Christine Belcikowski

Publications 4

Essai de généalogie et d'histoire de la branche Pierrefite de la maison de Polastre

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

clouet_charlesIX.jpg

D'après François Clouet. Portrait de Charles IX. XVIe siècle.

« — Le roi me pardonnera , dit-il, si je suspends sa marche, mais je dois lui apprendre un événement malheureux : le brave Polastre, premier lieutenant des archers royaux, vient de tomber, frappé d'une apoplexie foudroyante, sur le pont du Louvre.
— Des secours lui ont-ils été donnés ? demanda S. M.
— Oui, sire, mais infructueusement. Polastre paraissait devant Dieu avant même que ses soldats, qui l'entouraient, n'eussent relevé son corps.
— Je le plains, maréchal ; c'était un bon militaire, un huguenot digne d'être catholique. Le remplacer sera difficile.
— J'aurai l'honneur de présenter au roi, repartit Montmorenci, un gentilhomme recommandable...
— Vous venez trop tard à l'affût, le lièvre est levé ; et tenez, le voilà dans ce groupe. Or ça, ici, baron Hugues de Lespare. Auriez-vous pour nous la fidélité de ce pauvre Polastre ?
— Sire, il y a longtemps que je la possède.
— Dès lors et de droit sa place vous revient ; je vous la donne. Il était aussi chevalier de l'ordre, je vous revêts du collier. »(1)

Ainsi raconte Étienne Léon de Lamothe-Langon (1786-1864), dans Reine et soldat, chronique de 1574, par le Bon de Lamothe-Langon, ouvrage publié en 1838. L'histoire se passe au temps de Charles IX (27 juin 1550-30 mai 1574), deux ans après le massacre de la Saint Barthélémy et quelques semaines avant la mort du Roi, survenue le 30 mai 1574 à l'âge de presque 24 ans.

« La maison de Polastre est languedocienne », note Étienne Léon de Lamothe-Langon, alias le Bon de Lamothe-Langon, en bas de page. « Elle était domiciliée à Avignonet, arrondissement de Villefranche du Lauraguais. Son origine d'ancienne chevalerie remonte dans la nuit des temps. Son écusson porte de gueules au lion d'or. »

lamothe-langon.jpg

Portrait d'Étienne Léon baron de Lamothe-Langon (1786-1864), par Andrieu d'après Belfedide. In Les Merveilles de la nature, poème en 6 chants. La Chrétienté, épître à M.-J. Chénier. Par le baron de Lamothe-Langon. Auguste Legallois, Éditeur. Paris. 1838.

Baptisé à Montpellier le 2 avril 1786 (2), mort en 1863 à Paris, fils de messire Joseph Marie de Lamotte, conseiller au Parlement de Toulouse guillotiné en 1794, et de dame Isabelle Bernard ; nommé sous-préfet de Toulouse le 11 juillet 1811, puis préfet de Carcassonne pendant les Cent Jours ; auteur en 1823 des Biographies toulousaines ; Étienne Léon baron de Lamothe-Langon fait ensuite carrière de polygraphe à Paris. Enclin à mélanger fiction et réalité, il s'illustre alors dans le genre des biographies romancées ou des mémoires apocryphes.

polastre_blason.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709). Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Cote : Français 31154 (Cabinet de d'Hozier 273). Poitiers-Pommereu.

Concernant la noblesse de la maison de Polastre, dont « l'origine d'ancienne chevalerie » remonterait « dans la nuit des temps », Étienne Léon de Lamothe-Langon s'avance un peu. Le volume 273 du Cabinet des titres de d'Hozier comprend un dossier « Polastre », daté de mars 1708, fourni en 1707 par Marie de Prüel de Palaja, veuve de Jean de Polastre, quand vivait seigneur de Pierrefite et gouverneur du fort Griffon à Besançon. Forte des « preuves » rassemblées dans ce dossier, l'épouse de feu Jean de Polastre entend faire authentifier la noblesse de ses enfants : Catherine de Polastre, sa fille, dont elle demande l'admission à l'École royale de Saint Louis, plus connue sous le nom d'École de Saint-Cyr ; et Germain de Polastre, Paul de Polastre, Charles Gaspard Éléonore de Polastre, ses trois fils.

La lecture de ce dossier montre que la maison de Polastre remonte au XVIe siècle et qu'elle tire son origine d'un capitaine de 300 hommes de pied de la région de Languedoc, dont les descendants, tout en continuant d'exercer jusqu'au milieu du XVIIe siècle la riche activité de marchands pasteliers, achètent des seigneuries ou des parts de seigneuries, et contractent des mariages bien pensés. À partir du XVIIe siècle, certains desdits descendants entrent dans la magistrature, ou bien dans les troupes royales. Ils prétendent dès lors à la noblesse. Mais, comme on le verra ci-dessous, l'affaire ne va pas sans peine.

I. Jean de Polastre, premier des Polastre mentionné dans la généalogie des Polastre Pierrefite

polastre_genealogie09.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

Le premier Polastre que l'on connaisse est, d'après le dossier mentionné ci-dessus, Jean de Polastre, capitaine de 300 hommes de pied de la région de Languedoc, habitant de Montmaur (Aude), marié à Anne de Besset, fille de N... de Besset, seigneur de la Serre, mort le 17 février 1554.

montmaur.jpg

Ci-dessus : vue du château et de l'église de Montmaur circa 1900.

Montmaur est au XVIe siècle et le restera jusqu'à la Révolution co-seigneurie de la famille de Paulo, anoblie en 1512 par le capitoulat. Il se trouve qu'à partir de mars 1577, date de la prise et du saccage de Montmaur par les protestants, Michel de Paulo met en coupe réglée l'ensemble de la contrée.

Jean de Paulo, président au Parlement de Toulouse, « avoit un frère, Michel de Paulo, qui se tenoit sur son bien dans la banlieue d'Avignonet. Michel avoit pris le parti des huguenots sans avoir changé de religion et, d'un fort qu'il avoit auprès, appelé Grandval, il faisoit une rude guerre à ceux de ce lieu. »

« Il possédait, au pied des collines boisées qui bordent la rive gauche du ruisseau de Mares, à une demi-lieue d'Avignonet, le manoir de Grandval, héritage patrimonial de sa grand'mère. Situé en un point où la vallée du Mares est très resserrée, ce château commandait entièrement le chemin d'Avignonet à Revel, qu'il tenait sous le jet de ses arquebuses, mais il surveillait également la route de Toulouse à Carcassonne. »

« Il avait, de l'autre côté de la plaine, sur le coteau aride qui ferme au sud l'entonnoir de Naurouse, une de ces lourdes bastides qu'on désignait au treizième siècle du nom de forces (fortia) et qui tenaient autant de la forteresse que de la ferme ; c'était le fief de la Grand-Borde. Un chemin, reste d'une ancienne voie romaine, la traversait, de telle sorte que nul voyageur ne pouvait aller de Toulouse à Carcassonne sans passer, par Grandval ou par la Grand-Borde, sur les terres du seigneur de Paulo. »

« C'est dans ces deux repaires, qu'à l'exemple d'un grand nombre de seigneurs de cette époque, Michel de Paulo avait « retiré une troupe nombreuse de mauvais garçons, dont, sous prétexte de religion, il s'était fait le capitaine. Dans cette troupe : Antoine de Paulo, ou de Paule, son frère, futur grand maître de l'Ordre de Malte ; divers seigneurs voisins d'Avignonet, dont Marc Antoine d'Avessens, second fils de Durand d'Avessens, seigneur de Saint-Rome, et Brun, second fils d'Antoine du Brun, seigneur de La Salle [écart de Monferrand, Aude], fermier des domaines de la reine mère au comté de Lauraguais, capitoul en 1559, décapité comme huguenot en 1562 ; soldats déserteurs, batteurs d'estrade et paysans maraudeurs du voisinage, vagabonds ayant suivi nos armées en Italie ou guerroyé sur la frontière espagnole, serviteurs recrutés au hasard et enfin huguenots qui faisaient du meurtre et du pillage une affaire de goût et de conscience à la fois » (3). Cette troupe ajoute à la rapine plusieurs assassinats, dont en 1581 celui de Nicolas d'At. Veuve de Jean d'At, frère de Nicolas d'At, Peyronne de Polastre déploie alors la plus grande énergie pour obtenir la condamnation de Michel de Paulo par le Parlement de Toulouse.

Condamné à mort le 26 septembre 1581, mais protégé par Jean de Paulo, son frère, alors président à mortier audit Parlement, Michel de Paulo finit assassiné par la population d'Avignonet le 27 août 1583. Jean de Paulo, pour venger son frère, commandite ensuite l'assassinat de Jean Étienne Duranti, premier président du Parlement de Toulouse, abattu d'un coup d'arquebuse le 10 février 1589. Nonobstant cette suite de violences, le fief d'Avignonet reste co-seigneurie de la famille de Paulo jusqu'à la Révolution.

Frère peut-être du premier Jean de Polastre, Jacques de Polastre est co-seigneur de Montmaur et co-seigneur d'Avignonet. Il partage ces seigneuries avec le terrible Michel de Paulo. Astuge de Polastre, l'une de ses filles, épouse en 1552 à Montmaur Bernard de Raymond, habitant d'Avignonet (4). Le 30 décembre 1590, la même Astuge de Polastre est marraine de Paule de Polastre, fille d'autre Jacques de Polastre — fils du précédent ? Autre fille de cet autre Jacques Polastre, Miramonde de Polastre épouse en 1607 Jean de La Faille, seigneur de Folcarde (Haute-Garonne), conseiller au Présidial de Castelnaudary (Aude).

Dans la même famille de Polastre, après avoir fait fortune à Montmaur, devenu « bourgeois » d'Avignonet, puis sieur de Lourmarède [?], Pierre Polastre, dit le Vieux, épouse Renée de Rigaud, fille de Balthazard de Rigaud et de Francoise de Pradines. On sait ce mariage par l'acte de baptême de Renée de Polastre, qui a pour marraine le 31 mai 1620 en l'église de la Daurade à Toulouse, Renée de Rigaud, « veuve à feu Pierre Polastre, bourgeois d'Avignonet ».

polastre_renee.jpg

7 mai 1620. Baptême de Renée de Polastre. Archives municipales de Toulouse. Paroisse de la Daurade. Baptêmes. 2 janvier 1619-31 décembre 1626. Document GG93. Vue 42.

Toujours dans la famille Polastre, Antoine Polastre est, quant à lui, maître cordonnier à Villefranche de Lauragais (Haute-Garonne).

polastre_carte10.jpg

De Montmaur à Avignonet...

avignonet.jpg

Ci-dessus : vue générale d'Avignonet circa 1900.

Dans le contexte dangereux de la fin du XVIe siècle, sans renoncer pour autant à la co-seigneurie d'Avignonet, la maison de Polastre se tourne peu à peu vers d'autres fiefs. En 1621, Germain de Polastre († ca 1633) achète à Pierre de Villeroux, viguier de la sénéchaussée à Castelnaudary, les seigneuries de Pierrefitte [aujourd'hui Peyrefitte-sur-l'Hers (Aude)] et de Bélesta [aujourd'hui Bélesta-en-Lauragais] (Haute-Garonne)], fondant ainsi la branche Pierrefite de la maison de Polastre.

polastre_carte12.jpg

Ci-dessus : localisation de la seigneurie de Peyrefitte-sur-l'Hers.

polastre_carte11.jpg

Ci-dessus : localisation des seigneuries de Nogaret, Engarrevaques, Bélesta.

En 1686, un autre Jean de Polastre (1601-1693), président au Présidial de Castelnaudary, achète les seigneuries de Nogaret (Haute-Garonne) et d'Engarrevaques [aujourd'hui Garrevaques] (Tarm), fondant ainsi la branche Nogaret de ladite maison.

polastre_jean_armes.jpg

Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, par Charles d'Hozier (1697-1709). Tome XIV. Languedoc. Exemplaire original.

polastre_jean_armes2.jpg

Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, par Charles d'Hozier (1697-1709). Tome XV. Languedoc, II. Exemplaire original.

II. Vital et Jacques, les deux fils du premier Jean de Polastre

II.1. Vital de Polastre

polastre_genealogie10.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

polastre_vital_1557.jpg

17 février. 17 février 1557. Pacte de mariage de Vital de Polastre. Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

Fils du premier Jean de Polastre, Vidal, ou plutôt Vital ou encore Vitalis de Polastre, qui réside encore à Montmaur, épouse le 17 février 1557 à Folcarde (Haute-Garonne) Raymonde de La Faille, fille de Germain de La Faille, marchand d'Avignonet, et nièce de Pierre de La Faille, seigneur de Folcarde. Grégoire de La Faille, frère de Raymonde, sera « pendant plus de cinquante ans à la tête du consulat d'Avignonet et jouera un rôle des plus importants dans les affaires du pays » (4).

Vital de Polastre est père de deux filles, Guillaume de Polastre et Éléonore de Polastre, dont on ne sait rien [mentionnées le 2 décembre 1568 dans le testament de leur père] ; et père de deux fils, Germain de Polastre et Jean de Polastre. Ce Vital de Polastre teste le 2 décembre 1568 et meurt en 1579.

polastre_vital_testament1568.jpg

« Testament de Noble Vital de Polastre, demeurant à Montmaur, fait le 2 de décembre 1568, par lequel Il ordonne qu'on l'enterre dans l'église de Montmaur et qu'à son enterrement, assistent six pauvres habillés de drap gris, portant chacun une torche de cire, du poids d'une livre où seraient attachées les armoiries ». Extrait du testament de Vital de Polastre. In dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

II.2. Jacques de Polastre

On ne sait rien de ce Jacques de Polastre, mentionné dans le testament de Vital, son frère. Il pourrait s'agir d'un fils du premier Jacques de Polastre, co-seigneur de Montmaur et d'Avignonet, père de Paule de Polastre, née le 30 décembre 1590, et de Miramonde de Polastre, qui épouse en 1607 Jean de La Faille, seigneur de Folcarde (Haute-Garonne), conseiller au Présidial de Castelnaudary (Aude) (cf. supra). Le 2 décembre 1568, Jean de Polastre, fils de ce Jacques, est créé tuteur de Germain et Jacques, ses cousins germains, par le testament de Vital de Polastre.

III. Germain et Jean de Polastre, fils de Vital

polastre_genealogie11.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

III.1. Germain de Polastre, fils de Vital de Polastre, fondateur de la branche de Pierrefite

peyrefitte.jpg

Ci-dessous : vue de Peyrefitte-sur-l'Hers, sans date.

belesta_lauragais.jpg

Ci-dessus : vue de la place de l'église à Bélesta-en-Lauragais circa 1900.

Né à Montmaur, puis habitant d'Avignonet, Germain de Polastre devient consul d'Avignonet en 1603, puis co-seigneur direct d'Avignonet, de Montferrand (Aude), de la Ginelle (Airoux, Aude), et de Masquerville [?], puis en 1621 seigneur « haut, moyen et bas justicier » de Pierrefite et de Bélesta. Maréchal des logis du seigneur de Paraza (Aude), il est en 1585 titulaire d'un certificat de Jean de Lévis V, attestant qu'il a été capitaine dans la compagnie des 40 hommes d'armes dudit seigneur.

levis_certificat_1585.jpg

« Certificat donné au château de Mirepoix le 24 mai 1585 par Jean de Lévis, maréchal de la foi, vicomte de Montségur, seigneur et baron de Mirepoix, de Lagarde et de Terrides, et chevalier de l'ordre du Roi, capitaine de 40 hommes d'armes de ses ordonnances, et sénéchal de Carcassonne, par lequel il atteste que le capitaine Germain Polastre, demeurant à Avignonet, servait dans ladite compagnie. Cet acte signé Mirepoix, contresigné du Bardon, et cacheté du cachet des armes de Lévis ». Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

polastre_germain_testament1627.jpg

« Testament de Noble Germain de Polastre, seigneur de Pierrefite, fait le 20 de mai 1627, par lequel Il ordonne que s'il mourrait audit lieu de Pierrefite, son corps y fût enterré dans le chœur de l'église paroissiale, et que s'il mourrait dans la ville d'Avignonet, on l'enterrât dans l'église paroissiale de ladite ville, et qu'au pilier qui était vis-à-vis de l'autel Saint Georges et de Saint Marc, on y peignît son effigie à genoux et armé, avec éperons, l'épée au côté et tenant des Heures dans les mains ; qu'au-dessus on peignît aussi ses armoiries, avec l'accoutrement de tête, et qu'il fût écrit au-dessous de ladite peinture : Ci-gist le corps de Noble Germain de Polastre, seigneur direct de Peirofite [sic] et de Balesta [sic], conseigneur direct d'Avignonet, de Montferrand, de la Ginelle et de Masquerville, jadis maréchal des logis de M. de Paraja, sénéchal du Lauragais, avec la date du jour et de l'année qu'il se soit mort. Il laisse à Demoiselle Imberte de Trouillon, sa femme, la somme de 300 livres. Il laisse à l'église paroissiale d'Avignonet la somme de 2 livres pour faire célébrer une messe haute à perpétuité le 8 mars de chaque année, en mémoire de ce que le 8 mars 1622, étant au pont de Faveroles, commandant les gens de guerre à cheval, Dieu le délivra des mains des ennemis, lui, et Jacques de Polastre, son fils, seigneur de Bélesta ». Extrait du premier testament de Germain de Polastre. In dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

Germain de Polastre teste une première fois le 20 mai 1627, puis une seconde fois le 25 janvier 1633. Il meurt en 1636.

De son épouse Imberte de Truille, nommée dans le premier testament, il a trois fils, Grégoire de Polastre, Jean Jacques de Polastre, Paul de Polastre ; et une fille, Léonore de Polastre, dont on ne sait rien.

III.2. Jean de Polastre, fils de Vital de Polastre

Jean de Polastre, frère de Germain, est dit bourgeois de Montmaur. Il épouse le 28 février 1593 Jeanne Bosc († 1646), fille de Jean Bosc et de Bérengère de Caires, sœur utérine de Mathurin III de Calouin, commandant des volontaires du marquis de Mirepoix.

Jean de Polastre est père de deux garcons et d'une fille : Grégoire de Polastre, conseiller au Présidial du Lauragais, puis premier président, marié en premières noces à Jeanne d'Aymeric, puis en secondes noces à Anne de Bonnal [voir ci-dessous la descendance de Grégoire de Polastre] ; Vital de Polastre, prieur de Grassens [?], au diocèse de Saint-Papoul ; Marie de Polastre, religieuse à Prouille (Aude).

IV. Grégoire, Jean Jacques, Paul, et Sebélié de Polastre, enfants de Germain de Polastre

polastre_genealogie12.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

IV.1. Grégoire de Polastre

Grégoire de Polastre devient « conseiller et magistrat principal en la sénéchaussée de Lauragais ». Il demeure, dans le même temps, propriétaire de la boutique familiale de pastel à Avignonet. Le 31 mars 1636, il signe une transaction avec ses frères concernant le partage des biens de leur père. Il est père de deux fils : Jacques de Polastre et Germain de Polastre.

Jacques de Polastre, sieur de Saint-Brès, reste sans descendance. Germain de Polastre, prêtre, curé de Saint-Julia, puis curé de Saint-Paulet, puis chanoine de la collégiale Saint Michel de Castelnaudary. Le 30 mars 1678, il fait don à Jean de Polastre, son cousin germain, capitaine dans le régiment de Sault, commandant du fort Saint-Étienne à Besançon, des biens laissés par feu Jacques de Polastre Saint-Brès, son frère. Il vivait encore en l'an 1698.

IV.2. Jean Jacques de Polastre

Jean Jacques de Polastre, habitant d'Avignonet, sieur de Saint-Brès, devient seigneur de Bélesta. En 1632, il hérite d'une boutique de pastel à Villefranche, par testament de Germain de Polastre, son père. Il demeure lui aussi sans descendance.

IV.3. Paul de Polastre, seigneur de Pierrefite et de Bélesta

Paul de Polastre, écuyer, succède à Grégoire de Polastre, son père, à la tête des seigneuries de Pierrefite et de Bélesta. Le 18 décembre 1635, il épouse Jeanne de Caillau, fille de Gaspard de Caillau, seigneur de Lagrelet, et de Marthe de Nougeroles, « dans leur château aux Allemans en Lauragais, près de Castelnaudary » [aujourd'hui La Tour-du-Crieu (Ariège)]. Présents au mariage : « Guillaume Desguilhots, seigneur d'Andaure [?], Jean de Lissac, seigneur de La Tour, Jean de Villeneuve, seigneur de Saint-Sernin, et Charles de Baille, seigneur de N... »

serment_fidelite_1636.jpg

1636. Serment de fidélité à Paul de Polastre par les habitants de Pierrefite. Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

Le 21 décembre 1636, les habitants de Pierrefite et de Bélesta prêtent serment de fidélité à Paul de Polastre, qu'ils « reconnaissent pour leur vrai, légitime et naturel seigneur », et déclarent qu'il « possède noblement ladite seigneurie ».

besons.jpg

Anonyme. Portrait de Claude Bazin de Bezons (1617-1684).

En 1664, Paul de Polastre sollicite la reconnaissance de ses titres auprès d'Alexandre de Belleguise, subdélégué de Claude Bazin de Bezons, Intendant du Languedoc, « chargé par Sa Majesté de la poursuite des vérifications des titres de noblesse et de la recherche des usurpateurs d'icelle en Languedoc ». Il n'obtient pas la reconnaissance souhaitée. La réponse tombe le 25 octobre 1668 :

polastre_paul_noblesse.jpg

Invalidation des titres de noblesse de Paul de Polastre. Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

« Vu ladite déclaration et arrêt du Conseil et exploit d'assignation donné au défendeur et remise de titres en vertu desquels il a pris la qualité de Noble, inventaire du défendeur par lequel il demande un délai pour recouvrer ses titres, contredits du sieur de Belleguise.

Concluons du procureur du Roi, sur le rapport du sieur Arnoul, commissaire à ce député, et de l'avis des officiers au nombre de l'ordonnance à tout considéré.

Nous, Intendant susdit, par jugement souverain, avons déclaré ledit Paul de Polastre usurpateur du titre de noblesse, ordonné et ordonnons que la qualité de noble et d'écuyer par lui prise sera rayée et biffée de tous les contrats, actes et jugements dans lesquels elle se trouvera avoir été employée. »

Paul de Polastre est père de Jean de Polastre, qui lui succède à la tête de la seigneurie de Peyrefitte. L'arbre généalogique fourni dans le dossier Polastre du Cabinet des titres lui prête par erreur un autre fils, né en 1693, dont le prénom se trouve rendu illisible par la pliure centrale de la page ; et deux filles encore, Catherine de Polastre, née en 1696, puis Jeanne de Polastre, née ou en 1699. Ces trois enfants figurent là par erreur, car Paul de Polastre est mort avant le 26 août 1680, comme indiqué dans le dossier Polastre » du Cabinet des titres qui mentionne à cette date les « aveux et dénombrement du fief plein et entier de Peyreffite par noble Grégoire de Polastre au nom de noble Jean de Polastre son frère, seigneur de Pierrefite et commandant pour le roi au fort Saint-Etienne de Besançon, auquel la dite terre était échue par la mort de noble Paul de Polastre, leur père ». Les trois enfants surnuméraires mentionnés ci-dessus sont sans doute fils et filles de Jean de Polastre, sucesseur de Paul de Polastre

IV.4. Sébélié ou Cébélie de Polastre

En 1627, Sebélié de Polastre épouse N... Barutel, bourgeois de Villefranche [de Lauragais].

V. Jean de Polastre, seigneur de Pierrefite et de Bélesta

polastre_genealogie13.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

polastre_jean_blason1693.jpg

Blason de Jean de Polastre en 1693. Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

besancon_fort_griffon.jpg

Vue du fort Griffon à Besançon circa 1900.

En 1680, Jean de Polastre succède à Paul de Polastre, son père, à la tête des seigneuries de Pierrefite et de Bélesta. Il se trouve également donataire contractuel de divers biens laissés par Grégoire de Polastre, son oncle. D'abord capitaine dans le régiment de Sault, nommé chevalier de Saint Louis, il devient ensuite commandant du fort Saint-Étienne à Besançon, puis commandant du fort Griffon dans la même ville. Les deux forts participent du système défensif créé à Besançon à partir de 1668 par Vauban, « alors que la ville est une possession de la Couronne d'Espagne. Le traité de Nimègue, signé le 10 août 1678, rattache définitivement Besançon et sa région au royaume de France. Louis XIV décide alors de faire de Besançon un des maillons essentiels du système de défense de l'Est de la France et confie à Vauban le soin de poursuivre la construction » (5).

Jean de Polastre meurt le 4 janvier 1707 par suite des blessures reçues en 1706 au combat de Saint Jean de Pagès en Catalogne, dans le contexte de la Guerre de Succession d'Espagne.

« Le point faible du dispositif franco-espagnol, dans cette guerre, se situe en Catalogne. En effet, les alliés vont utiliser les inquiétudes catalanes vis-à-vis de la centralisation des Bourbons pour s'implanter en Espagne. Une flotte britannique débarque un corps expéditionnaire sous les ordres de Peterborough à Barcelone. La ville tombe le 14 septembre 1705 puis la Catalogne se soumet. Charles III fait de Barcelone la capitale de son gouvernement. Philippe V est menacé par l'est et par l'ouest. Louis XIV est inquiet et cherche une issue diplomatique au conflit, sans succès » (6).

Le Mercure galant rend hommage à la personne de feu Jean de Polastre, gouverneur du fort Griffon, dans son numéro de février 1707 :

mercure_galant.jpg

Mercure galant. Chez Michel Brunet. Février 1707.

« M. de Polastre, seigneur de Pierrefite, chevalier de l'Ordre de Saint Louis, et gouverneur du fort Griffon de Besançon, est mort subitement, âgé de soixante-douze ans, après avoir servi le Roi pendant 49 ans. Ce gentilhomme joignait à un grand sang-froid, un grand courage, dont il a donné des preuves aux sièges de Douai et de Lille, et à celui de Nimègue, où il fut blessé à la jambe, qu'il lui fallut couper. Il reçut cette blessure en repoussant les ennemis qui avaient fait une sortie jusque dans la place, où M. de Polastre, son frère [?], fut pris et blessé à l'œil, qu'il perdit en cette occasion. Ils étaient tous deux capitaines dans le régiment de Sault ; ils étaient d'une noble et ancienne maison établie dans le haut Languedoc, depuis deux siècles, à laquelle l'amour des Armes et de la Justice semble héréditaire, et qui a donné des officiers distingués aux Armées de sa Majesté et des Rois ses Prédécesseurs, et de grands Magistrats à la Robe... »

Le 7 novembre 1693, Jean de Polastre épouse Marie de Prüel de Palaja, fille d'Olivier de Prüel, seigneur de Terre unique [?] et de Palaja, et de Catherine de La Roque. Il est père de deux filles, Marie Marguerite, née en 1694, et Catherine de Polastre, née le 17 octobre 1796 à Besançon ; et père de quatre fils aussi : N... de Polastre, né en 1793 (cf. supra) ; Germain de Polastre, baptisé le 23 octobre 1698 à Besançon ; Paul de Polastre, baptisé le 20 septembre 1699 à Besançon ; Charles Gaspard Éléonore de Polastre, baptisé le 27 août 1704 à Besançon.

En 1707, Marie de Prüel de Palaja, veuve de Jean de Polastre, sollicite l'admission de Catherine de Polastre, sa fille, à l'École royale de Saint Louis, et, par la même occasion, l'inscription de ses fils sur le grand registre de la noblesse. Le 20 décembre 1707, au vu du dossier fourni par Marie de Prüel de Palaja, M. de Lamoignon, conseiller d'État et Intendant en Languedoc, « déclare nobles et sont de noble race » les cinq enfants de Jean de Polastre. Une victoire pour la famille de Polastre, après la fin de non-recevoir infligée en 1668 à Paul de Polastre ! Un réconfort aussi pour la veuve de Jean de Polastre. Marie de Prüel de Palaja mourra le 26 juin 1748 à Pierrefite.

polastre_jean_noblesse.jpg

20 décembre 1707. Arrêté d'inscription des enfants de Jean de Polastre dans le registre de la noblesse. Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

VI. Germain de Polastre, seigneur de Pierrefite et de Bélesta, et autres enfants de Jean de Polastre

polastre_genealogie14.jpg

Extrait de la Généalogie Polastre figurant dans le dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

polastre_jean_fils.jpg

Baptêmes des trois fils connus de Jean de Polastre. Extrait du dossier Polastre du Cabinet des titres de Charles René d'Hozier (1697-1709).

VI.1. N... de Polastre

Né en 1793, N... de Polastre, demeure inconnu.

VI.2. Née en 1694, Marie [Marguerite] de Polastre épouse le 24 février 1734 à Castelnaudary Simon d'André, seigneur de Servolles (près de Fanjeaux, Aude), fils de Valentin d'André, écuyer, et de Françoise Delpuech.

VI.3. Catherine de Polastre

On sait qu'elle est baptisée le 17 octobre 1796 à Besançon. C'est donc elle qui figure par erreur sous ce même prénom de Catherine dans la liste des enfants de Paul de Polastre, son grand-père [cf. supra].

Pour une raison qu'on ignore, Catherine de Polastre n'entre pas à l'École royale de Saint Louis. Son nom ne figure pas sur la liste des Demoiselles établie en 1908 par Fleury Vindry dans Les demoiselles de Saint-Cyr (1686-1793). On ignore tout de sa destinée ultérieure.

VI.4. Germain de Polastre

Baptisé le 4 juin 1769 à Besançon, Germain de Polastre succède à Jean de Polastre, son père, à la tête des seigneuries de Pierrefite et de Bélesta. Il épouse Étiennette de Bertrand de Molleville († 10 février 1834 à Toulouse), sœur de Marc Antoine de Bertrand de Molleville, marquis de Montesquieu-Volvestre, marié à Henriette de Paulo.

Étiennette de Bertrand de Molleville donne à Germain de Polastre trois enfants : Marie de Polastre, baptisée le 23 novembre 1734 à Mayreville (Aude, près de Peyrefitte-sur-l'Hers) ; François de Polastre, baptisé le 8 mai 1736 à Pierrefite, dont on ne sait rien ; Antoine Marie Joseph de Polastre, baptisé le 21 octobre 1738 à Pierrefite, futur successeur de son père.

polastre_deces_1769.jpg

4 juin 1769. Sépulture de Germain de Polastre. AD11. Peyrefitte-sur-l'Hers. Baptêmes, mariages, sépultures. 1735-1792. Document 100NUM/AC283/1E1; vue 129.

Germain de Polastre, avant-dernier seigneur de Pierrefite, meurt le 3 juin 1769 à Pierrefite. Il est enseveli le lendemain dans l'église de Pierrefite.

VI.5. Paul de Polastre

Baptisé le 20 sept 1699 à Besançon, Paul de Polastre entre tôt dans la carrière des armes. Il meurt à l'âge de 19 ans,le 3 octobre 1718 à Avignonet.

VI.6. Charles Gaspard Éléonore de Polastre

Né le 27 août 1704 à Besançon, Charles Gaspard Éléonore de Polastre est, de 1720 à 1755, lieutenant-colonel au régiment de Royal-Comtois infanterie ; puis, de 1784 à 1793, lieutenant du Roi à Mont-Dauphin (Hautes-Alpes), place-forte fondée en 1693 une fois encore par Vauban.

« En 1692, durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg et malgré une alliance matrimoniale avec la France, Victor Amédée II, duc de Savoie, s’est joint aux Alliés (Angleterre, Autriche, Provinces-Unies) en juin 1690. De juillet à septembre 1692, à la tête d’une armée de quarante-cinq mille hommes, il envahit le Queyras et la vallée de la Durance, pour créer une diversion et diviser les forces françaises, dévastant tout sur son passage : ponts, villages, récoltes sur pied. Gap, Embrun, Guillestre sont prises et pillées. Seules l’arrivée de l’automne et la petite vérole font faire demi-tour à l’armée piémontaise. Il est ainsi démontré que les montagnes des Alpes ne sont pas suffisantes pour arrêter une armée.

En septembre, sur ordre du roi, Vauban abandonne la réfection de la fortification de Namur dont il vient de s’emparer, pour inspecter la frontière des Alpes. Après avoir fait une reconnaissance, la « borne » qu’il choisit, en novembre 1692, est une position conseillée par Catinat, surplombant par des escarpements de 100 m de haut le confluent du Guil et de la Durance. L’ingénieur propose d’y construire une place forte nouvelle, destinée à verrouiller la vallée du Guil, et accueillant une population civile. « Je ne sais point de poste en Dauphiné, explique-t-il, pas mesme en France, qui lui puisse être comparé pour l’utilité […]. C’est l’endroit de montagnes où il y a le plus de soleil et de terre cultivée, il y a même des vignes dans son territoire, des bois, de la pierre de taille, du tuf excellent pour les voûtes, de la pierre ardoisine, de bon plâtre, de fort bonne chaux et tout cela dans la distance d’une lieue et demie, pas plus […]. Et quand Dieu l’aurait fait exprès, il ne pouvait estre mieux » (7). La construction débute en mars 1693, et l'essentiel se trouve construit en 1700.

mont_dauphin.jpg

Victor Cassien, Alexandre Debelle (1805-1897). Vue générale du Mont-Dauphin. In Album du Dauphiné, ou recueil de dessins, de sites, villes, bourgs, églises, châteaux et portraits. Tome I. Prudhomme Éditeur. Grenoble. 1835.

Le 29 juillet 1755, Charles Gaspard Éléonore de Polastre épouse à Perpignan Françoise de Pene, fille de Louis de Pene de Vaubonnet, brigadier d'Infanterie des armées du Roi, directeur des fortifications du Roussillon, ingénieur en chef à Entrevaux (Alpes-de-Haute-Provence) en 1731, chevalier de Saint Louis, et de Catherine de Billy, fille elle-même de Claude Louis de Billy, garde-magasin général des vivres des galères du Roi à Marseille (8). Marie Anne de Pene, sœur de Françoise de Pene, est à Grenoble l'épouse de Pierre de Bourcet, lieutenant général des armées du Roi, grand-croix de Saint Louis, commandant en second du Dauphiné († 1780, Grenoble).

. On ignore la date du décès de Charles Gaspard Éléonore de Polastre. Françoise de Pene, son épouse, est dite veuve lorsqu'elle teste à Grenoble, le 11 avril 1787.

Charles Gaspard Éléonore de Polastre est père de deux fils : Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre, et Sauveur Charles de Polastre.

Baptisé le 29 juin 1757 à Mont Dauphin, sorti en 1779 l'école de Mézières, à laquelle sa noblesse lui a permis d'accéder, membre en 1780 de la loge maçonnique L'union parfaite de Mézières, Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre se trouve affecté à Mont-Dauphin jusqu'en 1784, d'abord comme lieutenant en second, puis comme lieutenant en premier (9). En juin 1791, il prête son nom, son brevet, ses lettres de services, son passeport et son uniforme à son cousin, l'ingénieur militaire Pierre Jean de Bourcet de la Saigne, neveu, filleul et héritier de Pierre de Bourcet, afin d'aider aux opérations de la fuite à Varennes. Edmond Maignien (1847-1916) raconte l'affaire dans L'ingénieur militaire Bourcet et sa famille, ouvrage publié en 1890 chez X. Drevet à Grenoble :

.jpg

Charles-Paul Landon (1761-1826). À Grenoble, Le Comte Pierre Jean de Bourcet et sa famille. 1791< Musée de Grenoble./span>

« Au mois de juin 1791 lors du départ du roi et de la famille royale pour Montmédy, M. de Bourcet partit pour Mons, où il devait trouver des ordres7, mais il fut arrêté à Valenciennes. M. de Bourcet prit le nom, le brevet, les lettres de services, le passeport et l'uniforme de son cousin M. de Polastre. Il put sortir de Paris, mais reconnu pour ne pas être cet officier, il fut arrêté. Il allait être livré à un conseil de guerre, lorsque la nouvelle de l'arrestation de la famille royale parvint de Valenciennes. M. de Bourcet s'échappa et revint à Paris. Il était près du roi au château des Tuileries, le 20 juin 1792. »

Vital Germain Marie Marguerite Anne Lucrèce de Polastre est affecté ensuite à Corte (Corse), puis en Martinique (10), où sa trace se perd en 1793.

Baptisé le 27 juin 1758 à Mont Dauphin, Sauveur Charles de Polastre est d'abord officier au régiment de Neustrie. Maintenu en noblesse le 3 août 1785 par le Parlement de Bretagne, il est nommé conseiller au Parlement de Rennes le 10 juillet 1787.

Le 14 octobre 1787, il épouse à Rennes, dans la paroisse Toussaints, Anne Marie Perrine de Varennes de Vacan, veuve de Joseph Claude de Ferrières, fille de Vincent Joseph de Varennes de Vacan, ancien captaine de grenadiers, et de Marie Anne de Trémargat. Il meurt ensuite émigré en Belgique. Née le 19 juillet 1750 à Dreux, Anne Marie Perrine de Varennes de Vacan meurt à Rennes le 19 juillet 1830.

VII. Antoine Marie Joseph de Polastre, capitaine au régiment royal comtois, dernier seigneur de Pierrefite

polastre_bapt_1738.jpg

21 octobre 1738. Baptême d'Antoine Marie Joseph de Polastre. AD11. Peyrefitte-sur-l'Hers. Baptêmes, mariages, sépultures. 1735-1792. Document 100NUM/AC283/1E1. Vue 11.

polastre_mariage_1774.jpg

17 mai 1774. Mariage d'Antoine Marie Joseph de Polastre et d'Étiennette André de Sanche de Cumiès. AD11. Castelnaudary.Baptêmes, mariages, sépultures. 1773-1774. Document 100NUM/5E76/54. Vue 70.

Né à Pierrefite le 21 octobre 1738, Antoine Marie Joseph de Polastre épouse Étiennette André de Sanche de Cumiès, fille de Jean André de Sanche, seigneur de Cumiès (Aude), et de Thérèse Bertrand de Molleville. Présents au mariage : Jean André de Sanche de Cumiès, père de l'épouse ; Jean François de Sanche, chanoine ; Jacques Crouzet de Zebel, chevalier de Saint Louis ; François d'André, seigneur de Servolles, beau-frère de l'époux (11).

Étiennette André de Sanche de Cumiès met au monde cinq enfants : Étiennette Jeanne Mélanie de Polastre, baptisée le 14 avril 1777 à Castelnaudary, morte le 20 décembre 1779 à Pierrefite ; Charles Thérèse de Polastre, né le 22 février 1780 à Castelnaudary, mort le 4 août 1790 à Castelnaudary à l'âge de dix ans ; Jean Louis Cazimir de Polastre baptisé le 15 juin 1781 à Castelnaudary ; Anne Françoise de Polastre, baptisée le 4 novembre 1782 à Castelnaudary, morte le 8 septembre 1792 à Castelnaudary à l'âge de dix ans ; Anne Victor de Polastre, baptisé le 11 septembre 1786 à Castelnaudary. En 1790, seuls survivent Jean Louis Cazimir et Anne Victor de Polastre. On perd leur trace ensuite.

Le 18 mars 1789, faisant pour lui et pour Jean Jacques Marie Joseph de Martin d’Ayguesvives, seigneur de Corronsac (Haute-Garonne) et d'Ayguevives (Haute-Garonne), président de la chambre des enquêtes du Parlement de Toulouse, époux de Marie Hélène de Polastre, issue de la branche Nogaret de la maison de Polastre, Antoine Marie Joseph de Polastre participe aux délibérations de la noblesse de la sénéchaussée du Lauragais, qui se tiennent à Castelnaudary, dans la chapelle des Pénitents noirs, sise alors dans l'église Saint Pierre. « Devant le collège Blaise d'Auriol, vous êtes sur les lieux-mêmes de la première église de Castelnaudary, aujourd'hui disparue : l'église Saint-Pierre », dit Alain Calmettes dans Couleur Lauragais (12).

college_blaise_auriol.jpg

Dernier lieu sur la terre où, en 1789, la présence de Antoine Marie Joseph de Polastre, dernier seigneur de Pierrefite, a été officiellement enregistrée. Ancien site de l'ancienne église Saint Pierre à Castelnaudary, puis site du collège des Jésuites et de la chapelle des Pénitents noirs ; aujourd'hui site du collège Blaise d'Auriol. Source : Midi Libre. Le collège de Castelnaudary à la fin du XVIIIe siècle. Photo Didier Rumeau.

Antoine Marie Joseph de Polastre est âgé en 1789 de 40 ans. Jean Jacques Marie Joseph de Martin d’Ayguesvives est guillotiné le 14 juin 1794. Le nom d'Antoine Marie Joseph de Polastre ne figure pas sur la liste des émigrés de la Révolution française disponible sur le site des Archives nationales. Le dossier manque peut-être. Qu'est-il advenu de lui en tout cas après le 18 mars 1789 ? Reste l'État nominatif des pensions sur le trésor royal, septième classe, en annexe de la séance du 21 avril 1790, dans lequel figure le nom d'Antoine Marie Joseph de Polastre, « en considération de ses services, en qualité d'ancien capitaine au régiment royal Comtois. »

polastre_heritiers.jpg

19 décembre 1808. Héritiers Polastre. AD11. Peyrefitte-sur-l'Hers. Naissances, mariages, décès. 1803-1808. Document 100NUM/5E283/3. Vue 81.

Le 19 décembre 1808 à Peyrefitte-sur-l'Hers, nouveau nom de la commune de Pierrefite, Paul Belinguié déclare la naissance de sa fille Anne. L'acte de naissance précise que Paul Belinguié, père de la nouvelle-née, est « domestique des héritiers Polastre ». Antoine Marie Joseph de Polastre serait donc mort avant cette date. Mais où, et quand ? On ne trouve pas son décès, ni à Peyrefitte-sur-l'Hers, ni à Castelnaudary, ni à Toulouse. Ni à Paris non plus. La famille Polastre Pierrefite est dite éteinte au début du XIXe siècle.

En 1914, la la Société d'études scientifiques de l'Aude profite d'une excursion au château de Marquein, dans l'Aude, pour visiter au passage le village de Peyrefitte-sur-l'Hers. Voici le rapport publié par M. L. Gavoy :

171116_peyrefitte_tour.jpg

« À Peyrefitte-sur-l'Hers en 2017, «une tour à l'ouest, qui servait de prison et communiquait avec le château par un souterrain qui débouche dans le parc actuel ». Pour d'autres vues du village de Peyrefitte-sur-l'Hers, de son château et de son église, cf. Christine Belcikowski. Une visite à Peyrefitte-sur-l’Hers.

Peyrefite-sur-l'Hers (castrum sive villa de Petrafitta) était jadis entouré de fortifications défendues par des fossés larges et profonds : il n'en reste plus aujourd'hui que la base d'une tour, à l'ouest, tapissée de lierre. Cette tour servait de prison et communiquait avec le château par un souterrain qui débouche dans le parc actuel. Le château seigneurial, situé au centre du village a été restauré et transformé. L église, de style roman, est l'ancienne chapelle du château, avec lequel elle communiquait. Le choeur est roman, une chapelle latérale est ogivale. Les fonts-baptismaux sont placés dans l'épaisseur d'une ancienne porte qui donnait accès dans la cour du château » (13).

Aujourd'hui le château de Peyrefitte-sur-l'Hers ne se visite pas. Il s'agit d'une propriété privée. Mais l'église attenante abrite, encadré par de hautes colonnes en faux marbre, un beau tableau d'Hilaire Pader (1607-1677), La présentation de Jésus au Temple, et, datant sans doute du XVIIIe siècle, deux grands panneaux peints, dédiés, à droite de l'autel, aux honneurs ecclésiastiques (mitre, crosse) et à la vie liturgique (livres du rituel, etc.) ainsi qu’aux symboles correspondants (grappes de raisin) ; et à gauche de l'autel, au domaine plus quotidien de la récolte et de la vendange. Mais les grappes de raisin et le pélican symbolisent le sacrifice, le martyre et la résurrection du Christ qui s’est sacrifié pour la rédemption des pécheurs.

Pour d'autres photos relatives à l'église et au château de Peyrefitte-sur-l'Hers, cf. Christine Belcikowski. Une visite à Peyrefitte-sur-l'Hers.

Annexes

I. 1621-1789. Maison de Polastre. Liste des seigneurs de Peyrefitte et de Bélesta

1. Germain de Polastre, seigneur de Pierrefite et de Bélesta à partir de 1621 († 1636).
1 bis. Jean Jacques de Polastre, seigneur de Bélesta, sous le contrôle de Germain de Polastre, son père.
2. Paul de Polastre, seigneur de Polastre et de Bélesta, de 1636 à 1680.
3. Jean de Polastre, de 1680 au 4 janvier 1707.
4. Germain de Polastre, du 4 janvier 1707 au 3 juin 1769.
5. Antoine Marie Joseph de Polastre, du 3 juin 1769 à 1789.

II. Enfants de Grégoire de Polastre, président de la sénéchaussée du Lauragais, fils de Jeanne de Bosc et de Jean de Polastre (frère de Germain de Polastre, premier seigneur de Pierrefite)

polastre_gregoire_enfants.jpg

Sous réserve de précisions ultérieures...

III. Enfants de François de Polastre, conseiller au Parlement de Toulouse, fils de Grégoire, et de Marie Hélène de Toureil

polastre_toureil_enfants.jpg

Sous réserve de précisions ultérieures...

IV. Enfants de Vitalis de Polastre Saint-Brès, frère de François, et de Laurence d'Olmières

polastre_dolmieres_enfants.jpg

Sous réserve de précisions ultérieures...

À lire aussi :
Une visite à Peyrefitte-sur-l’Hers
Pierre Jean Fabre, médecin alchimiste, et Cécile de Polastre
Giacomo Casanova, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, et la famille Polastre

-----

1. Étienne Léon de Lamothe-Langon. Reine et soldat, chronique de 1574, par le Bon de Lamothe-Langon. Volume 1, pp. 33-34. Édition C. Lachapelle. Paris. 1838.

2. 2 avril 1786. Baptême d'Etienne Léon de Lamotte. AD34. Montpellier. Paroisse Notre Dame des Tables. Baptêmes, mariages (1783, 21 mai-1786, 28 juin) 1783-1786. Document 3 E 177/38. Vue 269.

3. Cité et commenté par L. De Santi, à partir des mémoires de Germain de La Faille, dans « Michel de Paulo, seigneur de Grandval ». In Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse. Dixième série. Volume 3, p. 49. Éditions Douladoure-Privat. Toulouse. 1903.

4. Cf. Grand Armorial de France de Henri Jougla de Morenas. Tome V. Famille de Raymond-Cahuzac et de la Nougarède. « Cette famille, qui s'est agrégée à la noblesse au XVIIe siècle, prouve sa filiation depuis Jean de Raymond, dont le fils Bernard épousa, en 1552, Astuge de Polastre, qui lui donna Jacques, marié à Guillemette de Vernez et père de Jacques, allié en 1613 à Marguerite de Cahusac, d'où trois fils. L'aîné, Jean, épousa en 1670 Germaine de Marquier-Fajac et fut auteur d'une branche, éteinte au XVIIIe siècle. Le second, Jacques, seigneur du Carla, premier consul d'Avignonet, épousa en 1651 Catherine de La Faille et en eut Grégoire, seigneur du Carla et de la Nougarède, allié en 1692 à Anne de Capella, d'où Jacques, marié en 1721 à Claire de Boriès et père de Jacques Paul, seigneur de la Nougarède, confirmé noble en 1769, allié en 1757 à Anne de Sanche et comparant à Castelnaudary en 1789 » ; etc.

5. Cf. Wikipedia. Citadelle de Besançon.

6. Cf. Wikipedia. guerre de succession d'Espagne.

7. Cf. Wikipedia. Mont-Dauphin.

8. 29 juillet 1755. Mariage de Charles Gaspard Léonard de Polastre et de Françoise de Pene. AD66. Perpignan. Paroisse Notre Dame de la Réal. Mariages. 1749-1755. Document 9NUM112EDT1022_1023. Vue 414.

9. Cf. René Louis de Roussel. État militaire de France, pour l'année 1782, p. 35. Chez Onfroy. Paris. 1782.

10. Cf. Léon Clément Hennet. Etat militaire de France pour l'année 1793, p. 314. Société de l'histoire de la Révolution française. Paris. 1903.

11. Concernant la famille d'André, cf. Gustave Chaix d'Est-Ange. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. Tome 1, p. 200. Imprimerie de Charles Herissey. Évreux. 1903.

12. Alain Calmettes. « Autour de Castelnaudary ». In Couleur Lauragais : les journaux. 2018.

13. « Rapport sur les Excursions de la Société, en 1914, par M. L. Gavoy ». In Bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude. Tome 26, pp. 25-26. Louis Bonnafous. Carcassonne. 1918.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

Écrire un commentaire

Quelle est la première lettre du mot qgzg ?

Fil RSS des commentaires de cet article