Note sur les cloches de l’église Saint Volusien à Foix

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Le 4 février 1896, lors d’une réunion de la Société archéologique du Midi de la France, M. Pasquier lit au nom de M. Doublet, membre correspondant de cette Société, la note reproduite ci-dessous. On y apprend que, de façon remarquable, les cloches de l’église Saint Volusien à Foix jouissent du double parrainage d’Antoine Jaubert de Barrault, comte de Blagnac, ancien lieutenant général et gouverneur du pays de Foix, et de Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège :

« L’église Saint-Volusien de Poix a quatre cloches, une petite au-dessus de la sacristie et qui sert aux messes basses, et les trois autres sous le couvert du clocher proprement dit. Deux de ces dernières sont datées de 1803 et portent le nom du préfet Brun 1Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège, en poste du 2 mars 1800 au 27 juillet 1808.. Elles ont été faites, dit-on, ainsi que celle qui est à la tour nord du château, avec la matière de l’ancien bourdon de l’abbatiale. Celui-ci devait dater du dix-septième siècle, puisque les huguenots avaient, au seizième siècle, « descendu, rompu et fondu les cloches, disant Sa Majesté le roy de Navarre en avoir besoin » L’autre passait pour venir de la chapelle de Montgauzy ; elle est aujourd’hui à gauche, lorsque de la place on regarde le clocher.

L’inscription latine qu’on y lit n’a pas été, croyons-nous, relevée jusqu’à présent. Elle prouve qu’elle a appartenu à cette petite église, autrefois consacrée à la sainte Vierge, chantée dans une des plus belles pièces du chanoine-poète Amilia 2Barthélémy Amilia (16.. ; † 29 septembre 1673), chanoine régulier de Saint-Augustin, vicaire général, archiprêtre de la cathédrale de Pamiers, prédicateur, auteur du de texte et la musique de cantiques célèbres. Cf. Le tableu de la bido del parfet crestia en bersses, que represento l’Exercici de la fe acoumpaignado de Las bounos obros, de Las pregarios ; Del boun usatje des sacrements ; de l’Eloignomen del pecat, et de Las oucasius que nous y poden pourta., aujourd’hui convertie en salle de gymnastique pour les élèves de l’Ecole normale d’instituteurs 3L’église de Montgauzy est aujourd’hui rendue au culte..

Voici ce qui y est gravé :

1ère ligne : Ave • filia • Dei • ave mater • Dei • filii • ave • sponsa • Spiritus • Sancti • ave • templum • totius • indulgence.

2e ligne : Messire • Jean • François • Jaubert • de • Barraut conte • de • Blaignac • parrin • damo • Trinitatis • 1641.

3e ligne : Sacristain • Messire • Jean • Damardel ; puis une frise de fleurs, palmettes et rinceaux ; ensuite Is(ab)elle • Claire • de • Sers • (marraine).

Les invocations à la Vierge, fille de Dieu, mère de Dieu le Fils, épouse du Saint-Esprit, temple de toute indulgence, indiquent suffisamment que la cloche n’appartenait pas à l’abbaye de Saint-Volusien. En outre, les personnages qui sont nommés étaient parmi les principaux de la région. Le parrain est Antoine Jaubert de Barrault, comte de Blagnac, qui fut lieutenant général et gouverneur du pays de Foix, à titre provisoire, en l’absence de Carmaing 4Adrien de Montluc Montesquiou, Comte de Carmaing , Prince de Chabannois, Gouverneur & Lieutenant Général au Pays de Foix de 1626 à 1629.. […].

La marraine, dame Isabelle Claire de Sers, avait épousé Gaspard d’Arnave, issu d’une des familles les plus riches et les plus anciennes de la contrée 5Hippolyte d’Arnave et d’Ornolac, soeur de Gaspard, fut la seconde femme de Jean-Georges de Foix-Rabat, baron de Rabat, fils cadet de Georges de Foix-Rabat et de Jeanne de Durfort et Duras..[…].

Enfin Jean Damardel, ou Amardeil, qui est qualifié de sacristain, était l’un des chanoines du chapitre abbatial. Sa mention prouve aussi que la cloche vient de Montgauzy : le chanoine sacristain était chargé de ce célèbre lieu de pèlerinage. Est-il utile de dire ici que le brave chanoine était loin d’édifier ses contemporains, que bien d’étranges propos couraient sur son compte et qu’il figurerait sans difficultés dans les pages les plus libres du Décaméron de Boccace ou des Contes de La Fontaine ? II mourut en 1663 et son cadavre fut enlevé de nuit ; fut-il, par suite de ses scandales, victime de quelque attentat ? Toujours est-il que son nom, gravé sur la cloche de Montgauzy, n’est pas insignifiant.

La cloche fut baptisée le jour de la Trinité, en 1641 6Dans l’église de Foix, il y avait, en 1628, une chapelle « dicte de la Trinité » : c’est aujourd’hui le passage de la sacristie.. Damo est sans doute mis pour doma, abréviation de dom(inic)a (die).Etait alors abbé de Foix François de Caulet qui, en 1644, sera nommé à l’évêché de Pamiers et l’occupera brillamment jusqu’en 1680.

Ajoutons que la cloche est ornée d’un médaillon dont nous aurions voulu donner au moins une description. MM. Gadrat, éditeur à Foix, et Grat, sous-lieutenant des pompiers de la ville, ont eu l’amabilité de mouler ce médaillon pour moi ; malheureusement l’empreinte est indistincte. Notre savant président, M. de Lahondès, avait dit un mot de cette cloche dans la notice qu’il a consacrée à l’église Saint-Volusien de Foix dans la Semaine catholique de Pamiers, n° du 14 juin 18S4. Il me pardonnera d’autant plus volontiers d’avoir traité la question après lui, qu’il n’était pas entré dans les détails relatifs aux personnages. En outre l’imprimeur, par une regrettable coquille, n’avait daté que du dix-huitième siècle la cloche qu’ont entendu sonner, dans le campanile de Montgauzy, Caillot, son chanoine Amilia, qui a consacré une si jolie poésie à la dévotion de la Vierge de Montgauzy, les pèlerins qui sont allés la vénérer aux dix-septième et dix-huitième siècles, et même les dénonciateurs du chanoine dont les aventures forment une sorte de fabliau. La cloche a traversé la Révolution sans encombre. Aujourd’hui, sous le couvert du clocher de Saint-Volusien, en face et à quelque distance de la chapelle de Montgauzy maintenant affectée à une autre destination, elle redit à sa manière le gracieux couplet d’Amilia :

Montgauzi, mount gaujous, ô Terro de Proumesso !
Tu qu’es le randebous de touto la jouenesso,
Que tout chrestia de len, e les que soun al tour,
Y fourrupen le lait de la Maire d’Amour. » 7Cette note de M. Doublet se trouve reproduite dans le Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, 1895/11/26 (N17)-1896/07/13 (N18), p. 40 sqq.

References   [ + ]

1. Pierre François Brun, premier préfet de l’Ariège, en poste du 2 mars 1800 au 27 juillet 1808.
2. Barthélémy Amilia (16.. ; † 29 septembre 1673), chanoine régulier de Saint-Augustin, vicaire général, archiprêtre de la cathédrale de Pamiers, prédicateur, auteur du de texte et la musique de cantiques célèbres. Cf. Le tableu de la bido del parfet crestia en bersses, que represento l’Exercici de la fe acoumpaignado de Las bounos obros, de Las pregarios ; Del boun usatje des sacrements ; de l’Eloignomen del pecat, et de Las oucasius que nous y poden pourta.
3. L’église de Montgauzy est aujourd’hui rendue au culte.
4. Adrien de Montluc Montesquiou, Comte de Carmaing , Prince de Chabannois, Gouverneur & Lieutenant Général au Pays de Foix de 1626 à 1629.
5. Hippolyte d’Arnave et d’Ornolac, soeur de Gaspard, fut la seconde femme de Jean-Georges de Foix-Rabat, baron de Rabat, fils cadet de Georges de Foix-Rabat et de Jeanne de Durfort et Duras.
6. Dans l’église de Foix, il y avait, en 1628, une chapelle « dicte de la Trinité » : c’est aujourd’hui le passage de la sacristie.
7. Cette note de M. Doublet se trouve reproduite dans le Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, 1895/11/26 (N17)-1896/07/13 (N18), p. 40 sqq.

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  • Jacques Gironce at 10 h 49 min

    Il ne faut pas oublier de regarder, plutôt que la pitoyable abbatiale de Foix, qui est une honte de délaissement, le bel immeuble à son côté gauche, avec ses cariatides admirables, probablement de Virebent; elles aussi, à débarbouiller !

  • Jacques Gironce at 11 h 05 min

    Il ne faudrait pas prendre l’occitan du Père Amilha pour chef d’oeuvre de pureté. C’est bien le reflet de la culture décadente du Midi à cette époque. Nous eûmes, heureusement un contemporain : Goudouli, dont la statue trône place Wilson à Toulouse, et que l’on peut apercevoir, lorsque les étudiants n’ont pas eu la vaporeuse idée de verser un paquet de lessive dans la fontaine. Il redressa quelque peu la situation. Mais l’audience était alors différente…