A Mirepoix – Le moulon où sont la maison de M. Simorre, la Trinité et les Houstalets

 

 

 

Le « moulon où sont la maison de M. Simorre, la Trinité et les Houstalets » fait dans le compoix de 1766 l’objet du plan 4. On remarque qu’il conserve dans sa découpe l’exacte géométrie de la bastide créée par Guy III de Lévis Mirepoix en lieu et place de l’ancien Mirepoix après la catastrophe de 1289. Bordé sur son flanc nord par le canal du moulin (aujourd’hui le Béal), le moulon se trouve délimité à l’est par la rue du grand faubourg Saint Jammes (aujourd’hui avenue Victor Hugo), au sud par la rue de la Trinité (aujourd’hui rue Vidal Lablache) et par la rue Coin des Houstalets (aujourd’hui rue Carmontelle), et à l’ouest par la promenade de la Porte d’Avail, ou d’Aval dans une graphie plus moderne, (aujourd’hui cours Maréchal de Mirepoix).

Cette délimitation comporte toutefois une sorte d’anomalie, car elle inclut dans sa géométrie l’emplacement des deux moulins, lesquels, non représentés sur le plan 4, figurent en revanche sur le plan 5, relatif au « moulon où sont les moulins ». L’anomalie résulte ici d’un effet de bord. Elle témoigne des problèmes de représentation que la ville, en son plissé changeant, réserve au cartographe. La carte, comme on sait, n’est pas le territoire…

 

 

1. Noble Jean de Simorre, subdélégué de la présente [mise en oeuvre du relevé cadastral de 1766] : maison et jardin, rue du Grand Faubourg Saint Jammes (aujourd’hui avenue du Pont).

Il s’agit probablement de Jean de Simorre, né en 1688, co-seigneur de Lourde, avocat au Parlement, capitoul en 1750, subdélégué de l’intendant du Languedoc au diocèse de Mirepoix, membre de l’oeuvre du Saint-Sacrement 1Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement., mort à Mirepoix en 1781 à l’âge de 93 ans.

Maison et jardin de Jean de Simorre forment à eux seuls un mini-moulon, délimité à l’est par la rue du grand faubourg Saint Jammes (aujourd’hui avenue du Pont), au sud par la rue de la porte de Bragot (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), à l’ouest par la rue Servant (aujourd’hui rue Vigarozy), et au nord par le Béal.

Jean Cyr Théodose de Simorre, petit-fils de Jean de Simorre, capitaine du régiment de Vintimille, sera, ainsi que Jean de Lasset, nommé commandant de la milice bourgeoise chargée de défendre Mirepoix lors de la grande peur du 4 août 1789. En 1794, il fera partie de la charrette de prisonniers déférés à Paris sur ordre de Vadier, et sauvés de la guillotine par l’arrivée de la charrette à Paris quelques jours après le 9 thermidor.

Soulanges de Simorre, petite-fille de Jean de Simorre, épousera plus tard Joseph Adrien Fauré de Fiches 2Cf. La dormeuse blogue : Une visite au château de Fiches ; La dormeuse blogue 2 : Retour au château de Fiches., botaniste, élève de Jean Baptiste de Lamarck.

 

La maison de Jean de Simorre devient au XIXe siècle une école chrétienne. Elle le demeure encore. La belle ferronnerie du grand portail, situé rue de la porte de Bragot (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), date de 1888. Les piédroits et l’arcade de pierre datent, d’après le blason qui les surmonte, de 1766, soit du temps de Jean de Simorre, et très exactement de la date de rédaction du dernier compoix de l’Ancien Régime.

 

Ce motif à la coquille, photographié ici, rue de Bragot (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), sur le grand portail de l’ancienne maison de Jean de Simorre, figure également rue du grand faubourg Saint Jammes (aujourd’hui avenue du Pont) sur la porte de l’ancienne maison de Joseph Arnaud, bourgeois, habitant de Bonnaure (plan 3 n°18). S’agit-il d’un signe d’appartenance à quelque confrérie charitable ?

Diverses confréries et oeuvres ont leur siège à proximité : l’oeuvre du Purgatoire rue de la porte de Bragot (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), l’oeuvre du Saint Sacrement rue de Caramaing et de Paraulettes (aujourd’hui rue Caraman) (plan 2, n°1 à 10 passim) 3Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement, la confrérie des Pénitents Blancs rue de la porte del Rumat (aujourd’hui rue des Pénitents Blancs) (plan 2 n°137 et 140) 4Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon des Pénitents Blancs., et l’oeuvre des Trinitaires (Cf. Infra, n°27) rue de la Trinité (aujourd’hui rue Vidal Lablache).

 

Ci-dessus : 18, rue du grand faubourg Saint Jammes (aujourd’hui avenue du Pont), porte de l’ancienne maison de Arnaud Joseph, bourgeois, habitant de Bonnaure (plan 3 n°18).

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue du grand portail de l’ancienne maison de Jean de Simorre, rue de la porte de Bragot ; vue du mur de l’ancien jardin de Jean de Simorre, dans la même rue.

 

 

2. Pierre Gautier, marchand : grange et champ derrière la Trinité.

A l’angle de la rue des Houstalets (aujourd’hui rue Delcassé) et de la rue de derrière la Trinité (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), l’ancienne grange de Pierre Gautier, marchand, s’élève en 1766 en bordure d’un champ qui appartient au même Pierre Gautier. Elle fait face à la maison de ce dernier (Cf. Infra, n°9). Elle a depuis lors bénéficié d’un embellissement remarquable.

 

 

3. Jean Saint-Félix, métayer à la métairie del Bastié appartenant au sieur de Montfaucon : maison derrière les Trinitaires
4. Bernard Marti, hôte : jardin derrière les Trinitaires.

De la petite maison de Jean Saint-Félix, il reste de seuil, la base des murs sous le crépi. Du jardin de Bernard Marti, il reste le vieux mur, au bord du chemin qui court sur la rive gauche du Beal jusqu’au moulin et débouchait en 1766 promenade de la porte d’Aval (aujourd’hui cours du Maréchal de Mirepoix), derrière la maison de Marianne Bataille (n°10).

 

5. Pierre Laffage, dit Barrot, brassier : maison et patu derrière les Trinitaires
6. Françoise Laffage, dite Barrotte : maison, patu, jardin derrière la Trinité
7. Pierre Laffage, dit Barrot, brassier : jardin derrière la Trinité
8. Charles Pintat, tisserand : maison et patu derrière la Trinité.

 

9. Pierre Gautier, marchand : maison, cour ou ciel ouvert, aire et jardin derrière la Trinité.

 

Située à l’angle de la rue des Houstalets (aujourd’hui rue Delcassé) et de la rue de derrière les Houstalets (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), l’ancienne maison de Pierre Gautier donne, de l’autré côté de la chaussée, sur la grange et le champ du même Pierre Gautier (Cf. Supra, n°2.).

 

Ci-dessus : sur le côté droit de la rue Maréchal Joffre (autrefois rue de derrière les Houstalets), après les maisons blanches, mur de l’ancienne propriété de Marianne Bataille, veuve de Guillaume Malroc.

 

Ci-dessus : vue du toit du moulin depuis la rue Maréchal Joffre (autrefois rue de derrière les Houstalets.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : rue du Maréchal Joffre, petite porte donnant sur l’ancien jardin de Marianne Bataille ; à l’angle de la rue Maréchal Joffre et du cours du Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Avail), entrée principale de l’ancien jardin.

10. Demoiselle Marianne Bataille, veuve et héritière du sieur Guillaume Malroc, marchand : grange et jardin derrière les Houstalets.

Taille du jardin et monumentalité de la porte cochère marquent ici, non loin de la porte d’Aval, i. e. à proximité du front noble du Mirepoix de 1766, l’appartenance à une catégorie à une catégorie fortunée, partant, la distinction sociale.

Marianne Bataille,comme indiqué sur le plan 3 du compoix, tient sa demeure au n°66 du « couvert la place ». Veuve de Guillaume Malroc, marchand, qu’elle a épousé en 1725, elle appartient à l’une des familles les plus en vue de la ville. Il s’agit d’une dynastie de marchands, alliée à deux autres puissantes dynasties de marchands, les Fontès et les Rives. La fortune des Malroc va croissant au cours du XVIIIe siècle. Guillaume Malroc, neveu de Marianne Bataille, acquiert le titre de co-seigneur de Lafage, se dote d’un hôtel particulier rue Courlanel (aujourd’hui rue du Gouverneur Laprade), devient le chef de file de l’opposition des marchands à la municipalité conservatrice, est élu premier consul de Mirepoix en 1778, puis maire de Mirepoix de 1791 à 1792.

 

Ci-dessus : mur de l’ancienne propriété de Marianne Bataille, cours du Maréchal de Mirepoix (autrefois promenade de la porte d’Avail).

 

Ci-dessus : aspect actuel de l’ancienne grange de Marianne Bataille. Jouxtant le site de l’ancien moulin, la grange se situe ainsi à la frontière du moulon 4 et du moulon 5.

 

 

11. Indivision, rue du grand faubourg Saint Jammes : Jacques Mathieu, maître perruquier ; Louis Pailhès, hôte, beau-frère de Jacques Mathieu ; Demoiselle Guilhalmette Pailhès, soeur de Louis Pailhès, épouse de Jacques Mathieu ; Jacques Pailhès, étudiant, frère de Louis Pailhès et de Guilhalmette Pailhès, beau-frère de Jacques Mathieu.

 

12. Jacques Fau, héritier de feue Magdeleine Fau : maison et cour à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
13. Jacques Fau, héritier de feue Magdeleine Fau : jardin à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
14. Jeanne Fau, veuve et héritière de Guillaume Mesplié, boucher : maison à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
15. Marianne Marti, veuve et héritière d’Antoine Gorguos, maréchal à forge : maison et jardin à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes ; indivision avec Jean Gorguos, avocat
16. Sieur Jean Mesplié, marchand tanneur : maison et aire à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
17. Baptiste Lacube, peigneur de laine : maison, patu, jardin à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
18. Jean Resseguier, hôte : patu à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes
19. Marianne Rouquette, veuve de Philippe Estevé : patu à la rue du Grand Faubourg Saint Jammes

 

20. Le Diocèse : maison joignant à la rue du grand faubourg et faisant coin à la rue anciennement appelée de la porte de Bragot

 

21. Le Purgatoire : maison et jardin joignant à la rue de la porte de Bragot

Attenant à la maison du Diocèse, l’immeuble dit « le Purgatoire » abrite en 1766 l’oeuvre du même nom. Survivance méridionale de la tradition médiévale, l’oeuvre du Purgatoire 5Pour en savoir plus sur l’oeuvre du Purgatoire, cf. Michelle Fournié, Le ciel peut-il attendre ? Le culte du Purgatoire dans le Midi de la France (1320 environ-1520 environ), et Catherine Vincent, « Protection spirituelle » ou « vigilance spirituelle » ? Le témoignage de quelques pratiques religieuses des XIIIe-XVe siècles. s’occupe de célébrer les messes nécessaires au Salut des défunts, lesquelles sont prévues le lendemain du décès, au neuvième jour, au bout de l’an, lors des quatre fêtes des âmes qui doublent les fêtes des Quatre-Temps, et possiblement « à perpétuité », comme disent les textes médiévaux.

Anne d’Escale, dame pieuse qui, en 1658, après la mort de son époux, a financé de ses deniers l’édification de la chapelle du cimetière de Mirepoix et dédié cette chapelle à Notre Dame et à Saint Michel, figure représentée dans le culte du purgatoire comme délivrant les âmes, mentionne dans son testament, dicté le 4 mars 1693 à maître Valette, notaire royal de Fanjeaux, l’obit annuel prévu pour le repos de son âme  : […]remettant mes honneurs funèbres à la discrétion de mes héritiers basnommés, je veux […] que dans ladicte chapelle ou mon corps sera inhumé soit célébré un annuel qui commencera le lendemain de mon décès, pour lequel sera donné au prestre qui dira les Messes la somme de cent livres ; veux que Mes héritiers basnommés fassent dire cinq cent messes basses de Requiem le plus tôt qu’il se pourra, immédiatement après mon décès et sera donné pour chaque messe six sols ; donne et lègue aux bassins couvans de ladicte cathédralle la somme de dix livres, et pareille somme de dix livres à l’oeuvre du St Sacrement de ladicte église, payables après mon décès une foy lan seulement. 6Document extrait d’un inédit de Martine Rouche : Un siècle dans la vie d’Anne d’Escala (1600 – 1694) – Essai de biographie.

L’oeuvre du Purgatoire fournira, ici comme aileurs, le « prêtre qui dira les Messes » et récoltera lors des dites messes l’aumône recueillie dans les « bassins des âmes du purgatoire ». Nommés par les consuls, natifs de la commune, non pourvus de bénéfice, rassemblés en communautés de Filleuls ou d’Agrégés, les prêtres du Purgatoire vivent en effet des aumônes récoltées dans leurs « bassins ». Ils constituent un clergé de seconde catégorie, dont, à partir du XVIIe siècle, en raison des plaintes du chapitre, inquiet d’une ressource qui lui échappe, les autorités ecclésiastiques entreprennent de mieux contrôler l’activité. Installée en 1766, rue de la porte de Bragot, dans une maison attenante à celle du Diocèse, l’oeuvre du Purgatoire se trouve placée ainsi sous la surveillance directe des dites autorités.

Ci-dessus : Saint Michel, psychostase et psychopompe, détail des fresques de Vals.

 

22. Jean Resseguier, hôte : maison et jardin à la rue de la Porte de Bragot et derrière la Trinité
23. Marianne Marti, veuve et héritière d’Antoine Gorguos : maison et autre couvert, ciel ouvert à la rue de Bragot et derrière la Trinité
24. Jean François Genson, marchand : rue de la Porte de Bragot et derrière la Trinité.

 

25. Jean François Noyes, maréchal à forge : maison et jardin à la rue de derrière la Trinité.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : mur des anciens jardins de Jean François Noyes, et plus loin de Pierre Auger, rue Servant (aujourd’hui rue Vigarozy).

26. Pierre Auger, maître d’hôtel à l’évêché : jardin à la rue de la Trinité.

 

 

27. Messieurs les Trinitaires : église, maison, jardins, etc.

Le couvent créé ici par l’ordre des Trinitaires constitue jusqu’à la Révolution le coeur battant du moulon auquel il donne son nom. Il fournit à la topographie urbaine un repère essentiel, puisqu’il inspire l’usage des toponymes avoisinants : rue de la Trinité (aujourd’hui rue Vidal Lablache), rue de derrière la Trinité (aujourd’hui rue Maréchal Joffre). Il témoigne au demeurant du dynamisme spécifiquement religieux qui se déploie sur le flanc nord de Mirepoix, à proximité immédiate de la maladrerie 7Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon du pont de Raillette jusqu’au ruisseau de Countirou et la rivière de l’Hers., avec la concentration d’oeuvres charitables telles que l’oeuvre du Purgatoire rue de la porte de Bragot (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), l’oeuvre du Saint Sacrement rue de Caramaing et de Paraulettes (aujourd’hui rue Caraman) (plan 2, n°1 à 10 passim) 8Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement, la confrérie des Pénitents Blancs rue de la porte del Rumat (aujourd’hui rue des Pénitents Blancs) (plan 2 n°137 et 140) 9Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon des Pénitents Blancs..

On sait par une bulle d’indulgence de Nicolas IV, datée du 27 juin 1290, que l’installation des premiers Trinitaires à Mirepoix remonte probablement au début du XIIIe siècle. Jean I de Lévis, bienfaiteur, entérine la fondation du couvent en 1312. Le choix du Père Ministre, nommé à vie, appartient par la suite aux seigneurs de Mirepoix, en concertation avec le Général de l’ordre.

Ordre dit « rédempteur », les Trinitaires ont pour vocation le rachat des prisonniers chrétiens aux barbaresques. Ils usent pour ce rachat du produit de leurs quêtes. Le retour des prisonniers rachetés à Constantinople, en Alger ou à Tunis, donne lieu à de spectaculaires processions, qui constituent pour la ville des moments de liesse. Mirepoix, peu avant la Révolution, a connu la dernière de ces grandes processions.

 

Ci-dessus : Ordre et marche de la procession des captifs françois racheté par les deux ordres de la Rédemption, à savoir celui des chanoines réguliers de la Sainte Trinité dits Mathurins et celui de Notre Dame de la Merci, sortant de l’abbaye de Saint Antoine pour se rendre en l’église cathédrale de Notre Dame de Paris, le 17 octobre 1785. 10Cf. Chantal de La Veronne, Quelques processions de captifs en France à leur retour du Maroc, d’Algérie ou de Tunis, in Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°8, 1970, pp. 131-142.

Les cérémonies qui marquent le retour des missions de rédemption sont fort importantes. Sur leur route, les pères et les captifs sont accueillis dans chaque agglomération par l’évêque ou le curé avec les prêtres de l’endroit dans l’église principale et hébergés selon la commodité des lieux. Lorsqu’ils sont près de la province où ils doivent laisser les ex-captifs rentrer chez eux, les religieux avertissent le père commandeur du principal couvent de leur Ordre de la région, qui avise l’évêque du diocèse, lequel organise une procession formée des représentants de toutes les paroisses et de tous les couvents de la localité pour accueillir les arrivants ; la procession va, formée comme suit, en direction de l’église principale : le clergé, suivi de la bannière de la rédemption portée par un des rédempteurs, ouvre la marche ; les fidèles rachetés suivent, portant un petit scapulaire blanc avec l’écu de l’Ordre ; enfin viennent les pères rédempteurs. On chante des hymnes à la Vierge, et, près de l’église, on entonne le Te Deum. Une grand’messe est célébrée, et la procession repart jusqu’au couvent des mercédaires du lieu. 11Paul Deslandres, L’Ordre des Trinitaires pour le Rachat des Captifs, Privat, 1903.

 

Ci-dessus : jadis commandé pour le couvent des Trinitaires, tableau conservé aujourd’hui à l’église Notre Dame et Saint Michel.

Les Trinitaires ne sont initialement que deux à Mirepoix, avant l’édification du couvent. Celui-ci devient par la suite un établissement important et jouit en 1768 de 1500 livres de rente. Richement aménagé, il abrite avant la Révolution un certain nombre de tableaux, dont, signalée en 1666, par le P. Dupuy, Provincial de l’ordre, une Descente de croix, offerte par le marquis de Mirepoix, et, commandés en 1760 par le P. Fournier, six tableaux représentant saint Jean de Matha et saint Félix de Valois, fondateurs de l’ordre, ainsi que diverses scènes relatives au rachat des barbaresques. Ces six tableaux ont été, après la Révolution et la désaffectation du couvent, transférés pour certains à la cathédrale, et pour d’autres au sein de la petite église Notre Dame et Saint Michel.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue de la porte de l’ancien couvent des Trinitaires, rue Vidal Lablache ; vue de plaque commémorant la création de l’Espace culturel André Malraux, à l’angle de la rue Vidal Lablache et de la rue Vigarozy.

Pillé lors de la Révolution, le site de l’ancien couvent des Trinitaires est devenu ensuite le lycée de Mirepoix. Il abrite aujourd’hui la médiathèque et le cinéma de la ville, dans le cadre de l’Espace culturel André Malraux. Jusqu’alors conservée, la chapelle a été détruite afin de transformation en salle de cinéma.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vues de la façade latérale de l’ancien couvent des Trinitaires, rue Vigarozy (autrefois rue Servant). A noter que, lors de la destruction de la chapelle, la croix, qui avait pour fonction de signaler sur le toit la présence de la dite chapelle, a été oubliée, ou épargnée (cliquez sur l’image n°2).

 

Ci-dessus : cour relique de l’ancien lycée, rue Vigarozy (autrefois rue Servant).

 

Façade palimpseste de l’ancien couvent des Trinitaires et de l’ancien lycée, rue Maréchal Joffre (autrefois rue de derrière la Trinité).

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vu à travers la grille d’un portail, rue Maréchal Joffre, vestige du jardin des Trinitaires. La fontaine originelle a miraculeusement été conservée ; gros plan sur l’un des étranges mascarons qui ornent la fontaine.

 

Ci-dessus : vue de la cour intérieure de l’ancien couvent des Trinitaires et de l’ancien lycée. Cette partie du bâtiment a été convertie en résidence d’habitation. Elle abrite une crèche et des logements sociaux.

 

Ci-dessus, de gauche à droite : vue depuis la rue Delcassé (autrefois rue des Houstalets), entrée de l’actuelle résidence des Trinitaires sur la place Marcel Pagnol ; vue de la galerie qui a été conservée sur trois des côtés de la cour intérieure de la résidence.

 

 

Ci-dessus : les Houstalets en 1910.

 

Ci-dessus : les Houstalets aujourd’hui.

La rue des Houstalets doit son nom aux petites maisons, dites en langue d’oc « houstalets » – de ostal ou oustal, maison, par dérivation du latin hospitalis, hospitalier, affable 12Cf. Robert Geuljans, Dictionnaire Etymologique de l’Occitan. -, qui s’élèvent, serrées les unes contre les autres, sur le côté gauche de la rue, depuis le Coin de la rue des Houstalets (aujourd’hui rue Carmontelle) jusqu’à la rue de derrière les Houstalets (aujourd’hui rue Maréchal Joffre), et, si l’on excepte la grande maison de Pierre Gautier, jusqu’au chemin du moulin.

 

28. Nicolas Gautier, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
29. Louis Serou, brassier, dit Malard : maison, aire, jardin à la rue des Houstalets
30. Pierre Maris, boucher : maison et jardin à la rue des Houstalets.

 

31. François Hippolyte, de Carcassonne : à la rue des Houstalets
32. Jean Labeur, fournier : maison, ciel ouvert et jardin à la rue des Houstalets
33. Jean Baptiste Escautier : maison, ciel ouvert, jardin à la rue des Houstalets
34. Raymond Laffon, brassier : maison et jardin rue des Houstalets.

 

35. Anne Rives, veuve de Jacques Labeur : joignant à la rue des Houstalets
36. Pierre Escautier, dit Laffouré, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
37. Marti Gautier, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
38. Raymond Laffon, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
39. Guillaume Gouze, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
40. Jean Sermet, dit Peyrouty, brassier : maison et jardin à la rue des Houstalets
41. Guillaume Taillefer, boulanger : maison à la rue des Houstalets.

 

Ci-dessus : vue de l’ancienne maison de Guillaume Taillefer, rue Carmontelle (autrefois rue du Coin de la rue des Houstalets).

 

42. Louis Serou, brassier : maison derrière les Houstalets
43. Héritiers de Maurice Gautier : maison et jardin derrière les Houstalets
44. Louis Serou, brassier : patu derrière les Houstalets
45. Jean Baptiste Escautier : jardin derrière les Houstalets
46. Pierre Maris, boucher : jardin derrière les Houstalets
47. Jean Bauzil, bourgeois : pré derrière les Houstalets.

 

48. Messieurs les Pénitents Blancs : jardin derrière les Houstalets.

J’aime à finir cet article avec une image des vieux murs qui abritent à Mirepoix tant de vestiges du passé, tant de souvenirs, tant de secrets aussi. Mirepoix est riche de tels murs. Leur silence se pare d’une chaleur ambrée sous le soleil d’automne. Il avive chez moi le goût de l’histoire, qui est ici celui de l’histoire à pied.

A lire aussi :
Moulons de Mirepoix 1
Moulons de Mirepoix 2

Notes   [ + ]

1. Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement.
2. Cf. La dormeuse blogue : Une visite au château de Fiches ; La dormeuse blogue 2 : Retour au château de Fiches.
3, 8. Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon du Saint-Sacrement
4, 9. Cf. La dormeuse blogue 2 : A Mirepoix – Le moulon des Pénitents Blancs.
5. Pour en savoir plus sur l’oeuvre du Purgatoire, cf. Michelle Fournié, Le ciel peut-il attendre ? Le culte du Purgatoire dans le Midi de la France (1320 environ-1520 environ), et Catherine Vincent, « Protection spirituelle » ou « vigilance spirituelle » ? Le témoignage de quelques pratiques religieuses des XIIIe-XVe siècles.
6. Document extrait d’un inédit de Martine Rouche : Un siècle dans la vie d’Anne d’Escala (1600 – 1694) – Essai de biographie.
7. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix – Moulon du pont de Raillette jusqu’au ruisseau de Countirou et la rivière de l’Hers.
10. Cf. Chantal de La Veronne, Quelques processions de captifs en France à leur retour du Maroc, d’Algérie ou de Tunis, in Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°8, 1970, pp. 131-142.
11. Paul Deslandres, L’Ordre des Trinitaires pour le Rachat des Captifs, Privat, 1903.
12. Cf. Robert Geuljans, Dictionnaire Etymologique de l’Occitan.
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4 réponses à A Mirepoix – Le moulon où sont la maison de M. Simorre, la Trinité et les Houstalets

  1. autissier dit :

    merci Christine – Une promenade magnifique pleine de connaissances nouvelles pour moi – colette

  2. Martine Rouche dit :

    Je t’envoie par mail une photo d’un document des archives diocésaines de Pamiers, non coté, qui représente un plan du couvent de la Trinité à Mirepoix avant 1790. Il est un peu anecdotique mais donne quand même des renseignements, en particulier sur le cimetière des frères, dont on aurait tendance à l’imaginer comme un  » champ des morts « , tant il y eut de sépultures  » à la Trinité  » aux XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier d’enfants. Or, les frères étaient ensevelis certainement sous des dalles de passages, comme au Carmel de Pamiers ou à l’abbaye de Lagrasse, entre autres lieux.

  3. Martine Rouche dit :

     » Les esclaves rachetés à Alger, originaires des Provinces méridionales de France sont arrivés à Toulouse le 5 de ce mois conduits par MM. Camusat, ministre des chanoines réguliers de la Sainte Trinité, de la Maison et Hôtel-Dieu de Lisieux, Chevillard vicaire général de la Congrégation de la Merci de Paris, Niel provincial, Hazera définiteur général de la même congrégation de la Maison de Toulouse. Ils ont été logés aux deux monastères de la Trinité et de la Merci (1) où on leur avait fait préparer des lits dans les cloîtres, qui étaient ornés de tableaux, de festons et de guirlandes.
    Le 7 et le 8 ils sont sortis en procession dans les différentes rues de Toulouse ; des jeunes garçons habillés en anges les menaient liés par des chaînes argentées. Ensuite venaient les religieux des deux ordres. La Confrérie de la Rédemption des Captifs, érigée dans l’église de la Merci, a assisté aux deux processions. MM. les Députés du Commerce ont fait la quête avec le plus grand zèle.
    Vêtus proprement et en gens de mer, les esclaves ont été abondamment nourris ; on voyait matin et soir une immensité de citoyens accourir de tous les quartiers de la ville pour assister à leurs repas où ils tiraient avec une exacte uniformité les santés du Roi et de la Famille Royale et celle des membres des deux ordres.
    Le 9 à 7 heures du matin ils ont pris la route de Montauban pour se rendre à Paris sous la conduite de MM. Camusat et Chevillard et celle de M. Decamps commandeur de la Maison de la Merci de Toulouse …
    François Dastugue natif de cette ville, qu’il a quittée à l’âge de seize ans, revient après 42 ans d’absence dont 10 passés dans les fers des algériens, réclamer la succession de ses parents, d’un objet de plus de soixante mille livres ; le reste a été saisi réellement par les créanciers du possesseur, son cousin germain et la vente judiciaire prononcée.
    Les Religieux de la Merci le logent, le nourrissent et fournissent généralement à tous ses besoins, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à se faire reconnaître et à être mis en possession de ses biens.
    (1) Le Couvent de la Merci était situé dans le quartier Arnaud-Bernard près de la porte des Trois-Piliers, sur un enclos allant de la Porte Las Crosses à la porte Arnaud-Bernard. Celui de la Trinité dans la rue de ce nom.  »

    Texte extrait de  » Les Affiches, Annonces de Toulouse  » du 14 septembre 1785, recueilli par Paul Rozès et publié dans le numéro 479, septembre-octobre 1982, de la revue  » L’Auta  » , pages 215 et 216.

  4. Martine Rouche dit :

    Registre BMS de Saint-Aulin, 1639-1756
    Le 24e juin 1699 est decedee Jeane Marise veuve de pierre gelade contre leglise de la Trinité ladite marise randit lame adieu par une grande perte de sang qui la suffoqua laquelle estoit mere de trois enfants et agee de trante cinq annees dont monsieur le curé de mirepoix de soun authorité la ensevelie dans sa parroisse nonobstant toutes oppositions quon fit leur ayant offert de paier les droits estant lanterrement deu corps dont ils ne voulurent pas, les parans desirant quelle feust ensevelie ala sepulture de soun mari au cimetiere dudit saint aulin anima eius requiescat in pace
    amouroux curé de saint aulin

    Dans ce registre, c’est le deuxième acte de décès dans lequel le curé Guillaume Amouroux termine l’annonce par le voeu que l’âme de la personne défunte repose en paix. Il doit y avoir une raison qui le fait en quelque sorte ajouter ce voeu à titre personnel, semble-t-il. Peut-être le fait que le défunt ne soit pas enseveli à l’endroit qu’il souhaitait et, à cause de cela, ne soit pas en repos ?

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