Jean Baptiste de Champflour, Heures nouvelles à l’usage du diocèse de Mirepoix

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Heures nouvelles à l’usage du diocèse de Mirepoix, imprimées par l’ordre de Monseigneur l’evêque. Jean Baptiste de Champflour (1683-1768), commanditaire. Collaborateur : Antoine Birosse, libraire. Adresse : A Toulouse, chez Antoine Birosse, libraire, rue Saint Rome, à la Bible d’Or. Avec privilège du roi. De l’imprimerie de J.P. Faye, place Rouaix, « près l’hôtel de monseigneur le premier président ». Date de publication : 1762. Description matérielle : [15, 1 bl.], 632, [4] p. ; in-18. Armes de l’évêque de Mirepoix, Jean Baptiste de Champflour, gravées sur bois au titre. Reliure veau marbré ?, XVIIIe siècle ; dos à 4 nerfs doré au petit fer, pièce de titre en maroquin brun et étiquette ancienne manuscrite et encadrée par des dorures reprenant également le titre ; tranches marbrées. Ancien possesseur : Fernand Pifteau (1865-1942). Localisation du document original : Texte numérisé d’après l’exemplaire Resp Pf XVIII-296 de la Bibliothèque universitaire de l’Arsenal (SCD Toulouse1).

Né en 1685 à Clermont, chanoine et abbé du chapitre de La Rochelle, puis official et grand vicaire de Clermont, Jean Baptiste de Champflour est nommé évêque de Mirepoix en 1737. Il y exerce cette charge jusqu’à sa mort, en 1768. Il laisse dans les annales le souvenir d’un saint homme (cf. infra). J’ai consulté ses Heures nouvelles à l’usage du diocèse de Mirepoix, et j’y ai relevé, parmi tant d’autres belles prières, deux prières si simples et touchantes qu’aujourd’hui comme hier, chacun de nous peut en faire usage.

Prière pour faire à son réveil

Je me suis couché, je me suis endormi, et je me suis levé, parce que le Seigneur a pris ma défense. Seigneur, faite-moi entendre dès le matinal voix de votre miséricorde, parce que j’ai espéré en vous. Faites-moi connaître la voie par laquelle je dois marcher, puisque j’élève mon âme vers vous.

Prière en se mettant au lit

Seigneur, éclairez mes yeux, afin que ne m’endorme point du sommeil de mort, et que (le Démon) mon ennemi ne puisse pas dire : j’ai prévalu sur lui. Levez-vous pour venir à mon secours : dites à mon âme : c’est moi qui suis ton salut : je suis le Seigneur qui te garde, de nuit et de jour. C’est par vous que je serai délivré de la tentation, et étant à l’ombre de vos ailes, je dormirai en paix, et je jouirai d’un parfait repos. 1Heures nouvelles à l’usage du diocèse de Mirepoix, p. 106.

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Ci-dessus : ex-libris de Jean Baptiste de Champflour.

Bertrand de La Tour, dans une section de ses Oeuvres complètes consacrée aux « Oeuvres ascétiques », publie un Eloge historique de M. de Champflour, évêque de Mirepoix.

« Dès qu’il fut élevé sur le chandelier, il éclaira toute la maison, c’est-à-dire tout le clergé et tout le peuple du diocèse de Mirepoix, confié à ses soins. Une vigilance soutenue, un profond respect pour la religion, une horreur extrême pour le péché, une foi vive, une vie pure, une dévotion tendre, une union intime avec Dieu, l’assiduité au travail, le détachement des richesses, l’amour, la pratique de la pauvreté, la simplicité et la modestie, une charité inépuisable pour les pauvres ; c’est ce que démontre le détail où nous allons entrer. Nous ne suivrons point d’ordre chronologique, nous ne ferons que rassembler et rapprocher les traits épars dans sa vie, pour former le portrait de cet homme admirable, que Dieu dans sa miséricorde a donné de nos jours à son Eglise.

Sa résidence fut si exacte qu’il ne sortit de son diocèse que pour se rendre à l’assemblée du clergé quand il y fut député, aux assemblées provinciales de Toulouse, et aux Etats de Languedoc 2Etats présidés par l’archevêque de Narbonne, dont Jean Louis Des Balbes de Berton de Crillon de 1739 à 1751, puis Charles Antoine de La Roche-Aymon de 1752 à 1763., d’où il revenait aussitôt sans s’arrêter. Toute la grâce qu’il se permit en allant à Paris, ce fut de prendre sa route par l’Auvergne, et de donner cinq ou six jours à sa famille qui l’en avait instamment prié. En 1758 une maladie l’ayant empêché d’aller aux Etats 3Députés du diocèse de Mirepoix présents aux Etats de 1758 : 1. Clergé : Henry Joseph de Montlézun, vicaire général de Monseigneur Jean-Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix, conseiller du roi en ses conseils ; archidiacre de l’église cathédrale, abbé commendataire de Belleperche ; 2. Noblesse : Louis François Marie Gaston de Lévis, baron de Mirepoix ; 3. Tiers-Etat : Jacques de Cambacérès (grand-père de Jean Jacques Régis de Cambacérès, futur consul, futur archi-chancelier de l’Empire), maire alternatif mitriennal de Mirepoix, conseiller en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier ; Louis Delpuech de Brujas, maire de Laroque d’Olmes, diocésain de Mirepoix ; Jacques Argelliès, maire de Fanjeaux. : J’aime mieux, disait-il, être dans mon lit malade que d’aller à cette assemblée où tout se passe en repas, en visites, en cérémonies. Mon absence n’y sera pas sensible. Les affaires ne se feront pas moins.

Le premier objet de son zèle fut de rétablir et de maintenir la régularité de son clergé ; il y travailla par ses discours et par ses exemples, la douceur l’emportait toujours sur la rigueur, et si quelquefois des circonstances malheureuses l’obligeaient d’user de sévérité, c’était sans respect humain, avec toute la fermeté dont la gloire de Dieu et le salut des âmes lui faisaient une loi. Mais ce ne fut jamais sans une extrême répugnance, et après avoir épuisé toutes les voies de la charité.

Il assemblait de temps en temps son chapitre dans la sacristie de la cathédrale pour lui faire un discours sur les devoirs de son état, sur l’obligation de célébrer l’office divin avec assiduité, avec décence, avec piété ; sur l’observation de la discipline du choeur et la vie édifiante que doivent mener les bénéficiers qui composent le premier corps du diocèse, et pour prévenir les abus et le relâchement dont les progrès sont si rapides pour peu qu’on se néglige. Il engageait les chanoines à faire chacun à son tour des discours semblables ; il faisait donner des retraites à son clergé à ses dépens, et assistait régulièrement à tous les exercices. Les conférences ecclésiastiques qui se tiennent chaque mois dans la plupart des diocèses, furent toujours exactement tenues pendant son épiscopat. Il ne manquait jamais de s’y trouver, même dans les plus grandes chaleurs, qui quelquefois sont excessives dans cette extrémité méridionale de la France. Quand ses grands vicaires, qui n’y manquaient pas, l’invitaient à se ménager, et s’offraient de les tenir à sa place, il répondait : mes grands vicaires ne sont pas moi. Ce ne fut que sur la fin de ses jours, lorsque ses infirmités ne le lui permirent plus, qu’il accepta leurs offres. Il était l’âme et l’oracle de ces assemblées, soit qu’on y expliquât l’Ecriture sainte, ou qu’on y traitât des grands principes de morale, et qu’on y décidât des cas de conscience. On admirait la justesse de son raisonnement, l’étendue de ses connaissances et la solidité de ses décisions. Le temps des vacances du séminaire ou du collège n’était pas perdu pour les jeunes clercs ; il leur prescrivait quelques parties d’un traité de théologie à étudier, dont il leur faisait rendre compte après les vacances.

La visite de son diocèse ne se faisait pas moins régulièrement, pour connaître par lui-même son troupeau, y tenir tout dans l’ordre, et administrer le sacrement de confirmation. Il s’instruisait avec soin de l’état des paroisses, de la conduite des pasteurs, et du besoin des peuples, et remédiait à tout avec autant de douceur que de force. Les églises étaient pourvues par ses ordres de tout ce qui était nécessaire pour le service divin, et toutes celles où il était décimateur étaient abondamment fournies à ses dépens. Ses visites n’étaient à charge à personne ; sa simplicité, sa frugalité, sa modestie le suivaient partout, et donnaient les plus grands exemples aux curés et aux seigneurs qui s’empressaient de le recevoir.

Il y a dans le diocèse de Mirepoix deux grands établissements pour l’instruction de la jeunesse, les frères des Ecoles chrétiennes et les demoiselles appelées Mirepoises. Les frères ont été institués par M. de La Sale, chanoine de Reims. Ils ont leur principale maison à Rouen, appelée Saint-Yon. Ces religieux se consacrent à l’instruction gratuite des enfants ; ils leur donnent les principes de la religion et des moeurs, leur apprennent à lire, à écrire, à compter, et en quelques endroits à dessiner ; ils le font avec succès. Partout ils édifient par une vie exemplaire, et se rendent très utiles au public ; Dieu bénit leurs travaux. Ils sont répandus dans tout le royaume, et ont mérité une estime et une confiance générale. Ces frères ont deux maisons dans le diocèse de Mirepoix où ils font l’école, à Mirepoix et à Mazères, qui sont les deux principales villes. Outre les enfants du lieu, on y envoie des enfants de tous les diocèses voisins, et en leur faveur on a bâti un pensionnat qui, quoique vaste, suffit à peine pour recevoir tous ceux qui se présentent. On est redevable à M. de Champflour de ces deux utiles établissements ; dès qu’il fut venu dans le diocèse, il y attira ces frères, et fit bâtir à ses frais les deux maisons ; il n’a pas tenu à son zèle qu’il n’y en eût eu en d’autres endroits.

Les demoiseîles fondées par la marquise de Mirepoix étaient établies depuis longtemps dans les deux mêmes villes de Mirepoix et de Mazères. Louis XIV les y envoya pour l’instruction des nouvelles catholiques ; elles ne se sont pas bornées à cet objet. Leur école gratuite est ouverte à toutes les filles, elles prennent des pensionnaires ; et il n’y a point de maison distinguée dans ce pays qui ne se fasse un plaisir d y mettre ses enfants. Outre la religion, les bonnes moeurs, la lecture, l’écriture, on leur enseigne les petits ouvrages convenables à leur sexe. Un établissement si utile ne pouvait manquer de plaire à M. de Champflour ; il l’a soutenu, favorisé, comblé de biens, et lui a ménagé la protection et l’estime des seigneurs du diocèse, qui s’empressent de procurer à leurs enfants une si bonne éducation. Pour étendre ce bien dans les paroisses de campagne, il a engagé ces pieuses demoiselles d’y aller enseigner la jeunesse ; elles y font beaucoup de fruit.

La parfaite soumission de coeur et d’esprit de ce religieux prélat à toutes les décisions de l’Eglise anciennes et nouvelles, n’est ignorée de personne ; elle ne s’est jamais démentie. Dans les temps les plus orageux, et environné d’évêques dont les divisions affligeaient tous les vrais fidèles 4Allusion aux querelles qui ont opposé au cours du XVIIIe siècle partisans, dits « constitutionnaires », et adversaires, dits « appelants », de la bulle Unigenitus de 1713, querelles qui ont culminé avec l’affaire des billets de confession., celui de Mirepoix fut toujours inébranlable. Ses soins et ses exemples ont maintenu son diocèse dans la bonne doctrine : dans ses derniers moments, avant de recevoir le saint viatique, ce véritable enfant de l’Eglise renouvela de son propre mouvement sa profession de foi de la manière la plus précise, en présence du son chapitre et du peuple qui avait accompagné le saint sacrement. Démarche dictée par le zèle plus que par la nécessité, puisque jamais il ne s’était élevé de nuage sur ses sentiments. Il aima toujours si tendrement l’Eglise, notre mère, qu’il gémissait et ne parlait qu avec la plus vive douleur des troubles dont elle était agitée ; toujours soumis à ses lois, il étudiait avec soin ses canons, et y conformait sa conduite.

Un évêque est le premier chanoine de son église. En chargeant son chapitre du culte public, il n’est pas dispensé d’y assister autant que les affaires de son diocèse le lui permettent, de voir par lui-même si tout s’y passe dans l’ordre, et de faire à son tour office les jours marqués. Tels les grands vicaires, chanoines qui le représentent, et ne peuvent s’absenter du choeur sans nécessité. M. de Champflour fut toujours si persuadé de ces vérités qu’il était à Clermont très assidu à l’office, quoique grand vicaire fort occupé, et qu’étant évêque il ne manquait jamais de faire l’office les jours épiscopaux, et de venir au choeur les fêtes et les dimanches. Quand il était en visite dans son diocèse, il assistait régulièrement à la messe et à i’office de la paroisse sur laquelle il se trouvait. Le même zèle le faisait venir à tous les sermons qui se prêchaient à la cathédrale et aux autres églises, et entendre la parole divine avec une attention et un respect qui encourageaient le prédicateur, et édifiaient l’auditoire ; dans les retraites qu’il faisait donner à son clergé, il le défrayait pendant tout le temps, se trouvait à tous les exercices jusqu’à entendre quatre discours par jour. Dans les intervalles il occupait les retraites par des prières vocales, des lectures pieuses, l’explication des cérémonies, des statuts du diocèse, ei des autres devoirs de l’état ecclésiastique.

Sa dévotion était admirable, mais une dévotion égale, uniforme, pleine de douceur et de gaieté. Rien d’outré, rien d’affecté, rien de dégoûtant ; tout était simple et naturel, le coeur parlait et agissait toujours en lui ; il célébrait tous les jours la sainte messe, et quand il ne pouvait la dire, il ne manquait jamais de l’entendre, même en voyage, même dans ses maladies. On le sollicita de la faire dire dans son appartement, son profond respect pour son Dieu ne Je lui permit pas ; il se faisait porter à sa chapelle pour l’entendre, et se dédommageait par la sainte communion qu’il recevait un jour entre autres. Les jours de fêtes, ne pouvant se rendre au choeur, on le portait auprès d’une fenêtre qui donne de son palais dans l’église cathédrale 5Il s’agit de la baie de la chapelle Sainte Agathe, qui donne sur la nef de la cathédrale. Créée par Philippe de Lévis pour son usage privé, cette chapelle se trouve accessible depuis l’intérieur du palais épiscopal., où il demeurait pendant la messe et l’office, s’unissant au prêtre qui célébrait les augustes mystères. Des infirmités habituelles qui durèrent plusieurs années furent sonctifiées par une conduite si édifiante.

La parfaite dévotion pour l’Homme-Dieu n’est jamais séparée d’une tendre dévotion pour sa sainte Mère, à l’honneur de laquelle l’Eglise universelle, d’une voix unanime, a dans tous les temps établi tant de fêtes, et approuvé tant de pratiques de piété. M. de Mirepoix, plein de ces sentiments, s’était prescrit chaque jour plusieurs de ces pratiques. A toutes les fêtes de la sainte Vierge, il ne manquait jamais de dire la messe, ou de faire la communion à son honneur. Ses sentiments étaient fondés sur l’étude particulière qu’il avait faite et la connaissance très approfondie qu’il avait acquise des glorieuses prérogatives de cette divine mère, dans les ouvrages innombrables des Pères de l’Eglise, qui ne se lassent point de la célébrer, surtout dans ceux de saint Bernard, singulièrement recommandable par cette dévotion, qu’il goûtait beaucoup, et qu’il s’était rendus familiers.

Sa maison était réglée comme une espèce de communauté. Chaque jour, matin et soir, tous ses domestiques s’assemblaient pour faire avec lui la prière ; la veille des jours de fête et de dimanche il leur faisait par lui-même, ou leur faisait faire par son aumônier une lecture spirituelle. Pendant ses voyages ceux qu’il laissait dans la maison avaient ordre de continuer ces exercices, il s’en faisait rendre compte à son retour ; il les exhortait à la fréquente confession et communion, et les communiait lui-même avec plaisir à sa messe ; cependant il ne les y obligeait pas à certains jours précis, laissant à la sagesse des confesseurs à régler les communions sur les dispositions du pénitent. Les avantages de la fréquentation des sacrements, et le prix d’une bonne conscience lui étaient trop connus pour ne pas travailler à les procurer aux siens ; du reste les défauts ordinaires des domestiques, les jurements, les querelles, l’ivrognerie, la licence étaient bannis de sa maison ; ceux qui se seraient livrés à ces désordres auraient été bientôt chassés.

Son usage était de réciter son office à haute voix, soit pour mieux prononcer tous les mots, soit pour le dire avec plus d’attention. Il séparait toutes les heures de l’office, et disait chacune en son temps, pour se conformer à l’esprit de l’Eglise, et même il se levait pendant la nuit seul, et sans domestique, hiver et été, pour matines et laudes, et se relevait à quatre heures en été, et à cinq en hiver ; si par hasard il ne s’éveillait pas à l’heure fixée, les domestiques avaient ordre de l’éveiller sans écouter leur affection pour sa personne dont ils auraient voulu ménager la santé. Si on y manquait, on était sûr de lui déplaire, et d’être sévèrement repris. Après avoir fait la prière publique, il s’enfermait dans son cabinet jusqu’à dix heures, occupé à l’oraison et à l’étude de l’Ecriture sainte, des conciles ou des Pères de l’Eglise, dans les trois langues originales, le latin, le grec et l’hébreu qu’il entendait bien ; mais toujours sans feu au milieu de l’hiver, souffrant le plus grand froid sans se plaindre. On l’a souvent vu, quand il en sortait, marcher avec peine, accablé de froid.

Son amour pour le travail était extrême. Je trouve toujours le temps trop court, disait-il ; il s’y livrait surtout dans son séminaire, c’était pour lui le plus agréable séjour ; il y passait des temps considérables, et n’en revenait qu’à regret, assidu aux exercices, surtout à la méditation du matin. Comme il était toujours le premïer levé, il allait souvent sonner le réveil, et quelquefois même un peu avant le temps. Il faut, disait-il agréablement, s’accoutumer à se lever matin, on prend racine dans son lit. Le temps le plus propre à la méditation, à l’étude, c’est le matin ; il ne manquait point d’assister aux discours qui s’y faisaient, soit pour les retraites des ordinands, soit dans le cours de l’année. Il est vrai que pour ne pas intimider le prédicateur, et pour mieux cacher ses bonnes oeuvres, il se tenait dans une chambre à côté, d’où, sans être vu, il pouvait tout entendre ; mais son humilité était trahie, toute la maison en parlait avec admiration, et chacun tâchait, pour devenir un bon prêtre, de se former sur ce modèle.

Son application à l’étude l’avait rendu l’un des plus habiles prélats de l’église de France, surtout dans la science ecclésiastique qui en faisait le principal objet, quoique sa modestie en cachât les trésors sous des dehors très simples. Il composa des prolégomènes savants et profonds sur l’Ecriture sainte, qu’il faisait dicter dans son séminaire, une explication très belle des psaumes, et quelques offices propres à son diocèse, qui sont très bien faits : Saint Maurice, patron de sa cathédrale ; saint Gauderic, natif de son diocèse, avec leurs octaves ; saint Saturnin et saint Exupère, évêques de Toulouse, sa métropole. Il avait traduit de grec en français l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe ; il avait même, avant son épiscopat, travaillé avec succès sur diverses parties des mathématiques. Ses études étaient souvent interrompues par de fortes migraines auxquelles il était sujet, et qui vraisemblablement étaient l’effet de son application. Une mémoire excellente venait à son secours, et lui rappelait à propos ce qu’il avait appris ; malgré tous ces avantages, soit timidité, soit défaut d’exercice, il avait peu de talent pour la chaire, et pouvait dire avec saint Paul : Si imperitus sermone, sed non scientia (1 Cor,, XI, 6) ; si je ne sais bien m’énoncer, je ne manque pas au moins de science. Cependant il parlait au peuple, dans les visites du diocèse, avec beaucoup d’onction et de fruit. L’Ecriture sainte faisait ses délices, il l’étudiait assidûment ; il copia de sa main tout le texte hébreu, de manière très lisible. Mais outre cette étude constante, il en lisait régulièrement chaque jour deux chapitres, l’un le matin, de l’Ancien Testament, l’autre le soir, du Nouveau. Ces exercices nourrissaient en lui une foi vive, une tendre piété qui le tenait sans cesse dans la présence de Dieu.

Il ne fut peut-être jamais de charité pour les pauvres plus ardente, plus affectueuse, plus compatissante, plus générale que la sienne ; elle ne fut pas bornée à son diocèse. En divers endroits du royaume, et jusque dans le nouveau monde 6Monseigneur de Champflour, qui avait plusieurs membres de sa famille installés à Saint-Domingue, s’intéressait en effet à l’action des Pères Jésuites, missionnaires dans « l’Isle espagnole »., on en a ressenti les effets. La réputation de sa charité était si bien établie, que de tous côtés des pauvres de toute espèce et de tout état, connus et inconnus, avaient recours à lui comme à un père commun, et il regarda toujours le soin des pauvres comme l’un des principaux devoirs de l’épiscopat. Il n’y a généralement aucun genre d’aumônes qu’il n’ait pratiqué cent et cent fois : donner à manger à des faméliques, vêtir des nus, délivrer des prisonniers, soulager des malades, loger des gens sans asile, protéger des veuves et des orphelins, soutenir des familles, marier des filles, donner des métiers à des garçons, pourvoir à la nourriture des enfants à la mamelle, aider à payer des impôts, fournir la semence des terres dans les années de stérilité, distribuer des lits pour éviter les dangers et les indécences, entretenir des vieillards et des infirmes, etc. On ne finirait point s’il fallait épuiser le détail des traits de sa charité, chaque jour renaissante. Il n’attendait pas qu’on vînt à lui, il s’informait avec soin du besoin des pauvres, et leur envoyait des secours inattendus, souvent par des voies détournées, pour leur épargner la honte de demander, ei la confusion de recevoir à titre d’aumônes. Il a véritablement renouvelé en France les prodiges que firent admirer à Milan saint Charles Borromée, et à Valence saint Thomas de Villeneuve.

Pour fournir au besoin des pauvres il se refusait tout à lui-même ; on ne servait sur sa table que les aliments les plus communs, à moins que la visite de quelque seigneur ne demandât de l’extraordinaire. Ses habits étaient tenus proprement, mais des plus simples, toujours en laine, jamais de soie, ni or ni argent ; dix chemises, une soutane, deux ou trois paires de bas faisaient sa garde-robe ; un petit porte-manteau renfermait toutes ses provisions en voyage. Son aumônier était obligé de calculer avec lui, et de lui démontrer la nécessité d’acheter quelquefois quelque chose de neuf, et ce n’était qu’après un rigide calcul qu’on arrachait son consentement. On peut juger de son brillant équipage par la vente qui en fut faite après sa mort. La voiture et l’attelage furent adjugés au dernier enchérisseur pour deux cent cinquante livres. Tout le monde a vu sa chambre et son cabinet, la cellule du plus modeste religieux est aussi bien meublée. Il avait un appartement plus propre pour loger ceux qui venaient chez lui, qui tous admiraient ses vertus. Le cardinal de Bernis devait venir le voir en 1768, mais la mort du prélat le prévint ; il l’admirait déjà sur sa réputation, il aurait vu que la réalité était au-dessus de ce que publiait la renommée.

L’un des grands sacrifices que la charité fit faire à M. de Champflour, fut de se priver de bien des livres qu’il aurait souhaité d’avoir ; il en aurait beaucoup acheté s’il eût suivi son goût, car il faisait ses délices de la lecture ; mais, pour en conserver le prix aux pauvres, il se bornait à un petit nombre de livres bien choisis. Ces livres étaient moins à lui qu’à son clergé ; il en donnait aux pauvres ecclésiastiques, les prêtait avec joie, c’était lui faire plaisir que de lui en demander ; il invitait à venir prendre dans son cabinet tous ceux dont on aurait besoin. Par son ordre son aumônier en tenait une provision des plus nécessaires dans sa chambre, afin qu’on y eût plus librement recours, et que ceux qui y venaient pour des affaires fussent par cette occasion engagés à la lecture. L’instruction de son clergé lui était infiniment à coeur.

Un homme de la ville qui venait souvent chez lui y parut un jour avec un habit neuf et fort propre. Le charitable pasteur, après en avoir loué l’élégance, lui demanda en riant : Combien d’habits avez-vous ? j’en ai douze. Douze habits, s’écria-t-il, et que répondrez-vous à Jésus-Christ lorsqu’au jour du jugement il vous rappellera les paroles de l’Evangile : Qui habet duas tunicas, det non habenti (Luc, III,11), que celui qui a deux habits en donne un à celui qui n’en a pas. Ces paroles firent sur cet homme tant d’impression que peu de temps après il donna aux pauvres plusieurs de ses habits. Ainsi ce charitable pasteur ne se contentait pas d’exercer Ja charité, il travaillait encore à l’inspirer aux autres, cette vertu divine ; plus il la pratiquait, plus sa ferveur et son zèle croissaient sensiblement, et l’expérience faisait voir en lui que Dieu répand des grâces abondantes, même temporelles, sur tous ceux qui sont attentifs au besoin des pauvres.

Sa charité n’était pas satisfaite en les soulageant ; il voulait encore partager leurs maux, souffrir avec eux, et pouvoir dire avec l’Apôtre : Quis infirmatur, et ego non infirmer. (II Cor., XI,29.) Il souffrait le froid tout l’hiver dans son cabinet, où on n’allumait jamais de feu, et dans sa chambre où l’on n’en faisait que fort peu, pour distribuer son bois aux pauvres ; il ne convient pas, disait-il, d’avoir un bon feu, tandis que bien des familles souffrent le froid. Il faisait allumer des feux publics dans la place, afin que les pauvres pussent s’aller chauffer.

En 1752 les récoltes ayant manqué, la disette fut très grande dans la province et en particulier à Mirepoix 7Cf. Christine Belcikowski : Famine et solidarité chrétienne à Mirepoix, de l’hiver 1751 à l’été 1752.. Le parlement de Toulouse fit établir dans toutes les villes des bureaux de charité pour le soulagement des pauvres. L’évêque de Mirepoix avait prévenu l’arrêt ; ses bureaux étaient déjà établis, il avait pris toutes les mesures nécessaires pour fournir à tout dans une occasion aussi triste ; il emprunta de tous côtés, il vendit ses meubles, son équipage et deux fois son argenterie. Elle fut d’abord envoyée à Montpellier à un homme de confiance pour la faire vendre. Cet ami qui était riche, et qui connaissait sa charité, eut la générosité de la lui renvoyer avec le montant de sa valeur. Ce secours fut reçu avec beaucoup de joie, et aussitôt répandu dans le sein des pauvres. L’argenterie fui envoyée ailleurs, et réellement vendue. Le prix qui lui en revint fut également distribué. Elle avait été acquise des sommes que les états de Languedoc lui avaient fournies quand il fut député pour porter au roi le cahier de la province. Le reste était de son patrimoine, et jamais il n’y eût employé le revenu de son bénéfice. Je me rendis, disait-il, à la sollicitation de mes amis qui me firent faire cette dépense, parce que cet argent est une espèce de casuel, et non pas un bien ecclésiastique ; c’est d’ailleurs un fonds pour les pauvres, auquel j’aurai recours dans le besoin, comme il le fit alors. L’année suivante faisant la visite du diocèse, étant chez un curé qui voulut lui donner à dîner, il vit sur la table de beaux couverts d’argent tout neufs. Le grand vicaire qui l’accompagnait, dit en les voyant : voilà de belle argenterie. Je l’achetai l’année dernière, dit le curé, du profit que je fis sur les grains que je vendis fort cher ; ce fut précisément alors, dit le prélat, que je vendis la mienne, parce que les grains se vendaient fort cher. Ce contraste fit vivement sentir l’emploi qu’on doit faire de ses biens dans un temps de calamité.

M. Boyer 8Cf. La dormeuse blogue : Boyer de Mirepoix contre Voltaire., ancien évêque de Mirepoix, était alors ministre de la feuille des bénéfices, et avait pour son successeur toute l’estime et tout le respect qu’il méritait. Il était aisé à M de Champflour d’en obtenir des grâces ; le besoin des pauvres semblait l’en solliciter, mais il était persuadé que la pluralité des bénéfices n’est pas permise. Pourquoi en demanderai-je, disait-il, je n’en ai pas besoin pour moi. Le besoin des pauvres serait un mauvais prétexte ; je ne suis obligé de donner que ce que j’ai. Il eut pourtant recours à son prédécesseur dans ce temps de misère, pour obtenir quelque secours, et ce prélat, informé de l’état du diocèse et connaissant la charité du pasteur, lui fit présent de cent louis. Quel sujet de joie pour ce coeur bienfaisant, et avec quel empressement il en fit la distribution ! Une grande inondation de la rivière ayant rompu le pont, il fit aussitôt construire un radeau sur lequel il fit charger une grande quantité de pain qu’on transporta au-delà de la rivière, et que les curés des environs distribuèrent dans leurs paroisses pour nourrir les pauvres, jusqu’à ce que les eaux fussent écoulées.

Toutes les fois qu’il pouvait rendre quelque service, on était sûr de trouver en lui un protecteur empressé, surtout les pauvres, qu’il ne manquait pas de prévenir, lorsqu’il pensait que la crainte de l’importuner les rendait timides. Sa protection était rarement infructueuse, mais il n’en voulait point de remerciement ; sa modestie ne lui permettait pas de s’en attribuer le succès. Il avait plusieurs places gratuites à donner, des emplois, des commissions à distribuer. Jamais l’intérêt, la faveur, la sollicitation ne décidèrent de son choix. Ce choix tomba toujours sur le mérite, et à mérite égal, les pauvres eurent toujours la préférence. Dans les temps de calamité, il gémissait continuellement sur les malheurs publics ; et pour multiplier les secours, il prenait sur son nécessaire. Sa tendre compassion était si connue que dans les occasions on disait communément : notre évêque doit bien gémir et s’affliger. On lui rendait justice, et jamais on ne peut mieux appliquer qu’à lui ces paroles du saint Jérôme dans la Vie de saint Exupère : Il souffre la faim pour nourrir les pauvres, leurs peines sont les siennes. Esuriens pascit alios, et fame torquetur aliena.

Les pauvres ecclésiastiques étaient l’un des plus précieux objets de sa charité ; il entretenait les jeunes clercs dans le collège et le séminaire ; pour épargner aux ordinands les frais du voyage, il faisait régulièrement l’ordination, et se rendait même dans la saison la plus rude au séminaire de Mazères, qui est à quatre grandes lieues de Mirepoix, pour y faire l’examen, et donner les saints ordres. Il y trouvait un autre avantage ; les jeunes gens ne risquaient pas de perdre le recueillement et la piété si difficiles à conserver dans les voyages, quand on va se faire ordonner dans un autre diocèse. Lorsque ses infirmités l’empêchaient de remplir ce devoir, il défrayait les pauvres ordinands qui avaient recours à un autre évêque, et toutes les expéditions se faisaient gratuitement à son secrétariat ; il fournissait aussi la pension, dans des communautés, à un grand nombre de jeunes demoiselles qu’il y faisait élever dans la piété selon leur condition. On pouvait dire de lui : nec est qui se abscondat a calore ejus (Psal. XVIII, 7.).

Les pauvres curés de son diocèse, surtout les congruistes dans les paroisses où il était décimateur, trouvaient toujours chez lui des suppléments considérables à la modicité de leur revenu. La congrue n’était alors que de trois cents livres, encore y avait-il des décimes à payer. Dans les mêmes paroisses, il envoyait tous les ans à Pâques une aumône considérable. C’est une saison morte, disait-il, où les pauvres trouvent fort peu de travail ; c’est encore un temps de dévotion où ils doivent approcher des sacrements. Le soin de leur famille, la nécessité de travailler pour gagner leur vie, absorbent toute leur attention, et ne leur laissent aucun moment pour s’occuper des affaires de leur conscience ; il faut par quelques secours leur en procurer la facilité. Il était de même toujours occupé de l’administration des hôpitaux, des maisons et des bureaux de charité ; il en était en un sens moins le chef que l’âme et la ressource.

Une pauvre veuve de son diocèse, chargée de quatre enfants à qui il faisait une pension, ne trouvant pas de quoi vivre dans son village où elle essuyait bien des rebuts, se réfugia à Mirepoix avec sa famille, et eut aussitôt recours à la charité du père commun ; il la reçut avec bonté, lui procura un logement et pourvut à sa subsistance. La nouvelle s’en étant répandue, on blâma cet excès de charité, prétendant qu’il allait charger la ville d’étrangers, d’importuns et de fainéants ; il ne répondit que ces deux mots : hospes eram, et collegistis me (Matth., XXV.85.). Fallait-il laisser coucher cette famille dans la rue ? On lui reprochait quelquefois que bien des pauvres abusaient de ses bontés, et qu’il ne devait pas être si facile. Il leur répondait avec une douceur admirable. Voici quelques-unes de ses réponses faites en divers temps : Vous croyez qu’on abuse de mes aumônes, cela peut être, mais je ne suis pas obligé de suivre les pauvres pour être leur économe. Il est toujours si humiliant de demander, que si on n’avait pas un vrai besoin, on ne s’exposerait pas à cette humiliation. Je ne puis distinguer les bons d’avec les mauvais pauvres ; si j’en rebute un seul, je crains que ce ne soit peut-être le bon. Le Père céleste connaît parfaitement les uns et les autres ; cependant il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs. Quand quelqu’un aurait abusé du peu de secours que je lui donne, il peut, au moment qu’il revient, être dans un besoin réel. Si tout le monde le rebute, faudra-t-il qu’il meure de faim ? Il est d’autant plus à plaindre que sa mauvaise conduite l’a rendu plus malheureux. Si la charité ne doit pas être aveugle, elle ne doit pas être trop éclairée. On n’est jamais plus en danger de la perdre, que quand on y regarde de trop près.

Malgré le voile dont son humilité couvrait tant de bonnes oeuvres, elles ne purent demeurer secrètes ; le bruit s’en répandit partout, et parvint jusqu’à la cour. Le roi lui fit écrire par M. de Saint-Florentin, secrétaire d’État, pour lui marquer combien il était satisfait de sa conduite et de son zèle, et l’assurer de sa protection pour 1e soutien de tous les bureaux qu’il avait établis, et de tous ceux qu’il établirait encore. Toujours plein de respect et de reconnaissance pour la personne sacrée du roi, et pour son auguste famille, ce prélat en donnait des marques dans toutes les occasions, et tâchait d’inspirer ces sentiments à tout le monde. Dans tous les événements qui tournaient à la gloire du prince, on le voyait rempli de joie ; il faisait chanter le Te Deum, il y officiait : après la cérémonie, il donnait un repas au chapitre, et faisait tirer un feu d’artifice.

Le charitable usage que ce grand évêque faisait de ses revenus n’empêchait pas qu’il ne remplît tous les devoirs de bienséance attachés à son état. Il recevait fort décemment ceux qui venaient chez lui ; mais il avouait ingénument qu’il se passerait de cet honneur. Tout cela, disait-il, ne m’aide point a soulager les pauvres. Plusieurs fois l’année il donnait à manger à son chapitre ; lorsqu’on l’avertissait qu’on avait servi, on le voyait s’attendrir, et il disait en gémissant : je m’en vais bien dîner avec mes chanoines, et leur compagnie me fait grand plaisir ; mais combien de pauvres n’ont pas un morceau de pain ! Le jeudi saint il lavait les pieds à douze pauvres, leur donnait à dîner et une somme d’argent pour les faire vivre pendant les fêtes de Pâques.

Il persévéra jusqu’à la fin dans ces exercices de charité, dont plusieurs volumes n’épuiseraient pas le détail. La misère des pauvres faisait son unique sollicitude ; il s’entretenait fréquemment de sa dernière heure qu’il regardait comme très prochaine, et revenait toujours aux pauvres, aux malades, aux vieillards qu’il entretenait. Que deviendront les pauvres gens, disait-il, qui leur donnera du secours ? Peu de jours avant sa mort, il fit faire un voyage à son aumônier pour arrêter les poursuites d’un créancier contre une pauvre famille que de longues maladies avaient réduite à l’extrémité. Sa charité n’étant point satisfaite, il fit écrire à un curé du voisinage d’aller de sa part visiter, consoler cette famille, et fournir à ses plus pressants besoins. Inquiet sur son état, la veille même de sa mort, accablé de sa maladie, il ordonna de faire partir un messager pour s’en informer. Dieu se contenta de sa bonne volonté, la nuit même il termina sa carrière dans ces saintes dispositions. […].

Les directeurs des hôpitaux qui économisaient trop le bien des pauvres n’étaient pas de son goût. Il ne faut point, disait-il, enrichir les pauvres aux dépens des pauvres qui ne peuvent que souffrir de cette économie. Les hôpitaux ne doivent s’enrichir que des libéralités des personnes aisées. Il ne connut jamais cette réserve dans ses largesses ; il donnait abondamment à tous les pauvres avec empressement, et de la meilleure grâce. C’est en perdre le mérite que de se faire attendre ; c’est donner deux fois, disait-il, que de donner promptement. Il était très arrangé dans ses affaires, et vivait, comme nous avons vu, dans une grande pauvreté. Il ne pouvait souffrir les grandes provisions en linge, en habits, meubles, denrées, qui le plus souvent se perdent, tandis que de pauvres familles manquent du nécessaire. Cependant on ne peut comprendre qu’avec un revenu médiocre, il ait pu fournir constamment à tant de charités ; il avait abandonné son patrimoine, son évêché ne lui portait qu’environ trente mille livres ; il ne cherchait point à l’augmenter. M. d’Héliot, un de ses pensionnaires, lui laissait tous les ans quatre cents livres ; le trésorier de la province, son ami, lui en envoyait cinq cents. M. Boyer, son prédécesseur, lui envoya cent louis une année de calamité, et un autre ami lui donna le prix de son argenterie. Voilà tout ce qu’on lui a connu, tout cela est bien au-dessous de ce qu’il distribuait. La bénédiction de Dieu, dont la providence fait des prodiges en faveur de la charité, pouvait seule lui ouvrir des sources intarissables.

Une autre sorte de charité lui tenait extrêmement à coeur, l’union et la charité fraternelles. Il ne négligeait rien pour la maintenir, et souffrait infiniment quand elle était blessée ; il abhorrait les contestations et les procès, et cet homme pacifique s’appliquait de tout son pouvoir à les terminer, soit par lui-même, soit par des arbitres dont il faisait convenir les parties. Son successeur, M. de Cambon 9Cf. La dormeuse blogue : Mazerettes à la fin du temps des évêques., rempli du même zèle, l’exerce d’autant plus heureusement qu’il a été longtemps une des grandes lumières du Palais. Dans les affaires d’intérêt on a souvent vu M. de Champflour accorder des parties à ses dépens, en payant pour le débiteur. Sa patience à écouter tout le monde était inaltérable ; la grossièreté, l’importunilé, la faiblesse d’esprit ne le rebutèrent jamais. Plus ces personnes sont faibles, disait-il, plus elles ont besoin de ménagement et de condescendance. Sa patience n’était pas moins admirable dans les injures qu’il recevait. Bien des gens lui ont manqué essentiellement, et de propos délibéré ; il souffrait tout sans se plaindre, il diminuait la faute, il excusait l’intention, et ne voulait pas même qu’on lui fît des excuses, quand on reconnaissait avoir tort ; mais lorsqu’il s’agissait de la gloire de Dieu, ce n’élait plus le même homme. Son zèle ardent, sa parole animée, sa fermeté inébranlable, sa vigueur apostolique, son seul regard, le ton de sa voix, soutenue de toutes les vertus, faisaient trembler les coupables, les remplissaient de confusion pour leurs fautes, et de vénération pour sa personne.

Après avoir passé sa vie dans la pratique constante de la plus haute vertu, il est étonnant qu’un si saint évêque eut les plus vives alarmes sur son salut, mais c’est l’ordinaire des plus grands saints. Saint Paul tremblait pour lui-même, après avoir été élevé au troisième ciel, et nous recommande d’opérer notre salut avec crainte et tremblement. Il est singulièrement étonnant que l’objet de ses frayeurs fût surtout celui qui devait lui donner le plus de confiance. C’était l’emploi de ses revenus ; il avait vécu dans la pauvreté, il avait tout donné aux pauvres, et il redoutait le jugement de Dieu sur l’usage de ses biens. Que d’argent a passé par mes mains, disait-il, saisi de crainte ! Quel compte à rendre à Dieu ! On avait beau lui représenter le bien qu’il avait fait par ses aumônes continuelles, rien ne pouvait le rassurer.

Des vues si saintes le remplissaient d’une profonde humilité ; il eut toujours de très bas sentiments de lui-même ; il ne parlait jamais de ce qui le regardait, ou, s’il était obligé d’en parler, c’était toujours en peu de mots, avec la plus grande modestie, écartant avec soin tout ce qui pouvait lui faire honneur. Des louanges que lui attiraient malgré lui ses éminentes vertus étaient pour lui un tourment ; il en était couvert de confusion, et il fallait changer d’entretien pour ne pas lui déplaire. Voici un trait singulier de religion et d’humilité : un seigneur ayant paru mécontent de n’avoir pas reçu de ses lettres à l’occasion de la mort d’un parent très éloigné et peu connu, il se rappela les paroles de l’Evangile : Si vous offrez votre présent à l’autel, et que vous vous souveniez que votre frère a quelque chose contre vous, allez plutôt vous réconcilier. Il remplit à la lettre ce précepte, il s’abstint le lendemain de dire la messe, et tout de suite il écrivit à ce seigneur de la manière la plus propre à le gagner. Ce seigneur en fut si touché qu’il conçut pour lui la plus grande vénération, la lui marqua par sa réponse, et dans toutes les occasions qui se présentèrent. Ce trait paraîtra peut-être petit aux yeux des hommes, mais il est grand devant Dieu.

Ce sentiment lui était commun avec bien d’autres. La maison de Mirepoix, plus à portée de le connaître, était remplie de respect pour lui. L’évêque de Pamiers disait : M. de Champflour fait honneur à l’épiscopat. On dit un jour au maréchal, duc de Mirepoix 10Gaston de Lévis Mirepoix de Lomagne (1699-1757). Celui-ci n’a pas eu de postérité. Ce n’est donc pas son fils qu’il présente à Monseigneur de Champflour, mais Louis Marie François Gaston de Lévis (1724-1800), marquis de Léran, son neveu et futur successeur à la tête de la seigneurie de Mirepoix : cet évêque n’a pas les façons du monde ; il ne faut point, répondit-il, s’attacher à ces minuties ; ce prélat, il est vrai, ne vit pas comme le monde, mais il vit comme un saint : il prie pour nous qui en avons grand besoin, nous devons souhaiter qu’il le fasse toujours. On vit ce célèbre ambassadeur mener son fils unique à ce vénérable prélat, le prier de lui donner sa bénédiction, et ne se retirer qu’après l’avoir obtenue. Le duc d’Estillac, plein des mêmes sentiments, conduisant son fils, le comte de la Rochefoucault, à sa terre de Bélesta, située dans le diocèse de Mirepoix, mena chez le prélat ce jeune seigneur, pour lui demander la même grâce. Grand nombre de personnes de tout état ont fait la même chose ; la vénération pour sa personne était générale ; il n’en était que plus modeste et plus humble.

Une profonde humilité est inséparable de l’amour de la croix. Cet amour, dont il était pénétré, dut être bien satisfait, puisqu’il eut beaucoup à souffrir toute sa vie ; sa patience et même sa gaieté n’en étaient point altérées : je ne parle point de ses peines intérieures. Ce secret n’est connu que de son confesseur ; dévoré comme il était du zèle de la maison de Dieu, embrasé de charité pour les pauvres, on ne peut douter que la vue de tant de crimes, de passions, d’erreurs, de ténèbres, de misères qui inondent !a face de la terre, ne remplit son coeur d’amertume. Il ne cachait pas avec moins de soin ses austérités corporelles sous le dehors d’une vie commune ; mais il était si attentif sur lui-même, si exact à tous ses devoirs, si égal dans tous les événements de sa vie, si indulgent pour les fautes, si complaisant pour les désirs, si compatissant pour les maux du prochain, qu’on ne voyait en lui rien que de régulier et d’édifiant, ce qui n’est pas une mortification médiocre, et qui, au jugement des saints, l’emporte sur toutes les macérations volontaires. Pour mieux cacher celles qu’il faisait, et mieux observer les lois de la plus austère pudeur, il s’habillait et se déshabillait seul, jusqu’à ce que ses infirmités l’obligèrent, à son grand regret, de recevoir quelques services de ses domestiques ; il fut pourtant trahi par un coup de hasard, et l’on fut instruit qu’il portait habituellement sur sa chair une rude ceinture.

Ce qu’il ne put cacher, ce fut la rigueur de ses jeûnes, pénitence pour lui d’autant plus difficile, qu’il était d’un tempérament robuste, à qui il fallait beaucoup de nourriture : il ne mangeait jamais rien avant midi, quoiqu’il se levât de grand matin, même pendant la nuit, pour dire son office. Son carême, qu’il n’a rompu qu’une fois, à cause d’une grande maladie, était très rigoureux : peu de poisson, jamais des oeufs ; il ne se permettait qu’un peu de fruit aux collations ; un âge avancé et ses infirmités habituelles ne lui paraissaient pas des raisons suffisantes de rompre le jeûne. Le médecin dont, par principe de religion, il suivait aveuglément les ordonnances, lui prescrivit une rigoureuse diète et une tasse de tisane tous les matins. Cette légère boisson lui parut une infraction au jeûne ; il obtint du médecin la permission de s’en abstenir en carême. Malgré ce que son tempérament, une vie dure et toujours occupée, lui faisaient souffrir, il s’était imposé une espèce de jeûne perpétuel ; il s’était fait une loi de se refuser bien des choses à tous les repas, de ne jamais se rassasier, et de toujours sortir de table avec la faim ; du reste, tous les aliments lui étaient indifférents ; qu’on servit froid ou chaud, bon ou mauvais, il était toujours content. On ne remarquait en lui de prédilection que pour ce qu’il y avait de plus commun, de plus grossier, de plus mal apprêté, et, sous prétexte qu’il était trop chaud, il répandait de i’eau froide sur son assiette pour le rendre insipide.

Le plus grand et le plus édifiant théâtre de ses souffrances fut une longue et douloureuse maladie, qui dura plusieurs années, surtout les quatre dernières de sa vie, et le conduisit enfin au tombeau. Ses jambes s’enflèrent, il s’y ouvrit plusieurs fontaines qui coulaient cinq ou six mois de suite, et tout à coup s’arrêtaient ; on craignit qu’il ne se formât quelque dépôt dangereux, et on crut devoir les ouvrir quand elles se fermaient, et en entretenir le cours. Le médecin y faisait appliquer des remèdes violents, qui lui causaient presque sans relâche des douleurs aiguës ; il les cachait avec grand soin, à peine échappait-il quelquefois à la nature des mouvements involontaires. Un air ouvert, une douceur inaltérable, une conversation agréable et pleine de gaieté ne laissaient point soupçonner son état affligeant, qui ne lui arrachait aucune plainte, et ne fit rien changer à sa manière de vivre. Depuis quatre à cinq heures du matin jusqu’à huit à neuf heures du soir la prière, l’étude, les affaires du diocèse, remplissaient tous ses moments, comme dans le temps de sa plus parfaite santé. Il ne donnait enfin à la nature que le repos qu’il ne pouvait lui refuser ; mais à mesure que son corps s’affaiblissait, sa vertu semblait prendre de nouvelles forces : il éprouvait ce que l’Apôtre disait de lui-même : Cum infirmor, tum potens sum (II Cor., XII, 10.).

Quoiqu’il eût pour sa famille les tendres sentiments que la nature inspire, qu’il en reçût avec plaisir les visites et les lettres, il en fut toujours détaché, selon le précepte de l’Evangile. Pour mortifier la curiosité naturelle, il différait plusieurs jours à ouvrir les lettres qu’il en recevait, à l’exemple de saint François de Sales et de plusieurs saints, qu’il se faisait un devoir d’imiter. Jamais il n’invita ses parents à venir le voir, se contentant de les recevoir avec amitié quand ils venaient d’eux-mêmes, ce qu’ils firent rarement. Ils trouvaient chez lui une autre famille que la religion lui rendait plus chère, c’étaient les pauvres, pour lesquels il n’épargnait rien, et dont les visites journalières faisaient ses délices. Il n’invitait aucune femme à sa table, de quelque rang, de quelque qualité qu’elles fussent ; il ne leur parlait jamais sans témoins, selon les anciens canons, qui donnaient à chaque évêque un sincelle, c’est-à-dire un ecclésiastique qui les accompagnait partout, jusqu’à coucher dans leur chambre, pour être témoin de toutes leurs actions et le garant de la pureté de leurs moeurs. Règles sages de la modestie ecclésiastique. La chair est si fragile, le monde si malin, la réputation du clergé si délicate, le scandale si pernicieux !

Les longues infirmités de son grand âge ne firent aucun changement dans son humeur ni dans son esprit ; il en conserva la liberté jusqu’au dernier moment de sa vie, il paraissait même plus ouvert et plus ferme, à mesure qu’il approchait de sa fin. Cependant, par un trait de prudence inspiré par l’humilité, craignant quelque affaiblissement, il se forma, deux ans avant sa mort, un conseil de personnes choisies pour le gouvernement de son diocèse ; ce conseil s’assemblait chez lui régulièrement deux fois la semaine, et plus souvent, selon le besoin ; on y examinait et on y arrangeait en sa présence toutes les affaires, aussi très peu de diocèses ont été mieux réglés que le sien.

Possidius dit de saint Augustin : il ne fit point de testament, parce que ses aumônes l’avaient rendu si pauvre, qu’il n’avait pas de quoi en faire. On peut en dire de même de M. de Champflour : au mois de septembre 1765, il se proposa de faire testament, afin, disait-il, que s’il restait quelque chose, tout cédât au profit des pauvres. Il examina l’état de ses affaires, ne se trouva aucune dette, mais si peu de chose, qu’il ne crut pas que son héritage valût la peine de tester ; il abandonna ce projet ; il y revint dix-huit mois après, afin d’assurer ce peu même aux pauvres, et les fit ses héritiers. Mais les directeurs de l’hôpital trouvèrent si peu de chose, qu’ils répudièrent la succession. Tout fut vendu à l’enchère, et le prix distribué selon ses désirs ; son intention fut toujours d’envoyer au-devant de lui son trésor dans le ciel, sans s’embarrasser du lendemain, mais aussi sans faire tort à personne. Menez mes affaires, disait-il à son aumônier, qu’il avait chargé de son temporel, de façon que je puisse mourir tout juste. Pour y parvenir, donnez chaque jour à proportion de ce que je gagnerai, mais rien au delà ;je ne veux laisser ni bien ni dettes : la justice et la charité doivent être inséparables. Misericordia et veritas obviaverunt sibi (Psal. LXXXIV, 11.).

Tous les ans les fermiers de l’évêché faisaient à l’évêque des avances considérables pour fournir à ses aumônes, dont ils se payaient par leurs mains. En 1767, l’année avant sa mort, il fallut renouveler le bail ; les fermiers, voyant ses infirmités, ne voulurent faire aucune avance ni aucune augmentation, quoique toutes les denrées eussent augmenté, et que la ferme fût à un bas prix. L’évêque n’avait plus rien ni pour ses pauvres, ni pour lui-même, il avait tout donné ; le bruit s’en étant répandu, on s’empressa de tous côtés de lui offrir de l’argent : entre autres, le bureau de décimes s’assembla de lui-même sans être convoqué, délibéra de lui remettre sa taxe pour cette année, car il avait toujours payé fort exactement, et ne s’était jamais fait faire aucune grâce. Le bureau délibéra encore de lui donner tout ce qui se trouverait dans la caisse du receveur. L’évêque de Pamiers emprunta dix mille francs pour lui ; mais tout s’accommoda. Les fermiers, touchés de tant d’exemples de charité, firent une augmentation raisonnable et les avances ordinaires ; tout ce qu’on avait reçu pour lui fut remboursé, et ce fut alors qu’on l’instruisit de ce que la vénération publique avait fait faire à son insu.

Depuis longtemps il se préparait à la mort, qu’il regardait comme prochaine ; toujours présente à son esprit, il s’en occupait continuellement ; c’était l’objet de ses méditations et de ses lectures journalières, et très souvent de ses conversations. Deux ans et demi avant sa mort, il fit préparer son tombeau ; il ne voulut pas, par humilité, être enseveli dons le caveau des évêques de Mirepoix, ne se croyant pas digne d’être mis avec ses prédécesseurs, dont plusieurs sont morts en odeur de sainteté, selon le nécrologe du chapitre. Mais il s’était destiné un tombeau dans le petit cimetière de la paroisse. Une pierre de six pieds de long et de trois pieds de large, voilà, disait-il, tout ce qu’il me faut 11Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Histoire et archéologie de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel : « Au centre de la nef, une grande dalle, brisée en deux morceaux, porte dans sa partie supérieure l’épitaphe du chanoine Eychenne, mort en 1930, et dans sa partie inférieure, une inscription latine plus ancienne. Les recherches menées par Martine Rouche et par Claudine L’Hôte-Azéma ont permis de montrer que la partie supérieure a été arasée pour accueillir l’épitaphe de l’abbé Eychenne, tandis que la partie inférieure, intouchée, demeure dédiée à Jean-Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix de 1737 à 1768 ».. Il désirait ardemment la dissolution de son corps, comme saint Paul, pour se réunir à Jésus-Christ, et souvent il marquait ses ardents désirs. On exposa le saint Sacrement, et on fit des prières publiques pour demander le rétablissement de sa santé et la prolongation de ses jours ; il en fut affligé, craignant que ces prières ne fussent exaucées. Je ne suis plus bon à rien dans le monde, disait-il, et je désire d’en sortir ; on lui apporta le saint viatique, qu’il reçut avec la plus grande piété, après avoir fait sa profession de foi, comme nous avons dit.

On crut le 2 février avoir obtenu de Dieu la grâce de sa conservation ; le malade se trouva beaucoup mieux ; le médecin et tout le public furent remplis d’espérance et de joie, les chanoines vinrent à l’ordinaire passer la soirée avec lui ; il y parut en bon état, mais son heure était venue, on fit la prière du soir selon la coutume, après laquelle la compagnie se retira. Une heure après minuit il sentit sa fin prochaine, fit appeler son confesseur et toute sa maison pour leur dire le dernier adieu ; le confesseur lui parla quelque temps sur le bonheur des saints, lui donna l’extrême-onction, et fit la recommandation de l’âme ; bientôt après le malade entra dans une agonie fort tranquille et fort douce, qui dura cinq heures ; on fit sonner toutes les cloches pour en avertir le public, dans un instant toute la ville fut dans la consternation ; chacun se lève au plus vite ; on vient en foule à l’évêché lui rendre les derniers devoirs, on court dans les églises qui furent toutes ouvertes pour demander à Dieu son heureuse mort. Enfin, le 3 février 1768, à trois heures du matin, M. de Champflour, âgé de quatre-vingt-cinq ans, dans la trentième année de son épiscopat, s’endormit dans le Seigneur pour aller jouir dans le ciel de la gloire que tant de vertus lui avaient méritée. Son visage demeura serein, agréable et bien coloré. Le concours fut extrême pour le voir, le révérer, le prier, le toucher et emporter quelque chose qui lui eût appartenu. On déchira ses habits, il fallut des gardes pour empêcher qu’on ne déchirât son corps. La confiance, la vénération, l’admiration étaient sans bornes. Après avoir été trois jours exposée sur un lit de parade dans la salle de l’évêché où tous les prêtres de la ville et des environs vinrent dire la messe sur plusieurs autels qu’on y avait dressés, sa dépouille mortelle fut rendue à la terre d’où elle avait été tirée. Voici son épitaphe : Hic jacet R. R. in Christo Pater D. D. JOANNES BAPTISTA DE CHAMPFLOUR, episcopus Mirapicensis, cujus memoria in benedictione est ; quique dum viveret in humanis, miris virtutibus, imprimis fidei et pietatis ardore, charitate in pauperes, vitae austeritate, paupertatis amore, fastus contemptu ac eximia sedulitate enituit omnibusque charum se praebuit. Denique plenus operibus bonis, annosque vitae adeptus 85, episcopatus vero triginta, Obiit die 3 Februarii, anno Domini 1768. » 12Oeuvres complètes de La Tour, doyen du chapitre de la cathédrale de Montauban, tome 6, pp. 1411-1430 ; J.-M. Migne Editeur, Aux Ateliers Catholiques, rue d’Ambroise, au Petit-Montrouge, Barrière d’Enfer (!) de Paris, 1855.

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Non daté, portrait de Monseigneur de Champflour conservé à la sacristie de l’ancienne cathédrale de Mirepoix.

References   [ + ]

1. Heures nouvelles à l’usage du diocèse de Mirepoix, p. 106.
2. Etats présidés par l’archevêque de Narbonne, dont Jean Louis Des Balbes de Berton de Crillon de 1739 à 1751, puis Charles Antoine de La Roche-Aymon de 1752 à 1763.
3. Députés du diocèse de Mirepoix présents aux Etats de 1758 : 1. Clergé : Henry Joseph de Montlézun, vicaire général de Monseigneur Jean-Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix, conseiller du roi en ses conseils ; archidiacre de l’église cathédrale, abbé commendataire de Belleperche ; 2. Noblesse : Louis François Marie Gaston de Lévis, baron de Mirepoix ; 3. Tiers-Etat : Jacques de Cambacérès (grand-père de Jean Jacques Régis de Cambacérès, futur consul, futur archi-chancelier de l’Empire), maire alternatif mitriennal de Mirepoix, conseiller en la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier ; Louis Delpuech de Brujas, maire de Laroque d’Olmes, diocésain de Mirepoix ; Jacques Argelliès, maire de Fanjeaux.
4. Allusion aux querelles qui ont opposé au cours du XVIIIe siècle partisans, dits « constitutionnaires », et adversaires, dits « appelants », de la bulle Unigenitus de 1713, querelles qui ont culminé avec l’affaire des billets de confession.
5. Il s’agit de la baie de la chapelle Sainte Agathe, qui donne sur la nef de la cathédrale. Créée par Philippe de Lévis pour son usage privé, cette chapelle se trouve accessible depuis l’intérieur du palais épiscopal.
6. Monseigneur de Champflour, qui avait plusieurs membres de sa famille installés à Saint-Domingue, s’intéressait en effet à l’action des Pères Jésuites, missionnaires dans « l’Isle espagnole ».
7. Cf. Christine Belcikowski : Famine et solidarité chrétienne à Mirepoix, de l’hiver 1751 à l’été 1752.
8. Cf. La dormeuse blogue : Boyer de Mirepoix contre Voltaire.
9. Cf. La dormeuse blogue : Mazerettes à la fin du temps des évêques.
10. Gaston de Lévis Mirepoix de Lomagne (1699-1757). Celui-ci n’a pas eu de postérité. Ce n’est donc pas son fils qu’il présente à Monseigneur de Champflour, mais Louis Marie François Gaston de Lévis (1724-1800), marquis de Léran, son neveu et futur successeur à la tête de la seigneurie de Mirepoix
11. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Histoire et archéologie de l’église de l’Immaculée Conception de Notre Dame et de Saint Michel : « Au centre de la nef, une grande dalle, brisée en deux morceaux, porte dans sa partie supérieure l’épitaphe du chanoine Eychenne, mort en 1930, et dans sa partie inférieure, une inscription latine plus ancienne. Les recherches menées par Martine Rouche et par Claudine L’Hôte-Azéma ont permis de montrer que la partie supérieure a été arasée pour accueillir l’épitaphe de l’abbé Eychenne, tandis que la partie inférieure, intouchée, demeure dédiée à Jean-Baptiste de Champflour, évêque de Mirepoix de 1737 à 1768 ».
12. Oeuvres complètes de La Tour, doyen du chapitre de la cathédrale de Montauban, tome 6, pp. 1411-1430 ; J.-M. Migne Editeur, Aux Ateliers Catholiques, rue d’Ambroise, au Petit-Montrouge, Barrière d’Enfer (!) de Paris, 1855.

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