A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°185 à 212

 

Ci-dessus : détail du plan 3 du compoix mirapicien de 1766.

Le pâté de maisons qui comprend les parcelles n°185 à 212 du moulon 3 du compoix de 1766 se trouve délimité au nord (d’aquilon) par la rue de la porte d’Aval (aujourd’hui rue Monseigneur de Cambon), à l’est (d’aouta) par la place, au sud (midy) par la rue Courlanel (aujourd’hui rue du Maréchal Clauzel), à l’ouest (cers) par la promenade de la porte d’Aval (aujourd’hui cours du Maréchal de Mirepoix).

 

Ci-dessus : vue du couvert de cers depuis l’angle du couvert du midi et de la rue Courlanel.

Son front est constitue sur la place le couvert de cers (aujourd’hui couvert Saint Antoine).

 

Ci-dessus, de gauche à droite, sous le couvert Saint Antoine, anciennement couvert de cers : section A n°18 nouveau style, moulon 3 n°194 ancien régime, propriété de Demoiselle Arnaud en 1766, propriété de Jean Paul Denat en l’an VII ; section A n°14 nouveau style, moulon 3 n°185 ancien style, propriété de Guillaume Taillefer, boulanger, en 1766, propriété de Jean François Roubichou, menuisier, en l’an VII.

 

Ci-dessus, sous le couvert Saint Antoine : section A n°19 nouveau style, moulon 3 n°195 ancien régime, propriété de Germain Vigarozy, avocat au parlement en 1766, propriété de Joseph Pierre Marie Vigarozy, médecin, en l’an VII.

A voir ou à revoir in situ, trois cartouches témoins de la numérotation urbaine de nouveau style mise en oeuvre par la municipalité révolutionnaire à partir de 1791, qui subsistent sous le couvert Saint Antoine. Cliquez sur les images pour les agrandir.

 

Ci-dessus : vue de la porte d’Aval rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) ; à gauche de la porte, l’étroite bâtisse attenante occupe l’emplacement de la ruelle, dite Coin de la porte d’Aval, qui courait jadis tout au long de la paroi intérieure du rempart.

 

Ci-dessus : vue de la tour de Montfaucon depuis le cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval).

 

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue de la tour de Montfaucon par-dessus les toits, depuis le carrefour du cours du Maréchal de Mirepoix et de la rue du Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel) ; à l’angle du cours du Maréchal de Mirepoix et de la rue du Maréchal Clauzel, la pharmacie se trouve bâtie, elle aussi, à l’emplacement de l’ancien rempart et de la ruelle dite Coin de la porte d’Aval. Un peu plus loin, les deux portes cochères donnent sur le terrain de 142 cannes occupé jadis par la chapelle des Pénitents bleus.

Son front ouest, attenant à la porte d’Aval, n’est rien d’autre qu’une partie de l’ancien rempart occidental de la bastide. Derrière ce rempart s’élèvent la maison de Noble Etienne de Montfaucon, reconnaissable à l’antique tour qui la surmonte, puis celle de Louis Cairol, prêtre et hebdomadier du chapitre, puis, à l’angle de la promenade de la porte d’Aval et de la rue Courlanel, la chapelle des Pénitents bleus. Une ruelle, dite Coin de la porte d’Aval, court ici entre maisons et rempart. Cette ruelle aujourd’hui n’existe plus. Les maisons, depuis 1766, ont gagné sur l’espace correspondant.

 

Adossé à un vestige de rempart, ainsi abrité du bruit et du mouvement de la promenade, resserré entre la rue de la porte d’Aval et la rue Courlanel, fléché d’or par le soleil du levant et du couchant, ce quartier abrite en 1766 une petite population de notables, soucieuse avant tout d’entre soi, et quelques artisans de confiance, qui jouissent là d’une clientèle discrète et sûre. Les boutiques qui donnent sur la place ont une zone de chalandise plus variée, élargie au marché du jeudi et au quotidien de la dite place.

 

Ci-dessus : vue de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval), depuis la place.

 

Ci-dessus : vue de la rue Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel), depuis le cours Maréchal de Mirepoix.

Derrière le couvert de cers, les belles maisons dominent, hautes, profondes, prolongées sur l’arrière de jardins qu’on ne voit pas. Les artisans se contentent de maisons plus petites, dépourvues de jardin attenants. La plupart de ces artisans possèdent toutefois des jardins eux aussi – jardins au demeurant très nécessaires à l’économie domestique du temps -, mais situés ailleurs, dans des quartiers excentrés.

L’un des vrais luxes de l’époque, c’est le jardin d’agrément situé à l’arrière de la maison, et le puits privé. Germain Vigarozy (n°195), Jean Clément Rouvairollis de Rigaud (n°202), Jean Baptiste Tornier (n°203), Jean Bauzil (n°204), Joseph Tornier (n°207), Etienne de Montfaucon (n°210), Louis Cairol (n°211) sont propriétaires d’un jardin. Le quartier comprend en outre cinq puits répertoriés, situés respectivement chez Germain Vigarozy (n°185), Antoine Campels (n°191), Jean Clément Rouvairollis de Rigaud (n°202), Guillaume Rougeat (n°205), Etienne de Montfaucon (n°210), – cinq propriétaires mieux dotés, qui ont en quelque sorte l’eau courante !

 

Plus finement détaillé, l’examen de la population installée quartier décrit ci-dessus, donne en termes de répartition sociale les résultats suivants :

  • membres de l’ancienne ou de la nouvelle aristocratie locale : Etienne de Montfaucon, capitaine des grenadiers royaux ; Jean Clément Rouvairollis de Rigaud, écuyer 1Ecuyer : personnage remplissant de hautes charges ou officier ennobli, à qui cette appellation est conférée à titre honorifique. ; Barthélémy Bernard de Saint-Julien, seigneur de Pechdacou 2Barthélémy Bernard de Saint-Julien est fils de François Bernard, bourgeois de Bélesta, qui achète au diocèse de Mirepoix, le 14 décembre 1734, les seigneuries de Saint-Jean-de-Briola et de Pechdacou. Aujourd’hui situés dans l’Aude, jadis dans le diocèse de Mirepoix, « Saint-Julien-de-Briola et Pechdacou réunis » ressortissent alors au canton de Fanjeaux.
    Cousin germain de Barthélémy Bernard, Philippe-Joseph Bernard, qui est fils d’un avocat des ordinaires de Belcaire, puis de Puivert, devient chevalier de Saint-Louis, co-seigneur de Baziège, et prend le nom de La Boucherolle suite à son mariage avec la fille de X. de La Boucherolle, avec qui il partage la co-seigneurie de Baziège. A noter que Dominique Antoine Carloman Malroc, né en 1760, épousera en 1806 Marie Thérèse Sabine de La Boucherolle. Cf. Pierre Arches, Une fédération locale, la confédération des Pyrénées (1789-1790), in Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Edition CTHS, Paris, 1960-1983 ; Antoine Sabarthès, Dictionnaire topographique de la France, tome 5, Dictionnaire topographique du département de l’Aude : comprenant les noms de lieu anciens et modernes, Imprimerie nationale, Paris, 1912.
  • membres de la bourgeoisie montante :
    • hommes de loi ou officiers : Germain Vigarozy (n°195), avocat ; Guillaume Rougeat (n°205), bachelier 3Bachelier, en droit civil, en médecine ou en théologie : titulaire du premier des trois grades universitaires. ; François Rabinel Calzan (n°196), receveur des tailles
    • grands ou petits propriétaires fonciers : Jean Brives (n°190) ; Pierre Bauzil (n°200) ; Jean Baptiste Tornier (n°203) ; Jean Baptiste Campels (n°191), ménager 4Ménager : petit propriétaire agricole
  • ecclésiastiques, liés au chapitre et à la chapelle des Pénitents bleus : Guillaume Rougeat (n°189), prêtre et prébendier du chapitre ; Louis Cairol (n°211), prêtre et hebdomadier du chapitre
  • riches marchands, et filles ou veuves des dits marchands : Jean Brustier (n°192) ; Demoiselle Thelinge (n°193), veuve du sieur Jean Bonnet, marchand ; Demoiselle Jeanne Arnaud (n°194)
  • plus petitement logés en bordure des deux rues qui courent d’est en ouest de part et d’autre du quartier, artisans ou veuves d’artisans : Louise Gorguos (n°186), veuve de Jean Clauzel, chaudronnier ; Jacques Deleu (n°187), cordonnier ; Paul Combes (n°188), boulanger ; Jean Baptiste Roques (n°197), cordonnier 5Le Mirepoix de 1766 abonde en cordonniers ; la plupart d’entre eux tiennent boutique dans le quartier de la porte de Laroque. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 166. Le quartier du couvert de cers en comprend encore deux. D’évidence la clientèle a ici plus d’une paire de chaussures pour marcher. Pierre Maris (n°199), boucher ; Joseph Tornier (n°207), menuisier ; Antoine Campels (n°209), charpentier ; tous probables clients des notables susmentionnés
  • divers : Jean Foulquié (n°198), garde du Marquis ; Jean Autier (n°201), razataire de Lavelanet, qui tente probablement de diffuser à Mirepoix sa production de razet 6Razet ou raset : étoffe de laine du pays, de couleur brune..

 

Ci-dessus : vue du couvert Saint Antoine (autrefois couvert de cers), le matin, depuis la rue du Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel) ; noms des propriétaires en 1766.

 

Ci-dessus : vue du couvert Saint Antoine au soleil levant ; noms des propriétaires en 1766.

La très belle maison de Germain Vigarozy, sous le couvert de cers, date de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Germain Vigarozy, ou Vigarosy, avocat au parlement, appartient à une famille de longue tradition mirapicienne, probablement venue d’Italie à la fin du XVe siècle, sous la seigneurie de Jean de Lévis II et l’épiscopat de Philippe de Lévis, i. e. à l’époque où Mirepoix a connu son âge d’or. Le cas de la famille Vigarozy n’est pas unique dans l’histoire de notre vieille cité. Anthoine Rivelli, ancêtre de la famille Rivel, est arrivé de Rome à la fin du XVe siècle lui aussi, dans le sillage de Philippe de Lévis dont il a été le trésorier épiscopal. Jacques Rivel, tanneur, lointain descendant d’Anthoine Rivelli, est dit « le Romain » à la fin du XVIIIe siècle encore.

La maison ne changera pas de main pendant la Révolution. Seule l’adresse change : en vertu de la nouvelle numérotation révolutionnaire, la maison se trouve sise désormais au n°19 de la section A. C’est Joseph Pierre Marie Vigarozy, médecin, qui l’habite en l’an VII. Ami de l’astronome Jacques Vidal, il était attendu chez son ami, lorsque, dans son petit observatoire du couvert de la porte de Laroque, le 2 janvier 1819, celui-ci tombe foudroyé par une attaque d’apoplexie.

La famille Vigarozy donnera par la suite plusieurs hommes d’importance encore : Joseph Pierre Marie Vigarozy, maire de Mirepoix en 1795, puis en 1798 ; Antoine Benoit Vigarozy, maire de Mirepoix de 1830 à 1847, homme de lettres connu en particulier pour ses Fables (1832) 7Cf. La dormeuse blogue : Antoine Benoît Vigarosy fabuliste. ; Charles Joseph Jean Baptiste Vigarosy, conseiller général, sénateur, qui rachètera au duc de Lévis Mirepoix, circa 1850, les ruines du château de Lagarde 8Cf. Journal de Toulouse politique et littéraire, 8 mai 1852..

 

Ci-dessus : vue du couvert Saint Antoine à proximité de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) ; noms des propriétaires en 1766.

Les membres du clan Brustier, dont on voit l’une des maisons ci-dessus, feront partie de l’opposition dite « des marchands » 9Cf. Jean Cazanave, Ambitions familiales à Mirepoix (Ariège) de 1788 à 1795, in Révolution et Contre-Révolution dans la France du Midi: 1789-1799, Presses universitaires du Mirail, 1991. qui profitera de la crise révolutionnaire pour évincer de la mairie les partisans de l’ancien seigneur. Jean Sylvestre Brustier, négociant à Mirepoix, membre de la loge des Enfants de l’Union Triomphante à l’Orient de Castelnaudary 10Cf. Cf. Pierre Arches, Une fédération locale, la confédération des Pyrénées (1789-1790), in Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française, p. 64, Edition CTHS, Paris, 1971., incarne dans cette crise la tendance girondine qui agira plus ou moins secrètement au sein de la municipalité jacobine contre l’autorité du « terroriste » Gabriel Clauzel. Il sera poursuivi en 1793 pour participation à l’émeute des 28, 29 et 30 août 1792 à Mirepoix 11Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix, un esthète de la Contre-Révolution, ou l’homme des foules.. La fortune des Brustier sortira augmentée d’une Révolution qui a tourné finalement à l’avantage des marchands de Mirepoix dans leur ensemble. C’est un Brustier qui habite l’ancien hôtel particulier de Guillaume Dominique Malroc de Lafage, ex-maire de Mirepoix, après la déchéance politique et les poursuites endurées par ce dernier 12Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 166..

 

 

Ci-dessus : vue de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) depuis la place ; noms des propriétaires en 1766
Louise Gorguos, veuve de Jean Clauzel, chaudronnier, ascendant de Gabriel Clauzel, futur maire de Mirepoix, est fille de Jean Gorguos, maréchal à forge. Jacques Deleu, cordonnier, sera quatrième consul en 1783 et 1784.

 

Ci-dessus : vue de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) depuis la place ; noms des propriétaires en 1766.
Guillaume Rougeat, prêtre et prébendier du chapitre, et Guillaume Rougeat, bachelier, tiennent maison dans la même rue. Je ne sais rien de leur parenté, mais je la suppose ; il s’agit en tout cas des deux seules occurrences du nom Rougeat dans le compoix de 1766. A noter que la maison de Guillaume Rougeat, bachelier, joint en 1766 à la rue Courlanel (aujourd’hui rue Maréchal Clauzel).

On voit ici l’entrée principale de l’ancienne maison de Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, écuyer. La famille de Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud est sans doute lointainement originaire de Montpellier. Elle compte avant le XVIIIe siècle au moins un chanoine attaché à l’église cathédrale de Mirepoix 13Cf. Abbé Eugène Ferran, Le Chapitre cathédral de Mirepoix (1318-1790). Sa constitution, ses revenus et ses charges, ses divers statuts et règlements, d’après les registres des délibérations capitulaires, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1901, vol. 8, n°1-1902, vol 8, n°6. On relève également dans les archives de Reims, en 1778, « collation de la chapelle Saint Martin en l’église paroissiale d’Attigny à François Albin Rouvairollis de Rigaud, sous-diacre du diocèse de Mirepoix, sur la permutation par lui faite d’une prébende de l’église collégiale de Sainte Anne de Montpellier contre cette chapelle. Cf. Louis Demaison, Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790: Marne.. La dite famille Rouvairollis de Rigaud se trouve alliée à la famille Malroc par le mariage de Jeanne Marie Malroc de Lafage avec Guillaume de Jaubert, seigneur de Saint-Julia, via le mariage de Marianne Rouvairollis avec Jean Louis de Jaubert, seigneur de Saint-Julia, père de Guillaume de Jaubert, en 1723. Jean Rouvairollis de Rigaud figure à la date de 1750 dans la liste des consuls et capitouls de Toulouse établie par Le Héraut d’armes – Revue illustrée de la noblesse 14Le Héraut d’armes – Revue illustrée de la noblesse, janvier 1863 à mai 1877, tome II, Victor Bouton Héraldique, Paris, 1877.. On sait que Jean Clément de Rouvairollis, avec Guillaume Dominique Malroc et neuf autres prévenus, fera partie de la charrette envoyée à Paris par Marc Guillaume Alexis Vadier et Gabriel Clauzel, le 17 messidor an II (3 juillet 1794). J’ai déjà raconté cette histoire dans A Mirepoix, un esthète de la Contre-Révolution, ou l’homme des foules. Je n’y reviens pas.

 

Ci-dessus : vue de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) depuis la place ; noms des propriétaires en 1766.

Jean Bauzil, bourgeois, appartient, comme Jean Brustier, à un clan familial ambitieux. Ce clan qui jouit d’un patrimoine foncier important et d’une influence croissante dans la ville comprend, outre le dit Jean Bauzil susnommé, Thomas Bauzil, avocat au parlement, premier consul ; Pierre Bauzil, bourgeois ; Maurice Bauzil, chaussatier ; Jean Bauzil et Pierre Bauzil son fils, tous deux baigneurs, tous deux dit La Gouïre ; Anne Bauzil, hôtesse, veuve de Pierre Campagne ; Paule Bauzil, veuve de François Arnaud, marchand. Jean Joseph Bauzil, négociant, puis Jean François Dominique Bauzil, bourgeois, puis Jean Léon Bauzil, avocat comme son père, feront partie du conseil politique qui, à force de ténacité dans l’entrisme, s’emparera de la mairie en 1789. Mais, comme Jean Sylvestre Brustier, de façon significative, Pierre Bauzil, perruquier, sera poursuivi en 1793 pour participation à l’émeute des 28, 29 et 30 août 1792.

 

Jean Baptiste Tornier, bourgeois, dont la grande maison dit assez l’aisance, fait partie des alliés de la famille Vidalat, en vertu du mariage de Marie Tornier avec Antoine Vidalat, bourgeois. La famille Tornier rassemble en 1766, outre Jean Tornier et Marie Tornier, alors devenue veuve, les propriétaires suivants : Jean Baptiste Tornier, bourgeois ; Jacques Tornier, laboureur ; Guillaume Tornier, avocat au parlement ; Bertrand Tornier, voiturier, dit Catrignau.

Peu enclin aux idées révolutionnaires, Jean Bonaventure, ex-avocat au parlement, ex-juge des villes de Mirepoix et de Léran, fera partie de la charrette du 17 messidor an II (3 juillet 1794), qui emporte vers Paris Guillaume Dominique Malroc et autres compagnons d’infortune.

La famille Vidalat n’ayant par la suite pas de descendance directe, la famille Tornier obtiendra au cours du XIXe siècle l’autorisation de changer son nom en Vidalat-Tornier.

Etienne de Montfaucon, quant à lui, tient au bout de la rue de la porte d’Aval une maison ancestrale, dont l’édification remonte sans doute à la fin du Moyen-Age. La tour qui s’élève encore derrière le vestige de l’ancien rempart complétait sans doute le dispositif de surveillance mis en oeuvre à l’endroit de la porte d’Aval. L’escalier à vis, éclairé de lucarnes, permet de surveiller d’étage en étage les divers aspects de la campagne environnante 15Cf. La dormeuse blogue : De l’allée des Soupirs à la tour de Montfaucon.. Etienne de Montfaucon, le 17 messidor an II (3 juillet 1794), fera partie de la même charrette que Jean Clément de Rouvairollis de Rigaud, Guillaume Dominique Malroc de Lafage, et autres. Après la Révolution, faute d’héritier mâle, la maison passe par mariage aux mains de la famille Desguilhots de Labatut. Alexandre Desguilhots sera maire de Mirepoix de 1820 à 1830. J’ai déjà évoqué dans A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°97 à 112 l’opiniâtre résistance de Zozyme et de Sophie Desguilhots de Labatut, qui ont sauvé de la démolition la porte d’Aval en faisant reconnaître le droit de propriété qu’elles conservaient sur la partie sommitale de la tour, malgré les ormillons qu’elles avaient là laissé croître.

Ci-dessus : une lucarne dans la tour de Montfaucon.

 

Ci-dessus : vue sur la porte d’Aval et la campagne depuis une lucarne de la tour de Montfaucon.

 

 

Ci-dessus : vue de la rue Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel ou rue des Pénitents bleus) depuis l’angle du couvert du Midi; noms des propriétaires en 1766. Jean Foulquié, « garde de Monseigneur le Marquis », tient ici une position stratégique.

 

Ci-dessus : vue de la rue Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel ou rue des Pénitents bleus) depuis l’angle du couvert du Midi; noms des propriétaires en 1766.

Légendée ci-dessus, la maison de Pierre Bauzil, bourgeois, est modeste ; l’homme peu fortuné. Outre la maison ci-dessus, Pierre Bauzil en 1766 possède la moitié d’une autre maison (plan 3 n°155), située au fond du « passage servant à tous les aboutissants et proches de la porte de Laroque » 16Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 166., et « champ, vigne et herm à l’arbrit de Paychels ». Il se peut qu’il collabore aux nombreuses et diverses activités des autres Bauzil. Toutes les grandes familles de Mirepoix ont ainsi, à côté de leurs branches fortes, une branche moins glorieuse, moins entreprenante ou moins bien lotie.

 

Le compoix de 1766 signale que la maison de Pierre Bauzil confronte « d’aquilon le Sieur Rabinel Calzan égout entre eux deux ». L’égout signalé ici court d’est en ouest à travers une bonne partie du quartier (Cf. ci-dessous, le plan du quartier au XVIIe siècle.). Les eaux usées qui circulent de la sorte en interne aboutissaient un siècle plus tôt à la place ! Où vont-elles en 1766 ?

L’ancienne demeure de Germain Vigarozy, qui a son entrée principale sous le couvert Saint Antoine (autrefois couvert de cers), aboutissait jadis à la rue Courlanel via un jardin. Le jardin, comme on peut voir ci-dessus, a disparu. A sa place s’élève une bâtisse moderne, dont le style tranche singulièrement avec celui des constructions adjacentes.

 

 

La grande façade arrière de la maison de Jean Clément Rouvairollis de Rigaud est d’une sévérité étonnante. Il se dit dans Mirepoix que cette maison a été jadis une prison.

 

Ci-dessus : détail du compoix de 1666.

 

Ci-dessus : plan du quartier établi d’après le compoix de 1666 par Alain Marmion 17Contrairement au compoix de 1766, qui a donné lieu à l’établissement d’un magnifique plan aquarellé, réalisé par Jean Escarguel, géomètre et feudiste de Limoux, le compoix de 1666 n’est hélas assorti d’aucun plan.. Merci à celui-ci de me l’avoir communiqué. Je profite de l’occasion pour signaler qu’Alain Marmion publie sur son excellent site, entre autres la table des contribuables et le compoix de Mirepoix en 1666.

Le compoix du XVIIe siècle indique que Madame la Douairière de Mirepoix tenait là en 1666 « une tour à deux planchers, un patu et un jardin ». Madame la Douairière de Mirepoix, en 1666, ne pouvait être que Louise de Roquelaure, née en 1615, veuve en 1637 d’Alexandre de Lévis, seigneur de Mirepoix, régente de la seigneurie jusqu’à 1650, fondatrice de l’hôpital de Mirepoix, morte en 1674. Louise de Roquelaure, qui vivait la plupart du temps au château de Lagarde a pu user de la tour de la rue Courlanel, ou plutôt de la rue Cornanel comme on disait au XVIIe siècle, pour y loger un corps de garde, afin d’ajouter à son autorité, qu’elle avait grande, une présence militaire dans la cité 18Une liasse du fonds Lévis Mirepoix, datée de 1638, détaille « les armes envoyées par MM. de Bruyères Chalabre, de Latour et de Caudeval à la marquise de Mirepoix, Louise de Roquelaure, et portées au château de Lagarde, en tout : 198 mousquets, 78 bandoulières, 90 piques et 7 hallebardes ». « C’était l’époque », remarque l’archiviste Siméon Olive, « où la marquise de Mirepoix, tutrice de son fils pour l’administration
de la seigneurie, faisait équiper des soldats destinés à la formation d’un régiment ». Cf. Siméon Olive, Inventaire historique et genéalogique des documents de la branche Lévis-Mirepoix, tome III, p. 506, Librairie Edouard Privat, 1909. On sait par ailleurs qu’elle envoyait ses hommes à la cathédrale afin d’en imposer à Monseigneur de Nogaret dans la querelle qui l’opposait à ce dernier à propos des honorifiques 19Cf. La dormeuse blogue : La maison de Lévis Mirepoix.. L’édification de la tour date probablement d’une époque antérieure, peut-être de la fin du XIVe siècle, quand, après le passage des routiers, la ville entreprend de se fortifier. 20Cf. La dormeuse blogue 3 : Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?.

L’inscription qu’on voit dans un blason à côté de la petite porte de la tour porte, quant à elle, la date de 1607. Jean VI de Lévis meurt à cette date. Jean de Lévis, son fils aîné, est mort en 1603. C’est donc Antoine Guillaume de Lévis, son fils puîné, qui lui succède en 1607.

L’inscription dit ceci : VERITAS ODIVM PARIT, Veritas odium parit, littéralement, « la vérité engendre la haine ». La formule est ancienne, et elle a connu au cours des siècle une fortune littéraire remarquable. Elle vient de l’Andrienne de Térence (166 av. J.C.). Térence dit très exactement : Sapienter uitam instituit ; namque hoc tempore obsequium amicos, ueritas odium parit, i. e. « c’était sagement régler sa vie, car à l’époque où nous sommes, c’est la complaisance qui procure des amis, et la vérité, des haines ». La tradition, via Cicéron, Quintilien, Saint Augustin, Saint Jérôme, et les auteurs latins du Moyen Age, dont Bernard de Clairvaux et Jean de Salisbury, n’a retenu que la seconde partie de la sentence : obsequium amicos, ueritas odium parit, diminuée en outre du hoc tempore qui la rattachait à un contexte précis. La phrase de Térence visait en son temps la nobilitas romaine qui, oublieuse de ses valeurs premières, s’adonnait au clientélisme et à l’argent.

De la phrase initiale de Térence, l’inscription mirapicienne ne retient, elle, que la séquence finale : Veritas.odium parit. Elle revêt de la sorte un tour plus abrupt, plus menaçant aussi. Il n’est plus question d’amis. La découpe sur trois lignes a le tranchant d’un glaive. La seigneurie d’Antoine Guillaume de Lévis, si c’est bien de lui qu’il s’agit ici, s’annonce sévère.

 

Ci-dessus : vue de la rue Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel) à proximité du cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval) ; noms des propriétaires en 1766.

Dotée de beaux encorbellements, la maison de Jean Baptiste Tornier, bourgeois, a sans doute profité de l’art de Joseph Tornier, menuisier, qui habite non loin de là, rue de la porte d’Aval, une maison que son métier ne lui a pas laissé le temps d’encorbeller. Attenante à la maison de Jean Baptiste Tornier, une bâtisse moderne occupe l’espace sur lequel s’élevait jadis la façade arrière de la maison de Guillaume Rougeat, bachelier.

 

La maison de Louis Cairol, prêtre et hebdomadier du chapitre, ressemblait-elle en 1766 à ce que l’on voit ici aujourd’hui ? La façade principale donnait alors sur la ruelle dite Coin de la porte d’Aval. Il ne reste plus rien de la ruelle ni de la façade. A leur place s’élève une maison moderne, attenante à un reste de rempart. L’arrière de la maison Cairol « joignait à la rue Courlanel » (aujourd’hui rue Maréchal Clauzel), dit le compoix. Ce qui subsiste de cette façade arrière, ou du moins ce que l’on voit ici, correspond plutôt à une décharge 21Décharge : bâtiment auxiliaire dans lequel on entrepose ce qui ne sert pas quotidiennement dans la maison principale., de type « autres couverts », normalement attendue au fond d’un jardin, dans une partie joignante. Il se peut qu’une telle décharge ait servi d’espace de dégagement à la chapelle des Pénitents bleus.

 

 

Louis Cairol, en 1766, était rue Coin de la porte d’Aval certes petitement logé. Mais, issu d’une famille connue pour avoir donné à Mirepoix nombre de consuls, de médecins, de militaires et d’hommes de loi, dont Antoine Cairol, son neveu, ancien officier d’artillerie, qui a épousé en 1763 Françoise de Montfaucon et qui sera à partir de 1785 premier consul de Mirepoix jusqu’à la Révolution, Louis Cairol jouissait d’un statut appréciable au chapitre et en ville. De quoi le supposer pris au dehors par ses fonctions capitulaires et, compte tenu de son immédiate proximité avec la chapelle des Pénitents bleus, pris aussi par le ménagement des relations que l’évêché souhaite entretenir, à fin d’encadrement et de contrôle, avec la confrérie propriétaire de la dite chapelle.

 

Ci-dessus : emplacement de l’ancienne chapelle des Pénitents bleus.

D’où vient qu’à Mirepoix il ne reste plus rien de l’ancienne chapelle des Pénitents bleus ? D’où vient qu’il re reste plus rien non plus de l’ancienne chapelle des Pénitents blancs ?

Créée à la fin du XVIe siècle « pour demander à Dieu l’extirpation de l’hérésie, la conservation de la sacrée personne du Roy et pour l’heureux succès de ses armes », la royale Compagnie des Pénitents bleus, renommée ensuite Confrérie des Pénitents bleus, présente dans cinquante communes du Languedoc avant la fin de l’Ancien Régime, se distingue des autres confréries du temps – Pénitents blancs, Pénitents noirs – à la fois par son orientation franciscaine et par sa richesse, fruit de sa sélectivité. La confrérie n’admet en effet que des notables. Elle choisit en conséquence de s’implanter « à la rue Courlanel » à Mirepoix.

Ci-dessus : pénitent bleu priant le Seigneur : Nolo Domine sine vulnere vivere quia Te video vulneratum, Domine Deus miserere mei quia Tuus sum ego, Je ne veux pas, Seigneur, vivre sans blessures parce que je Te vois blessé. Seigneur Dieu, aie pitié de moi parce que je suis à Toi » ; archives de l’église Saint Jérôme à Toulouse.

Il faut imaginer que la noblesse et la grande bourgeoisie de la rue de la porte d’Aval et de la rue Courlanel en faisaient partie et qu’elles défilaient régulièrement, vêtues du « sac bleu tirant sur le violet », lors de grandes processions qui faisaient sans doute spectacle pour la population de Mirepoix toute entière.

Compte tenu du niveau de fortune de la confrérie, les chapelles des Pénitents bleus étaient particulièrement ornées. La chapelle Saint Jérôme à Toulouse ((Cf. Compagnie royale des Pénitents bleus de Toulouse. abritait ainsi au XVIIIe siècle, sous une voûte peinte par Jean de Salinges et dorée par Jacques Fournier, un choeur et une tribune sculptés et stuqués par Christophe Conseil, un tabernacle de Guillaume Fontan, un retable et de nombreuses sculptures de Gervais Drouet, des gypseries de Marc Arcis, des tableaux, etc. La chapelle mirapicienne des Pénitents bleus devait abriter elle aussi un beau mobilier dans un décor peint. Qu’est-il advenu de ce patrimoine ?

La conclusion de mon article tient toute dans cette fâcheuse question.

Liste des propriétaires des parcelles n°185 à 212 du moulon 3 de Mirepoix d’après le compoix de 1766

185. Guillaume Taillefer, boulanger : maison et couvert au couvert de cers la place
186. Louise Gorguos, veuve de Jean Clauzel : maison et couvert au couvert de cers la place
187. Jacques Deleu, cordonnier : maison sur laquelle Louise Gorguos veuve de Jean Clauzel en tient 3,5 cannes, à la rue de la porte d’Aval
188. Paul Combes, boulanger : maison à la rue de la porte d’Aval
189. Guillaume Rougeat : prêtre et prébendier du chapitre : maison et autre couvert avec un ciel ouvert, à la rue de la porte d’Aval ; Jean Brives en tient 4 cannes au-dessus de l’écurie
190. Jean Brives, bourgeois : maison, ciel ouvert à la rue de la porte d’Aval
191. Jean Baptiste Campels, ménager : maison, latrines, cour ou ciel ouvert, patu, à la rue de la porte d’Aval
192. Jean Brustier, dit Batistat, marchand : maison, couverts, ciel ouvert, au couvert de cers la place
193. Demoiselle Thelinge, veuve du sieur Jean Bonnet : maison, couvert, ciel ouvert, au couvert de cers la place
194. Demoiselle Jeanne Arnaud : maison avec un ciel ouvert au couvert de cers la place
195. Germain Vigarozy, avocat au parlement : maison et autres couverts, cour, ciel ouvert, jardin, au couvert de cers la place
196. François Rabinel Calzan, receveur des tailles : maison, couvert, ciel ouvert, au couvert de cers la place
197. Jean Baptiste Roques, cordonnier : maison et couvert au couvert de cers la place
198. Jean Foulquié, garde de Monseigneur le Marquis : couvert de cers la place
199. Pierre Maris, boucher : maison à la rue Courlanel faisant coin à celle de la porte de Laroque
200. Pierre Bauzil, bourgeois : maison à la rue Courlanel
201. Jean Autier, razataire de La Belanet (sic) : maison à la rue Courlanel faisant coin à celle de la porte de Laroque
202. Jean Clément Rouvairollis de Rigaud, écuyer : maison et autres couverts, ciel ouvert, jardin, à la rue Courlanel sortant à celle de la porte d’Aval
203. Jean Baptiste Tornier, bourgeois : maison et jardin à la rue Courlanel
204. Jean Bauzil, bourgeois : maison et jardin à la rue de la porte d’Aval
205. Guillaume Rougeat, bachelier : maison et autres couverts avec une cour et un jardin, à la rue Courlanel
206. Barthélémy Bernard de Saint Julien, seigneur de Pechdacou : maison, ciel ouvert, à la rue de la porte d’Aval
207. Joseph Tornier, menuisier : maison et jardin à la rue de la porte d’Aval
208. Clément, Mathieu, Arnaud, Pierre, François, héritiers de Jean Pierre Combes : maison à la rue de la porte d’Aval
209. Antoine Campels, charpentier : maison à la rue de la porte d’Aval
210. Noble Etienne de Montfaucon, capitaine des grenadiers royaux : maison, autres couverts, cour, jardin, à la rue de la porte d’Aval faisant coin avec celle qui va joindre celle des Pénitents bleus
211. Louis Cairol, prêtre et hebdomadier du chapitre : maison, cour ou ciel ouvert, jardin, joignant à la rue Courlanel
212. Chapelle des Pénitents Bleus : la chapelle de la confrérie de Messieurs les Pénitents Bleus.

A lire aussi :
Moulons de Mirepoix 1
Moulons de Mirepoix 2

Notes   [ + ]

1. Ecuyer : personnage remplissant de hautes charges ou officier ennobli, à qui cette appellation est conférée à titre honorifique.
2. Barthélémy Bernard de Saint-Julien est fils de François Bernard, bourgeois de Bélesta, qui achète au diocèse de Mirepoix, le 14 décembre 1734, les seigneuries de Saint-Jean-de-Briola et de Pechdacou. Aujourd’hui situés dans l’Aude, jadis dans le diocèse de Mirepoix, « Saint-Julien-de-Briola et Pechdacou réunis » ressortissent alors au canton de Fanjeaux.
Cousin germain de Barthélémy Bernard, Philippe-Joseph Bernard, qui est fils d’un avocat des ordinaires de Belcaire, puis de Puivert, devient chevalier de Saint-Louis, co-seigneur de Baziège, et prend le nom de La Boucherolle suite à son mariage avec la fille de X. de La Boucherolle, avec qui il partage la co-seigneurie de Baziège. A noter que Dominique Antoine Carloman Malroc, né en 1760, épousera en 1806 Marie Thérèse Sabine de La Boucherolle. Cf. Pierre Arches, Une fédération locale, la confédération des Pyrénées (1789-1790), in Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française, Edition CTHS, Paris, 1960-1983 ; Antoine Sabarthès, Dictionnaire topographique de la France, tome 5, Dictionnaire topographique du département de l’Aude : comprenant les noms de lieu anciens et modernes, Imprimerie nationale, Paris, 1912.
3. Bachelier, en droit civil, en médecine ou en théologie : titulaire du premier des trois grades universitaires.
4. Ménager : petit propriétaire agricole
5. Le Mirepoix de 1766 abonde en cordonniers ; la plupart d’entre eux tiennent boutique dans le quartier de la porte de Laroque. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 166. Le quartier du couvert de cers en comprend encore deux. D’évidence la clientèle a ici plus d’une paire de chaussures pour marcher.
6. Razet ou raset : étoffe de laine du pays, de couleur brune.
7. Cf. La dormeuse blogue : Antoine Benoît Vigarosy fabuliste.
8. Cf. Journal de Toulouse politique et littéraire, 8 mai 1852.
9. Cf. Jean Cazanave, Ambitions familiales à Mirepoix (Ariège) de 1788 à 1795, in Révolution et Contre-Révolution dans la France du Midi: 1789-1799, Presses universitaires du Mirail, 1991.
10. Cf. Cf. Pierre Arches, Une fédération locale, la confédération des Pyrénées (1789-1790), in Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française, p. 64, Edition CTHS, Paris, 1971.
11. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix, un esthète de la Contre-Révolution, ou l’homme des foules.
12, 16. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°128 à 166.
13. Cf. Abbé Eugène Ferran, Le Chapitre cathédral de Mirepoix (1318-1790). Sa constitution, ses revenus et ses charges, ses divers statuts et règlements, d’après les registres des délibérations capitulaires, in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1901, vol. 8, n°1-1902, vol 8, n°6. On relève également dans les archives de Reims, en 1778, « collation de la chapelle Saint Martin en l’église paroissiale d’Attigny à François Albin Rouvairollis de Rigaud, sous-diacre du diocèse de Mirepoix, sur la permutation par lui faite d’une prébende de l’église collégiale de Sainte Anne de Montpellier contre cette chapelle. Cf. Louis Demaison, Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790: Marne.
14. Le Héraut d’armes – Revue illustrée de la noblesse, janvier 1863 à mai 1877, tome II, Victor Bouton Héraldique, Paris, 1877.
15. Cf. La dormeuse blogue : De l’allée des Soupirs à la tour de Montfaucon.
17. Contrairement au compoix de 1766, qui a donné lieu à l’établissement d’un magnifique plan aquarellé, réalisé par Jean Escarguel, géomètre et feudiste de Limoux, le compoix de 1666 n’est hélas assorti d’aucun plan.
18. Une liasse du fonds Lévis Mirepoix, datée de 1638, détaille « les armes envoyées par MM. de Bruyères Chalabre, de Latour et de Caudeval à la marquise de Mirepoix, Louise de Roquelaure, et portées au château de Lagarde, en tout : 198 mousquets, 78 bandoulières, 90 piques et 7 hallebardes ». « C’était l’époque », remarque l’archiviste Siméon Olive, « où la marquise de Mirepoix, tutrice de son fils pour l’administration
de la seigneurie, faisait équiper des soldats destinés à la formation d’un régiment ». Cf. Siméon Olive, Inventaire historique et genéalogique des documents de la branche Lévis-Mirepoix, tome III, p. 506, Librairie Edouard Privat, 1909. On sait par ailleurs qu’elle envoyait ses hommes à la cathédrale afin d’en imposer à Monseigneur de Nogaret dans la querelle qui l’opposait à ce dernier à propos des honorifiques ((Cf. La dormeuse blogue : La maison de Lévis Mirepoix.
19. Cf. La dormeuse blogue : La maison de Lévis Mirepoix.. L’édification de la tour date probablement d’une époque antérieure, peut-être de la fin du XIVe siècle, quand, après le passage des routiers, la ville entreprend de se fortifier. ((Cf. La dormeuse blogue 3 : Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?
20. Cf. La dormeuse blogue 3 : Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?.

L’inscription qu’on voit dans un blason à côté de la petite porte de la tour porte, quant à elle, la date de 1607. Jean VI de Lévis meurt à cette date. Jean de Lévis, son fils aîné, est mort en 1603. C’est donc Antoine Guillaume de Lévis, son fils puîné, qui lui succède en 1607.

L’inscription dit ceci : VERITAS ODIVM PARIT, Veritas odium parit, littéralement, « la vérité engendre la haine ». La formule est ancienne, et elle a connu au cours des siècle une fortune littéraire remarquable. Elle vient de l’Andrienne de Térence (166 av. J.C.). Térence dit très exactement : Sapienter uitam instituit ; namque hoc tempore obsequium amicos, ueritas odium parit, i. e. « c’était sagement régler sa vie, car à l’époque où nous sommes, c’est la complaisance qui procure des amis, et la vérité, des haines ». La tradition, via Cicéron, Quintilien, Saint Augustin, Saint Jérôme, et les auteurs latins du Moyen Age, dont Bernard de Clairvaux et Jean de Salisbury, n’a retenu que la seconde partie de la sentence : obsequium amicos, ueritas odium parit, diminuée en outre du hoc tempore qui la rattachait à un contexte précis. La phrase de Térence visait en son temps la nobilitas romaine qui, oublieuse de ses valeurs premières, s’adonnait au clientélisme et à l’argent.

De la phrase initiale de Térence, l’inscription mirapicienne ne retient, elle, que la séquence finale : Veritas.odium parit. Elle revêt de la sorte un tour plus abrupt, plus menaçant aussi. Il n’est plus question d’amis. La découpe sur trois lignes a le tranchant d’un glaive. La seigneurie d’Antoine Guillaume de Lévis, si c’est bien de lui qu’il s’agit ici, s’annonce sévère.

 

Ci-dessus : vue de la rue Maréchal Clauzel (autrefois rue Courlanel) à proximité du cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval) ; noms des propriétaires en 1766.

Dotée de beaux encorbellements, la maison de Jean Baptiste Tornier, bourgeois, a sans doute profité de l’art de Joseph Tornier, menuisier, qui habite non loin de là, rue de la porte d’Aval, une maison que son métier ne lui a pas laissé le temps d’encorbeller. Attenante à la maison de Jean Baptiste Tornier, une bâtisse moderne occupe l’espace sur lequel s’élevait jadis la façade arrière de la maison de Guillaume Rougeat, bachelier.

 

La maison de Louis Cairol, prêtre et hebdomadier du chapitre, ressemblait-elle en 1766 à ce que l’on voit ici aujourd’hui ? La façade principale donnait alors sur la ruelle dite Coin de la porte d’Aval. Il ne reste plus rien de la ruelle ni de la façade. A leur place s’élève une maison moderne, attenante à un reste de rempart. L’arrière de la maison Cairol « joignait à la rue Courlanel » (aujourd’hui rue Maréchal Clauzel), dit le compoix. Ce qui subsiste de cette façade arrière, ou du moins ce que l’on voit ici, correspond plutôt à une décharge ((Décharge : bâtiment auxiliaire dans lequel on entrepose ce qui ne sert pas quotidiennement dans la maison principale.

21. Décharge : bâtiment auxiliaire dans lequel on entrepose ce qui ne sert pas quotidiennement dans la maison principale., de type « autres couverts », normalement attendue au fond d’un jardin, dans une partie joignante. Il se peut qu’une telle décharge ait servi d’espace de dégagement à la chapelle des Pénitents bleus.

 

 

Louis Cairol, en 1766, était rue Coin de la porte d’Aval certes petitement logé. Mais, issu d’une famille connue pour avoir donné à Mirepoix nombre de consuls, de médecins, de militaires et d’hommes de loi, dont Antoine Cairol, son neveu, ancien officier d’artillerie, qui a épousé en 1763 Françoise de Montfaucon et qui sera à partir de 1785 premier consul de Mirepoix jusqu’à la Révolution, Louis Cairol jouissait d’un statut appréciable au chapitre et en ville. De quoi le supposer pris au dehors par ses fonctions capitulaires et, compte tenu de son immédiate proximité avec la chapelle des Pénitents bleus, pris aussi par le ménagement des relations que l’évêché souhaite entretenir, à fin d’encadrement et de contrôle, avec la confrérie propriétaire de la dite chapelle.

 

Ci-dessus : emplacement de l’ancienne chapelle des Pénitents bleus.

D’où vient qu’à Mirepoix il ne reste plus rien de l’ancienne chapelle des Pénitents bleus ? D’où vient qu’il re reste plus rien non plus de l’ancienne chapelle des Pénitents blancs ?

Créée à la fin du XVIe siècle « pour demander à Dieu l’extirpation de l’hérésie, la conservation de la sacrée personne du Roy et pour l’heureux succès de ses armes », la royale Compagnie des Pénitents bleus, renommée ensuite Confrérie des Pénitents bleus, présente dans cinquante communes du Languedoc avant la fin de l’Ancien Régime, se distingue des autres confréries du temps – Pénitents blancs, Pénitents noirs – à la fois par son orientation franciscaine et par sa richesse, fruit de sa sélectivité. La confrérie n’admet en effet que des notables. Elle choisit en conséquence de s’implanter « à la rue Courlanel » à Mirepoix.

Ci-dessus : pénitent bleu priant le Seigneur : Nolo Domine sine vulnere vivere quia Te video vulneratum, Domine Deus miserere mei quia Tuus sum ego, Je ne veux pas, Seigneur, vivre sans blessures parce que je Te vois blessé. Seigneur Dieu, aie pitié de moi parce que je suis à Toi » ; archives de l’église Saint Jérôme à Toulouse.

Il faut imaginer que la noblesse et la grande bourgeoisie de la rue de la porte d’Aval et de la rue Courlanel en faisaient partie et qu’elles défilaient régulièrement, vêtues du « sac bleu tirant sur le violet », lors de grandes processions qui faisaient sans doute spectacle pour la population de Mirepoix toute entière.

Compte tenu du niveau de fortune de la confrérie, les chapelles des Pénitents bleus étaient particulièrement ornées. La chapelle Saint Jérôme à Toulouse ((Cf. Compagnie royale des Pénitents bleus de Toulouse.

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