Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?

Epiphénomène de la guerre de Cent Ans, les Grandes Compagnies, ou bandes de « routiers » 1Route : en ancien français, « troupe ». Cf. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française : Troupe. 2., mercenaires échappés au contrôle de l’autorité militaire, ravagent jusqu’à la fin du XIVe siècle les provinces françaises.
 
En 1362, menés par un certain Jean Petit, les routiers attaquent Mirepoix. Ils pillent et incendient une bonne partie de la ville. Terrorisés, les habitants des quartiers périphériques migrent vers d’autres contrées. En 1364, suite à cet épisode désastreux, la ville entreprend de se munir de remparts. Elle se confine de la sorte durant trois siècles.
 
En 1680, soucieux de mettre fin à ce confinement qui fait obstacle au développement de la commune, les consuls signent le décret de démolition des remparts. Le travail de démolition ne s’achèvera qu’au XVIIIe siècle.

Situé alentour de l’ancienne porte du Rumat, le quartier également dit « le Rumat » conserve dans son nom le souvenir du passage des routiers. Rumar ou rimar, en occitan, signifie « brûler, rissoler, faire trop cuire » ; rumada ou rimada, « lieu brûlé, défriché par le feu, bois brûlé » ; rumat ou rimat, « gratin, mets qui attache au fond de la casserole ou de la poêle, grillage d’une volaille, rouissure du linge que l’on repasse » 2Louis Alibert, Dictionnaire Occitan-Français, p. 610, Institut d’Estudis Occitans, Toulouse, 1966..

Le Rumat, c’est le quartier de Mirepoix que les routiers, en 1362, ont « grillé comme une volaille ».

Le toponyme, seul, se souvient ici d’un désastre que les Mirapiciens ont finalement oublié, au point qu’en ville lorsqu’on parle aujourd’hui du Rumat, tout le monde sait de quel quartier il s’agit, mais quant à dire d’où vient qu’on nomme ce vieux barri 3Barri : « rempart, fossé, faubourg ». Cf. Ibidem, p. 147. « le Rumat »…

Rumat… rumat… ?

 

 

 

Anno 2012, fait ce 24 juin, jour de la fête annuelle du Rumat.

Notes   [ + ]

1. Route : en ancien français, « troupe ». Cf. Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française : Troupe. 2.
2. Louis Alibert, Dictionnaire Occitan-Français, p. 610, Institut d’Estudis Occitans, Toulouse, 1966.
3. Barri : « rempart, fossé, faubourg ». Cf. Ibidem, p. 147.
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5 réponses à Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?

  1. Jacques Gironce dit :

    Est-il certain que ce mot évoque l’époque de Jean Petit ? Certes des preuves existent de l’incendie du sud-ouest de la ville qui a laissé un trou dans le plan initial, et de la destruction de l’abbaye cistercienne de Belloc. Mais pour le Rumat, je ne connais aucune relation à ce sujet pour cette époque. Mais je ne sais pas tout…Ne s’agirait-il pas d’un événement ultérieur ? …

    PS. Les sources ?

    • La dormeuse dit :

      Je me fonde sur le raisonnement chronologique. C’est en 1364 que la commune entreprend l’édification des remparts et des quatre portes, – dont la porte del Rumat (de « l’endroit qui a grillé »), qui porte ce nom depuis l’origine et le conserve jusqu’à sa démolition. Un tel nom ne peut renvoyer qu’à la catastrophe de 1362.

  2. Martine Rouche dit :

    Ô combien à propos !!! Et surtout, premier article jamais consacré à ce toponyme et au quartier ! Formidaple !

  3. Robert dit :

    Ton étymologiste de service a fait une petite contribution à la fête du Rumat.
    http://www.etymologie-occitane.fr/2012/06/fete-rumat-mirepoix/

    • La dormeuse dit :

      Merci Robert pour les belles précisions que tu fournis à propos du mot « rumat » dans ton dictionnaire étymologique.
      Autre question brûlante : viendras-tu dimanche prochain au Salon du livre ?
      J’espère !

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