Stratégies matrimoniales au XVIIIe siècle dans le diocèse de Mirepoix et constitution du parti des marchands

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Ci-dessus : extrait de la carte du diocèse de Mirepoix ; planche du recueil d’estampes Diocèses de la province du Languedoc, 1781.

Je m’intéresse ici aux stratégies matrimoniales que l’on voit se développer au XVIIIe siècle au sein de deux grandes familles de marchands audois, ou à l’endroit de ces dernières : les Acher, de Sainte-Colombe sur l’Hers (Aude), et les Toursier, de Chalabre (Aude). Ces stratégies se révèlent propices au développement des fortunes ainsi qu’à l’ascension sociale de la classe marchande, dans le cadre d’un rapprochement entre l’Ariège et l’Aude. A noter qu’en raison des fréquentes secondes noces ou troisièmes noces, les familles Acher et Toursier constituent des nébuleuses dans lesquelles on peine à distinguer les individus, de surcroît souvent homonymes, car les archives les plus anciennes manquent, ou bien se révèlent lacunaires, ou encore ça et là grevées d’erreurs.

Avant 1742, Marie Françoise Acher, fille de Jean Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude), et de Françoise Pradier, fille de marchand, épouse Noble Jacques Philippe de Saint-Georges, seigneur de Sibra, près de Lagarde (Ariège).

Jacques Philippe de Saint-Georges, seigneur de Sibra (Ariège), devient ainsi le gendre de Jean Archer, marchand de Sainte-Colombe (Ariège).

En 1729, Guillaume Escolier, bourgeois de Sainte-Colombe (Aude), puis avocat à Bélesta (Ariège), épouse en troisièmes noces Françoise Toursier, fille de Jean Toursier, marchand de Chalabre (Aude), et de Marguerite Marty.

Guillaume Escolier, bourgeois de Sainte-Colombe (Aude), devient ainsi le gendre de Jean Toursier, marchand de Sainte-Colombe (Aude).

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Aude. Sainte-Colombe sur l’Hers. Document 100NUM/AC336/GG4 (1706-1765). Vue 145.

En 1729, Marc Antoine Escolier, notaire royal à Sainte-Colombe (Aude), fils du même Guillaume Escolier et de Marie Rouch, demi-frère de Jean Romain Escolier, seigneur de Montbel et de Taurine, épouse Marguerite Acher, fille d’Etienne Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude), et d’Elizabeth Pineau, fille de Pierre Pineau, marchand de Bélesta (Ariège), soeur de Jeanne Pineau, première épouse de Jean Acher. Raymond Escolier, l’écrivain, descend du couple Marc Antoine Escolier/Marguerite Acher.

Marc Antoine Escolier, notaire de Sainte-Colombe (Aude), devient ainsi le gendre d’Etienne Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude).

En 1738, Elisabeth, ou Isabeau Acher, fille de Jean Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude), et de Françoise Pradier, épouse autre Jean Toursier, marchand de Chalabre (Aude).

Jean Toursier, marchand de Chalabre (Aude), devient ainsi le gendre de Jean Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude).

En 1739, Antoine Fontanilhes 1Cf. Christine Belcikowski : Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 2. Charles Fontanilhes ; http://belcikowski.org/publications/?p=3105 ; Aux Pujols, Charles Fontanilhes, auteur d’un Manuel d’agriculture et de ménagerie en l’an II ; L’ancienne maison de la famille Fontanilhes aux Pujols ; Quand les Fontanilhes, père et fils, suscitent l’hostilité aux Pujols., négociant de Toulouse et de Bordeaux, épouse Anne Toursier, négociante, fille d’Etienne Toursier, marchand de Chalabre (Aude), et de Jeanne Lombard ; petite-fille de Noé Toursier, marchand de Chalabre (Aude), et de Marguerite de Gazelle.

Antoine Fontanilhes devient ainsi le gendre d’Etienne Toursier.

Avant 1742, Dominique Malroc, marchand de Mirepoix (Ariège), épouse Pétronille Lassalle, de Bélesta (Ariège). En 1742, Justin Augustin Acher, négociant de Sainte-Colombe (Aude), grand manufacturier du jayet, fils de Jean Acher, épouse Brigitte Lasalle, de Bélesta (Ariège). Pétronille Lassalle et Brigitte Lassalle sont toutes deux filles de Jean Lassalle, marchand à Bélesta, puis bourgeois, et de Pétronille Rouzaud, fille de marchand.

Jean Toursier, marchand de Chalabre (Aude), Noble Jacques Philippe de Saint-Georges, seigneur de Sibra (Ariège), Dominique Malroc, marchand de Mirepoix (Ariège),devenu en 1742 seigneur de Lafage (Aude), et Justin Acher, de Sainte-Colombe (Aude) deviennent ainsi beaux-frères, en tant que gendres de Jean Lassalle, bourgeois de Bélesta (Ariège).

En 1743, Jacques Clauzel, chaudronnier à Mirepoix (Ariège), fils de Jean Clauzel, marchand chaudronnier de Lavelanet (Ariège), et de Louise Gorguos, épouse Elisabeth Terrisse, de Mirepoix (Ariège), fille de Jeanne Acher, elle-même cousine de Jean Acher, marchand de Sainte-Colombe (Aude).

En 1776, autre Jacques Clauzel, cousin du précédent, négociant à Lavelanet (Ariège), fils de Gabriel Clauzel et de Barthélémie Pech, veuf de Françoise Verdier, épouse à Chalabre (Aude) en secondes noces Marie Anne Toursier, fille de feu Noël Toursier, marchand de Chalabre (Aude), et de Anne Terrisse.

Jacques Clauzel, négociant à Lavelanet (Ariège), devient ainsi le beau-fils de feu Noël Toursier, marchand de Chalabre (Aude).

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Aude. Lafage. Document 100NUM/AC184/1E1 (1683-1792). Vue 258.

En 1777, Jean de Lasset, seigneur d’Escueillens, fils de Joseph de Lasset, seigneur de Gaja-la-Selve, et de Anne de David, épouse à Lafage (Aude) Anne Malroc, fille de feu Dominique Malroc, marchand de Mirepoix (Ariège), seigneur de Lafage (Aude), et de Pétronille Lassalle ; d’où nièce de Justin Acher, négociant de Sainte-Colombe (Aude).

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Ci-dessus : Archives dép. de l’Ariège. Lavelanet. Document 1NUM2/E108 (1737-1789). Vue 592.

En 1785, Jean Baptiste Clauzel, négociant, maire de Lavelanet (Ariège) futur député à l’Assemblée législative, à la Convention, au Conseil des Anciens, au Conseil des Cinq-Cents et au corps législatif, fils de Jacques Clauzel, aussi négociant à Lavelanet (Ariège), épouse Claire Noëlle Viviès, fille d’un riche marchand de Sainte-Colombe Aude), veuve du riche Alexandre Antoine Acher dit « de Floriac », fils de Justin Augustin Acher, de Sainte-Colombe (Aude).

Pierre Arches, qui, dans « Une fédération locale. La confédération des pyrénées (1789-1790) » 2Pierre Arches. Une fédération locale. La confédération des pyrénées (1789-1790). Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française. Année 1971. Bibliothèque nationale. Paris.1972. étudie l’histoire des familles mentionnées ci-dessus, observe qu’à Mirepoix (Ariège), dans les années 1780, « l’opposition au seigneur et à l’évêque est conduite en particulier par Jean de Lasset. Sa famille, dont la noblesse remonte à la fin du xve siècle, n’a jamais été bien importante et lui-même, petit seigneur d’Escueillens (Aude), n’a que de médiocres ressources. Son mariage avec Anne Malroc, nièce de Justin Acher l’a mis en contact avec ce milieu de marchands. Grâce à la dot apportée par Anne Malroc, il achète à Jean Paul Malroc. curé de Lafage (Aude), le 5 septembre 1778, une métairie située à Senesse, dans le consulat de Mirepoix (Ariège)daa.

Il accède bientôt à la charge de maire dans des conditions assez exceptionnelles : deuxième consul, il remplace le 14 février 1782 son beau-frère, Malroc de Lafage nommé conseiller à la Cour des aides de Montpellier et, de ce fait, obligé de démissionner avant l’expiration de sa charge, le 25 novembre de la même année. Il avait été entendu que Lasset conserverait son mandat jusqu’à cette date. En fait, nul renouvellement n’eut lieu ce jour-là ni l’année suivante. »

C’est là le point de départ de l’aventure qui fera de Noble Jean de Lasset à partir de 1785 dans le diocèse de Mirepoix le fer de lance de l’opposition dite « des marchands » au parti dit « du seigneur et de l’évêque » ; puis, à l’issue d’une longue crise politique, en 1789 un membre du comité de liaison de la Confédération des Pyrénées, le commandant de la garde nationale de Mirepoix, le « consul révolutionnaire » de Mirepoix, et en 1790 le premier maire mirapicien du nouveau régime 3Cf. Jean Cazanave. Ambitions familiales à Mirepoix (Ariège) de 1788 à 1795. Révolution et Contre-Révolution dans la France du Midi (1789-1799). Presses Universitaires du Mirail. 1991.

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References   [ + ]

1. Cf. Christine Belcikowski : Sur les chemins de Jean Dabail, d’autres « bandits royaux » – 2. Charles Fontanilhes ; http://belcikowski.org/publications/?p=3105 ; Aux Pujols, Charles Fontanilhes, auteur d’un Manuel d’agriculture et de ménagerie en l’an II ; L’ancienne maison de la famille Fontanilhes aux Pujols ; Quand les Fontanilhes, père et fils, suscitent l’hostilité aux Pujols.
2. Pierre Arches. Une fédération locale. La confédération des pyrénées (1789-1790). Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française. Année 1971. Bibliothèque nationale. Paris.1972.
3. Cf. Jean Cazanave. Ambitions familiales à Mirepoix (Ariège) de 1788 à 1795. Révolution et Contre-Révolution dans la France du Midi (1789-1799). Presses Universitaires du Mirail. 1991.

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  • Françoise Brown at 7 h 14 min

    Un aperçu intéressant de la société mirapicienne d’antan.