La fontaine des Cordeliers

 

Regardez bien l’image ci-dessus. Au centre, on distingue sous le feuillage l’arche d’un portail. Ce portail constitue l’unique vestige de l’ancien couvent des Cordeliers, installé jadis, au pied du château dit "de Terride", sur la rive droite de l’Hers, là où s’élevait, avant l’inondation de 1289, la première ville de Mirepoix. Le couvent des cordeliers a été détruit lors de la Révolution. Seul rescapé de l’édifice passé, le portail a été transporté dans un pré avoisinant et remonté au fond de ce dernier, sur un talus au flanc duquel se cache une source. La légende dit que des Incantadas vivaient près de cette source, qu’elles y venaient laver leur linge en chantant, et que si, certains soirs de brume, on les rencontrait, on disparaissait. Le portail a été classé en 1927, et le site inscrit en 1943.

 

 

Actuellement cerné par une végétation abondante, le portail est invisible de loin. Il faut gagner d’abord le fond du pré, puis se glisser sous le feuillage, pour voir le portail soudain là, surgi de nulle part sur le ciel vide, et comme basculé par la déclivité naturelle du terrain.  

 

 

Il s’agit d’un portail gothique, auréolé de cinq rangées de voussures, appuyées sur cinq colonnettes dont les chapiteaux, ornés de motifs végétaux, sont hélas altérés par le temps.

Les murs situés de part et d’autre du portail comportent chacun un cul-de-lampe, destiné au support d’une statue.

Les statues ont malheureusement disparu, comme elles ont disparu du grand portail de la cathédrale de Mirepoix. On eût aimé savoir quels personnages elles représentaient.  

 

 

Pour atteindre la source, il faut s’engager sous le portail et franchir la mare boueuse qui s’étend jusqu’au fond du réduit.

 

 

On accède alors à la fontaine, actuellement remplie d’eau croupie, puis, non sans acrobatie, au regard qui surplombe le bassin de la fontaine.

Ce regard donne sur une sorte de puits, doté d’un plafond voûté. Dans ce puits, à portée de bras, on distingue vaguement une eau étale, que l’obscurité ambiante fait paraître noire.

C’est là qu’on se souvient de l’histoire des Incantadas… La légende dit qu’à l’heure crépusculaire, emportés par les Incantadas vêtues de brume, certains ici disparaissaient.  

 

 

Au-dessus du regard qui donne sur la source, on remarque un blason, devenu aujourd’hui à peu près illisible.

 

 

 

On s’attendrait à voir ici les armes de la maison de Lévis, armes dont on sait qu’avant la Révolution, elles figuraient sur tous les monuments de Mirepoix. On ne les retrouve pas dans le bossellement confus qui ruine la lisibilité de ce blason. S’agit-il d’un blason qui, comme tant d’autres, a été martelé pendant la Révolution, puis retouché par des mains inexpertes dans la suite du temps ? Pourrait-il s’agir d’une version palimpseste du blason de Philippe de Lévis ?

La fontaine des Cordeliers demeure, au pied du château de Terride, un lieu étrange, chargé, par son histoire même, d’une aura curieuse. Il y a eu ici par effet de condensation et déplacement, comme dans les rêves, élaboration d’une chimère, figure muette de ce compromis, hélas sans pardon, que la mémoire collective ménage entre besoin de révolution et piété des sources.  

 

3 réflexions sur « La fontaine des Cordeliers »

  1. Martine Rouche

    Histoire de cordeliers …

    I667. Pierre Pol Riquet se trouve dans l’antichambre de l’archevêque de Toulouse. Il a dans les mains le texte latin qui doit être gravé sur la première pierre de la première écluse du canal à Toulouse. Il voudrait savoir le sens de ces mots accolés à son nom, mais  » J’ai quelque peu de nature et point d’art « , confiait-il à Colbert. Deux cordeliers se trouvent à point nommé dans l’antichambre. Riquet leur présente le texte énigmatique et sollicite leur aide. Ne doutant pas qu’il soit aussi bon latiniste qu’excellent ingénieur, les cordeliers supposent qu’il veut se moquer de leur simplicité. Riquet insiste, lisant d’abominable façon ces lignes qu’il ne comprend pas. Les cordeliers se fâchent et le plus emporté des deux, n’y tenant plus, saisit sa galoche et va pour frapper Riquet, heureusement sauvé par l’archevêque qui l’invite à ce moment à pénétrer dans son bureau.
    (Anecdote rapportée par plusieurs biographes de Pierre Pol Riquet, dont M.F. Lacointa, in Revue de Toulouse et du Midi de la France, avril 1866).

  2. Martine Rouche

    Histoire de cordeliers (autre) …

    « Veut le testateur [Henri de Calages]quau jour de son enterremen Lendemain bout de nuvaine et bout dan Messieurs du chappittre de Mirepoix y soient appeles pour luy faire ses honneurs funebres ensemble les peres trinittaires et peres cordeliers de la presente ville et qua un chascun diceux leur soit paye suivant la coustume par son heritiere basnommee [Françoise de Plos] …. « 

  3. Martine Rouche

    Histoire des cordeliers

     » Le 27 janvier 1680 a estée enterrée en leglise des pères cordelliers Jeanne de levy de la barraque aagée de trois ans un mois ont assisté au convoi Mrs Ms pierre jean fanget et jean Tailhefer prebstres qui ont signé

    Fanget Tailhefer pbtre Andrieu pbtre « 

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