Le calice, la patène et l’ostensoir de Maître Marre

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Technique : ferblanterie
Désignation : calice, patène, ostensoir
Localisation : Midi-Pyrénées ; Ariège ; Montaut
Dénomination : calice ; patène ; ostensoir
Matériaux : fer
Description : création d’un prêtre réfractaire (Marre).
Dimensions : dimensions du calice : h = 24, d = 13 ; dimension de la patène : h = 12 ; dimension de l’ostensoir : h = 40
Auteur : Marre (fabricant)
Siècle : 4e quart du 18e siècle
Historique : objets fabriqués sous la Révolution par un prètre réfractaire, l’abbé Marre, prètre de Montaut en 1785, mort en 1819 à Montaut. Il avait entre 1792 et 1802 célébré des messes dans les granges des environs. Réfugié à Royat, il repris son service après la Terreur. Objets offerts à la commune en 1808 par la famille Lefèvre-Gaubert, propriétaire de Royat. Petite note historique déposée dans le calice, d’où sont tirées ces informations.
Protection MH : 1990/06/25 ; classé au titre objet.
Ministère de la Culture, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, objets mobiliers. Référence : PM09000437

Suzanne Grezaud, dans les Annales historiques de la Révolution française, fournit d’autres renseignements sur l’abbé Marre, ou Marré :

« Lors de la Révolution, le curé de Montaut (Ariège), Claude Marre, ou, comme on disait alors, « Monsieur Maître Claude Marre », fut réfractaire à la Constitution civile du clergé. La tradition rapporte encore, dans le village, qu’il se cachait dans les granges et les caves, et l’on conserve précieusement, dans la sacristie de l’église, le calice d’étain qu’il utilisait pour dire ses messes clandestines.

Originaire du diocèse de Fréjus, « gradué nommé en l’université d’Avignon », « maître Marre » a été successivement chanoine en l’église Notre Dame du Camp à Pamiers, puis curé du village d’Escosse, avant son intronisation, en février 1784, en l’église Saint Michel de Montaut. Il en demeura le curé jusqu’à sa mort, en 1819. Or maître Marre a continué, pendant la période révolutionnaire et même par la suite, jusqu’à sa mort, de tenir un registre de baptêmes, mariages, sépultures, comme par le passé. Il existe donc à Montaut, pour les années 1792-1819, deux sortes de registres, les uns tenus par la municipalité, l’autre par le curé du village. […].

Il semble bien qu’a Montaut, la Révolution n’ait pas apporté de déchristianisation. La faible proportion des enfants non baptisés (4% pour toute la période), des mariages seulement civils (13%) et des enterrements non religieux (1%), prouve que la religion a gardé toute sa vigueur.

Au contraire même, les habitants de la paroisse s’adressent de préférence au curé, comme sous l’Ancien Régime, et non à l’officier d’état-civil. C’est très net pour la période révolutionnaire. L’adaptation aux nouvelles institutions s’effectue difficilement, puisque, après le Concordat, une proportion encore notable de paroissiens négligent de faire leur déclaration à la municipalité : 11% des baptêmes, 9% des mariages, 16% des sépultures ne sont pas inscrits sur le registre d’état civil après le Concordat. De plus, nous n’avons jamais observé de prénoms « révolutionnaires » parmi les prénoms donnés aux enfants.

On peut se demander si la personnalité du curé Marre n’entre pas pour une grande part dans son prestige. Il paraît avoir eu un certain rayonnement dans la région, puisque 46% des actes de baptême et de mariage, jusque’en 1800, concernent des étrangers à la paroisse de Montaut. Sa situation de prêtre réfractaire attirait vers lui de nombreux fidèles. Il jouissait d’ailleurs d’une excellente réputation. Selon la tradition, Marre est mort en « odeur de sainteté ». Son acte de décès, rédigé par son vicaire, est un éloge de ce prêtre « instruit, prudent, sage, régulier, attaché uniquement au bien, dévoué à ses paroissiens jusqu’à l’excès… ». Les prêtres qui ont précédé Claude Marre à la cure de Montaut n’ont jamais fait l’objet de telles louanges. » 1Suzanne Grezaud, « Un cas de registres paroissiaux tenus par un prêtre réfractaire », in Annales historiques de la Révolution française, pp. 346-349, 42e année, n°200, avril-juin, Armand Colin, 1970.

 

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Ci-dessus : exposés ici dans l’église de Montaut, autre vue du calice, de la patène et de l’ostensoir de l’abbé Marre ; photo transmise par Alain Cros, président de l’association Montaut Traditions et patrimoines.

References   [ + ]

1. Suzanne Grezaud, « Un cas de registres paroissiaux tenus par un prêtre réfractaire », in Annales historiques de la Révolution française, pp. 346-349, 42e année, n°200, avril-juin, Armand Colin, 1970.

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