A la Bastide de Bousignac – Visite aux ruines de Notre Dame de Sonac

 

Les ruines de Notre Dame de Sonac, ou Sonnac, font l’objet d’une courte mention dans Histoire et Patrimoine en pays de Mirepoix 1Cf. La Bastide de Bousignac, in Histoire et Patrimoine en pays de Mirepoix, p. 124, édition Communautés de Communes du Pays de Mirepoix et de la Vallée Moyenne de l’Hers, 2006., sorte de bible des lieux et des choses qui s’offrent en notre contrée à la curiosité du promeneur épris de paysages champêtre, de sentiers perdus et de vieilles pierres.

Sur la route de Saint-Julien de Gras Capou, chapelle Notre Dame
C’est une ruine qui se trouve sur une petite colline, à environ 800 mètres à l’ouest du village [La Bastide de Bousignac], à droite sur la route menant à Sain-Julien de Gras Capou. C’est, en fait, l’église primitive de La Bastide de Bousignac. Elle était entourée d’un cimetière : les agriculteurs, au cours des labours, ont mis à jour de nombreux ossements qui se trouvaient au nord de l’église. Cette église a appartenu au Chapitre de Pamiers jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Elle s’appelait « Notre Dame de Sonnac », sans aucun lien avec la commune du même nom.
2Ibidem.

 

 

Notre Dame de Sonac figure en toutes lettres encore sur la vénérable carte de l’Académie, première carte générale et particulière du royaume de France, dite aussi « carte de Cassini », établie entre 1756 et 1789 par la famille éponyme, principalement César-François Cassini (Cassini III) et son fils Jean-Dominique Cassini (Cassini IV), publiée entre 1756 et 1815.

 

La montée vers Notre Dame de Sonac depuis La Bastide de Bousignac est facile, mais l’accès à l’église est rendu malaisé par les ronces qui montent à l’assaut de l’édifice. Il faut se faufiler le long des murs, parmi les pierres tombées, pour arriver à la porte de l’église, qui ouvre sur une nef ruinée, également envahie de ronces et d’arbres. La porte conserve encore l’essentiel de son bel appareil d’antan. Curieusement, les murs ne présentent, semble-t-il, aucune autre ouverture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site est beau, ainsi ouvert au ciel sur la colline, cependant que retiré dans sa solitude. Le philosophe et sociologue Georg Simmel dit superbement ce qui fait la beauté des ruines lorsqu’elles sont, comme ici, exposées au travail de la nature qui reprend ses droits :

Ce qui a dressé la construction dans un élan vers le haut, c’est la volonté humaine ; ce qui donne son aspect actuel, c’est la forme mécanique de la nature, dont l’activité rongeante et destructrice tend vers le bas. Mais cependant, tant que l’on peut parler de ruine, et non de monceau de pierres, la nature ne permet pas que l’œuvre tombe à l’état amorphe de matière brute ; une forme nouvelle est née qui, du point de vue de la nature est absolument sensée, compréhensible, différenciée. La nature a fait de l’œuvre d’art la matière de sa création à elle, de même qu’auparavant, l’art s’était servi de la nature comme de sa matière à lui. 3Georges Simmel, La Philosophie de l’aventure, p. 50, L’Arche, Paris, 2002.

Il manque toutefois au propos de Georg Simmel une aile plus haute. Au coeur de la rencontre avec ce qui est beau comme ici les ruines d’une église envahie par les signes rougeoyants de l’automne, il y a quelque chose qui parle à l’âme, quelque chose qui est de l’ordre d’une présence invisible, quelque chose qui questionne en secret notre commun désir d’éternité.

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A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°97 à 112

 

Ci-dessus : compoix de Mirepoix, 1766, détail du plan 3.

Situé entre le Grand Couvert et la porte d’Aval, le moulon 1Le mot moulon fait l’objet d’un usage double dans le compoix mirapicien de 1766. Il désigne, par effet de variation d’échelle, tantôt la totalité d’une section de la bastide qui comprend plusieurs pâtés de maisons, tantôt un pâté de maisons, considéré alors comme un sous-ensemble d’une section plus vaste. Le moulon décrit dans cet article constitue ainsi un sous-ensemble du grand « Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place », figuré dans son entier sur le plan 3 du compoix de 1766.
En 1789, la municipalité révolutionnaire opte pour un réaménagement du plan urbain. Renonçant au vieil usage du terme « moulon », elle met en oeuvre un nouveau découpage de la ville par « sections ». A noter que la géographie des 3 sections A, B, C nouvellement créées procède d’une autre vision de l’espace urbain et ne coïncide donc pas avec celle des grands moulons de l’Ancien Régime.
formé par les parcelles n°97 à 112 du compoix de 1766 se trouve délimité à l’est par la rue Saint Antoine, autrement appelée rue del four (aujourd’hui rue Jacques Fournier) ; au sud par la rue de la porte d’Avail, ou d’Aval (aujourd’hui rue Monseigneur de Cambon) ; à l’ouest par la promenade d’Avail (aujourd’hui cours du Maréchal de Mirepoix) ; au nord par la promenade Saint Antoine (aujourd’hui cours du Colonel Petitpied). Il présente en 1766 un front bâti sur deux de ses côtés seulement : à l’est, rue del four, et au sud, rue de la porte d’Avail. Au nord, côté promenade Saint Antoine, il conserve alors un front vert, fait d’une suite de jardins, interrompue seulement par le patu de Jean Arcizet (n°103). A l’ouest, côté promenade de la porte d’Aval, le moulon se trouve bordé par l’escossière 2Escossière, ou escoussière : chemin de ronde qui courait jadis au bord des remparts de la ville., vestige de l’ancien rempart, démoli à une date que l’on ne connaît pas, entre 1686 et 1766. Il ne reste du dit rempart en 1766 que la porte fortifiée, à l’intérieur de laquelle on distingue aujourd’hui encore les traces de l’antique herse.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue de l’actuelle rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval) depuis l’angle de la rue Jacques Fournier (autrefois rue Saint Antoine ou rue del four ; vue de la Jacques Fournier depuis l’angle de la rue Monseigneur de Cambon.

 

 

Ci-dessus, de gauche à droite, puis en-dessous : 1. Vue du cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval) depuis la porte d’Aval ; 2 et 3. Vue du cours du Colonel Petitpied (autrefois promenade Saint Antoine) depuis l’angle du cours du Maréchal de Mirepoix ; bâties à l’emplacement d’anciens jardins, toutes les maisons ici sont postérieures au XVIIIe siècle.

Dernière survivante des quatre portes qui fermaient jadis la bastide de Mirepoix, la porte d’Aval a failli disparaître au XIXe siècle – modernité oblige ! – en vertu d’un projet voté en 1832 par le conseil municipal, projet qui envisageait la démolition de l’ancienne porte et le remplacement de cette dernière par une porte de conception moderne, « avec deux pilotis en pierre de taille ». Il se trouve heureusement que le projet en question a échoué, suite à l’opposition d’Antoine Benoît Vigarozy, maire de Mirepoix, qui trouvait la réalisation de ce projet trop coûteuse ; suite aussi à la résistance opiniâtre des demoiselles Desguilhots de Labatut, alors propriétaires de la partie sommitale de la porte d’Aval en même temps que de la belle demeure attenante, dite « maison de Montfaucon », qui, contestant la légitimité de la procédure d’expropriation entamée à leur encontre pour cause de défaut d’entretien du dessus de la porte, sur laquelle « excroissaient, dit-on, ormilles et ormillons », portèrent l’affaire devant les tribunaux et obtinrent en 1833 gain de cause auprès de ces derniers. Imagine-t-on aujourd’hui Mirepoix sans sa porte d’Aval !

 

Ci-dessus, de gauche à droite : depuis le cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval), vue de la porte d’Aval et de la rue Monseigneur de Cambon (autrefois rue de la porte d’Aval ; vestiges de l’implantation de l’ancienne herse.

 

Ci-dessus : vues de la rue Monseigneur de Cambon depuis l’angle du couvert Saint Antoine et du Grand Couvert.

 

Ci-dessus : rue Monseigneur de Cambon, vue de la porte d’Aval et de la balustrade de l’ancien hôpital.

La rue de la porte d’Aval (aujourd’hui rue Monseigneur de Cambon), qui part de la place, à l’angle de la rue Saint Antoine ou del four (aujourd’hui rue Jacques Fournier) et du couvert Saint Antoine, et qui délimite le bord sud du moulon, aboutit, comme le nom l’indique, à la porte éponyme.

Avec son enfilade de maisons à encorbellements et la vue qu’elle ouvre depuis la place vers la porte, ou depuis la porte vers la place, l’ancienne rue de la porte d’Aval demeure l’une des plus pittoresques de la ville.

Elle porte aujourd’hui le nom de Monseigneur de Cambon en souvenir de l’action menée par ce dernier évêque de Mirepoix, grand administrateur, qui entreprit au cours de son épiscopat (1768-1790) la reconstruction du vieil hôpital, agréé par Louis XIV en 1662, puis atteint de délabrement au cours du XVIIIe siècle.

Issu d’une grande famille toulousaine installée au quartier Saint Etienne, fils de Louis Emmanuel de Cambon, président au parlement de Toulouse en 1695, François Tristan de Cambon (1716-1791), évêque de Mirepoix, refusa de signer en 1791 la constitution civile du clergé et, destitué de sa charge, rejoignit sa famille à Toulouse où il mourut la même année.

 

 

Ci-dessus : vue de l’hôpital en 1918.

 

Ci-dessus : aujourd’hui, vestige misérable de la balustrade en pierre qui courait jadis devant l’entrée de l’hôpital.

 

Ci-dessus : autres vestiges de l’entrée de l’ancien hôpital (n°112). Celui-ci de nos jours a été reconverti en maison de retraite. L’entrée du XVIIIe siècle a fait les frais ici d’un modernisme agressif.

 

Ci-dessus : autre vestige de la balustrade de l’ancien hôpital.

 

Ci-dessus : depuis l’entrée modernisée de l’ancien hôpital, vues de la porte d’Aval et du reste de rempart qui clôt à l’ouest le jardin de l’établissement.

 

Ci-dessus : depuis le cours Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval), vue du reste de rempart qui borde le jardin de l’ancien hôpital et vue du mur ouest de l’hôpital.

 

 

Ci-dessus : à l’angle du cours du Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Aval) et du cours du Colonel Petitpied (autrefois cours Saint Antoine), reste bétonné d’un élément de construction relatif à l’ancienne tour figurée sur le plan de 1766, tour disparue à une date inconnue, remplacée au cours du XIXe siècle par un poids municipal dédié au marché aux moutons, sis cours du Maréchal de Mirepoix.

 

Ci-dessus : vue de la façade est de l’ancien hôpital depuis le cours du Colonel Petitpied (autrefois cours Saint Antoine).

 

Ci-dessus : compoix de 1766, détail du plan 3, ancienne rue del four (aujourd’hui rue Jacques Fournier), n°101 : ancien four banal, propriété du marquis de Mirepoix.

La rue Saint Antoine, ou rue del four, abrite en 1766, comme son nom l’indique, le four banal, propriété des seigneurs de Mirepoix. Au XVIIIe siècle comme au Moyen Age, les boulangers sont tenus de cuire là leur pain et doivent à cet effet s’acquitter d’un droit auprès du marquis. Face au four banal, situé sur le bord ouest de la rue, s’ouvre alors, sur le bord est de la même rue, la boutique de Paul Combes 3Cf. plan 3 n°91 : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°54 à 96., boulanger, sans doute l’une des plus courues du Mirepoix de la fin du XVIIIe siècle. A noter que, pour des raisons évidentes de sécurité, le four se trouve à cette date libre de toute attenance à aucun bâtiment voisin, puisqu’il se tient entre le jardin de Marie Cazaneuve (n°102) et le patu 4Patu : en occitan, cour. de Marie Laffargue (n°100).

 

 

Ci-dessus : au bout de la rue del four et à l’angle de la rue de la porte d’Aval (aujourd’hui rue Monseigneur de Cambon), ancienne maison de Marie Laffargue (n°100), puis de Pierre Combes (n°97), neveu de Paul Combes (n°91), boulanger.

 

 

 

Ci-dessus : ancienne maison de Marie Cazaneuve (n°102), veuve du sieur Rousset, bourgeois.

 

 

 

Ci-dessus : vues de l’ancienne maison de Jean Arcizet (n°103), hôte. Au rez-de-chaussée, le local, aujourd’hui fermé, abritait encore dans les années 1950 une épicerie. Le premier étage arbore une baie et un balcon de style 1900. Sous le toit, une fenêtre à meneaux subsiste, témoin de l’ancienneté de cette maison qui a été de nombreuses fois remaniée au cours des siècles.

 

 

Ci-dessus : reconnaissable à sa large façade, percée de fenêtres cintrées, ancienne maison de Jean Deloun (n°106), avocat. La maison, comme on voit sur le plan de 1766, comprend alors sur l’arrière deux ailes au pied desquelles s’ouvre un puits, et elle donne sur un vaste jardin qui touche à la promenade Saint Antoine.

 

Ci-dessus : ancienne maison de Jean Deloun ; vue de la façade arrière aujourd’hui.

 

 

Ci-dessus : ancienne maison d’Andrieu Gironce (n°110), brassier, dans laquelle Guillaume Cousture (n°111) tenait passage donnant accès à sa propre maison, située sur l’arrière de celle d’Andrieu Gironce.

Liste des propriétaires des parcelles n°97 à 112 figurées sur le plan 3 du compoix de 1766 :

n°97. Pierre Combes, héritier de Jean Pierre Combes ; maison à la rue de la porte d’aval faisant coin à celle de saint antoine ou del four
n°98. Louis Senesse, fils et héritier de Jean Senesse ; maison à la rue de la porte d’aval, sur le derrière de laquelle maison les héritiers en tiennent 2,25 cannes de François Guilhemat
n°99. Marie Levis, veuve de Jean Guilhemat, boulanger ; rue de la porte d’aval
n°100. Marie Laffargue, pour elle et ses soeurs, héritières de feu Victor Laffargue leur père ; maison et patu à la rue saint antoine ou del four
n°101. Marquis de Mirepoix ; four banal à la rue saint antoine ou del four
n°102. Marie Cazaneuve, veuve du sieur Rousset, bourgeois ; maison, autres couverts avec un ciel ouvert et un jardin, à la rue de la porte d’aval
n°103. Jean Arcizet, hôte ; maison, ciel ouvert, patu, à la rue de la porte d’aval
n°104. Raymond Pons, notaire ; maison et autre couvert à la rue de la porte d’aval
n°105. François Giret, porteur pour Toulouse ; maison, ciel ouvert, jardin, à la rue de la porte d’aval
n°106. Jean Deloun, avocat ; maison et décharge, cour ou ciel ouvert, patu, jardin, à la rue de la porte d’aval
n°107. Hiéronyme Laffon, prêtre et prébendier du chapitre ; maison avec un ciel ouvert à la rue de la porte d’aval
n°108. Mathieu Taillefer, brassier ; décharge (cf. jardin à la rue de la trinité)
n°109. Jean Roubichou, menuisier ; maison et ciel ouvert à la rue de la porte d’aval
n°110. Andrieu Gironce, brassier ; maison à la rue de la porte d’aval
n°111. Guillaume Cousture, brassier ; maison, passage, patu, à la rue de la porte d’aval
n°112. Hôpital ; maison, autres couverts, patu, cour, jardin, à la porte d’aval.

A lire aussi :
Moulons de Mirepoix 1
Moulons de Mirepoix 2

Prochainement : A Mirepoix – Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°113 à 127.

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En 1618 – Un corps passe… (2)

 

Ci-dessus : portail de la chapelle des Cordeliers, vestige du couvent du même nom à Mirepoix.

Le 26 juillet 2012 je mentionnais ici comment en 1618, un corps passait à Belpech…

2 juin on passa messire de Levis pour aler lenterer à Mirepoix qui fut bien regreté, dit le journal tenu entre 1585 et 1654 par les différents curés de Belpech, puis continué entre 1736 et 1797 par le marguillier Astruc, – journal publié en 1989 par Jean Cazanave en annexe de La transition révolutionnaire à Belpech 1Jean Cazanave, La transition révolutionnaire à Belpech, Editions de la Municipalité de Belpech, 1989.. Le corps qui passait en 1618 était celui de « messire de levis », dit le « cajer ». – Oui, mais le corps duquel des messieurs de cette illustre maison ?

J’examinais, après mentionné l’événement, diverses hypothèses concernant l’identité du « messire de levis » dont le corps passait en 1618. Aucune de ces hypothèses ne permettait toutefois d’établir l’identité du « messire de levis » qu’on ne sait pas.

Trois mois de lectures plus tard, j’ai trouvé une édition plus ancienne du journal en question, intitulée conformément à l’original Cajer rénovélé (1585-1654) et continué suivent lés circonstances du tems et aproportion qu’elles sont arrivés de mon tems depuis 1736 jusques à 1797. Il s’agit d’une édition annotée, publiée en 1880 par M.B. Benezet à Toulouse dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France. « Nous devons, dit M.B. Benezet, « la découverte de ce curieux manuscrit aux recherches de M. l’abbé Francés, curé de Belpech, ancien professeur au petit séminaire de Carcassonne, un des prêtres les plus instruits et les plus vénérés de nos contrées » 2M.B. Benezet, Etude d’un manuscrit historique intitulé Cajer rénovélé (1585-1654) et continué suivent lés circonstances du tems et aproportion qu’elles sont arrivés de mon tems depuis 1736 jusques à 1797, in Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, Toulouse, 1880., moderne successeur de ces « âmes sereines et honnêtes » qu’ont été avant lui les chroniqueurs du « cajer ».

 

Ci-dessus : transcription du « cajer » bellopodien établie par M.B. Benezet. Plus conforme aux réquisits de l’édition moderne, la transcription fournie par Jean Cazanave se révèle en de nombreuses occurrences plus fidèle. Là où M.B. Benezet transcrit « pour aler l’ensevelir à Mirepoix », Jean Cazanave transcrit « pour aler lenterer à Mirepoix ». Je m’en tiens ici à la transcription plus authentique de Jean Cazanave.

M.B. Benezet indique dans une note en bas de page que « messire de Levis » qui passe le 2 juin 1618 « pour aler lenterer à Mirepoix » est Jean de Levis, vicomté de Carcassonne. On sait par Georges Martin, biographe de la maison de Lévis 3Cf. Georges Martin, Histoire et généalogie de la maison de Lévis, p.36, Imprimerie Sud Offset, La Ricamarie, 2007., et les siens, que Jean de Levis, fils aîné de Jean VI de Lévis Mirepoix, successeur désigné de ce dernier, a longtemps combattu contre la Ligue aux côtés du duc de Joyeuse, qu’il a été nommé par le roi sénéchal de Carcassonne et de Béziers, puis gouverneur de la ville de Foix, et qu’il est mort avant son père à Toulouse, le 31 août 1603. Georges Martin rapporte à propose de Jean de Lévis, vicomte de Carcassonne, cet éloge, formulé par l’écrivain protestant Olhagaral :

Sa gravité et présence, autant grave que de seigneur de son temps, avait quelque chose de doux, qui donnait libre accès à ceux qui désiraient l’aboucher… 4Cf. Ibidem.

Le propos de l’écrivain protestant Olhagaral éclaire ici celui du marguillier Astruc concernant « messire de levis… qui fut bien regreté ».

 

Le mystère toutefois demeure entier de la raison pour laquelle le corps du vicomte qui est mort le 31 août 1603 à Toulouse passe à Belpech, « pour aler lenterer à Mirepoix », le 2 juin 1618 seulement, soit quinze années plus tard !

Jean VI meurt en 1607 5Attention à la coquille dans l’Histoire et généalogie de la maison de Lévis par Georges Martin : Jean VI n’est pas mort en 1603, mais en 1607, comme l’indique la date d’accession d’Antoine Guillaume, second fils de Jean VI, à la tête de la seigneurie de Lévis Mirepoix.. Antoine Guillaume, son fils cadet, lui succède, dans le contexte difficile qui est celui de la guerre des deux religions, et par ailleurs celui d’un conflit d’héritage entre les 7 membres survivants de la fratrie seigneuriale.

La lecture du « cajer » tenu par les recteurs de Belpech durant les années qui vont de 1603 à 1618 permet de mesurer l’horreur des batailles qui se livrent alors entre les « hérétiques » et les « catolics » dans le diocèse de Toulouse et dans celui de Mirepoix. Mazères, Pamiers, Belpech sont en butte à des attaques quotidiennes et régulièrement mises à feu et à sang. Le 2 septembre 1606, une « pluie abondante » emporte à Limoux « partie du pont de Lers et partie du portail de Tournefeuille ». La peste sévit sporadiquement.

Il se peut que dans le contexte évoqué ci-dessus, le corps de Jean de Lévis, vicomte de Carcassonne, ait attendu à Toulouse des temps moins troublés qui permettent de le transférer à Mirepoix sans crainte d’outrages. Il se peut aussi qu’Antoine Guillaume de Lévis, successeur imprévu de Jean VI, doté d’une personnalité moins charismatique que celle de son frère aîné, soucieux par suite d’asseoir sa légitimité propre, ait tardé à organiser ce transfert, auquel il répugnait politiquement. Il se peut enfin que l’état de dévastation ou de délabrement dont souffraient alors les routes de la contrée ait rendu le dit transfert durablement impossible.

Hormis l’apposition d’une litre sur les églises de la seigneurie et le choix du couvent des Cordeliers comme lieu d’ensevelissement, on ne sait pas grand chose des pratiques qui étaient, en matière de funérailles, celles de la maison de Lévis Mirepoix. Après un temps d’exposition et de célébration ménagé au sein de la chapelle funéraire de la cathédrale, le corps du défunt passait en cortège le pont de bois jeté sur l’Hers et après un dernier office, célébré cette fois dans la chapelle du couvent des Cordeliers, rejoignait la nécropole seigneuriale, sise elle-même dans le périmètre du dit couvent. Il se peut ici qu’en raison des désastres de la guerre et/ou des paroxysmes du climat, Mirepoix se soit trouvée privée de pont durant le premier quart du XVIIe siècle, voire même plus longtemps. On imagine mal le cortège des funérailles qui aurait eu à passer l’Hers en barque.

Ci-dessus : Jean Colombe (XVe siècle), enlumineur, Scène de funérailles : l’ensevelissement après la cérémonie, in Heures de Louis de Laval.

Le corps d’Antoine Guillaume de Lévis lui-même, qui mourra le 13 mai 1637 sous l’épiscopat de Louis de Nogaret de La Valette, demeurera dix-huit ans sous le clocher de l’église cathédrale de Mirepoix, « en attendant d’être porté dans le caveau de famille, en la chapelle des Cordeliers de la ville ; la translation en fut faite ensuite par Louis Hercule de Lévis Ventadour » 6Félix Pasquier, Archives du château de Léran – Inventaire historique et généalogique des documents de la branche Lévis Mirepoix, tome III, pp. 405, Privat, 1909., successeur de Louis de Nogaret de La Valette. La date de la translation semble coïncider ici, de façon vraisemblablement politique, avec celle de la nomination du nouvel évêque, qui appartenait en l’occurrence à une branche cousine de celle des Lévis Mirepoix.

Ci-dessus : reste de fresque encore visible sur l’un des murs de la chapelle funéraire présente sous le clocher de la cathédrale de Mirepoix. Cf. Sous le clocher de la cathédrale de Mirepoix, une chapelle oubliée ; Autre visite au clocher de la cathédrale de Mirepoix.

Je livre ici la somme de questions qui demeurent concernant le passage de « messire de Levis », le 2 juin 1618 à Belpech, « pour aler lenterer à Mirepoix ».

S’il s’agit bien du corps de Jean de Lévis, vicomte de Carcassonne, celui-ci est parti de Toulouse où il reposait depuis le 31 août 1603. Venant de Toulouse, il passe logiquement à Belpech, compte-tenu des cartes du temps, qui veulent qu’on aille alors de Toulouse à Mirepoix plus sûrement via Belpech.

Concernant l’identité du corps qui passe, l’avis de M.B. Benezet, nourri et fondé par celui de l’abbé Francès, fait autorité. Reste qu’on ne sait toujours pas de façon sûre pourquoi le corps de Jean de Lévis, vicomte de Carcassonne, a stationné quinze années à Toulouse avant de retourner à Mirepoix. La nécropole qu’il a rejointe en 1618 a été détruite au cours de la Révolution. Il ne subsiste rien de ce lieu d’histoire, pas une inscription, pas une pierre. Mon enquête en conséquence s’arrête là. Les questions qu’elle soulève mûrissent toutefois, je l’espère, comme ailleurs en histoire le possible de réponses latentes. De telles questions méritent à ce titre d’être régulièrement réouvertes et opiniâtrement poursuivies.

A lire aussi :
En 1618 – Un corps passe…
Autre visite au clocher de la cathédrale de Mirepoix
Sous le clocher de la cathédrale de Mirepoix, une chapelle oubliée
A Mirepoix – La fontaine des Cordeliers

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