Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 1. Louis Maury et Gérard Saint-Elme

Du 30 vendémiaire an VI (21 octobre 1797) au 29 brumaire an VII (19 novembre 1798), sur les chemins que Jean Dabail 1Cf. Christine Belcikowski, Les chemins de Jean Dabail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française, éditions L’Harmattan, 2014., alors en cavale, hante avec sa bande aux parages de Mirepoix et de Pamiers, d’autres « malfaisants », comme disent les autorités révolutionnaires, circulent aussi.Criminalité de droit commun et menées contre-révolutionnaires se confondent dans leur parcours. D’où le terme de « bandits royaux » que leur assigne les pouvoirs publics. La grande histoire ne se souvient pas de leurs noms ni de leurs faits et gestes. Mais, bien qu’incendiées par de nouveaux « malfaisants », les archives tribunal aient brûlé dans la nuit du 5-6 brumaire an XII (28-29 octobre 1803) à Foix, d’autres archives fournissent aujourd’hui encore quelques traces des crimes et délits commis en Ariège par plusieurs « bandits royaux ».

1. Louis Maury

 

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J’ai découvert la première mention du nom de Louis Maury, « the fameux chef de bande » de Pamiers, dans Conscripts and Deserters, The Army and French Society during the Revolution and Empire 2Alan Forrest, Conscripts and Deserters, The Army and French Society during the Revolution and Empire, pp. 165-166, Oxford University Presss, 1989., maître ouvrage de Alan Forrest, professor of Modern History at the University of New York. Alertée par cette mention, j’ai glané divers renseignements dans les vieux livres et aux Archives nationales.

 

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Ci-dessus : Victor Pierre, in 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine.

Victor Pierre, dans 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine 3Victor Pierre, 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine, p. 235, Alphonse Picard, Paris, 1893., invoque sans autres précisions « l’affaire de Maury au tribunal de la Seine-Inférieure ». Il s’agit d’une affaire de meurtre, dans le contexte de la chouannerie, qui a valu à Maury d’être incarcéré dans les prisons de Rouen. Un procès-verbal de la séance du 29 prairial an IV (17 juin 1796) du Directoire exécutif indique qu’il a été « payé le 23 germinal à Blanc, pour «mission secrète pour découvrir les chefs de chouans à Rouen et à Paris », 250.000 livres ; — au même, le 7 floréal, «pour mission secrète pour découvrir les chefs de chouans et suite de l’affaire de Maury-Sainte-Claire et autres arrêtés à Rouen, ce tant pour lui que pour Jubé, son camarade », 200.000 livres ; – le 17 floréal, à Grisel, en vertu d’un arrêté du Directoire de ce jour », 10.000 livres; – le 25 floréal, à Grisel, «pour dépenses relatives à la conspiration découverte », 45.000 livres. » 4Recueil des actes du Directoire exécutif : procès-verbaux, arrêtés, instructions, lettres et actes divers, tome 2 / publ. et annotés par Antonin Debidour, p. 640, Imprimerie nationale, Paris, 1910-1917.

Peu de temps après son incarcération rouennaise, Maury s’évade. La consultation des archives nationales montre qu’après avoir passé une saison dans le Gard, le dit Maury a migré en Ariège et qu’il exerce désormais ses coupables activités dans le secteur de Pamiers et de Saint-Girons.

Un dossier de la Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice 5Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/135.Dossier 1241(D). mentionne d’abord « à Pamiers, l’assassinat du « patriote » Belondrade, neveu de Vadier, par Louis Maury (vendémiaire-frimaire an IV) ». La seule relation documentée que j’ai pu trouver de cet assassinat émane du journaliste toulousain Jean Baptiste Broulhiet, dans L’Anti-Terroriste ou le Journal des Principes :

 

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Source : L’Anti-Terroriste ou le Journal des Principes ; suite au Journal du département de la Haute-Garonne, 30 pluviôse an V (18 février 1797), n°93. Créé à Toulouse par Jean Baptiste Broulhiet 6Cf. Dictionnaire des journalistes (1600-1789) : Jean Baptiste Brouilhet, ex-imprimeur-libraire, journaliste coutumier des opinions séditieuses, l’Anti-Terroriste sera interdit par le Directoire au cours de l’année 1797.

Le « patriote » victime de cet assassinat est Jean Belondrade, signalé dans divers procès verbaux relatifs aux trois jours d’émeutes survenus à Pamiers les 7, 8 et 9 mai 1792. Il s’agit d’un volontaire de la garde nationale, connu pour avoir participé à de nombreux débordements violents et avoir recherché l’affrontement avec la « bande noire », ou bande réputée, ou présumée, au service de « l’aristocratie » qui tient alors la mairie appaméenne. A noter qu’établis par la municipalité « aristocratique », signés par Jean Baptiste Darmaing, maire très girondin opposé au très jacobin Marc Guillaume Alexis Vadier, ces procès-verbaux peuvent être considérés comme à charge contre Jean Belondrade, neveu ou cousin de Vadier. Jean Baptiste Darmaing mentionnera ces procès verbaux dans son Supplément au tableau des crimes et mensonges de Vadier, texte publié en 1795 à l’occasion du procès intenté par le Directoire exécutif au dit Vadier :

« Procès-verbal du mai 1792, d’oû il résulte que les citoyens effrayés vinrent chercher asile â la maison commune, qu’ils étoient meurtris de coups, que les épaulettes étoient enlevées aux officiers de la garde nationale par les Gailhard frères, Belondrade, neveu de Vadier, Fleuret, et autres factieux, soutenus par quelques soldats du Cambresis.

Autre procès-verbal du 8 mai dit, d’où il résulte que Belondrade, le neveu de Vadier, Bribes, son acolyte Grassies et autres maltraitoient les citoyens et enlevoient leurs armes aux officiers de la garde nationale.

Autre procès-verbal du 8 mai d’où il résulte que Gailhard, Belondrade (neveu de Vadier) et autres, se sont portés à de grands excès contre des citoyens et l’agent national en ses fonctions. » 7Jean Baptiste Darmaing,Supplément au tableau des crimes et mensonges de Vadier, pp. 5-6, édition de l’Union, Paris, 1795.

Suspecté un peu plus tard du meurtre du marchand Montela, arrêté pour désertion et incarcéré dans les prisons de Narbonne, Jean Belondrade fait l’objet d’un interrogatoire, le 2 nivôse an II, devant le tribunal militaire de l’armée des Pyrénées orientales. Il invoque à cette occasion divers noms de notables, ou autres, tenus par les « patriotes » pour fauteurs de rassemblements « à fin d’opérer une contre-révolution et une nouvelle Vendée ». Il évoque également, mais cette fois sans donner de noms, « plusieurs déserteurs et gens suspects, de Mazères, de la Bastide de Lordat, de Saverdun, de Montaut et des environs, avec qui il s’est trouvé enfermé et qui constituent d’évidence le vivier dont profitent les « bandits royaux » :

 

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Source : Rapport au nom de la commission des Vingt-Un, créée par le décret du 7 nivôse, an III, pour l’examen de la conduite des Représentants du Peuple Billaud-Varennes, Collot d’Herbois et Barrère, membres de l’ancien Comité de Salut Public, et Vadier, membre de l’ancien comité de Sûreté générale ; fait le 12 ventôse an III, par le Représentant du Peuple Saladin, député par le Département de la Somme ; édité chez Rondonneau, Paris, et Baudoin, Imprimeur de la Convention Nationale ; 28 ventôse an III.

Suite à cet interrogatoire et aux indications qu’il a données, gage sans doute de son élargissement, Jean Belondrade sera assassiné par Maury et les siens, le 7 pluviôse an III, comme on sait.

Le 1! germinal an V, Maury et sept autres individus originaires de Mazères se signalent encore à Pamiers par un « assassinat non consommé, assorti d’extorsion d’argent ». Les sept comparses de Maury ont été arrêtés, mais point leur chef. Etabli par le tribunal correctionnel de Pamiers, un état des causes à juger indique en marge que « les sept individus de Mazères ont demeuré un an à la commission militaire à Perpignan, qui vient de les renvoyer ici pour que la procédure soit instruite, ce qui se fait. Ils sont les compagnons des fameux Maury et Fontanilhes, conspirateurs royaux » 8Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/137.Dossier 4854(D/). N°12.. A Pamiers comme à Perpignan, la justice se hâte toutefois lentement.

La Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice indique qu’en l’an IV on s’inquiète déjà à Paris de « l’affaire de la conspiration Maury, avec complicité de Gérard dit de Saint-Elme ou chevalier de Saint-Georges » 9Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/135. Dossier 7361(D).. L’affaire sera instruite de thermidor an IV à vendémiaire an VII.

Grâce à deux lettres du Citoyen Duval, alors commissaire du Directoire près l’administration centrale du département de la Seine-Inférieure, on dispose de quelques renseignement sur le passé rouennais de Prosper Gérard, alias Gérard Saint-Elme, « chef de chouans », se disant chevalier de Saint-Elme ou chevalier de Saint-Georges. Sa devise : « La liberté ou la mort ».

« Rouen, le 13e jour de pluviôse an VI.
Le commissaire du Directoire exécutif près l’administration centrale du département de la Seine-Inférieure.

Citoyen ministre,

Il (Gérard Saint-Elme) fut traduit au tribunal criminel du département de la Seine-Inférieure, qui ordonna sa translation dans le département du Var ou du Gard, lieu de son dernier domicile connu ; Que, pendant sa translation, il parvint à obtenir une mise en liberté du Comité de sûreté générale ; Que, s’étant depuis reproduit à Rouen parmi les réactionnaires les plus turbulents, il y fut arrêté avec le fameux Maury, qui doit avoir été depuis jugé et exécuté comme chef de brigands dans les départements de l’Ardèche et du Gard 10Duval manque ici d’informations sur le sort de Maury. ; Que, détenu avec ce Maury dans les prisons de Rouen, il est parvenu à s’en évader, et que, depuis ce temps, on l’a vu plusieurs fois à Paris, où il se disait employé par le gouvernement. »

Salut et respect.
DUVAL

« Rouen, le 3e jour de ventôse de l’an VI de la République.
Le commissaire du Directoire exécutif près le département de la Seine-Inférieure an ministre de la police générale.

Citoyen ministre,

Vous m’avez chargé, par votre lettre du 7 pluviôse dernier, de vous transmettre tous les renseignements que je pourrais me procurer sur les liaisons, les intrigues et les menées du nommé Gérard Saint-Elme, fameux chef de Chouans.

Je vous fais passer ci-jointes copies certifiées de toutes les pièces qui se trouvent au greffe du tribunal criminel du département concernant cet individu.

Je vous observe en outre, citoyen ministre, qu’il y a d’autres pièces relatives au fait de son émigration qui ont été envoyées, le 9 messidor an v, au tribunal criminel de l’Eure, en vertu d’un jugement du tribunal de cassation du 3 prairial même année. S’il s’y trouve principalement copie de deux lettres de Gérard envoyées par le ministre de la justice, le 2 prairial an IV, au commissaire du Directoire près le tribunal criminel, et dont les originaux sont dans le livre intitulé : Correspondance originale des émigrés. Le ministre de la justice pourrait, citoyen ministre, ordonner que le tribunal criminel de l’Eure vous fit la remise de ces différentes pièces, ou, du moins, vous en adressât une expédition en forme.

Quant aux liaisons que Gérard avait à Rouen, la principale, je crois, et la plus connue était celle qu’il a toujours entretenue pendant le temps de son arrestation et de ses voyages à Rouen avec la femme Aumont, dont le mari a été guillotiné à Paris, pour cause d’un rassemblement contre-révolutionnaire qui avait eu lieu sur la place de la Rougemard de cette commune, dans les premiers jours de 1792, et dont ledit Aumont avait été le principal auteur. C’est cette femme qui lui a fait passer, dans la maison de justice de Rouen, pendant tout le temps de sa détention, tous les secours dont il pouvait avoir besoin.

L’histoire des intrigues de ce fameux chef de brigands a fait la matière de la procédure qui a été instruite contre lui, tant dans l’affaire de Maury au tribunal criminel de la Seine-Inférieure, que dans celle qui a eu lieu au tribunal criminel de l’Eure, pour cause de chouannerie.

Voilà, citoyen ministre, tous les renseignements que je puis vous transmettre sur ce dangereux individu, qui n’a dû l’impunité dont il a joui jusqu’à ce jour qu’à l’influence du royalisme et de l’aristocratie, toutes les fois qu’il a été mis en jugement.

Salut et respect. DUVAL. » 11Victor Pierre, 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine, pp. 234-235, Alphonse Picard, Paris, 1893.pp. 234-235.

Les « pièces » auxquelles Duval fait ici allusion témoignent de l’engagement royaliste de de Gérard Saint-Elme. Il s’agit de lettres adressées par le dit Saint-Elme au comte d’Artois et au chevalier de Malseigne, adjudant général du comte d’Artois :

Sans date.
« A Monseigneur le comte d’Artois, frère du grand roi de France.

Monseigneur,

DIGNE petit-fils du plus grand des rois, puisse encore ma voix parvenir jusque toi ! ne dédaigne pas d’entendre le sujet le plus fidèle de son roi pour lequel tu vas combattre ; permets-lui de disputer à cette brave noblesse qui t’entoure, l’honneur de mourir auprès de toi. Il craint que cédant à ton noble courage tu n’ailles trop affronter les dangers de la guerre ; c’est pour te servir de plastron, couvrir ton corps du sien, qu’il te demande la grâce de venir servir auprès de toi. […].

Monseigneur, mon prince, je vous supplie de me rappeler dans votre armée, et permettez-moi d’y servir dans telle qualité que vous voudrez. Puissent les voeux que je fais pour le succès de vos armes être exaucés !

Je suis avec le plus profond respect,
Monseigneur,
Votre très humble et très soumis serviteur.

Le chevalier de Saint-Elme. »

« A M. le chevalier de Malseigne, officier général français, adjudant général de Monsieur,frère du Roi de France, dans l’armée de S. A. S. le duc de Brunswick, à Trêves ou au camp, timbrée Aix-la-Chapelle. Datée de Boscett, proche Aix-la-Chapelle, le 20 août 1792.

Mon général.

Je n’ai reçu votre lettre que le 20 du courant, je m’empresse d’y répondre. Oui, mon cher général, je suis toujours digne de votre confiance et de votre amitié. Vous sauvez un honnête homme et un brave homme qui ne demande qu’à mourir pour le plus malheureux des Rois, mais qui veut combattre, sous les yeux des princes, les scélérats rebelles. Ne soyez pas embarrassé de moi. Partout où il y aura du danger, c’est où je vous prie de m’envoyer.

Je n’ai plus qu’un cheval. J’ai été obligé de vendre les autres pour pouvoir vivre ; on m’a volé. J’ai tout perdu ; mes ennemis m’ont poursuivi partout, mais grâce à M. Edouard Dillon, et à vous, mon général, je suis sauvé et je vais confondre mes ennemis.

Ci est inclus une lettre pour Monseigneur le comte d’Artois que je vous supplie de remettre. Mon Dieu ! que je vous aime ! que je vous respecte !

Le chevalier Gérard Saint-Elme.
J’attendrai vos derniers ordres à Trêves poste restante. » 12Correspondance originale des émigrés ou les Emigrés peints par eux-mêmes, 1e partie, p. 267-270, Paris, 1793.

Acteurs de la Contre-Révolution en Ariège comme précédemment en Seine-Inférieure, Louis Maury et Gérard Saint-Elme ont oeuvré probablement en notre région à la préparation de l’insurrection royaliste qui éclatera en thermidor et fructidor an VII (août 1799) dans le midi toulousain et qui aura pour chefs le comte de Paulo, seigneur de Calmont et de Terraqueuse, et le général Antoine Rougé.

Louis Maury et Gérard Saint-Elme, toutefois, ne participeront pas à l’insurrection de l’an VII. Divers procès-verbaux du Directoire exécutif 13Archives nationales : registre AF III. signalent en date du 28 thermidor an V (15 août 1797) « l’arrestation à Saint-Girons du brigand Maury, évadé des prisons de Rouen, assassin de deux négociants espagnols, bénéficiant de la complicité des administrateurs centraux » ainsi que la destitution des ces derniers, « Géraud, Poly et Rosseloty, membres protecteurs des agitateurs, complices de Maury ».

 

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En prison, lors de son interrogatoire, Maury déclare qu’il « y avait une troupe d’environ quinze cents jeunes gens dans le département de l’Ariège, sur laquelle la faction royaliste comptait, mais dont la majorité n’était que séduite ou égarée, et qu’il présume être ralliée aujourd’hui au gouvernement républicain » 14Archives nationales : BB/18/135. Dossier 7361(D). Description 124 – Affaire de la conspiration Maury (avec complicité de Gérard dit de Saint-Elme ou chevalier de Saint-Georges, thermidor IV-vendémiaire VII..

 

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Louis Maury est guillotiné à Foix le 7 frimaire an VI (27 novembre 1797), ainsi que deux de ses compagnons, Pierre Bentre et Jean Durban. Un dossier de la Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice 15Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/86-BB/18/199. Germinal-floréal an VII. Dossier 7997(D/3). N°12. intéresse encore « l’affaire de la bande d’ « égorgeurs » de Maury, avec pièces tendant de démontrer l’incompétence du conseil militaire de Perpignan concernant les dits « égorgeurs », qui sont aussi déserteurs.

Gérard Saint-Elme, quand à lui, est arrêté à Paris, enfermé à la Grande Force le 20 nivôse an VI (10 janvier 1798), puis transféré au Temple en raison des « projets médités de le faire évader », dont Charles Lambrechts, ministre de la justice, s’est trouvé informé. Au Temple, Gérard Saint-Elme se lie avec Pierre François de Rémusat, qui mentionne son nom dans la « liste de mes compagnons de détention au Temple » 16Feu Pierre François de Rémusat, Poésies diverses, suivies du Comte de Sanfrin ou L’Homme pervers, et d’un Mémoire de l’Auteur sur sa détention au Temple, p. 308, chez Madame Hérissant Le Doux et chez Delaunay, libraire, Paris, 1817.. Le tribunal inculpe Saint-Elme du double délit d’émigration et de port d’armes prohibées contre la république, et conclut à ce qu’il soit traduit devant la commission militaire. Le Moniteur du 19 thermidor an VI fait savoir que « Gérard Saint-Elme, royaliste forcené, qui, dans les premiers temps de la Révolution, tua Bezancourt, aide de camp du général La Fayette, a été condamné hier à être fusillé, pour fait d’émigration ». Gérard Saint-Elme est fusillé le 28 messidor an VI (16 juillet 1798).

A suivre…
Prochain épisode : Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 2. Charles Fontanilhes

References   [ + ]

1. Cf. Christine Belcikowski, Les chemins de Jean Dabail ou la dissidence d’un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française, éditions L’Harmattan, 2014.
2. Alan Forrest, Conscripts and Deserters, The Army and French Society during the Revolution and Empire, pp. 165-166, Oxford University Presss, 1989.
3. Victor Pierre, 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine, p. 235, Alphonse Picard, Paris, 1893.
4. Recueil des actes du Directoire exécutif : procès-verbaux, arrêtés, instructions, lettres et actes divers, tome 2 / publ. et annotés par Antonin Debidour, p. 640, Imprimerie nationale, Paris, 1910-1917.
5. Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/135.Dossier 1241(D).
6. Cf. Dictionnaire des journalistes (1600-1789) : Jean Baptiste Brouilhet
7. Jean Baptiste Darmaing,Supplément au tableau des crimes et mensonges de Vadier, pp. 5-6, édition de l’Union, Paris, 1795.
8. Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/137.Dossier 4854(D/). N°12.
9. Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/135. Dossier 7361(D).
10. Duval manque ici d’informations sur le sort de Maury.
11. Victor Pierre, 18 fructidor – Documents pour la plupart inédits recueillis et publiés pour la Société d’histoire contemporaine, pp. 234-235, Alphonse Picard, Paris, 1893.pp. 234-235.
12. Correspondance originale des émigrés ou les Emigrés peints par eux-mêmes, 1e partie, p. 267-270, Paris, 1793.
13. Archives nationales : registre AF III.
14. Archives nationales : BB/18/135. Dossier 7361(D). Description 124 – Affaire de la conspiration Maury (avec complicité de Gérard dit de Saint-Elme ou chevalier de Saint-Georges, thermidor IV-vendémiaire VII.
15. Correspondance générale de la Division criminelle du Ministère de la Justice, Affaires criminelles et correctionnelles : Ain à Bouches du Weser. Justice. Sous-Série BB 18. An IV-1816. BB/18/86-BB/18/199. Germinal-floréal an VII. Dossier 7997(D/3). N°12.
16. Feu Pierre François de Rémusat, Poésies diverses, suivies du Comte de Sanfrin ou L’Homme pervers, et d’un Mémoire de l’Auteur sur sa détention au Temple, p. 308, chez Madame Hérissant Le Doux et chez Delaunay, libraire, Paris, 1817.

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