Christine Belcikowski

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Bref historique du village de Manses

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Le 24 octobre dernier, Émile Kapfer m'adressait de Manses le message suivant :
Chère Madame,
Avec beaucoup de difficultés, j'ai fait ce « Bref historique du village de Manses ». Ce sera sans aucun doute mon dernier texte, car mes forces disparaissent chaque jour un peu plus. Je vous espère en bonne santé.Au plaisir de vous lire. E K »
J'ai plaisir à diffuser un tel Historique ci-dessous.

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À Mirepoix, le porteur de la Dépêche

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Un ami m'envoyait, il y a peu, le message suivant : « Coucou, pourrais-tu me dire où se trouve précisément cette enseigne à Mirepoix ? »

J'ai eu un moment de trouble. Certes, me suis-je dit, je connais cette enseigne. Mais où l'ai-je vue ? J'ai oublié. J'ai pensé à la rue Jacques Fournier, ou encore,à la rue de la Porte d'Amont. J'ai finalement promis à mon correspondant d'aller vérifier ce matin même où se trouve l'enseigne en question. Je me suis donc rendue rue Jacques Fournier et rue de la Porte d'Amont. Je n'y ai pas trouvé l'enseigne recherchée. Revenue sur la place, soudain je l'ai vue !

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Je passe donc devant cette enseigne tous les jours sans plus jamais la remarquer... Elle se trouve, comme de bien entendu, au-dessus du bureau de tabac-presse du Grand Couvert, sur la façade de la maison qui appartenait en 1766 à Louis Fabré, négociant, bourgeois (1). Cette maison conserve aujourd'hui encore, sous le toit, une fenêtre à meneaux, de style Renaissance.

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Ci-dessus : vue actuelle de l'ancienne maison de Louis Fabré. Nº 76 du plan 3 du compoix mirapicien de 1766.

« On ne voit rien », dit l'historien d'art Daniel Arasse. On ne voit rien ici parce qu'à force d'arpenter les rues de Mirepoix, on oublie de regarder, de lever la tête et de s'étonner, encore et toujours. De quand date l'installation de l'enseigne qui nous intéresse ci-dessus ? Bernard Garcia, ancien maire de Mirepoix, qui a été à l'initiative de cette installation, indique que cette installation date de 1998. La patine est venue depuis lors.

1. Cf. La dormeuse blogue 3. À Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°54 à 96.

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À Montpellier, en novembre 1653, du beau monde au baptême d'Armande Béjart

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait d'Armande Béjart ca 1660.

Le 23 janvier 1662, Molière et Armande Béjart signent à Paris leurs pactes de mariage.

« Furent presens Jean-Baptiste Pocquelin de Moliere, demeurant à Paris, rue Sainct-Thomas- du-Louvre, parroisse Sainct-Germain-de-l'Auxerrois, pour luy, en son nom, d'une part, et damoiselle Marie Hervé, veufve de feu Joseph Bejard, vivant escuier, sieur de Belleville, demeurante à Paris dans la place du Pallais royal, stipullante en cette partye pour damoiselle Armande Gresinde Claire Elizabeth Bejart, sa fille et dudict deffunct sieur de Belleville, aagée de vingt ans ou environ, à ce presente de son voulloir et consentement, d'autre part, lesquelles partyes, en la presence, par l'advis et conseil de leurs parens et amis, scavoir de la part dudict sieur de Moliere, de sieur Jean Pocquelin, son pere, tapissier et vallet de chambre du roy, le sieur André Boudet, marchand bourgeois de Paris, beau-frere à cause de dame Marie-Magdelaine Pocquelin, sa femme, et de la part de ladicte damoiselle Armande Gresinde Claire Elizabeth Bejard, de damoiselle Magdelaine Bejard, fille usante et jouissante de ses biens et droictz soeur de ladicte damoiselle, et de Louis Bejard, son frere, demeurans avec ladicte damoiselle leur mere dans ladicte place du Pallais royal, ont faict et accordé entre elles, de bonne foy, les traicté et conventions de mariage qui ensuivent : » (1)

Le 20 février 1662, en l'église de Saint Germain l'Auxerrois, Molière et Armande Béjart reçoivent la bénédiction nuptiale.

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Ci-dessus : église de Saint Germain l'Auxerrois vers 1550. Détail du plan de Truschet et Hoyau.

« Du lundy vingtiesme.
Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cresé, d'une part, et Armande Gresinde Bejard, fille de feu Joseph Bejard et de Marie Hervé, d'aultre part, tous deux de ceste parroisse, vis à vis le Palais royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de Monsieur de Comtes, doyen de Nostre-Dame et grand-vicaire de Monseigneur le cardinal de Retz, archevesque de Paris (1529), en presence dudit Jean Poquelin, pere du marié, et de André Boudet, beau-frere du marié, et de ladite Marie Hervé, mere de la mariée et Louis Bejard et Magdeleine Bejard, frere et soeure de ladite mariée et d'autres, avec dispense de deux bans.

Signé : J. B. Poquelin, J. Pocquelin, Louys Bejard, Armande Grexinde Bejart, A. Boudet, Beiart, Marie Hervé. » (2)

Dite aagée de vingt ans ou environ lors de son mariage, Armande Béjart serait donc née en 1642. Un secret pèse toutefois sur sa naissance. On ne sait trop en effet si elle est une fille posthume de Joseph Béjart (1585-1641) et de Marie Hervé (âgée de 49 ans en 1642), ou une fille non reconnue d'Esprit de Rémond (1608-1669), seigneur de Modène, et de Madeleine Béjart, née le 8 janvier 1618, fille elle-même de Joseph Béjart et de Marie Hervé. On ne sait trop, autrement dit, si Armande Béjart est la sœur ou la fille de Madeleine Béjart. Tous les contempains de Molière, en tout cas, ont tenu Armande Béjart pour la fille de Madeleine Béjart.

Le 22 juin 1641, « Jérémie Derval, conseiller et secrétaire des finances de Gaston d'Orléans, demeurant rue des Tournelles, baille pour quatre ans à Joseph Béjart, huissier héréditaire ordinaire du roi au siège de la table de marbre du Palais, demeurant rue de Thorigny, une petite maison sise sur le derrière du logis où demeure le nommé Tassin, sise rue des Tournelles, près la maison de Derval... » (3)

Le 18 septembre 1841, « Bernard Fontaine, maître charpentier, demeurant rue Neuve-Saint-Martin, promet à Marie Hervé, veuve de Joseph Béjart, vivant bourgeois de Paris, demeurant rue de la Perle, d'exécuter les travaux de charpenterie et de maçonnerie [demandés rue de la Perle] moyennant 600 livres tournois... » (4)

Le 10 mars 1643, « Marie Hervé, veuve de Georges (sic) Béjart, agissant au nom de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, enfants mineurs d'elle et dudit défunt, déclare renoncer à la succession de ce dernier. » (5)

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait d'Armande Béjart ca 1660.

La ravissante Armande Béjart qui épouse Molière en 1662 est probablement cette petite non baptisée de mars 1643. L'enfant a peut-être été ondoyée, ondoyée seulement, à fin de discrétion concernant le secret de ses origines, mais l'on n'a pas trouvé d'acte correspondant.

La petite non baptisée de mars 1643 n'a toutefois pas pu épouser, dix neuf ans plus tard en l'église Saint Germain l'Auxerrois, le déjà célèbre Molière, sans avoir produit un acte de baptême. Mais là non plus, on n'a pas trouvé d'acte correspondant. La plupart des historiens de Molière tiennent cependant que ce baptême a dû être célébré en novembre 1653, à Montpellier, alors que la troupe de l'Illustre Théâtre se trouvait reçue par le comte d'Aubijoux, à l'occasion de la visite du prince de Conti, sachant que le prince de Conti, qui avait accordé à la troupe de l'Illustre Théâtre l'autorisation de porter son nom, a séjourné chez le comte d'Aubijoux du 10 novembre au début du mois de décembre 1643.

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Ci-dessus : portrait d'Armand de Bourbon (1629-1666), Prince de Conti.

En janvier 1649, Armand de Bourbon, Prince de Conti, Pair de France, Comte de Pézenas, Chevalier des ordres du Roi, gouverneur et lieutenant général de Sa Majesté en Guyenne, puis Vice-Roi de Catalogne, a pris parti pour la Fronde. Arrêté et emprisonné en janvier 1650, libéré en février 1651, puis réfugié à Bordeaux, dernière ville frondeuse, il capitule le 31 juillet 1653 et obtient l'autorisation de se retirer en Languedoc, à Pézenas, dans son château de La Grange-des-Prés.

Il se trouve que les États du Languedoc se sont tenus à Pézenas du 17 mars 1653 au 31 mai 1653 ; que les trois lieutenants généraux du Languedoc — l'un pour les diocèses de Velay, Vivarais et Gévaudan ; l'autre pour les diocèses d'Uzés, Nîmes, Montpellier, Aide et Lodève ; et le troisième pour le Haut-Languedoc, contenant les diocèses de Toulouse, Narbonne, Béziers Saint-Pons de Thomières, Saint-Papoul, Castres, Lavaur, Albi, Montauban, Lombez, Rieux, Pamiers, Carcassonne, Mirepoix et Alet (6) — étaient présents à ces États ; qu'il n'ont pas manqué de se rendre à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, en novembre 1653, afin de rendre hommage au Prince de Conti ; et que l'Illustre Théâtre a donné représentation devant ces messieurs pendant les États, avant de gagner Montpellier en novembre 1653.

En 1653, Jacques François d'Amboise (1606-1656) (7), Comte d'Aubijoux, seigneur de Castelnau-de-Lévis et de Graulhet, est lieutenant général de Sa Majesté en Languedoc et gouverneur de Montpellier. Molière bénéficie de son amitié et de sa protection durant ses dix années de tournées en Languedoc, de 1647 à 1657.

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Ci-dessus : Scipion Grimoard de Beauvoir (?-1669), comte du Roure.

En 1653, Scipion Grimoard de Beauvoir, Comte du Roure, Marquis de Grisac, Baron de Bariac, Chevalier des ordres du Roi, est lieutenant général en Languedoc et gouverneur de Pont-Saint-Esprit. En novembre 1653, avec Grésinde de Baudan (1620-1658), son épouse, il se rend à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, afin de rendre hommage au Prince de Conti.

En 1653, Louis de Cardaillac de Lévis († 1666), Comte de Bioule, Marquis de Cardaillac, Baron de Lapenne (Ariège), Chevalier des ordres du Roi, est lieutenant général en Languedoc et gouverneur du Puy. En novembre 1653, avec Marie Isabeau Mitte de Saint-Chamond, son épouse, il se rend lui aussi à Montpellier, chez le comte d'Aubijoux, afin de rendre hommage au Prince de Conti.

Ce sont les prénoms dont Armande Béjart fait état à partir de son mariage avec Molière et dans tous les actes postérieurs à ce mariage qui confortent la certitude de son baptême en novembre 1653. Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart... D'où la jeune femme tient-elle ces quatre prénoms, dont tout particulièrement le « Grésinde », si rare ?

« Autour d’Aubijoux et de sa sœur Élisabeth d'Amboise (†1694), Comtesse d'Aubijoux, Baronne de Castelnau, Dame de Belesta, Dame de Sauveterre, épouse du sénéchal de Montpellier, les deux autres lieutenants généraux étaient venus rendre leurs hommages au prince, et Madeleine Béjart en profita pour solliciter les uns et les autres. Grâce à l’intercession des dames, il ne dut pas être difficile de convaincre Conti de donner son nom, comme parrain, à la fille de la plus célèbre comédienne de sa nouvelle troupe. Ainsi Armand de Bourbon avait-il donné le premier prénom à la fillette ; la femme du comte du Roure donna le prénom si rare de Grésinde (variante de Guersande) et la sœur d’Aubijoux, celui d’Élisabeth — prénom par ailleurs de Marie Isabeau (Élisabeth) Mitte de Saint-Chamond, femme du troisième lieutenant général du Languedoc, le comte de Bioules. [À noter également que Joseph Béjart et Marie Hervé, parents d'Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart, ont eu en 1620 une petite Élisabeth Béjart, morte jeune]. Reste le mystère du prénom Claire : un demi-mystère quand on s’avise que les Clarisses comptaient plusieurs couvents dans le Languedoc, à Béziers et à Montpellier notamment, et que sainte Claire était particulièrement célébrée cette année-là dans la région pour avoir empêché la peste d’atteindre Béziers et de se répandre au-delà » (8).

Marie Isabeau Mitte de Saint-Chamond, comtesse de Bioules, qui deviendra à la mort de son époux, en 1666, seigneuresse de Lapenne, près de Mirepoix (Ariège), et qui possédait à Manses (Ariège), entre autres, le château et le moulin à blé de la Mondonne, a vu ainsi, de ses yeux vu, l'Illustre Théâtre, Molière et Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart, future épouse du grand homme, à Montpellier, en novembre 1653 ! De la baronnie de Lapenne, Ariège, à Molière et aux siens, dans l'esprit de qui rêve aux distances géographiques et aux histoires du passé, le monde est petit !

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Ci-dessus : Pierre Mignard. Portrait de Molière en 1658.

1. Pacte de mariage de Molière et d'Armande Béjart. Archives nationales. Réserve : MC/MI/RS/386. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

2. Original détruit : registre paroissial de Saint-Germain-l'Auxerrois, n° 161, détruit en 1871. Transcription par Auguste Jal, in Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 871. Paris 1872. Fac-simile du document (d'après un calque de l'original), dans Œuvres de Molière, I, p. 104-105. Union latine d'éditions. Paris. 1930.

3. Archives nationales. Cote : MC/ET/CV/637. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

4. Archives nationales. Cote : MC/ET/LXXXVII/118. Transcription par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller in Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe.

5. Archives nationales. Cote : Arch. nat., Y//3912. Eudore Soulié. Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 172-173. Paris, 1863.

6. Cf. Vice roys, gouverneurs, lieutenants généraux, baillifs et sénéchaux des royaumes et provinces de l'Europe ; tome Ier, p. 207, par Pierre Gaucher, dit Scévole de Sainte-Marthe, escuyer, seigneur de Meré et des Lyonnières, conseiller du Roy en ses Conseils, maître d'hôtel de Sa Majesté, historiographe de France (1675).

7. Jacques François d'Amboise, Comte d'Aubijoux, est fils de François d'Amboise, comte d'Aubijoux, et de Louise de Lévis ; d'où, petit-fils de Louis d'Amboise, comte d'Aubijoux, marié au hâteau de Gaudiès (Ariège) avec Blanche de Lévis Ventadour ; et petit-fils de Jean Claude de Lévis Léran, Baron d'Audou, seigneur de Belesta, et de Christolette de Vercoignan, troisième épouse de ce dernier.

8. Georges Forestier. Molière, p. 217. Éditions Gallimard. 2018.

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Auguste Belloc, pionnier de la photographie, né à Montrabé, Haute-Garonne

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Ci-dessus : 21 fructidor an XIII (8 septembre 1805). Naissance d'Auguste Joseph Belloc. Archives de la Haute-Garonne. Montrabé. Naissances, mariages, décès, an XI-1822. Vue 42.

Né le 21 fructidor an XIII (8 septembre 1805) à Montrabé (1), Auguste Joseph Belloc est le fils d'd'Étienne Belloc, homme de loi, habitant de Toulouse sur son domaine de Montrabé, et de Louise Cramaussel. Nous ne savons quasi rien de son enfance ni de sa jeunesse. De ses années de formation à Paris, au lycée Louis-le-Grand, la chronique retient qu'il y a été le condisciple de Louis Adolphe Humbert de Molard (1800-1874), dont il partageait déjà la curiosité pour les sciences et techniques, et avec qui il restera lié toute sa vie durant.

Après ses années de lycée, Auguste Belloc retourne chez ses parents. Bien qu'on ne sache pas s'il a fréquenté l'école des Beaux-Arts, il travaille alors à Toulouse comme miniaturiste et aquarelliste. Il a pu, dans ce contexte, croiser le chemin d'Alexandre Clausel (2), qui a vécu à Toulouse lui aussi jusqu'en 1825 et qui, faute de moyens pour continuer ses études aux Beaux-Arts, peignait des dessus de glace pour les miroitiers. En 1929, Auguste Belloc est, dit-on, l'auteur d'une première publication, aujourd'hui perdue. Le 21 mai 1844, « âgé alors de trente-huit ans, domicilié à Toulouse, allée Lafayette, fils de feu Étienne Belloc et de Louise Cramaussel, domiciliée à Toulouse avec son fils », il épouse à Toulouse Céleste Marie Leroux, « trente-deux ans, née à Angers, Maine-et-Loire, domiciliée à Toulouse, fille de Louis Leroux, économe à l'école vétérinaire de Toulouse, et de Céleste Marie Rabouin, domiciliée avec sadite fille. »

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Ci-dessus : 21 mai 1844. Mariage d'Auguste Belloc et de Céleste Marie Leroux. Archives municipales de Toulouse.Cote : 1E353. État-civil. Mariages 1844. Vue 99.

Après ce mariage toulousain, qui restera, sembe-t-il, sans descendance, le couple monte à Paris. Auguste Belloc y retrouve son ami Louis Adolphe Humbert de Molard, qui, dès le début des années 1840, s'est intéressé aux techniques compliquées de la photographie naissante, et plus particulèrement à l'usage du collodion humide (3), sur des plaques de verre. Auguste s'instruit à son tour des technique en question, et en 1850, il ouvre un atelier situé au troisième étage du nº 5 du boulevard Montmartre, dans le IIe arrondissement. Il figure en 1852 dans L'Argus 4 à la rubrique « Daguerréotype et Photographie. Portraits » : « Belloc, 5, bd Montmartre, spécialité, sans retouche, leçons ».

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Ci-dessus : Annuaire général du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers. 1853. Firmin-Didot frères. Paris. 1853.

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Vue du boulevard Montmartre depuis la fenêtre de son atelier. Paris, ca. 1851. Épreuve sur papier salé. Cf. Photographie par les procédés anciens. Histoire et fabrication. « Les pionniers de la photographie ont donc d'abord utilisé le chlorure d'argent (nitrate d'argent + chlorure de sodium) comme sel sensible réagissant rapidement à la lumière par noircissement direct. Le papier salé n'est ni plus ni moins qu'un papier ordinaire enduit de sel de cuisine et de nitrate d'argent en excès servant à activer l'apparition de l'image en quelques minutes, voire quelques secondes sous l'action de la lumière. »

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Ci-dessus : L'Argus : revue théâtrale et journal des comédiens : théâtre, littérature, modes, beaux-arts. 15 décembre 1852.

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Portrait de femme. Daguerréotype, 1844. Paul Getty Museum.

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Portrait de Zoé Jeanberaud, vicomtesse d'Azerivé, accoudée à sa boîte à ouvrage. Daguerréotype, 1848.

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Portrait d'un jeune homme. Daguerréotype, circa 1850.

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Ci-dessus : Auguste Belloc, photographe, et Jean Julien Jacott, lithographe et dessinateur. Double autoportrait, 1855. Photolithographie. Cf. Wikipedia : « La photolithographie est le procédé mis au point au milieu du XIXe siècle qui permet le transfert d’une photographie sur une pierre calcaire recouverte d'une couche sensible. Cette pierre sert ensuite à l’impression lithographique. »

En rapport avec les recherches qu'il continue d'entretenir sur l'usage du collodion humide, Auguste Belloc, qui a eu l'occasion de rencontrer ou de retrouver au Salon de Paris de 1844 Alexande Clausel, désormais domicilié à Troyes, s'intéresse dans ces années-là à la technique de la peinture à l'encaustique que son ami a développée à partir de 1840 et à laquelle il a consacré en 1842 ses Leçons pratiques d’encaustique lustrée, ou Exposé des notions nécessaires pour pratiquer ce procédé de peinture.

L'usage du collodion humide donne de la richesse aux gris et beaucoup de finesse dans le rendu des images photographiques. Mais il exige une utilisation immédiate.

Le collodion est un nitrate de cellulose dissous dans un mélange d'alcool et d'éther que l'on étend sur une plaque de verre. Quand ce mélange sirupeux commence à se figer sur le verre, on plonge la plaque dans un bain de nitrate d'argent pour la sensibiliser, les sels contenus dans la pellicule sont ainsi transformés en halogénure d'argent sensible à la lumière. On égoutte alors la plaque et on la transfère dans un châssis étanche à la lumière. Toutes ces opérations se font en chambre noire. On peut alors faire une prise de vue avec la chambre photographique. La plaque doit ensuite être immédiatement développée en chambre éclairée en lumière rouge clair (le nitrate d'argent étant insensible à la lumière rouge) avec de l'acide gallique ou du sulfate de fer puis fixée au thiosulfate de sodium ou au cyanure de potassium.

Renonçant à l'usage trop contraignant du collodion humide, Gustave Le Gray expérimente dans les mêmes années la production de négatifs sur papier ciré sec. Ce procédé permet au photographe de préparer à l'avance des négatifs faciles à transporter et conservables pendant quinze jours. Bien qu'il entraîne des manipulations supplémentaires dans l'obtention de l'image, il rend possible les tirages multiples de la même photographie. (4)

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Ci-dessus : le Crystal Palace en 1851.

Initié par Auguste Belloc aux diverses techniques de la photographie, Alexandre Clausel, spécialiste de la cire lustrée, joue à partir de 1850 un rôle important dans les recherches de son ami et mentor. En 1851, les deux amis partent ensemble à Londres présenter les leurs travaux à l'Exposition universelle organisée dans le cadre du Crystal Palace. Auguste Belloc explique là le principe du stéréoscope et celui de la production des vues stéréoscopiques ; Alexandre Clausel, l'usage de la cire lustrée. En 1855, dans Les quatre branches de la photographie, Auguste Belloc fait état de ce qu'il doit aux leçons de son ami Alexandre Clausel :

« M. Clausel de Troyes nous communiqua ses idées et nous en fîmes ensemble les essais. En juin 1854, nous publiâmes ce procédé, et, nous autorisant de deux années d'expériences comparatives, nous pûmes dire et nous pouvons répéter que l'encauutique , déjà connue et employée en France et en Angleterre, assure aux épreuves une durée indéfinie et une vigueur peu commune.

Dès 1852, plusieurs photographes eurent l'idée de détacher du verre la couche de collodion transformée en positif direct et de la rapporter sur papier ou sur toile ; les premiers beaux succès en ce genre ont été obtenus en 1853. » (5)

« L'épreuve positive vue clans l'eau a une bien belle apparence, et chacun a eu certainement le désir de lui conserver ce lustre humide qui lui donne tant d'éclat; mais en séchant, la transparence et la vigueur disparaissent, et avec elles les détails, les finesses et tout le charme de la couleur.

L'on a employé avec quelque succès les vernis et le laminoir ; et il faut bien le reconnaître, l'épreuve vernie ou satinée acquiert beaucoup plus d'éclat. Mais le vernis couvre l'épreuve d'une couche luisante, épaisse, pouvant jaunir avec le temps et faisant miroiter l'image d'une façon désagréable.

Le laminoir est préférable au vernis, et cependant il donne un aspect dur à l'épreuve, en écrasant trop le grain du papier ; de plus, le laminoir est une lourde machine, et le portraitiste voyageur a dû y renoncer.

Nous devons à l'obligeance de M. Clausel, peintre fort distingué, opérateur photographe des plus habiles, de pouvoir donner aux épreuves positives ce brillant si doux, si harmonieux, qu'elles ont perdu en séchant, de pouvoir leur assurer une durée indéfinie sans altération.

Trois ans d'expérience nous ont appris que, même au contact de centaines d'autres épreuves enfermées dans un carton, les épreuves encaustiquées n'ont contracté aucune tache , pendant que les autres ont été maculées en plusieurs endroits ou ont sensiblement perdu.

L'on a fait à l'encaustique de M. Clausel le reproche d'être un produit trop cher ; nous ne saurions partager cette opinion, puisqu'une épreuve encaustiquée ne revient guère qu'à 0,5 centimes. Du reste, nous ne croyons pas qu'en y employant des matières pures et en y apportant tous les soins qu'elle exige, la fabrication de l'encaustique puisse baisser beaucoup de prix. Tout opérateur peut se mettre à l'œuvre et préparer lui-même ce composé ; il sera toujours meilleur que celui des contre-facteurs. » (6)

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Ci-dessus : nº 16 rue de Lancry, aujourd'hui.

En 1854, Auguste Belloc déménage son atelier au nº 16 de la rue de Lancry, dans le Xe arrondissement, où il installe une imprimerie photographique. Membre fondateur de la Société héliographique depuis 1851, il l'est aussi de la Société française de photographie créée en 1854. Il déploie rue de Lancry une activité intense. Portraitiste très couru, professeur de daguerréotypie et de photographie au collodion, savant chimiste, il dépose en 1856 un brevet de quinze ans pour une presse dite châssis Belloc, destinée à la production des épreuves positives (7), et il publie de nombreux ouvrages didactiques.

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Ci-dessus : Institut national de la propriété industrielle. Belloc, Armand Pierre Joseph Auguste, 16, rue de Lancry, photographe. Dossier : 1BB27991.

Traité théorique et pratique de la photographie sur collodion : suivi d'éléments de chimie et d'optique appliqués à cet art. Chez l'Auteur. 1854.
Les quatre branches de la photographie : traité complet théorique et pratique des procédés de Daguerre, Talbot, Niepce de Saint-Victor et Archer, précédé des annales de la photographie et suivi d'éléments de chimie et d'optique appliqués à cet art. Chez l'Auteur. 1855.
Le Catéchisme de l'opérateur photographe, traité complet de photographie sur collodion, positifs sur verre et sur toile, transport du collodion sur papier, stéréoscopes, vitraux, etc., nouveaux procédés pour le tirage des épreuves positives, leur fixage et leur coloration, etc., éléments de chimie et d'optique appliqués à la photographie. Chez l'Auteur. 1855.
Compendium des quatre branches de la photographie : traité complet théorique et pratique des procédés de Daguerre, Talbot, Niepce de Saint-Victor et Archer, applications diverses ; précédé des Annales de la photographie ; et suivi d'éléments de chimie et d'optique appliqués à cet art. Chez l'Auteur. 1858.
Code de l'opérateur photographe. Chez l'Auteur. 1860.
Le catéchisme de l'opérateur photographe : traité complet de photographie sur collodion, positifs sur verre et sur toile, transport du collodion sur papier, stéréoscopes, vitraux. Chez l'Auteur. 1860.
Causeries photographiques. Chez l'Auteur. 1861.
Photographie rationnelle : traité complet théorique et pratique, applications diverses ; précédé de l'Histoire de la photographie. Dentu Éditeur. 1862.
Traité d'un nouveau système de couleurs pour colorier les épreuves albuminées : traité de photographie opératoire. Leiber Éditeur. 1866.
Le retoucheur : traité complet de la photographie, de la retouche, du coloris des épreuves albuminées par les couleurs et le système. Chez l'Auteur. 1868. (8)

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« M. Belloc est si sûr dans sa théorie, si heureux dans ses résultats, qu'il a vu s'écouler rapidement les nombreux traités dont il est l'auteur ». In Annuaire du Cosmos : manuel de la science. A. Tramblay; Leiber et Faraguet ; Bureau du Cosmos ; Germer-Baillière ; éditeurs. Paris. 1860.

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Ci-dessus : palais de l'Industrie, siège de l'Exposition universelle de 1855.

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Ci-dessus : en 1855, vue de l'Exposition universelle de Paris. Photographie anonyme.

En 1855 entre1858, avec son ami Alexandre Clausel, Auguste Belloc participe en outre à de nombreux concours. En juin 1855, il obtient une médaille de bronze à la suite de l'exposition organisée par Société internationale d'industrie d'Amsterdam (9) ; la même année, une médaille de 2e classe à la suite de l'Exposition universelle de Paris (10). En 1856, lui et Alexandre Clausel obtiennent deux « mentions honorables » à la suite de l'Exposition des arts industriels organisée par la ville de Bruxelles (11). En 1858, il obtient une médaille de bronze à l'Exposition dédiée à Alençon aux artistes normands et aux industriels de l'arrondissement d'Argentan (12). En 1859, il reçoit une médaille d'honneur à l'Exposition des Beaux-Arts et de l'Industrie à Toulouse, assortie du commentaire suivant : « M. Belloc, photographe à Paris, 16, rue de Lancry, a exposé des épreuves photographiques qui ont une incontestable supériorité sur celles de ses concurrents. Les personnages sont tous parfaitement posés; les épreuves sont d'une netteté remarquable ; les impressions sont des plus heureuses. » (13)

À partir de 1851 et de son passage à l'Exposition universelle du Crystal Palace, dans le même temps qu'il développait son activité de professeur de photographie et d'auteur d'ouvrages didactiques, Auguste Belloc s'est lancé dans une production de plus en plus intense d'images stéréoscopiques. L'usage du stéréoscope connaît en effet dans les années 1850 un succès fulgurant.

« À partir de 1851 et la mise en œuvre d’une production industrielle de stéréoscopes, la photographie en relief rencontre des succès sans précédent. Le Crystal Palace est inauguré. La Reine Victoria, adepte des nouvelles technologies, se voit offrir un appareil. Son enthousiasme stimule l’engouement du grand public. De 1854 à 1856, deux millions de dispositifs sont vendus par la Société stéréoscopique de Londres (London stereoscopic Company). Les compagnies françaises et américaines ne sont pas en reste. À la fin du siècle, l’industrie photographique – notamment alimentée par ces stéréographes, leurs catalogues, les nouvelles lanternes magiques de projection – active une industrie occupant des dizaines de milliers de personnes. » (14)

Charles Baudelaire en 1859, dans ses Curiosités esthétiques, dénonce dans ce succès du stéréoscope le triomphe du goût de l'obscène.

« Peu de temps après [la mise en œuvre pionnière des techniques de la photographie au cours des des années 1840], des milliers d’yeux avides se penchaient sur les trous du stéréoscope comme sur les lucarnes de l’infini. L’amour de l’obscénité, qui est aussi vivace dans le cœur naturel de l’homme que l’amour de soi-même, ne laissa pas échapper une si belle occasion de se satisfaire. Et qu’on ne dise pas que les enfants qui reviennent de l’école prenaient seuls plaisir à ces sottises ; elles furent l’engouement du monde. J’ai entendu une belle dame, une dame du beau monde, non pas du mien, répondre à ceux qui lui cachaient discrètement de pareilles images, se chargeant ainsi d’avoir de la pudeur pour elle : « Donnez toujours ; il n’y a rien de trop fort pour moi. » Je jure que j’ai entendu cela ; mais qui me croira ? » (15)

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Le voyeur : femme au m&tier à tisser, seins nus, observée par un homme à la Fenêtre. Ca 1854. Daguerréotype stéréoscopique coloré.

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Ci-dessus : Nu féminin debout, de dos, draperies. Photographie possiblement directe sur cuivre argenté : daguerréotype. Vue stéréoscopique. 1851-1855.

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Ci-dessus : Auguste Belloc. Nu couché. 1858.

Auguste Belloc, qui, au moins à partir de 1851, a déja publié des photos de nus à des fins « académiques », développe par la suite cette activité de façon intensive, multipliant ainsi les positifs sur papier salé ciré et surtout les vues stéréoscopiques. Il dispose en outre d'employés chargés de colorer à la main les vues en question. Il s'agit là d'une activité particulièrement lucrative, qui lui vaut une clientèle grandissante, et aussi l'intérêt des peintres, ainsi dispensés d'avoir à recruter des modèles. Des nus « académiques » aux nus très crument pornographiques, Auguste Belloc n'a au demeurant pas tardé à privilégier les seconds.

« Gabriel Gélin, dans Les laideurs du beau Paris. Histoire morale, critique et philosophique des industries, des habitats et des monuments de la capitale, témoigne de l'étalage des photographies et stéréoscopies à la devanture des commerces parisiens : « Des carreaux somptueux aux plus humbles étalages, quel promeneur n’a pas vu, il y a un an à peine, la porte de certains imagiers couverte des épreuves de la photographie cynique montrant avec effronterie des détails insolents ! » Et puis encore : « On vend non seulement la photographie obscène… on fait mieux. — On vend encore, avec elle, la loupe au moyen de laquelle on fouille l’image dans ses détails microscopiques. Certains marchands donnaient au besoin l’adresse du modèle ! » (16)

En 1857, suite à une première dénonciation, Auguste Belloc est condamné à cent francs d'amende pour « publication de photographies non autorisées et offense à la morale publique ».

Le 1er décembre 1859, pour une raison qu'on ignore, Pierre Arnaud Joseph Auguste Belloc, et Céleste Marie Leroux, son épouse, contractent auprès du Crédit foncier de France un prêt conditionnel pour une somme de 12 000 francs, réalisée en cinquante obligations foncières de 500 francs et remboursables en quarante-six annuités comprenant un intérêt de 4% l'an plus les frais administratifs. Les contractants hypothèquent, pour sûreté de garantie, une grande propriété située 58, Grande-Rue à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne). La réalisation du prêt de fait le 19 janvier 1860.  (17)

En octobre 1860, suite à une seconde dénonciation, la police perquisitionne au nº 16 de la rue de Lancry. Elle tombe sur la "femme Ducellier" occupée à peindre dix-neuf clichés pornographiques qu'elle est en train de colorier. « Dans les coffres-forts, les secrétaires et mêmes les cuves de caoutchouc où certaines épreuves sont en cours de fabrication, plus de quatre mille photographies sont saisies, la plupart décrites comme obscènes. Alors qu'il exerce une activité honorable, professeur, membre fondateur de la Société française de photographie, auteur de manuels techniques, Auguste Belloc, écope de trois mois de prison et de trois cents francs d'amende ». (18)

Après 1860, Auguste Belloc publie encore trois ouvrages consacrés à la technique photographique. On ignore s'il a continué à produire sous le manteau des images pornographiques. En 1866, Gustave Courbet peint à la demande du diplomate turc Khalil-Bey le tableau intitulé L'Origine du monde, jamais exposé en public avant la fin du XXe siècle. « Le tableau représente le sexe et le torse d'une femme allongée nue sur un lit, les cuisses écartées, et cadré de sorte qu'on ne voit rien au-dessus des seins (en partie couverts d'un drap) ni en dessous des cuisses » (19). On dispute aujourd'hui de savoir si le modèle du peintre a pu être Constance Quéniaux, danseuse à l'Opéra à l'âge de quatorze ans, puis maîtresse de Khalil-Bey. Il semble toutefois probable que Gustave Courbet se soit inspiré de l'une ou l'autre des images produites par Auguste Belloc, dont il ne dédaignait pas le génie pornographique. Le cadrage, en tout cas, est identique chez Gustave Courbet à celui de nombre de vues d'Auguste Belloc.

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Ci-dessus, de gauche à droite : Auguste Belloc, photographie obscène pour le stéréoscope, négatif verre au collodion, épreuve sur papier albuminé, coloriage, ca 1660, Réunion des musées nationaux, cote cliché 14-529948, n° d'inventaire : Ae 27 4° Réserve ; Gustave Courbet, L'Origine du monde, 1866.

Un mystère subsiste quant à la date du décès d'Auguste Belloc. La plupart de ses biographies le disent « mort en 1867 ». Mais il publie encore Le retoucheur : traité complet de la photographie, de la retouche, du coloris des épreuves albuminées par les couleurs et le système en 1868 ! D'autres biographes disent qu'il « disparaît en 1848 ». Mais quand exactement, et où ? L'acte de décès ne se trouve pas, ni à Paris, dans aucun des vingt arrondissements, ni à Nogent-sur-Marne, ni à Toulouse, ni à Montrabé...

Sur les plus de quatre mille tirages qui ont été saisis en 1860, moins de deux cents seulement se trouvent en 1868 déposés au Cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale ; les autres ont été « mystérieusement égarés entre les services de Police et les bureaux de M. le Procureur impérial. » (20)

La même année 1868, le photographe et artiste peintre Gaudenzio Marconi reprend l'atelier d'Auguste Belloc, dans lequel. en complément des portraits, il revient à la production de nus strictement destinés aux écoles d'art, et qui ont inspiré Rodin. Il quitte la France en 1872 et poursuit dès lors sa carrière à Bruxelles.

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Ci-dessus : modèle pour L'Âge d'airain de Rodin. 1877.

« Veuve de Monsieur de Belloc », Céleste Marie Leroux, dont on ne dit rien dans cette histoire — que pouvait-elle bien en penser ? —, meurt le 12 avril 1885 à Beaugency. L'acte de décès d'Auguste Belloc ne se trouve pas non plus à Beaugency.

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Ci-dessus : 12 avril 1885. Décès de Céleste Marie Leroux. Archives dép. du Loiret. Beaugency. 1886. Vue 84.

1. Commune située dans l'aire urbaine de Toulouse.

2. Cf. Christine Belcikowski. Alexandre Jean Pierre Clausel (1802-1884), peintre et photographe, d’ascendance ariégeoise.

3. Cf. Wikipedia. Collodion humide.

4. Cf. Le Portail de la Photographie. Négatif sur papier ciré. Procédé : « Afin d'obtenir un négatif sur papier ciré sec, une feuille de papier est imprégnée de cire blanche fondue. Elle est ensuite immergée dans une solution d'iodure et de bromure de potassium, puis sensibilisée avec une solution de nitrate d'argent et d'acide acétique. Après insolation, le papier est développé par une solution d'acide gallique et de nitrate d'argent puis fixé avec du thiosulfate de sodium ». Les négatifs peuvent être préparés à l'avance et se conservent environ quinze jours. Ils nécessitent toutefois un temps de pose assez long.

5. Auguste Belloc. Les quatre branches de la photographie : traité complet théorique et pratique des procédés de Daguerre, Talbot, Niépce de Saint-Victor et Archer, précédé des annales de la photographie et suivi d'éléments de chimie et d'optique appliqués à cet art, p. IXII. Chez l'Auteur, 16, rue de Lancry. Paris. 1855.

6. Ibidem, p. 306 sqq.

7. Institut national de la propriété industrielle. Belloc, Armand Pierre Joseph Auguste, 16, rue de Lancry, photographe. Cote du dossier : 1BB27991. Numéro de dépôt : 27991. Date de dépôt : 5 juin 1856. Classe : 17.

8. BnF. Catalogue général. Auguste Belloc.

9. Annales de la Société universelle pour l'encouragement des arts et de l'industrie, p. 95. Lacour. Paris. La Société universelle pour l'encouragement des arts et de l'industrie. Londres. 1855.

10. Mentionné in Exposition des beaux-arts et de l'industrie à Toulouse, dans les bâtiments municipaux de la rue Neuve Saint-Aubin, p. 401. Imprimerie de Deladoure frères. 1859.

11. L'Art du XIXe siècle : revue mensuelle : Beaux-arts appliqués à l'industrie, romans, chroniques, p. 260. Mars 1856.

12. Exposition d'Alençon, 1858 : les artistes normands ; les industriels de l'arrondissement d'Argentan, p. 48. Imprimerie de Barbier. 1858.

13. Exposition des beaux-arts et de l'industrie à Toulouse, dans les bâtiments municipaux de la rue Neuve Saint-Aubin, p. 401. Imprimerie de Deladoure frères. 1859.

14. Monique Sicard. « Érogenèses photographiques », p. 195. Médium n°46-47. Éros. Éditions Gallimard. 2016.

15. Charles Baudelaire. Curiosités esthétiques. Salon de 1959.

16. « Gabriel Gélin. Les laideurs du beau Paris. Histoire morale, critique et philosophique des industries, des habitats et des monuments de la capitale. Lécrivain et Toubon Éditeurs. 1861. Cité par Monique Sicard in « Érogenèses photographiques », p. 197-198. Médium n°46-47. Éros. Éditions Gallimard. 2016.

17. Archives nationales. Minutes et répertoires du notaire Louis Marie Pascal. 19 septembre 1857 - 11 février 1875. Étude XCIV. Période : 1859-1859. Cote : MC/ET/XCIV/867 - MC/ET/XCIV/1334, MC/RE/XCIV/13/B - MC/RE/XCIV/18 - MC/ET/XCIV/897.

18. Alexandre Dupouy. La Photographe Érotique, p. 25. Parkstone International. 2016.

19. Cf. Wikipedia. Gustave Courbet. L'Origine du monde.

20. Alexandre Dupouy. La Photographe Érotique, p. 25. Parkstone International. 2016.

La place des femmes dans le Panthéon Nadar

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

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Ci-dessus : le Panthéon Nadar. 1851.

Félix Tournachon (1820-1910), dit Nadar, illustre photographe, est aussi un grand caricaturiste. En 1851, il broche dans son Panthéon Nadar les portraits de 249 écrivains et journalistes de son temps.

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Le Panthéon Nadar comprend seulement 11 femmes. Le buste de George Sand (1804-1876), née Amantine Aurore Lucile Dupin, baronne Dudevant, trône sur une colonne située au départ du cortège panthéonesque. Au pied de la colonne, on reconnaît Balzac, Chateaubriand, Frédéric Soulié, Victor Hugo, etc.

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Ci-dessus : 9 femmes sur un plateau.

Les bustes de 9 autres femmes constituent l'ornement du plateau que porte sur sa tête Ernest Legouvé (1807-1903), écrivain connu, entre autres, pour ses conférences sur les droits des femmes et son cours au Collège de France sur l'histoire morale des femmes (1847). Il publiera en 1864 La Femme en France au XIXe siècle, et en 1884 Une éducation de jeune fille.

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Ci-dessus : Elizabeth Harriet Beecher Stowe à côté d'Ernest Legouvé.

Le visage d'une autre femme encore figure en arrière-plan, à côté de celui d'Ernest Legouvé plateauphore. Il s'agit du visage de Madame H. Becker Stowe (1811-1896), auteur de La Case de l'oncle Tom et autres textes d'inspiration abolitionniste.

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Les bustes rassemblés sur le plateau d'Ernest Legouvé supporter des dames, sont ceux des femmes suivantes :

144. Mme Charles Reybaud (1802-1870), née Henriette Étiennette Fanny Arnaud, romancière.
145. Mme Amable Tastu (1798-1885), née Sabine Casimire Amable Voïart, poète, polygraphe.
146. Mme Desbordes Valmore (1786-1859), poète.
147. Comtesse d'Agoult (1805-1876), alias Daniel Stern, née Marie Catherine Sophie de Flavigny, romancière, historienne, essayiste.
148. Mme Anaïs Ségalas (1811-1893), née Anne Caroline Menard, poète, dramaturge, romancière.
149. Mme Louise Collet (1810-1876), née Louise Révoil de Servannes, romancière, historiographe, auteur d'une célèbre correspondance avec Gustave Flaubert.
150. Mme de Girardin (1804-1855), née Delphine Gay, alias Charles de Launay, romancière, dramaturge, journaliste.
151. Mme Clémence Robert (1797-1872), poète, auteur de romans historiques d'inspiration féministe et républicaine.
152. Mme Esquiros (1819-1886), née Adèle Julie Battanchon, poète, auteur d'autres textes représentatifs du romantisme socialiste, membre actif du Club des femmes et de la Société de l'éducation mutuelle des femmes en 1848, co-fondatrice, avec Eugénie Niboyet et Louise Colet, de La Voix des Femmes en 1848, puis de L'Opinion des Femmes en 1851.

Un beau plateau ! Mais pourquoi, hormis la correspondance de Louise Collet, qui nous renseigne, dit-on, sur le grand Flaubert, ne lit-on plus les œuvres des 9 auteurs, autrices, auteuses, supporté.e.s par l'incomparable et parfaitement oublié Ernest Legouvé ci-dessus ? Pourquoi ne les réédite-t-on pas ?

Lecteurs, lectrices, encore un effort ! On trouve la plupart de ces œuvres sur le site numérique de la BnF, Gallica.

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