Christine Belcikowski

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Giacomo Casanova, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, et la famille Polastre

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Portrait de Pierre Joseph de Bourcet, né Pierre Bourcet (1er mars 1700, Usseaux (dans le Biançonnais) - 14 octobre 1780, Meylan. Assurant sa carrière militaire essentiellement dans les Alpes, Pierre Joseph de Bourcet a dirigé en 1754 l'établissement de la première carte d'état-major, incroyablement précise.

Comme indiqué par Louis Royer, conservateur de la bibliothèque de Grenoble de 1910 à 1938, dans « La société de Grenoble au XVIIIe siècle, d'après les militaires qui y ont séjourné » (1), Pierre Joseph de Bourcet, lieutenant général des armées du roi, commandant en second de la province du Dauphiné, mort à Grenoble le 14 octobre 1780, avait épousé à Montpellier en 1740 Marie Anne de Pène, fille de Louis de Pène de Vaubonnet, brigadier d'Infanterie des armées du Roi, directeur des fortifications du Roussillon, ingénieur en chef à Entrevaux (Alpes-de-Haute-Provence) en 1731..

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27 décembre 1740. Mariage de Pierre de Bourcet et de Marie Anne de Pène. AD34. Montpellier. Paroisse Notre Dame des Tables. Baptêmes (souvent un acte par année) (1647, 1654, 1660-1666, 1668, 1670, 1672, 1675, 1677, 1679, 1680, 1683), décès (1681), mariages (1691-1692), baptêmes, mariages, sépultures (1737-21 janvier 1741) 1647-1741. Document 5 MI 1/24. Vue 411.

Pierre de Bourcet se trouvait être par là le beau-frère de Charles Gaspard Éléonore de Polastre, qui avait épousé à Perpignan en 1755 Francoise de Pène, sœur cadette de Marie Anne de Pène. (2)

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8. 29 juillet 1755. Mariage de Charles Gaspard Léonard de Polastre et de Françoise de Pene. AD66. Perpignan. Paroisse Notre Dame de la Réal. Mariages. 1749-1755. Document 9NUM112EDT1022_1023. Vue 414.

Les deux sœurs et les deux beaux-frères tenaient ensemble à Meylan, village situé dans « le Neuilly de Grenoble [La Tronche, Corenc, Meylan], sur les contreforts du massif de la Chartreuse et faisant face au massif de Belledonne, une maison assortie d'un beau jardin, connue sous le nom de « maison Polastre » et d'« enclos Polastre », avec son jardin et ses pavillons au bord de la rivière ».

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Vue du château du Bourcet, ancienne dénommé « maison Polastre », dans les années 1900. Image empruntée au site Le Neuilly grenoblois. Corenc. Meylan. La Tronche.

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Vue aérienne depuis Grenoble. Au premier plan La Tronche. Au fond à gauche, Corenc, et au fond à droite, Meylan. La rivière est l'Isère. A gauche, premier sommet, le Mont Rachais ; deuxième sommet, le Saint-Eynard. Entre les deux, le col de Vence, qui permet de rejoindre le cœur de la Chartreuse. Image empruntée au site Le Neuilly grenoblois. Corenc. Meylan. La Tronche.

« Casanova, dans ses mémoires, se souvient des jours qu'il a passés en août 1760 dans l'un des grands domaines de Meylan ou de La Tronche (autrefois nommé Saint-Ferjus), "une maison magnifique", d'où il voyait l'Isère, peut-être la maison Polastre, ou la maison Barral, dont une description de l'époque nous donne assez fidèlement l'image : »

« Maison du maître, habitation du jardinier, orangerie, glacière et autres bâtiments, jardins, parterres, prés, vergers, bois, jets d'eau, terrasses, allées [...]. Les pièces d'eau, les bocages, les labyrinthes de charmilles, les statues, les orangers, les fleurs de toutes saisons et une quantité prodigieuse d'arbres de toute espèce font un concours charmant, et tout y est plaisir. » (3)

I. Casanova et les plaisirs de Grenoble

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Anonyme. Portrait de Casanova dans les années 1760.

Après avoir visité Voltaire à Ferney, Giacomo Casanova, venant d'Aix-les-Bains, a donc séjourné en août 1760 à Grenoble, dans la maison Polastre ou dans la maison Barral. Il y a bénéficié des bons offices d'un M. Valenglard, à qui Mme d'Urfé [Jeanne Camus de Pontcarré (1705-1775), par son mariage Jeanne de la Rochefoucauld, marquise d’Urfé], sa protectrice, l'avait recommandé sous le nom de chevalier de Seingalt.

« Arrivé à Grenoble, où j'avais l'intention de m'arrêter une huitaine de jours, m'étant trouvé mal logé, je ne fis point décharger ma voiture, et je me rendis à la poste, où je trouvai plusieurs lettres, entre autres une de madame d'Urfé qui en contenait une autre pour un officier nommé Valenglard, qu'elle m'annonçait comme un savant en me disant qu'il me présenterait à toutes les bonnes maisons de la ville. »

J'allai trouver cet officier, qui me reçut bien et qui, après avoir lu la lettre, me dit qu'il était à mon service pour tout ce qui pourrait m'être agréable. [...]. »

« Je pris un appartement de trois pièces, et je commandai à souper pour deux, en prévenant que j'étais friand et gourmet, et nullement avare. Je priai en même temps M. Valenglard de vouloir bien souper avec moi. [...]. J'envoyai chercher ma voiture et me voilà établi. M. de Valenglard me mena au concert dans l'intention de me présenter à tout le monde. »

« Nous eûmes des vins exquis et au dessert du ratafia supérieur au visnat des Turcs que, dix-sept ans auparavant, j'avais bu chez Jusouf Ali. »

« Nous restâmes à table jusqu'à onze heures, causant de mille choses agréables ; et animant nos discours par la divine liqueur de Grenoble dont nous vidâmes une bouteille. Cette excellente liqueur est composée de jus de cerises, d'eau-de-vie, de sucre et de cannelle, et il est impossible que le nectar des dieux de l'Olympe ait pu la surpasser en délicatesse. »

Je fis conduire M. le baron chez lui dans ma voiture après l'avoir remercié, le priant de vouloir bien être mon commensal soir et matin pendant mon séjour à Grenoble ; ce qu'il me promit excepté les jours où il serait de garde. [...]. »

Le lendemain soir...

« À huit heures tous les convives se trouvèrent réunis, et je vis tout ce que Grenoble avait de mieux en jolies femmes et en cavaliers du bon ton. La seule chose qui me déplut, ce fut les compliments dont on m'accabļa, et dont on est si prodigue dans la province. J'ouvris le bal avec la dame que M. Valenglard m'indiqua, puis je daņsai à tour de rôle avec toutes les dames. »

« Un ambigu composé de tout ce que le pays et la saison offraient de plus délicat couvrait toute la table ; mais ce qui plut beaucoup et surtout aux dames, ce fut l'énorme quantité de bougies disposées avec art dont la salle à manger était décorée. Je m'assis à une petite table séparée avec tous les vétérans de la fète, et j'y reçus de tous les plus pressantes invitations de passer l'automne dans leur ville. Je suis sûr que, si j'avais accepté, j'aurais été bien fêté, car la noblesse de cette cité est des plus accomplies. Je leur dis que si je pouvais me rendre à leurs instances, je le ferais avec grand plaisir ; et qu'alors je serais enchanté de faire la connaissance de la famille d'un homme illustre qui avait été grand ami de mon père. Quelle est donc cette famille ? me demandèrent-ils tous à la fois.
— Celle de Bouchenu de Valbonnais.
— C'était mon oncle. Ah! monsieur, venez chez nous. Vous avez dansé avec ma fille. Dites-moi de grâce comment s'appelait monsieur votre père ?
Après avoir ri, plaisanté, bu et mangé, nous nous levâmes pour recommencer le bal. »

« Cette fable, que je débitai sans préméditation et par cette manie de mon esprit qui se servait souvent à mon insu du ministère de ma langue et qu'ensuite, pour son honneur, j'étais obligé d'appuyer de ma logique, me transforma en une espèce de merveille aux yeux de tous ces braves gens que je mystifiais sans le vouloir. » (4)

Au-delà de cette « manie de son esprit » qui veut, dixit joliment Casanova, qu'il « se serve souvent à son insu du ministère de sa langue », et qu'ensuite, « pour son honneur, il se trouve obligé d'appuyer sa logique », on remarque ici que Casanova, alias chevalier de Seingalt, appuie ladite logique en forgeant un nom dérivé de celui de l'une ou l'autre des personnes à qui il a été présenté ou dont il a été question dans la conversation. Le nom de ce « Bouchenu de Valbonnais », dont Casanova prétend qu'il aurait été « grand ami de son père » ne serait-il pas dérivé de celui de Pène de Vaubonnet ? et la famille dont Casanova serait « enchanté de faire la connaissance, ne serait-elle celle de Pierre Joseph de Bourcet, de Charles Gaspard Éléonore de Polastre, ainsi que de Marie Anne et de Françoise de Pène de Vaubonnet, leurs épouses respectives ?

II. Pierre Ambroise Choderlos de Laclos à Grenoble, de 1769 à 1775

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Anonyme. Portrait de Pierre Ambroise Choderlos de Laclos circa 1769.

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Jean Achard (1807-1884). Vue de Grenoble prise du quai de la Graille. 1837. Sur le mont Rachais, en haut à gauche sur l'image, la Bastille, fort militaire édifié en 1591-1592 par François de Bonne de Lesdiguières, nommé gouverneur de Grenoble en 1591. Musée de Grenoble. « Un siècle après la construction de cette bastille, l'architecte militaire Vauban, lors de sa première inspection des fortifications des Alpes en septembre 1692, alerte le roi Louis XIV de la faiblesse des fortifications de Grenoble. Dans son rapport, il ironise en les qualifiant de "faibles, inachevées, mal entretenues", surtout celles de la Bastille, qu'il qualifie par ailleurs de "mauvais réduit, ou plutôt un colifichet fermé, mais sans art ni raison, occupé par un vigneron qui en est gouverneur, du moins il en a les clefs, avec douze vaches et huit chèvres, une cavale et une bourrique pour toute garnison". Revenu à Grenoble en 1700, Vauban présente un plan de renforcement de la Bastille. Mais, au cours du XVIIIe siècle, l'absence de menace sur la frontière des Alpes entraîne un désintérêt des militaires pour Grenoble, et les fortifications ne sont plus entretenues » (5). Il faut attendre l'année 1824 pour que débutent les travaux de réaménagement de la Bastille.

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Détail de la Bastille sur un plan de la ville de Grenoble établi par Jean de Beins (1577-1651) vers 1610.

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Vue de Grenoble depuis la Bastille. Alfred Guesdon (1808-1876), dessinateur, et H. Springer, lithographe.In Voyage aérien en France. Ensemble de dix-sept lithographies en couleurs. Hauser. Paris. 1850.

Arrivé à Grenoble en septembre 1769, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, âgé alors de 28 ans, officier d'artillerie spécialiste du tir au canon, se mêle à la brillante compagnie qui dîne à la table de M. de Tonnerre et de M. de Bourcet, et il partagera les plaisirs de cette compagnie jusqu'en 1775, date de sa nouvelle affectation à Besançon.

« Même si son nom inconnu, son rang médiocre ne parlaient pas pour lui d'emblée, il semble avoir réussi, par une de ces stratégies miltaires qu'il affectionnait, à forcer certaines de ces forteresses de la convention. Il se vantera encore trente ans plus tard d'avoir frayé avec "la fine fleur de l'aristocratie", suffisament pour en découvrir les comportements et en recueillir les échos » (6). C'est au regard de son expérience grenobloise qu'il écrira et publiera en 1782 Les Liaisons dangereuses.

Concernant les relations qu'il a entretenues dans la brillante compagnie grenobloise, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos n'a jamais cité aucun nom. Il ne vise pas dans Les Liaisons dangereusesle milieu des Bourcet-Polastre, mais possiblement celui d'Armand François de la Tour du Pin, marquis de Montauban, et de Louise Françoise Alexandrine Guérin de Tencin, son épouse ; de Déodat Gratet de Dolomieu, chevalier de Malte, puis officier dans les carabiniers ; d'Henry François d'Agoult, marquis de Montmaur, et de Christine Marie Félicité du Loys de Loinville, son épouse ; de Jean Antoine d'Agoult et Marie Marguerite Françoise de Blacons, que celui-ci épouse en 1780 ; de Jean Louis Lacroix de Chevrières, soupirant d'Olympe de Blacons ; de Paulin de Barral, chevalier de Malte, puis mousquetaire noir, puis capitaine des dragons, « mauvais sujet particulèrement caractérisé, dont Stendhal se souviendra dans ses Mémoires d'un touriste » (7) ; etc.

Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, quoi qu'il en soit, a forcément connu Charles Gaspard Éléonore de Polastre, qui se trouvait être, comme on sait, beau-frère de Pierre de Bourcet et familier de la maison de Meylan. Il eût été intéressant qu'il nous en eût laissé quelque portrait. Il ne l'a pas fait. Nous ne disposons que du portrait de Pierre Joseph de Bourcet, puis de celui Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, neveu, filleul et héritier de Pierre Joseph de Bourcet, et de sa famille, daté de 1791.

Il reste toutefois plaisant d'imaginer la présence de Charles Gaspard Éléonore de Polastre, lieutenant du Roi affecté à la place forte de Mont-Dauphin, et de Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, lieutenant artilleur qui a fait ses preuves à La Rochelle, Toul et Strasbourg, devisant du Génie et de l'Artillerie, des faiblesses que présentent sur le mont Rachais les fortifications de la Bastille, ou d'autres choses plus légères, dans la maison de Pierre de Bourcet ; bref de jeter ainsi un coup d'œil dans le passé, lequel demeure, comme on sait, un goufre interdit à nos sondes.

III. Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, Charles Gaspard Éléonore de Polastre et Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre

Né à Grenoble le 11 juin 1752, Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, neveu de Pierre de Bourcet, a commencé à servir en 1767. « Le 1er mars 1768, il reçoit ordre du duc de Choiseul de se rendre à Grenoble aux ordres du lieutenant-général de Bourcet, pour faire la campagne en qualité d'élève dans le corps de l'état-major général des logis de l'armée et de reconnaître une partie de la frontière du Dauphiné. Le 5 novembre 1769, il est nommé lieutenant en second à la suite du régiment de Toul du corps royal de l'artillerie, en garnison à Grenoble » (8) ; puis il est de 1777 à 1781 conseiller au Parlement de Grenoble.

À Grenoble, Pierre Jean de Bourcet de la Saigne se montre fidèle à la maison des Bourcet-Polastre et il s'adonne à son tour aux plaisirs de La Tronche et de Meylan.

Là, rapporte Théophile Malo Corret, plus tard Corret de la Tour d'Auvergne, officier dans l'artillerie, arrivé à Grenoble en 1769 lui aussi, « M. de Tonnerre [Jules Charles Henri, duc de Clermont Tonnerre, lieutenant général des armées du Roi, commandant en chef de la province du Dauphiné] et M. de Bourset [Pierre de Bourcet] tiennent table ouverte pour les officiers de la garnison, et nous voyons ici la plus brillante compagnie sans être exposés au jeu qu'autant qu'on le veut ; les exercices, notre cour aux dames, la comédie, le concert, la chasse et la promenade, remplissent assez agréablement nos moments » (9).

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Jean Joseph Xavier Bidault. Vue de Grenoble circa 1790.

Seul Charles Gaspard Éléonore de Polastre a pu, à Grenoble, rencontrer Giacomo Casanova en 176O, et fréquenter Pierre Ambroise Choderlos de Laclos de 1769 à 1775. Gageons qu'il a évoqué à l'intention de Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, son neveu, puis de Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre, son fils, lieutenant dans le Génie, affecté en 1780 à Mont-Dauphin, le corruscant séjour grenoblois du Chevalier de Seingalt, dont la réputation n'est alors plus à faire, et le contenu déjà notoirement sulfureux du roman, Les Liaisons dangereuses, que Pierre Ambroise Choderlos de Laclos publiera à Paris, chez Durand Neveu, en avril 1782.

Pierre Jean de Bourcet de la Saigne quitte Grenoble en 1781, date à partir de laquelle il se trouve appelé à Paris à d'autres fonctions, dont, de 1787 à 1789, celle de premier valet de chambre du Dauphin, Louis Xavier François de France. Il revient toutefois à Grenoble pour y épouser le 28 octobre 1782 Marie Gabrielle Randonne de Rivière, fille de Joseph Auguste de Rivière, ancien officier d'infanterie, conseiller-maître en la Cour des comptes de Dauphiné, et de Jeanne-Elisabeth de Pelissier, dont il aura deux fils et trois filles.

Après le 14 octobre 1780, date de la mort de son époux, « la veuve de Pierre Joseph Bourcet, Marie Anne de Pêne, continua à résider dans sa propriété de Meylan ; elle y testa le 3 août 1781 et mourut à Grenoble le 17 septembre 1799, âgée de 77 ans. Elle fit quelques legs à Marie Anne Louise de Bourcet, sa nièce, épouse de M. de Jarjayes, légua ses livres d'histoire et de belles-lettres à MM. de Polastre [Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre et Sauveur Charles de Polastre, les deux fils de Charles Gaspard Éléonore de Polastre et de Françoise de Pène], et institua héritière universelle sa soeur, Françoise de Pêne, veuve de M. de Polastre [Charles Gaspard Éléonore de Polastre]. » (10).

Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre quitte Mont-Dauphin en 1784. On ne sait quelle a été son affectation entre 1784 et 1791.

Le 31 décembre 1790, la maison Bourcet-Polastre de Meylan est vendue (11).

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21 juin 1791. Arrestation du Roi et de sa famille lors de la fuite à Varennes. D. Pellegrini, dessinateur, et Mariano Bovi, graveur. Londres. 1796.

Le 20 juin 1791, Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre prête son nom, son brevet, ses lettres de services, son passeport et son uniforme à son cousin, l'ingénieur militaire Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, afin d'aider aux opérations de la fuite à Varennes. Reconnu en route pour n'être pas Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre, Pierre Jean de Bourcet de la Saigne échappe à la mort, et, revenu ensuite à Paris, il accompagne les traverses du Roi jusqu'au 20 juin 1792. Il se réfugie ensuite à Grenoble.

Pierre Jean de Bourcet de la Saigne retourne à Paris en juin 1795, date à laquelle il est nommé chef de brigade de la section du Faubourg-Poissonnière, puis, le 13 ventôse an XII (4 mars 1804), agent de l'entreprise générale de l'habillement des troupes à Marseille, puis le 26 mars 1804, directeur et receveur général des droits réunis du département de l'Isère. Il est nommé en 1809 à « la direction des droits réunis du département de l'Arno. résidant à Florence, où il est encore directeur à l'époque du 2 février 1814, lorsque les Français évacuent la Toscane. Il se rend à Gênes pour y attendre les événements, et arrive à Grenoble le 25 avril de la même année. Il part pour Paris en septembre 1814, et présente au roi Louis XVIII quatre hallebardes des gardes du corps qu'il avait conservées depuis le 6 octobre 1789. Le 27 septembre 1814, il est nommé consul général de France à Naples. Le 29 novembre 1815, par ordonnance royale, il reçoit le titre héréditaire de comte. Les motifs de l'ordonnance étaient fondés sur les services de la famille Bourcet. Voici la description des armes qui lui sont accordées : D'azur au drapeau d'argent, armé d'une lance d'or, le drapeau enrichi à chacun de ses flancs d'une fleur de lys, l'une et l'autre couchée en face de gauche à droite, en chef et en jointe de deux dauphins couronnés couchés dos à dos, au centre et en bande des lettres initiales W. G. P. 13 » (11)

.

Après l'épisode de la fuite à Varennes, Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre se trouve nommé à Corte, en Corse. Puis envoyé à la Martinique en 1793, il y disparaît, sans qu'on ait jamais su ce qui lui est arrivé.

La page des plaisirs de La Tronche et du Meylan du XVIIIe siècle est pour la famille de Bourcet-Polastre définitivement tournée.

À lire aussi :
Essai de généalogie et d'histoire de la branche Pierrefite de la maison de Polastre
Une visite à Peyrefitte-sur-l’Hers
Pierre Jean Fabre, médecin alchimiste, et Cécile de Polastre
Giacomo Casanova chez M. de Voltaire, aux Délices
Quand la Marquise de Créquy se souvient du Comte de Saint-Germain, de Cagliostro et de Casanova

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1. Louis Royer. « La société de Grenoble au XVIIIe siècle, d'après les militaires qui y ont séjourné ». In Revue des cours et conférences, nºˢ 15 et 16. 1937.

2. Cf. Christine Belcikowski. Essai de généalogie et d'histoire de la branche Pierrefite de la maison de Polastre.

2. Edmond Maignien (1847-1916). L'ingénieur militaire Bourcet et sa famille, p. 30. X. Drevet Éditeur. Grenoble. 1890.

3. Les plaisirs de La Tronche : 1711. Comédie anonyme représentée à Grenoble le 7 février 1711. Texte établi et présenté par Pierre Monnier et Jean Sgard. Introduction, p. 14. ELLUG. Université Stendhal. Grenoble. 2006.

4. Giacomo Casanova. Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt. Volume 3, chapitre 13, passim. Paulin, Libraire-Éditeur. Paris. 1843.

5. Wikipedia. La Bastille de Grenoble.

6. Georges Poisson. Choderlos de Laclos ou l'obstination, chapitre VII : Les liaisons grenobloises, p. 55. Grasset et Fasquelle. Paris. 1985.

7. « Tout Allevard est encore rempli du souvenir d'un homme aimable, M. de B. [M. Paulin de Barral], qui mettait sa gloire a être l'amant de toutes les jolies filles du pays ; et il y en a de charmantes ». Stendhal. Mémoires d'un touriste. Volume 2, p. 290. Ambroise Dupont, Éditeur. Paris. 1838. Cité par Georges Poisson, in Choderlos de Laclos ou l'obstination, chapitre VII : Les liaisons grenobloises, p. 54-55.

8. Edmond Maignien (1847-1916). L'ingénieur militaire Bourcet et sa famille, p. 35.

9. Lettre de Théophile Malo Corret à son beau-père, citée par Louis Royer, in « La société de Grenoble au XVIIIe siècle, d'après les militaires qui y ont séjourné ».

10. Source : AD38, 3E1563. Feuilles volantes du notaire Trouilloud étudiées pour retrouver la description d’une maison à Saint Ferjus, vendue le 31 décembre 1790 par Pène veuve Polastre, 1788-1790. Vente relevée par Floriane Brion dans Des légumes et des hommes. Pour une histoire des jardins potagers à Grenoble au XVIIIe siècle. Volume I. Mémoire de Master 2 en Sciences humaines et sociales, sous la direction d'Anne Broujon, maître de conférences en histoire moderne à l’université Grenoble Alpes. Année universitaire 2015-2016.

11. Edmond Maignien (1847-1916). L'ingénieur militaire Bourcet et sa famille, pp. 36-37.

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