Christine Belcikowski

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À propos de François Tristan de Cambon, dernier évêque de Mirepoix. IV. Un prélat contre-révolutionnaire

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Partisan du progrès en matière d'agriculture, d'aménagement du territoire, de développement des transports, etc. ; partisan aussi d'un certain progrès de l'esprit critique en matière de pratique religieuse, Monseigneur de Cambon s'illustre cependant à partir de juillet 1789 par le caractère farouche de la résistance qu'il oppose aux idées de la Révolution. Il est et demeure un descendant de la vieille noblesse de robe, à ce titre nullement acquis aux chimères de l'égalité républicaine, car convaincu, comme Montesquieu, de la seule excellence du principe monarchique — « Un Dieu, Une Loi, un Roi ».

En 1789, Monseigneur de Cambon est âgé de 73 ans, il souffre, comme il dit, d'« incommodités », au vrai, du mal qui l'emportera le 20 novembre 1791. Au début du mois de juillet 1789, il prévoit cependant de quitter Toulouse pour Mazerettes, où il envisage sans doute de passer l'été. Le 15 juillet, le chevalier de Cambon, frère de Monseigneur de Cambon, écrit à Pierre Paul Alard pour lui demander qu'on fasse dire à Dominique, cocher de Monseigneur à Mazerettes, de « ne pas partir jusqu'à nouvel ordre » mais de « se trouver dimanche soir chez le même Pierre Paul Alard pour savoir quelles nouvelles ». Le 14 juillet 1789, à Paris, Louis XVI a noté dans son journal : « Rien ».

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15 juillet 1789. Lettre du chevalier de Cambon à Pierre Paul Alard.

Le 18 juillet 1789, changement de programme : Monseigneur de Cambon compte partir pour Mazerettes ce « lundi après-midi » prochain [22 juillet], et visiblement, il va mieux, puisqu'il mande lui-même à Pierre Paul Alard de veiller aux préparatifs et achats nécessaires à son nouveau séjour.

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18 juillet 1789. Lettre de Monseigneur de Cambon à Pierre Paul Alard.

« Je compte, Monsieur, partir lundi après midi. J'arriverai à Mazerettes vers les trois heures du matin. Il faudra que tous les lits soient garnis. On attribuera au vieux cabriolet deux chevaux. On en emmènera trois pour ma voiture. Le cabriolet va au Lion d'or. Dominique mènera à Notre Dame les chevaux pour ma voiture. La Jeunesse servira de postillon. On dînera de bonne heure à Mazerettes afin de pouvoir arriver à Castelnaudary entre 4 ou 5 heures de l'après-midi. Il faudra prendre de la viande de boucherie, faire tuer des poulets. Si au marché du lundi il y a un jeune levraut et qui puisse aller au mercredi, vous l'achèterez. Si je n'ai pas de volaille, il faut en acheter. Comme il est rare qu'il y ait des dindonneaux à acheter à Mirepoix, vous pourrez donner la commission à Pamiers. Vous ferez prendre des ris de veau et des cervelles... »

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Ci-dessus : vue de la maison de Mazerettes en novembre, aujourd'hui.

Datée du 14 novembre 1789, une lettre adressée à Pierre Paul Alard par Monseigneur de Cambon indique que celui-ci est reparti à Toulouse depuis quelques jours à peine.

1. Le 17 mai 1790, une troupe marche sur Mazerettes

Au printemps de l'année 1790, Monseigneur de Cambon se trouve revenu une fois de plus à Mazerettes. Le 17 mai 1790, une troupe marche sur son château. Il repart à Toulouse quelques jours plus tard. Le 24 mai 1790, dans une lettre plutôt embarrassée, Pierre Paul Alard tente de le convaincre qu'il ne saurait, lui-même, être pour rien dans le mauvais coup que constitue la marche de cette troupe sur Mazerettes.

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24 mai 1790. Lettre de Pierre Paul Alard. Lettre de Pierre Paul Alard à Monseigneur de Cambon.

« Quoique je sois parfaitement tranquille sur la confiance que Votre Grandeur est en droit d'avoir à mon attachement à Votre personne, cependant, sur ce que me dit hier matin M. le Sacristain, que vous craigniez que je me laissasse égarer par un parti qui règne dans Mirepoix, il me paraît à propos de vous déclarer que je ne suis, ni n'ai jamais été engagé dans ce parti ni dans le parti contraire, parce qu'ils me paraissent tout à fait opposés à mes inclinations, qui sont la paix et l'union entre les citoyens, l'amour et le respect pour les personnes en place, ainsi que mon désir qu'il soit [illisible]. »

« M. le Sacristain (1) me dit encore vous avoir dit, je ne sais à quel propos, qu'il croyait que je n'avais aucune part à la journée du 17. Sans doute je n'y en avais aucune, et puis-je en être même soupçonné ? »

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24 mai 1790. Lettre de Pierre Paul Alard. Lettre de Pierre Paul Alard à Monseigneur de Cambon.

« Il y eut Conseil Général la veille, j'y assistai, et je n'y en entendis pas dire un mot ni ne m'aperçus de rien qui pût me la faire prévoir. Et jamais je n'aurais pensé qu'une telle affaire pût avoir lieu. Le Conseil savait d'ailleurs quelles furent mes oppositions au traitement fait à Moutet, cavalier de maréchaussée. Il est aussi des choses nouvelles que je n'apprends que 8 ou 13 jours après.

Le 17, à 7 heures du matin, allant à l'hôpital (2), je vis partir la troupe et, amenant avec moi le chirurgien, je lui demandai où elle allait. Il ne me l'avoua pas, mais il me dit qu'il croyait qu'on allait à Mazerettes ; j'en doutais, et nous fûmes ensemble jusqu'au moulin. Voyant la troupe sur le pont, et M. l'abbé d'Escalonne (3) courant vers Mazerettes, je le crus ; et je me retirai seul, et triste, à l'hôpital. »

Le 18 mai, ne sachant rien encore, dit-il, de la nature exacte des événements qui se sont produits la veille à Mazerettes, Paul Alard se rend chez Monseigneur de Cambon qu'il trouve impavide, sourd aux questions qu'il lui pose sur sa santé, soucieux seulement, comme toujours, de faire le point sur les retards du paiement de la dime due par ses fermiers.

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24 mai 1790. Lettre de Pierre Paul Alard. Lettre de Pierre Paul Alard à Monseigneur de Cambon.

« Le lendemain matin, je fus à Mazerettes dans l'unique dessein de vous en témoigner ma peine. Votre silence à ma demande de l'état de votre santé (j'ai parlé peut-être trop bas pour être entendu) me ferma la bouche. Et l'entretien que vous me communiquâtes sur les fermiers et la tranquillité dans laquelle je vous trouvai me firent penser qu'il valait mieux ne pas vous rappeler d'une chose affligeante. La descente de ce même jour [17 mai] en fut ainsi entièrement inconnue. Je l'appris quand elle fut faite en partant de ma métairie où je passai toute la journée. »

Lui, Pierre Paul, n'aurait appris la vérité sur la journée du 17 mai que le 18 mai qu'après sa visite au château de Mazerettes, une fois retourné à sa propre métairie. Ses explications ou excuses demeurent toutefois passablement enbrouillées. On peine à le croire.

Le fossé qui s'est ouvert déjà entre Monseigneur de Cambon et son procureur fondé à propos du déficit observé dans les comptes du début de l'année 1790 et de l'achat, sans consultation préalable de Monseigneur, d'une pièce de terre qui jouxte le château de Mazerettes (4), ne peut que s'approfondir ici. D'autant que Pierre Paul Alard ne craint pas de faire état d'opinions très critiques à l'endroit de la personne du marquis de Mirepoix, opinions dont on devine qu'elles ne sont pas celles de Sa Grandeur.

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24 mai 1790. Lettre de Pierre Paul Alard. Lettre de Pierre Paul Alard à Monseigneur de Cambon.

« M. le Sacristain ajoute que vous n'approuviez pas mon opinion sur les droits de M. le Marquis de Mirepoix. Je pense que le droit de conquête est une Barbarie, qu'en aucun cas il ne peut être un droit d'acquérir et qu'aucun laps de temps n'en peut couvrir le Vice. Je pense qu'aucune puissance sur la terre ne peut me séparer de mon Roi et de ma patrie, et que je combattrai toute ma vie pour m'y réunir si je m'en voyais séparé, et que si l'on admet le droit de la conquête en faveur d'un simple particulier, il est libre à un chacun de devenir conquérant. Les prétextes ne manqueront pas.

Je pense néanmoins que les droits seigneuriaux doivent être remboursés à ceux à qui ils ont été donnés par un pouvoir légitime en reconnaissance ou pour services, et à ceux qui les ont acquis à prix d'argent, à cause de la difficulté de leur donner un recours. Or M. le Marquis de Mirepoix est-il dans un de ces deux cas ? »

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Ci-dessus : Anonyme. Portrait de Louis Maris François Gaston de Lévis, marquis de Mirepoix et de Léran. Source : Aristocracy Gallery. El VIIIº Marqués de Mirepoix.

On sait que Louis François Marie Gaston de Lévis, dernier marquis de Mirepoix, a quitté la France en octobre 1789 et qu'il est arrivé à Rome le 29 octobre 1789 (5). Il y demeurera jusqu'à l'arrivée des troupes françaises, qui occupent Rome en 1798. Il s'installera ensuite à Venise où il mourra dans une quasi indigence le 23 février 1800 (6).

On sait aussi que Louis François Marie Gaston de Lévis a été colonel du régiment Royal-Marine, puis lieutenant général pour le roi au gouvernement du Bourbonnais. On ne saurait donc dire, comme Pierre Paul Alard, que Louis François Marie Gaston de Lévis n'entre pas, au moins théoriquement, dans « le cas du remboursement des droits seigneuriaux à ceux à qui ils ont été donnés par un pouvoir légitime en reconnaissance ou pour services ». Mais Louis François Marie Gaston de Lévis a émigré, autant dire déserté son pays, abandonné son Roi, et c'est là aux yeux de Pierre Paul Alard une faute impardonnable. Quitter son pays, c'est quitter sa « patrie ».

« Je pense, dit Pierre Paul Alard, qu'aucune puissance sur la terre ne peut me séparer de mon Roi et de ma patrie ». L'usage du mot « patrie » témoigne chez lui d'une sensibilité politique nouvelle qui veut que le Roi ne règne plus sur un royaume, mais que, dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle, il représente, plus ancienne que lui, une « patrie ». Radicalisant ensuite le sens du mot « patrie », les Conventionnels, dans le cadre de la République nouvellement proclamée, se réclameront, eux, de la « nation », autrement dit d'une communauté née d'un même sol, d'une communauté d'autochtones en quelque sorte, dont la voix tire sa légitimité de sa commune appartenance à ce sol même.

À cette faute impardonnable qu'est l'émigration s'ajoute encore chez Louis François Marie Gaston de Lévis, dixit Pierre Paul Alard, le péché original de la « Conquête », i.e. celui d'être le descendant des seigneurs francimans, donc « étrangers », qui ont fait main basse sur le Languedoc au XIIIe siècle. Nombre d'Ariégeois aujourd'hui continuent d'entretenir à l'endroit desdits seigneurs francimans, dont, à Mirepoix, ceux de la maison de Lévis, cette rancœur multiséculaire dont Pierre Paul Alard se faisait en 1790 l'écho déjà.

Quant aux démonstrations de fidélité auxquelles Pierre Paul Alard se livre le 18 mai 1790 auprès de Monseigneur de Cambon, elles manquent probablement de sincérité, car, après avoir acheté, sans consultation préalable mais à l'intention, dit-il, de Monseigneur de Cambon, une pièce de terre qui jouxte le château de Mazerettes ; et après avoir revendu au sieur Arnaud, citoyen de Mirepoix, la pièce de terre en question ; Pierre Paul Alard se porte fermier de ladite terre, et, le 24 juin 1791, il cèdera la jouissance de cette terre à Jean de Lasset, premier maire révolutionnaire de Mirepoix, qui vient alors d'acquérir le château de Mazerettes dans le cadre de la vente des biens nationaux.

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24 juin 1791. Cession entre Pierre Paul Alard et Jean de Lasset.

Sans donner, dit-il, dans « un parti qui règne dans Mirepoix (7) ni dans le parti contraire, parce qu'ils me paraissent tout à fait opposés à mes inclinations, qui sont la paix et l'union entre les citoyens, l'amour et le respect pour les personnes en place », Pierre Paul Alard se montre dans l'ensemble du discours qu'il tient à Monseigneur de Cambon, proche de la majorité des députés de l'Assemblée constituante, i.e. de ceux qui souhaitent des réformes, mais qui n'aspirent point pour autant à la ruine de la monarchie.

On remarque que Pierre Paul Alard délègue à « M. le Sacristain » de la cathédrale de Mirepoix le soin de témoigner de la bonne foi qui a été la sienne dans l'affaire des troupes qui marchent le 17 mai 1790 sur Mazerettes. Ce sacristain, c'est Jean Pierre Mailhol, nommé en 1778 chanoine au Chapitre cathédral de Mirepoix, puis sacristain, puis grand vicaire et curé de Mirepoix, et qui est devenu de la sorte avant 1789 le bras droit de Monseigneur de Cambon. Or, contre l'avis de Monseigneur de Cambon, Jean Pierre Mailhol prêtera serment à la Constitution civile du clergé le 27 novembre 1790 (8). Pierre Paul Alard, qui a besoin d'un témoin à décharge concernant sa complicité prétendue dans l'affaire du 17 mai 1790, trouve donc ledit témoin en la personne d'un homme dont il partage la sympathie pour certaines des idées de la Révolution en marche.

À la lettre embrouillée, à la fois cauteleuse et politiquement agressive, que Pierre Paul Alard lui adressait le 24 mai à propos de l'affaire du 17 mai 1790, Monseigneur de Cambon répond le 29 mai 1790 par une lettre plus courte, conçue tout à la fois en forme de mercuriale et de petite leçon de philosophie politique.

Concernant les violences commises à Mazerettes le 17 mai 1790 et la réserve obervée par Pierre Paul Alard sur le sujet : « Il faut avoir assez de courage pour blâmer hautement la conduite des méchants ». Et, concernant les usurpations auxquelles Guy de Lévis se serait livré en Languedoc au XIIIe siècle : « la meilleure manière d'entretenir la paix, c'est de se soumettre à la loi de la prescription. Sans elle, on serait dans la société dans une guerre continuelle ». Une leçon à la Hobbes ou à la Montesquieu.

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29 mai 1790. Lettre de Monseigneur de Cambon à Pierre Paul Alard. N.B. Cette lettre présente des lacunes à l'endroit de sa pliure.

« Je serais fâché par rapport à vous, Monsieur, que vous fussiez pour quelque chose dans le [lacune] des hommes méchants qui sont venus gratuitement me faire une injure atroce et qui voulaient m'en faire d'autres plus graves encore. Mais je dirai avec vérité que je vous crois [incapable] d'une pareille horreur. Je vous blâme pourtant de [ne point nourrir] une manière de penser différente de la leur. Vous paraissez la partager. Un homme vertueux ne peut pas se trouver au [milieu] des méchants. Il doit éviter que leur souffle même, [illisible] ne [corrompe] la vertu. Il faut avoir assez de courage pour blâmer hautement leur conduite. C'est paraître l'approuver que de garder le silence. C'est une lâcheté d'improuver faiblement. Il y a même une sorte de honte de les avoir pour approbateurs.

Je ne veux pas faire ici un traité de politique. Je vous dirai pourtant qu'il me paraît bien étonnant que vous pensiez qu'une possession de huit cents ans ne peut pas légitimer une usurpation. Savez-vous bien qu'avec ce système on peut détrôner le roi de France sans être coupable. Il est bien certain qu'il doit le trône à un usurpateur. D'ailleurs, qui peut réclamer de cette usurpation ? Et vous l'héritez médiat de quelques-uns de ceux qui ont été dépouillés. Croyez-moi, laissez là ces questions politiques. Elles n'empêcheront pas, lorsque la justice reprendra sa force, qu'on ne punisse sévèrement ceux qui voudront s'emparer des possessions du marquisat de Mirepoix sous le prétexte qu'originairement elles aient été usurpées. Vous aimez la paix et je le crois, mais soyez bien persuadé que la meilleure manière de l'entretenir, c'est de se soumettre à la loi de la prescription. Sans elle, on serait dans la société dans une guerre continuelle. Je suis, Monsieur... »

2. Quand Monseigneur de Cambon donne dans l'écriture polémique

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11 février 1791. « Ma santé, Monsieur, qui devient tous les jours plus mauvaise, me met dans l'impossibilité de me mêler d'affaires [comptables]. Je suis même dans ce moment obligé d'employer une main étrangère pour vous écrire ». Lettre dictée par Monseigneur de Cambon, adressée à Pierre Paul Alard ; celui qui a tenu la plume est probablement le chevalier de Cambon (9), l'un des frères de Monseigneur de Cambon.

En 1789, Monseigneur de Cambon est âgé de 73 ans, il souffre, comme il dit, d'« incommodités », au vrai, du mal qui l'emportera le 20 novembre 1791 ; mais il reste sûr de ses jugements et de ses raisons, et il déploie une grande énergie pour les faire valoir. C'est ainsi qu'il multiplie jusqu'au printemps 1791 — au point le 11 février 1791 de ne pouvoir plus que dicter, car il ne parvient plus à tenir la plume —, lettres et ordonnances appelant son Chapitre et ses fidèles à s'élever contre la suppression du diocèse de Mirepoix et à refuser de reconnaître l'autorité des trois évêques constitutionnels nouvellement nommés, Monseigneur Font dans le diocèse de l'Ariège, Monseigneur Besaucèle dans le département de l'Aude, et Monseigneur Sermet dans le département du Sud (Haute-Garonne).

2.1. Le style de Monseigneur de Cambon

Le rédacteur anonyme de l'article publié par l'Académie des Jeux Floraux à propos des Mainteneurs ecclésiastiques sous la Révolution, note que si François Tristan de Cambon a été reçu Mainteneur à l'Académie des Jeux Floraux en 1738, ce jeune conseiller-clerc et sous-diacre de 22 ans n'avait alors que des espérances en matière d'œuvre littéraire, espérances assorties toutefois d'une belle culture, acquise à Paris au collège de Louis le Grand, puis au séminaire Saint Sulpice.

« Il n’était encore qu’un jeune conseiller-clerc et sous-diacre de 22 ans quand notre Académie le reçut comme un de ses Mainteneurs au 22e Fauteuil ! Il aimera à répéter, dira-t-on dans son Éloge (10), que "n’ayant eu à offrir à l’Académie que des espérances, quand on l’y reçut à l’âge de 22 ans, il s’était appliqué à payer cette dette avec la même attention qu’il donnait à ses premiers devoirs". Respectant cette promesse, il fut effectivement assidu dans nos travaux. Notre Compagnie bénéficia ainsi aussi longtemps qu’il resta à Toulouse, de "sa grande politesse, du piquant de ses réparties, de sa gaité et de sa conversation nourrie des grands auteurs d’Horace à Boileau" » (11). Ut quocumque loco fueris vixisse libenter te dicas. Faites que vous puissiez dire, j'ai vécu heureux partout où je me suis trouvé (12).

On ne sache pas qu'avant sa nomination à l'évêché de Mirepoix, François Tristan de Cambon ait rien publié d'autre que le texte de son Éloge de M. de Sapte, conseiller au Parlement, prononcé le 31 décembre 1739 (13). On ne sache pas non plus qu'avant 1790, il ait rien publié d'autre que son Mémoire contre le Syndic du Chapitre de son Église cathédrale (14).

On lui connaît en revanche dans sa correspondance avec Pierre Paul Alard, son procureur fondé, un style d'écriture vif, net et rapide, qui est celui de l'homme d'action, de l'organisateur et du logisticien. Or, à partir de 1790, dans le combat qu'il entreprend contre le décret de la Constitution civile du clergé, Monseigneur de Cambon développe cette fois un style ample, solennel, porté sur la cadence périodique, qui témoigne tout à la fois des ressources littéraires dont il dispose depuis sa jeunesse et de sa capacité à les mettre au service d'une cause dont il entend qu'elle frappe fort les esprits.

2.2. 7 octobre 1790. Lettre de Monseigneur de Cambon au Chapitre de son église cathédrale

Le 7 octobre 1790, depuis le séminaire de Mazères, il adresse une Lettre au Chapitre de son église cathédrale, lettre dans laquelle, oubliant le procès qui l'oppose toujours audit Chapitre à propos de la réparation du toit de la cathédrale (5), il prie ses « Très Chers Frères en Jésus-Christ » de ne point adhérer ni consentir à la nouvelle organisation du clergé.

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7 octobre 1790. Lettre de M. l'évêque de Mirepoix, au chapitre de son église cathédrale. Extrait.

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13 octobre 1790. Réponse du Chapitre à Monseigneur de Cambon. Extrait.

Le Chapitre semble marcher ici du même pas que son évêque. À la vérité, comme on verra ci-dessous, il n'en va pas tout à fait ainsi.

Le 10 novembre 1790, le Conseil général du département de la Haute-Garonne dénonce auprès de l'Assemblée nationale la publication du libelle intitulé Lettre de M. l'évêque de Mirepoix, au Chapitre de son église cathédrale, avec réponse du Chapitre, et il délibère que l'arrêté pris à l'encontre de divers curés, propagateurs du libelle de Monseigneur de Cambon, ainsi que le texte du réquisitoire prononcé par M. le Procureur-Général-Syndic à l'encontre du libelle en question, seront imprimés, publiés et affichés dans toute l'étendue du département.

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Extrait des registres des délibérations & arrêtés du Conseil général du Département de la Haute-Garonne, du 10 novembre 1790, séance de relevée. Extrait.

Le 27 novembre 1790, Jean Pierre Mailhol, qui, comme on peut le voir supra, a cosigné le 13 octobre 1790 la Réponse du Chapitre à la Lettre de M. l'évêque de Mirepoix, au chapitre de son église cathédrale, rend à Monseigneur de Cambon ses lettres de vicaire général et prête serment à la Constitution civile du clergé. Dans la pétition qu'il adressera le 15 floréal an II (4 mars 1794) au Comité des pétitions, il évoque le souvenir des relations qu'il a entretenues avant la Révolution avec Monseigneur de Cambon et avec le marquis de Mirepoix, puis celui de la brouille qui, à partir de 1789, s'en est suivie :

« Mon civisme avait précédé la Révolution. D'abord caressé, toujours respecté par l’Évêque et le Marquis, je m’étais brouillé avec celui-ci parce que je m'opposai à ce que le Bureau de l’hôpital le déchargeât des bâtards pour trop modique somme et que je criai haut contre les friponneries de ses moulins ; je me brouillai avec l'Evêque, quoique sans rupture ouverte, parce qu’il tyrannisa le chapitre par des saisies tortionnaires, à la suite d’un procès où l'Evêque avait tort quoiqu’il l’eût gagné.

Fait grand vicaire et curé de Mirepoix par l'évêque Cambon en 1778, il me pressa en 1789 d'adhérer avec lui à l'Exposé des Principes des 30 Evêques, je lui refusai net et, ne pouvant le ramener, je lui remis ses lettres de grand vicaire, prêtai le serment prescrit aux curés le 27 novembre 1790, ayant déjà fait plusieurs serments civiques, et j'autorisai ma patriotique conduite par deux imprimés en janvier et mai 1791, la moitié des curés du diocèse ayant suivi mon exemple, au grand dépit du Prélat et du parti aristocratique. » (15)

Victime de sa mémoire — il se trouve enfermé alors aux prisons de Castelnaudary —, Jean Pierre Mailhol confond ici l'Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, ou Exposé des Principes des 30 Evêques, qui date de 1790, et le Discours sur la propriété des biens ecclésiastiques, qui date, lui, de 1789, sachant que les deux textes sont signés tous deux de Jean de Dieu Raymond de Boisgelin de Cucé, archevêque d'Aix-en-Provence, député du clergé de la sénéchaussée d'Aix aux États généraux.

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Ci-dessus : Anonyme. Portrait de Monseigneur de Boisgelin.

Dans son Discours sur la propriété des biens ecclésiastiques, Monseigneur de Boisgelin s'attache à montrer que, non plus que les biens de la noblesse, les biens de l'Église ne sont pas usurpés, et que, de toute façon, « il n'y a pas dans les Lois de toutes les nations policées, il n'y a pas dans celles de la France, une seule Loi sur les propriétés qui ne suppose la prescription. Il s'élève par conséquent contre la nationalisation des biens ecclésiastiques décrétée par l'Assemblée le 10 octobre 1789.

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Jean de Dieu Raymond de Boisgelin de Cucé. Discours sur la propriété des biens ecclésiastiques. Imprimerie de G. Desprez. Paris. 1789.

Dans son Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, ou Exposé des Principes des 30 Evêques, que, certes d'un œil différent, Monseigneur de Cambon et l'abbé Mailhol ont lu aussi avec la plus grand attention, Monseigneur de Boisgelin s'interroge sur les effets de la Constitution civile du clergé et sur le choix que doivent désormais faire les membres du clergé consacrés ou ordonnés avant ladite Constitution : prêter serment et poursuivre leur charge, ou démissionner ? « Que serons-nous, quand nous conserverons un titre sans exercice, un vain nom sans ministère, et quand nous ne pourrons plus entendre et témoigner la foi de nos églises ? » (16). « Quand les flots commencent à se soulever, doivent-ils abandonner leur église agitée, au milieu de l'orage ? », dit encore Monseigneur de Boisgelin de ses pairs (17).

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Jean de Dieu Raymond de Boisgelin de Cucé. Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, ou Exposé des Principes des 30 Evêques, p. 222. Chez Le Clere, Imprimeur-Libraire. Paris. 1801.

Jean Pierre Mailhol choisit de prêter serment le 27 novembre 1790 ; Monseigneur de Cambon, quant à lui, s'y refuse, et il se refuse aussi à démissionner.

2.3. Début de l'année 1791. Habits neufs et derniers échanges avec Pierre Paul Alard.

Le 6 janvier 1791, à Toulouse, Monseigneur de Cambon, qui entend bien renouveler sa garde-robe pour l'année nouvelle, reçoit de M. Hoquetis, « 1 canne de drap d'Elbeuf mêlé, 1 canne de toile de coton teinte, 5 pièces de velours plain chiné, 4 pièces de barraquette, et du poil de chèvre » (18). Il se peut qu'il ait réglé la note — 43 livres 2 sols — sur ses fonds propres.

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6 janvier 1791. Lettre de M. Hoquetis à Monseigneur de Cambon.

« Le porteur Saint-Quintin vous remettra avec la présente un paquet qui contient les articles que vous m'avez demandé. Je désire bien que le tout se trouve à votre goût. Je compte bien sur votre amitié pour croire que vous continuerez de vous adresser à moi dans toutes les occasions où je pourrai vous être utile. J'ai l'honneur... »

Durant tout le mois de janvier 1791, Monseigneur de Cambon presse Pierre Paul Alard de vérifier les comptes de son diocèse et de clôturer tous ceux qui peuvent l'être. M. de La Tour, curé de La Capelle doit encore le produit de la dîme de l'année 1789. Il doit absolument s'en acquitter. Le 11 février 1791, observant que « M. de La Tour est tout à fait sans fortune », Monseigneur de Cambon, qui a été lui-même, il y a longtemps, curé de La Capelle, regrette de ne point pouvoir avancer lui-même la somme due. « J'en ai absolument besoin. En d'autres temps, j'aurais fourni ; mais on m'en a ôté les moyens ». Et d'ajouter à l'intention de Pierre Paul Alard : « Il me tarde que nous puissions en février clôturer mes affaires, et que vous profitiez du premier moment pour cela. »

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11 février 1791. Lettre de Monseigneur de Cambon à Pierre Paul Alard.

Le 9 mai 1791, Monseigneur de Cambon constate que Pierre Paul Alard n'a toujours pas clôturé ses affaires. Depuis le fâcheux épisode du 17 mai 1790 — l'attaque du château de Mazerettes par la troupe — en effet, Pierre Paul Alard semble avoir délibérémment négligé de veiller à la régularité des comptes de l'évêque de Mirepoix.

« Il y a plusieurs collecteurs qui me demandent le paiement des impositions des six derniers mois de 1789 », observe Monseigneur de Cambon. « Il y en a même un qui me demande pourquoi. Je lui ai répondu que, n'ayant pas joui des revenus de 1790, je n'étais pas dans le cas d'être imposé. J'avais cru qu'ayant à me rendre compte des revenus de 1789, vous en aviez acquitté les charges. Cela devait être d'autant plus qu'il fallait imputer sur les charges que j'étais tenu d'acquitter la moitié des décimes que j'avais payée en entier. Voyons si, par les différentes imputations, vous avez absorbé cette moitié des décimes. Voyons aussi pour quels bénéfices vous avez payé. Je ne puis être instruit de cela que par votre compte. Je vous le répète à regret, il devrait être rendu depuis longtemps, et les occupations que vous dites avoir ne me paraissent pas une raison suffisante pour excuser un si long retard. [...]. J'espère que vous n'apporterez plus de délai à rendre compte d'une administration qui a pris fin... »

Naguère administrateur vigoureux, aujourd'hui poursuivi par les collecteurs du nouveau Régime, Monseigneur de Cambon ne peut que constater douloureusement la faillite d'une administration qui, après avoir été longtemps heureuse et avoir fait ainsi le succès de son épiscopat, a pris fin hélas, dans des circonstances révolutionnées.

2.4. 8 juin 1791. Ordonnance, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Église & le diocèse de Mirepoix

Le 8 juin 1791, bravant là l'arrêté publié le 10 novembre 1790 par le Conseil général du département de la Haute-Garonne, Monseigneur de Cambon publie encore une Ordonnance, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Église & le diocèse de Mirepoix.

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Ordonnance de M. l'évèque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocese de Mirepoix. Extrait. Toulouse. 8 juin 1791.

De façon émouvante, Monseigneur de Cambon, qui se sait proche de la mort, cultive dans cette cette ordonnance le tour testamentaire. La chapelle d'argent (19) qui faisait de lui, dans la nef de sa cathédrale, une sorte d'aumônier du bord, a été réquisitionnée et fondue à la Monnaie de Toulouse. Le vieil évêque s'érige pour l'heure en capitaine d'un navire qui menace de sombrer dans la tempête, et sauf à pouvoir ouvrir à ce navire une voie qui le sauve, lui, François Tristan de Cambon, irait, dit-il, jusqu'à se précipiter dans les flots, si son geste pouvait faire cesser la tempête.

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Attribué à Nicolas Poussin. Sans titre. XVIIe siècle. Source : Les pendants de Poussin.

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Détail du tableau reproduit ci-dessus.

« Nous avons, N.T.C.F. (20) Nos Très Chers Frères malgré notre indignité, été élevé à la dignité épiscopale. Le Saint-Père nous a donné à gouverner ce Diocèse. Suivant toutes les lois canoniques et civiles, dont on ne s'est jamais écarté, celui qui est nommé Évêque l'est pour sa vie ; le nœud qui l'attache à son Église ne peut être rompu que par une démission volontaire, acceptée par le Pape, ou par un jugement qui le dépouille. »

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Ordonnance de M. l'évêque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocèse de Mirepoix. Extrait.

Les regrets de Monseigneur de Cambon portent d'abord sur sur le fait qu'en vertu des décrets de l'Assemblée nationale, « une partie de son diocèse a été annexée à l'Évêché du département de l'Aude, une autre partie à l'Évêché du département de l'Ariège, et la partie restante à l'Évêché du département du Sud [Haute-Garonne] », et qu'ensuite trois évêques constitutionnels, Guillaume Besaucèle (21) dans l'Aude, Bernard Font (22) dans l'Ariège et « Frère Sermet (23), carme déchaussé », dans le département du Sud, ont été nommés par le peuple, puis « illicitement et sacrilègement » consacrés par d'autres évêques constitutionnels, dénués eux-mêmes de tout mandat apostolique.

Les regrets de Monseigneur de Cambon portent ensuite sur l'illégitimité, d'où la nullité des actes que ces faux pasteurs ont déjà commencé d'exercer : « nullité de dispenses, nullité des absolutions dans le tribunal de la Pénitence, nullité des pouvoirs qu'ils communiqueraient pour le gouvernement des Paroisses ». D'où l'augure terrible qu'il délivre à propos desdits faux pasteurs : « Les Sacrements administrés, les Saints Mystères célébrés par eux ou par les Prêtres complices de leur intrusion, seront autant de profanations. Chaque pas qu'ils feront sera un crime ; partout où ils paraîtront, ils sèmeront la mort, et ils ne recueilleront que malédiction. »

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« Ils ne recueilleront que malédiction... ». Ci-dessus : tombe de Monseigneur Besaucèle au cimetière de la Cité, à Carcassonne. Source : Martial Andrieu. Musique et patrimoine de Carcassonne. À la Cité, les évêques n'ont pas les mêmes valeurs...

Étendant ses fulminations aux « Curés, à tous les Vicaires, à tous les Prêtres séculiers et réguliers, et à tous les Ministres de la Religion » qui, dans toute l'étendue de son diocèse, ont prêté serment à la Constitution civile du clergé, Monseigneur de Cambon vise plus particulèrement « celui d'entre eux qui a prêté le serment fatal après avoir assuré à différentes fois qu'il ne le prêterait jamais, celui qui cause ses larmes et qu'il ne veut pas nommer ». On sait par la Pétition de Jean Pierre Mailhol datée du 15 floréal an II (4 mars 1794) que celui qui cause les larmes de Monseigneur de Cambon, c'est lui, Jean Pierre Mailhol : « L’Evêque lance un mandement en juin 1791, où je suis traité comme chef de l’Apostasie. »

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Ordonnance de M. l'évêque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocèse de Mirepoix. Extrait.

Le dernier style de Monseigneur de Cambon est celui du martyre et de l'anathème. Invoquant, pour une rare fois, « les mérites et la protection des saints Martyrs, Saint Maurice et ses compagnons, patrons de notre Église Cathédrale », Monseigneur de Cambon déclare qu'il continuera de gouverner son diocèse « jusqu'à ce que la mort ou un jugement de l'Église l'ait séparé du troupeau qui lui a été confié ». Et il maudit « les usurpateurs et les larrons qui ne sont pas entrés par la porte dans le bercail de Jésus-Christ. »

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Ordonnance de M. l'évêque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocèse de Mirepoix. Extrait.

Via la référence à Saint Maurice et à sa légion thébaine, Monseigneur de Cambon se déclare fidèle à Dieu, jusqu'à la mort, dans la résistance qu'il oppose aux décisions d'un pouvoir inique et qui fait de lui un martyr de la juste cause. Et quand il se présente, tel un centaure blessé, comme celui qui a « gémi au pied de la Croix » — il souffre probablement d'un cancer, ou encore, comme jadis Montaigne, d'une lithiase —, il ne laisse probablement pas de penser à la figure propitiatoire de Philippe de Lévis, son lointain prédécesseur à la tête de l'évêché de Mirepoix, qui se trouve peint en Minotaure au cœur du labyrinthe de la cathédrale, et qui se distingue du centaure blessé par sa posture combattante (24). « De ses bras robustes cet athlète vigoureux semble tenir fermement une lance qui porte bannière » (25). Cet athlète représente l’esprit du christianisme militant, celui dont Monseigneur de Cambon, tout malade qu'il est en 1791, continue de se réclamer.

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Ci-dessus : Martyre de Saint Maurice. Fresque non documentée. Cathédrale de Mirepoix.

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Ci-dessus : Minotaure figuré au centre du labyrinthe qui orne le pavement de la chapelle Sainte Agathe, dans la cathédrale de Mirepoix.

Arrivé à ce stade de son Ordonnance, Monseigneur de Cambon ménage in fine une sorte de coup de théâtre. Il annonce que, s'il ne démissionne pas de sa charge épiscopale, s'il « n'abandonne pas son Église à l'empire des loups ravissants », il s'éloigne physiquement de son diocèse pour se retirer à Toulouse, où il continuera d'exercer son ministère tout en bénéficiant des soins nécessités par sa santé défaillante. Il n'exclut pas « qu'on en vienne à le priver de liberté ». Envisageant là le martyre suprême, « car tout est à craindre dans cette période d'effervescence », il s'en remet à « l'exemple de Jésus-Christ, des plus grands Saints et d'un grand nombre d'Évêques de ce Royaume ».

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Ordonnance de M. l'évêque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocèse de Mirepoix. Extrait.

En guise d'excipit à son Ordonnance, laissant ainsi le dernier mot au « premier Pasteur », Monseigneur de Cambon reprend le texte du bref publié par le pape Pie VI le 10 mars 1791. Ce bref finit sombrement sur une citation du chapitre 11 de l'évangile de Matthieu : [A diebus autem Iohannis Baptistae usque nunc] Regnum Cælorum vim patitur et violenti rapiunt illud (26). [Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à présent], le Royaume des Cieux endure la violence et les violents s'en emparent par rapine.

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Ordonnance de M. l'évêque de Mirepoix, portant diverses dispositions pour prévenir le schisme qui menace l'Eglise & le diocèse de Mirepoix. Bref du Pape.

Voici quel sort les « violents » ont réservé au bref du Pape en 1791...

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Ci-dessus : Bref du Pape en 1791. Estampe anonyme.

3. De la mort de Monseigneur de Cambon et du sort de quelques autres protagonistes du drame révolutionnaire

3.1. Mort et funérailles de Monseigneur de Cambon

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Ci-dessus : nº 14, place Saint-Étienne. Détail de la façade de l'hôtel de Cambon.

Après avoir publié son Ordonnance, dernier écrit qu'on lui connaisse, Monseigneur de Cambon s'alite à Toulouse, dans l'hôtel familial de la place Saint-Étienne. Dans l'Éloge qu'il consacre à François Tristan de Cambon, Philippe Vincent Poitevin-Peitavi, Philippe Vincent évoque ainsi la fin du vieil évêque :

« Dans des temps plus calmes, il se serait occupé de sa santé, et aurait pu, comme Monseigneur de Beaumont, archevêque de Paris, en se soumettant à une opération douloureuse, ajouter quelques années à sa vieillesse. Mais dans le bouleversement de l'ordre civil, ayant à craindre, tous les jours, ou l'exil ou un emprisonnement, qu'avait-il de mieux à faire, après avoir dépassé son quinzième lustre, que de se résigner à une mort prochaine et aux souffrances qui devaient la précéder ? » (27)

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20 novembre 1791. Acte de décès de François Tristan de Cambon, évêque de Mirepoix. Signé H. Sermet, évêque métropolitain du Sud. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Saint-Étienne. Baptêmes, mariages, sépultures. 1791. Cote : GG368. Vue 187.

Monseigneur de Cambon meurt le 20 novembre 1791. Ses funérailles font l'objet d'un conflit entre la famille et Hyacinthe Sermet, évêque constitutionnel de Toulouse. De façon au demeurant très partisane, voici comment un membre de l'Académie des Jeux floraux, les raconte :

« Pour échapper à l’évêque constitutionnel de la Haute-Garonne, que, cinq mois plus tôt, il avait déclaré « schismatique, intrus et usurpateur », il demanda à être mis en terre dans la plus grande discrétion, sans cérémonial ni épitaphe.

Mais ces funérailles clandestines n’échappèrent pas à Antoine Pascal Hyacinthe Sermet. L’évêque vivant l’avait repoussé avec horreur, il va se venger sur le cadavre de l’évêque mort : au grand scandale de la famille, mitre en tête, il fit déterrer et ouvrir le cercueil de l’évêque de Mirepoix pour s’assurer de la présence et de l’identité du corps et avec ses acolytes organisa dans la cathédrale Saint Etienne une parodie de cérémonie qui, à Toulouse comme ailleurs, contribua à vider dans le futur le clergé constitutionnel de ses derniers fidèles » (28)

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Ci-dessus, de gauche à droite : François Tristan de Cambon, évêque de Mirepoix ; frère Antoine Pascal Hyacinthe Sermet, évêque constitutionnel de la métropole du Sud (Toulouse).

3.2. Émigration de François Marie Auguste Joseph de Cambon, neveu de Monseigneur de Cambon

François Marie Auguste Joseph de Cambon, neveu de Monseigneur de Cambon, chanoine, conseiller du Roi, chancelier de l'Université, vicaire général de l'archevêché de Toulouse, abbé commandataire de l'abbaye royale d'Eaunes, a émigré en Espagne, dans le Val d'Aran. Il y demeure du mois de novembre 1790 au mois de septembre 1792. Il s'installe ensuite à Saragosse, où, ayant joui, dit-il, d'« une grande et brillante fortune à Toulouse », il vit de ses propres deniers. Mais en vertu de l'ordre du roi d'Espagne publié en novembre 1792, Miguel de la Cueva y Enríquez de Navarra, duc d'Albuquerque, capitaine général du la province d'Aragon, lui enjoint d'aller rejoindre dans un couvent les autres ecclésiastiques français. Le gouvernement espagnol s'inquiète en effet de contrôler les menèes de ces ecclésiastiques qui risquent d'attirer sur le pays qui les accueille les foudres du gouvernement révolutionnaire français. Peu soucieux toutefois de partager le maigre ordinaire du couvent du Carmel, François Marie Auguste Joseph de Cambon adresse une pétition au duc d'Albuquerque, le 12 janvier 1793. Cette pétition se trouve rédigée à la troisième personne.

Dans ladite pétition, François Marie Auguste Joseph de Cambon énumère d'abord ses titres et charges, puis ceux de son illustre parentèle : « Sa famille est l'une des plus illustres de Toulouse, soit par son antiquité, soit par sa noblesse, soit aussi par les différentes charges. L'un de ses oncles était évêque de Mirepoix, qui connut à Paris, en 1775, l'Exc. seig. comte de Aranda. Un autre est maréchal de camp, et commande dans le moment la cavalerie royale en Allemagne. Son frère est premier président du Parlement de Toulouse, c'est-à-dire qu'il est la première personne de Toulouse. »

François Marie Auguste Joseph de Cambon expose ensuite les motifs de sa requête... Le 23 février 1793, il reçoit la réponse du duc d'Albuquerque...

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Extrait de la pétition de François Marie Auguste Joseph de Cambon. Source : Jean Contrasty.Le clergé français exilé en Espagne (1792-1802), pp. 78-79. Librairie L. Sistac. Toulouse. 1910. Reprint from the collections of the University of California Libraries. 2019.

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Extrait de la réponse du duc d'Albuquerque à François Marie Auguste Joseph de Cambon. Source : Jean Contrasty.Le clergé français exilé en Espagne (1792-1802), pp. 78-79.

Qu'on se rassure ici. François Marie Auguste Joseph de Cambon aura survécu aux incommodités du couvent du Carmel, puisqu'il meurt le 21 avril 1823 à Toulouse.

3.3. Mort de Dorothée Étiennette de Riquet de Bonrepos, épouse de Jean Louis Augustin Emmanuel de Cambon, neveu de Monseigneur de Cambon

Dorothée Etiennette de Riquet de Bonrepos, petite-fille du grand Riquet, a épousé en secondes noces Jean Louis Emmanuel Augustin de Cambon (1737-1807), nommé conseiller au parlement de Toulouse en 1758, avocat général en 1762, président à mortier en 1779, procureur général en 1786, et premier président du Parlement de Toulouse en 1787. De 1791 à 1793, avant d'émigrer, Jean Louis Emmanuel Augustin de Cambon se cache dans Paris. Dorothée Etiennette de Riquet, son épouse, refuse de dénoncer la cachette de son mari aux autorités qui le recherchent. Jugée et condamnée par le Tribunal révolutionnaire, elle est guillotinée à Paris le 8 thermidor an II (27 juillet 1794), la veille de la mort de Robespierre. « Son fantôme sans tête hanterait aujourd’hui encore le château familial » (29).

3.4. Emprisonnement de l'abbé Mailhol aux prisons de Castelnaudary

L'abbé Mailhol, de son côté, continue de « patriotiser », comme il dit, les anciens fidèles de l'évêque de Mirepoix. Il endure en conséquence bien des avanies.

« En 1792 parurent de moi les Veillées du Presbytère, dont l’édition, chez Froullé, quai des Augustins, fut bientôt épuisée, et qui contribua beaucoup à patriotiser les campagnes et le bon peuple à qui on le lisait. On n’imaginerait pas tout ce que j’eus à souffrir de l’aristocratie, des prêtres réfractaires et de leurs dévotes, on accorda à mes écrits les honneurs de la brûlure en place publique. Je fus proclamé le nouveau renieur Pierre, le nouveau traître Judas ; il plut sur moi un déluge de calomnies, de lettres anonymes, de chansons imprimées et, qui pis est, de coups de bâtons nocturnes (31). En sorte que je pourrais m'appeler l’apôtre et le martyr de la Révolution, qui ne s'est jamais démenti, la suite le prouvera. » (32)

Jean Pierre Mailhol se ici « martyre de la Révolution » parce que, de façon qu'il n'attendait pas, il est arrêté le 14 mai 1793 et écroué à Pamiers, sur ordre du représentant Chaudron-Rousseau et à l’instigation de Gabriel Clauzel, qui vient d’être nommé procureur général syndic.

« On m’offre la liberté si je veux renoncer à mon état et à mes fonctions (ici, je ne dissimulerai rien). A mes fonctions répondis-je, soit, car je ne veux ni ne dois les exercer qu’autant que les autorités constituées m’y autoriseront, me le permettront ; les exercer malgré elles, voilà qui serait à mon sens vrai fanatisme ; mais, à mon état de prêtre, je vous tromperais si je vous disais que j'y renonce, le cri de ma conscience y est contraire. »

Le 19 ventôse an II (9 mars 1794), pour avoir participé à une réunion dans laquelle l'assemblée s'interrogeait sur le moyen d'éviter la transformation de la cathédrale de Mirepoix en temple de la Raison, Jean Pierre Mailhol se trouve à nouveau déposé, sur ordre de Chaudron-Rousseau. Gabriel Clauzel le fait incarcérer aux prisons de Castelnaudary.

« Me voilà détenu depuis le 25 ventôse [15 mars 1794], âgé de 65 ans, chargé d’infirmités, sans nul service ici ». Il ne sera libéré que le 20 ventôse an III (10 mars 1795).

Après sa libération, Jean Pierre Mailhol est nommé curé de Villespy, dans le diocèse de Saint-Papoul, et vicaire épiscopal de l’Aude. Le 15 aout 1797, nonobstant les mises en garde très politiques de Guillaume Besaucèle, son évêque, il se rend à Paris afin de participer en tant que député du clergé de l’Aude au Concile national de l’Eglise gallicane. Le 26 messidor an IX (15 juillet 1801), le pape Pie VII signe avec la France un concordat pour la religion catholique, ratifié le 15 août par la Bulle Ecclesia Christi.

L'aventure politique de Jean Pierre Mailhol s'arrête là. En 1802, avec l'accord du gouvernement, Claude François Marie Primat, archevêque concordataire de Toulouse, ancien évêque constitutionnel du Nord, nomme curé de Boulogne-sur-Gesse, dans le Comminges, l'abbé concordataire, ancien curé constitutionnel de Mirepoix, Jean Pierre Mailhol. L'Abbé Mailhol meurt à Boulogne le 20 novembre 1804 (29 brumaire an XIII), à l'âge de soixante-quinze ans.

4. Conclusion.

C'était ci-dessus ce que l'on appelle, de façon un peu ridicule, le « fait religieux », vu à l'échelle de l'évêché de Mirepoix et de sa fin tourmentée.

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1. Jean Pierre Mailhol, né le 22 janvier 1729 à Carcassonne, mort le 29 brumaire an XIII (20 novembre 1804) à Boulogne-sur-Gesse.

2. Pierre Paul Alard, receveur des décimes et procureur de Monseigneur de Cambon, est aussi membre du conseil d'administration de l'hôpital de Mirepoix.

3. Chanoine du Chapitre cathédral de Mirepoix, l'abbé d'Escalonne est fils d'André de David d'Escalonne, conseiller de Grand Chambre au Parlement de Toulouse, plusieurs fois capitoul, et de Jacquette Françoise Gabrielle de Cambon, nièce de Monseigneur de Cambon.

4. Cf. Christine Belcikowski. À propos de François Tristan de Cambon, dernier évêque de Mirepoix. II. Un administrateur vigoureux

5. Cf. Christine Belcikowski. Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, ou la lettre de Rome.

6. Cf. Christine Belcikowski. Des nouvelles de Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, en Italie.

7. « Le parti qui règne dans Mirepoix en 1790, c'est celui du très jacobin Gabriel Clauzel, qui remplacera Jean de Lasset à la mairie à la fin de cette même année 1790.

8. Sur la vie et la carrière de Jean Pierre Mailhol, cf. Christine Belcikowski. « À propos de Jean Pierre Mailhol, né à Carcassonne, prêtre constitutionnel enfermé en l'an II aux prisons de Castelnaudary ». In Pages lauragaises 8. Centre Lauragais d'Études Scientifiques. 2018.

9. Il s'agit de François Amable Balthazar de Cambon, né le 22 mars 1705, ou de Jean Charles de Cambon, né le 26 avril 1709, deux frères mal connus de Monseigneur de Cambon.

10. Philippe Vincent Poitevin-Peitavi. Éloge de M.de Cambon.

11. Les Mainteneurs ecclésiastiques sous la Révolution. Première partie : Mgr de Cambon, l’abbé Grumet et Mgr Loménie de Brienne. Académie des Jeux Floraux.

12. Horace. Épîtres,I, 11, vers 24.

13. Abbé François Tristan de Cambon. Éloge de M. de Sapte, conseiller au Parlement, prononcé le 31 décembre 1739. Catalogue général de la Bibliothèque nationale. Cote : 8-LN27-18511.

14. Mémoire et pièces justificatives pour M. l'Évêque de Mirepoix contre le Syndic du Chapitre [M. de Pointis] de son Église cathédrale. Imprimerie Joseph Dalles. Toulouse. 1785. Cf. Christine Belcikowski. À propos de François Tristan de Cambon, dernier évêque de Mirepoix. II. Un administrateur vigoureux.

15. Extrait de la pétition adressée par Jean Pierre Mailhol le 15 floréal an II (4 mars 1794) au Comité des pétitions, reçue le 27 floréal an II, transmise au Comité de Sûreté générale le 28 floréal an II (17 mai 1794) Archives nationales. AF/II/18, Comité des pétitions et correspondances : registre des procès-verbaux 1792 (17 octobre) – an IV (17 vendémiaire). N° 12719. Cf. Pétition. Mailhol, curé de Mirepoix, texte annoté par Joseph Laurent Olive et introduit par Christine Belcikowski. Éditions Ismael. 2017.

16. Jean de Dieu Raymond de Boisgelin de Cucé. Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, ou Exposé des Principes des 30 Evêques, p. 221. Chez Le Clere, Imprimeur-Libraire. Paris. 1801.

17. Ibidem, p. 18.

18. Drap d'Elbeuf mêlé : drap tissé de fils de différentes couleurs ; velours plain/plein : velours uni, à poils longs, sans figures ni rayures ; barraquettes/baraquettes : chaussons ou pantoufles en étoffe ou en peau. N.B. La canne de Toulouse est de 1796,2560 mm, soit environ 1,8 m.

19. Cf. Christine Belcikowski. À propos de François Tristan de Cambon, dernier évêque de Mirepoix. II. Un administrateur vigoureux.

20. N.T.C.F. : abréviation usuelle de « Nos Très Chers Frères ».

21. Guillaume Besaucèle (Saissac, 3 septembre 1712 - 4 février 1801, Carcassonne), d'abord curé de Limousis, puis vicaire général d'Armand Bazin de Bezons, évêque de Carcassonne. Guillaume Besaucèle a été évêque constitutionnel de l'Aude de 1791 à 1801.

22. Bernard Font (Ax[-les-Thermes], 25 octobre 1723 - 1er novembre 1800, Foix), curé de Serres-sur-Arget, puis de Bénac ; évêque constitutionnel de l'Ariège de 1791 à 1800 ; député à l'Assemblée nationale du 1er septembre 1791 au 20 septembre 1792.

23. Antoine Pascal Hyacinthe Sermet (Toulouse, 8 avril 1732 - 24 août 1808, Toulouse), carme déchaussé, évêque constitutionnel de la Haute-Garonne de 1791 à 1801, écrivain occitan. Son oraison funèbre a été prononcée par l'abbé Grégoire. Entre autres publications de Monseigneur Sermet : Discours prounounçat dabant la Legiou de Sant-Ginest, pel R. P. Sermet, exproubincial des Carmés Descaussés, predicairé ourdinari del Rey, etc. A l'ouccasiou de la Federatiou generalo. A Toulouso de l'imprimario de D. Desclassan, 1790 ; Dialogo entré le Pero Sermet et Mestré Guillaumes, paysan del bilatgé de ***, legit le 6 fevrier 1791, à la Séenco publico del Cloub des Jacoubins, dins la Salo del ci-daban Senechal. A Tholosa chez Viallanos, 1791 ; Abis a las brabos gens tant de la bilo que de la campagno. Toulouse [s.n.], 1790-1791.

24. Cf. Christine Belcikowski. Le centaure blessé et le minotaure.

25. Gratien Leblanc, « Le labyrinthe de la cathédrale de Mirepoix ». In Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France. Tome XXXVI, pp. 60-61.

26. Matthieu, XI, verset 12. Nouum Testamentum Domini nostri Jesu Christi latine, p. 82.

27. Philippe Vincent Poitevin-Peitavi. Éloge de M.de Cambon.

28. Les Mainteneurs ecclésiastiques sous la Révolution. Première partie : Mgr de Cambon, l’abbé Grumet et Mgr Loménie de Brienne. Académie des Jeux Floraux.

29. Cf. Domaine de Bonrepos-Riquet.

30. Le 7 juin 1792 par exemple, à dix heures du soir, au bout du Grand Couvert de Mirepoix, Jean Pierre Mailhol reçoit un violent coup de bâton sur la tête.

31. Cf. Christine Belcikowski. Les chemins de Jean d'Abail ou la dissidence d'un fils du petit peuple de Mirepoix au temps de la Révolution française. Éditions L'Harmattan. 2014.

32. Extrait de la Pétition adressée par Jean Pierre Mailhol le 15 floréal an II (4 mars 1794) au Comité des pétitions, reçue le 27 floréal an II, transmise au Comité de Sûreté générale le 28 floréal an II (17 mai 1794).

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