s’est évanoui dans la nature quelques jours plus tôt. Les granges des propriétaires de biens nationaux brûlent ensuite, ça et là dans la contrée de Mirepoix, pendant une année. 5Christine Belcikowski, Les chemins de Jean Dabail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Miepoix au temps de la Révolution française, L’Haramattan, 2014.

2. D’octobre 1797 à novembre 1798, Guillaume Sibra a pu tenir une base arrière à Lafage

Le 18 brumaire an VII (8 novembre 1798), émanant de Mirepoix, une dénonciation indique que Guillaume Sibra tient quartier dans le département de l’Aude. Où exactement ? Les archives ne le disent pas.

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L’examen de la carte reproduite ci-dessus montre que Guillaume Sibra a eu toute facilité de gagner l’Aude depuis Mirepoix, puisque trois heures de marche suffisent pour se rendre à Lafage ou à Caudeval, qui se trouvent dans le département voisin. La grand’route qui mène à Cadauval circule en plaine toutefois. Guillaume Sibra ne l’a probablement pas empruntée ; elle l’eût exposé au risque de cheminer à découvert. S’il s’est rendu à Caudeval, c’est sans doute, de façon plus discrète, par la voie des collines, via Malegoude, dont le maire, Pierre Lacorême, qui avait refusé de signer la Constitution, le protégeait ainsi que les siens, si l’on en croit la rumeur d’alors. Mais Guillaume Sibra s’est plus probablement encore rendu à Lafage, via une vallée étroite qui s’élève parmi des bois sombres, qui passe par la métairie de Barthoranié, propriété de la famille de Gouzens de Fontaines, et qui, une fois le col franchi, donne sur l’Aude, et Lafage, immédiatement en contrebas. Guillaume Sibra disposait là probablement d’un accueil, voire d’une protection secrète.

Arrêté dans l’Aude le lendemain de cette dénonciation (29 brumaire an VII, 19 novembre 1798), Guillaume Sibra se trouve conduit par la force armée à la prison de Foix. Il s’en évade le 17 vendémiaire an VIII (9 octobre 1799) et retourne alors à sa carrière de « brigand royal », puis de brigand tout court.

3. Le cas de la famille Rouvairollis de Rigaud

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Ci-dessus : château de Caudeval.

Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, baron de Caudeval, ancien capitoul de la ville de Toulouse, épouse le 4 février 1766, en présence de Noble Etienne de Montfaucon capitaine des grenadiers royaux, demoiselle Rose de Champflour, petite-nièce de Jean Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix, fille de feu Noble Gerard de Champflour, commandant des mulâtres de l’Artibonite, Isle de Saint‑Domingue, et de demoiselle Marguerite Dulino de Balmont. Outre son château de Caudeval, Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud possède, entre autres, une demeure à Mirepoix 6Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°185 à 212., sise rue de la porte d’Aval (aujourd’hui rue Monseigneur de Cambon) et rue Courlanel (aujourd’hui rue Maréchal Clauzel), demeure incluant la bâtisse dite « tour de la douairière », laquelle bâtsse appartenait au XVIIe siècle à Louise de Roquelaure, alors régente de la seigneurie de Mirepoix, et abritait une garnison dédiée au service de cette dernière.

Après avoir été relaxé le 1er juin 1793 des poursuites engagées contre lui à la suite des désordres survenus à Mirepoix les 28, 29 et 30 août 1792, Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud est arrêté le 17 messidor an II (3 juillet 1794) avec Guillaume Malroc et sept autres notables mirapiciens, transféré à Paris pour y comparaître devant le tribunal révolutionnaire, tandis que ses biens sont immédiatement saisis et vendus. Comme ses compagnons d’infortune, il échappe finalement à la guillotine, parce que la charrette qui les transportait arrive à Paris quelques jours après Thermidor.

Jean Baptiste François Evremond de Rouvairollis de Rigaud, fils de Jean Clémnt de Rouvairollis de Rigaud et de Rose de Champflour, est en 1782 cadet-gentilhomme au bataillon auxiliaire des troupes des colonies 7Archives nationales d’outre-mer, Secrétariat d’état à la Marine, Personnel colonial ancien, de Caudeval., puis, dans les dernières années de l’Ancien Régime, avec Guillaume Marie de Champflour, son lointain cousin, membre de la prestigieuse compagnie des gardes du corps de Louis XVI. Il s’empresse en 1789 d’émigrer, – peut-être à Rome, si l’on en croit Frédéric Soulié dans Le Magnétiseur, et à l’exemple de Louis François Marie Gaston de Lévis, seigneur de Mirepoix. Joseph de Champflour, frère de Guillaume Marie de Champflour, s’emploie activement dans la Contre-Révolution, et il tombe à Quiberon pour sa foi, sa loi, son roi, en 1795.

Rose de Champflour a peut‑être émigré à Rome elle aussi, au moins durant le temps qu’ont duré les poursuites engagées à l’encontre de son époux. Frédéric Soulié, en tout cas, conte les aventures d’une certaine Diane de l’Etang, sosie de Rose de Champflour à Rome, et il prête à l’émigrée, qui tente de se frayer un chemin dans une foule hostile, une façon à la bravade qui signe la « morgue nobiliaire » du personnage :

« Un matin, au coin de la place Navone, à deux pas du Panthéon, un groupe d’hommes et de femmes parlaient tumultueusement du bonheur d’être libres. Un orateur monté sur une borne débitait en prose un pamphlet révolutionnaire […]. Au-dessus de lui était inscrutée, à l’angle du mur, une madone à laquelle on avait mis sur l’oreille une énorme cocarde tricolore. L’enfant Dieu, qu’elle tenait sur ses genoux, en avait une de pareille dimension, et il n’était pas jusqu’à la figure symbolique du Saint-Esprit, qui planait sur ce groupe religieux, dont on n’eût décoré la tête emplumée d’une cocarde imperceptible. Au moment où l’orateur venait de montrer à ses auditeurs que la liberté du peuple n’était autre chose que l’esclavage des grands, une femme passe devant cette petite assemblée, la considère un moment, et continue son chemin après avoir laissé percer un geste de dégoût et de colère.
— Sainte Marie ! s’écrie un des attroupés, cette femme a passé devant la madone sans saluer la cocarde tricolore !
— C’est une femme noble, une aristocrate ! répondent les premiers qui entendent cette remarque.

— Elle nous brave.
— Elle nous insulte.
— Elle nous a regardés par-dessus l’épaule.
— Elle a montré la madone d’un geste de mépris.
— Elle a murmuré entre ses dents.
— Elle nous a traités de canailles.
— Elle nous a appelés misérables.
— Elle nous a menacés.
— Voilà les gens qui nous feraient tous pendre, s’ils reprenaient le pouvoir.

— Et qui l’ont déjà fait.
— Et nous le souffrirons !
— Non !

— Non !
— Non !
— Vengeance !
— Oui, vengeance !
— Mort aux aristocrates !
— Au Tibre l’aristocrate !
— Au Tibre la robe de soie !
— Au Tibre la mantille de dentelle !
— Au Tibre le chapeau de velours ! » 8Frédéric Soulié, Le Magnétiseur, p. 42, Librairie nouvelle, Paris, 1857.

Revenu d’émigration en l’an V, Jean Baptiste François Evremond de Rouvairollis de Rigaud fait l’objet d’un signalement à Limoux, le 8 ventôse an VI, pour attroupements et chants séditieux 9Archives départementales de l’Aude, Sylvie Caucanas, Série L : Administration et tribunaux révolutionnaires, 1790-1800, p. 326..

4. Le cas de la famille de Gouzens de Fontaines et de la famille de Paulo

Né à Lafage le 14 août 1781, fils de Jean Henry de Gouzens de Fontaines, seigneur de Lafage, et de Marie Anne de Faure, petit-fils de Balthazar de Gouzens de Fontaines, ancien seigneur de Lafage († 1772), de Marie de Voisins († 1737), de feu Etienne de Faure, ancien officier de cavalerie, et d’Anne de Gouget de Castéran, Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines a huit ans en 1789, dix-sept ans en 1799, lorsqu’éclate, préparée en son château de Terraqueuse, situé à 28 kilomètres de Lafage, par le comte Jules de Paulo, la grande insurrection royaliste du Midi. Il se peut bien que, malgré son jeune âge, il ait participé à cette insurrection. La jeunesse attire la jeunesse. Le comte de Paulo n’a alors que vingt-quatre ans, et toute la fougue de cet âge romantique.

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Ci-dessus : reste du rempart de Terraqueuse. Le château a brûlé pendant que le comte de Paulo était émigré en Espagne..

Après la cruelle défaite de Montréjeau, qui date de 1799, révélant ainsi les liens que les Gouzens entretiennent avec les Paulo, Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines épouse Marie Thérèse Antoinette Gabrielle Aglaé de Paulo, soeur de Jules Antoine de Paulo, chef de l’insurrection royaliste de l’an VII, fille de Marc-Antoine de Paulo, comte de Paulo, capitaine de dragons dans le régiment d’Orléans, nommé en 1778 par ordonnance royale membre de la municipalité de Toulouse, émigré en 1791, mort en Espagne, et d’Elisabeth de Faudoas-Barbazan, héritière des barons de Serillac.

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Ci-dessus : à Toulouse, rue Ninau, porte de l’ancien hôtel particulier de Marc-Antoine de Paulo, comte de Paulo, capitaine de dragons dans le régiment d’Orléans.

Marie Antoinette Julie Nataly Gouzens, premier enfant de Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines et de Marie Thérèse Antoinette Gabrielle Aglaé de Paulo, naît le 29 pluviôse an XII (19 février 1804) à Lafage. Réduit à la propriété de la métairie de Mounet, près de Lafage, Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines devient par la suite capitaine de gendarmerie. Il habite alors Mirepoix avec son épouse, dans la maison de l’ingénieur Guillaume Vidalat, qui a épousé en 1802 Anne Marie Charlotte de Gouzens de Fontaines. Le même Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines a toujours pour notaire Gaston Dufrene, qui a servi le vieux marquis de Mirepoix et sur la tête duquel Guillaume Sibra, lors de son interrogatoire de l’an V, suggérait que Joseph Louis Marie Clauzel pouvait avoir mis un contrat.

5. Le cas de la famille Pardaillan de Portes

Nul ne sait ce qu’il est advenu de la famille de Pardaillan, titulaire du marquisat de Portes depuis 1747, durant la Révolution. L’étude reste à faire, mais les archives manquent. Peu aimée de la commune qu’elle administrait, la famille n’est point restée à Portes (aujourd’hui Manses). Elle a probablement émigré, car, dans son Journal d’émigration, Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, signale la présence d’un Pardaillan à Liège en février 1791 10Journal d’émigration du prince de Condé. 1789-1795, publié par le comte de Ribes. Impr. Frazier-Soye. Sous les auspices de la Société des bibliophiles français, chez Georges Servant, éditeur, Paris, 1924 : « Le Chevalier de Maynard-Lavalette venait d’arrêter Théroigne de Méricourt, à une demi-lieue de Liège, sur ordre du Prince-Evêque de Liège et de M. de Mercy-Argenteau. M. de Pardaillan servait de courrier au Prince dans cette affaire ».. Mais s’agit-il ici du marquis de Portes, ou de son parent biterrois, le baron du Treil ?

6. Plus tard

Le nom de la famille Malroc disparaît ensuite des archives, puisque Guillaume Paul Benoît Malroc est resté célibataire, et puisque Dominique Antoine Carloman Malroc, frère aîné de ce dernier, n’a point eu d’héritier mâle. La famille Rouvairollis de Rigaud de Caudeval rentre dans une partie de ses biens 11Cf. États détaillés des liquidations faites par la Commission d’Indemnité, à l’époque du 31 décembre 1827, en exécution de la loi du 27 avril 1825, au profit des anciens propriétaires ou ayant-droit des anciens propriétaires de biens-fonds confisqués ou aliénés révolutionnairement / 1 Contenant, par ordre alphabétique, depuis le Département de l’Ain jusques et y compris celui de Jura ; Imprimerie Royale, 1828., mais elle déménage à Limoux, dans l’Aude, où elle conserve au XIXe siècle une notabilité certaine. Pressée par le besoin, la famille de Gouzens de Fontaines vend peu à peu la totalité des biens qui lui restent. La famille de Pardaillan de Portes, quant à elle, réintègre son fief et exerce sur ce dernier une autorité décriée jusqu’en 1899.

References   [ + ]

1. Cf. Christine Belcikowski, Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 1. Louis Maury et Gérard Saint-Elme.
2. Cf. A. Gardes, Un épisode de la Révolution à Mirepoix (Ariège), 1791-1798, pp. 1-23, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1912, vol. 13, n° 1-1913, vol. 13, n° 8.
3. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – La traverse de l’ancien café Pas.
4. Frédéric Soulié, Deux séjours – Province, Paris, p. 272, Hippolyte Souverain, deuxième édition, 1837.
5. Christine Belcikowski, Les chemins de Jean Dabail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Miepoix au temps de la Révolution française, L’Haramattan, 2014.
6. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°185 à 212.
7. Archives nationales d’outre-mer, Secrétariat d’état à la Marine, Personnel colonial ancien, de Caudeval.
8. Frédéric Soulié, Le Magnétiseur, p. 42, Librairie nouvelle, Paris, 1857.
9. Archives départementales de l’Aude, Sylvie Caucanas, Série L : Administration et tribunaux révolutionnaires, 1790-1800, p. 326.
10. Journal d’émigration du prince de Condé. 1789-1795, publié par le comte de Ribes. Impr. Frazier-Soye. Sous les auspices de la Société des bibliophiles français, chez Georges Servant, éditeur, Paris, 1924 : « Le Chevalier de Maynard-Lavalette venait d’arrêter Théroigne de Méricourt, à une demi-lieue de Liège, sur ordre du Prince-Evêque de Liège et de M. de Mercy-Argenteau. M. de Pardaillan servait de courrier au Prince dans cette affaire ».
11. Cf. États détaillés des liquidations faites par la Commission d’Indemnité, à l’époque du 31 décembre 1827, en exécution de la loi du 27 avril 1825, au profit des anciens propriétaires ou ayant-droit des anciens propriétaires de biens-fonds confisqués ou aliénés révolutionnairement / 1 Contenant, par ordre alphabétique, depuis le Département de l’Ain jusques et y compris celui de Jura ; Imprimerie Royale, 1828.

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  • Hélène LACROIX at 17 h 10 min

    Je suis particulièrement interessée par cet article car je suis une descendant de la famille MALROC par une fille de Dominique et Pétronille LASALLE, Catherine (1746-1811) qui a épousé en 1766 à Quillan Jean Antoine ROILLET, avocat. Une de leur fille a épousé en 1791 Antoine Michel MEILHON, avocat mon ancêtre à la 6ème génération. Dans la famille on racontait que l’avocat avait sauvé la « marquise » de l’échafaud… et qu’elle l’avait épousé par reconnaissance.

    • La dormeuse at 20 h 00 min

      Bienvenue ! Et merci du partage de tradition familiale dont vous nous faites l’amitié.

  • Pierre Bouyssou at 16 h 46 min

    J’aimerai imprimer votre texte et ne trouve pas le moyen. Je m’intéresse depuis plusieurs années au comte de Paulo et prépare un article.

    • La dormeuse at 16 h 51 min

      Voici la méthode la plus simple :
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