A Mirepoix – Le moulon des Pénitents Blancs

 

Délimité au sud par la rue de la Porte del Rumat, à l’est par la rue Paraulettes, au Nord par la rue du Coin de Loubet, et au nord par la rue du Grand Faubourg Saint Jammes, le moulon représenté ci-dessus abritait en 1766, face au séminaire du diocèse, la chapelle et le siège des Pénitents Blancs.

 

Voici le moulon des Pénitents Blancs, resitué dans la topographie du Mirepoix actuel.

 

 

Ci-dessus : vue actuelle des portes qui furent au XVIIIe siècle, à Mirepoix, celle du siège et, un peu plus loin, celle de la chapelle des Pénitents Blancs.

Instituée en 1585 par Henri III, mise sous l’invocation de la Sainte Vierge, la confrérie des Pénitents Blancs a été au XVIIe siècle un puissant auxiliaire de la Contre-Réforme. Bien implantée dans le Midi, ralliée par de nombreux notables, elle s’y est perpétuée jusqu’à la Révolution.

Installée à Mirepoix en face du séminaire du diocèse, la confrérie des Pénitents Blancs y apparaît très clairement comme un satellite de l’autorité ecclésiastique.

Les Pénitents Blancs, comme le nom l’indique, allaient vêtus d’une aube de toile blanche qui couvrait la tête à la façon d’un masque, avec deux ouvertures à l’endroit des yeux. On les surnommait « Blancs-Battus », parce qu’ils se flagellaient lors des processions.

Il demeure impossible de connaître l’identité des membres de la confrérie des Pénitents Blancs, telle qu’elle a existé à Mirepoix au XVIIe et au XVIIIe siècle. Le principe est ici celui des sociétés secrètes. On remarque sur le plan que le site occupé par les Pénitents Blancs est à double entrée, puisqu’il donne à la fois sur la rue de la Porte del Rumat et sur la rue du Coin de Loubet.

 

Ci-dessus : A la Très Sainte et Très Immaculée Mère de Dieu, in Les Privilèges et les règlemens de la confrérie des Tolosains, François Boude Imprimeur, Toulouse, 1663.

On suppose qu’en dehors de processions spectaculaires, caractéristiques de la théâtralité urbaine développée par la société de l’Ancien Régime, les Pénitents contribuaient à des oeuvres de charité.

Mirepoix abritait également une confrérie de Pénitents Bleus, sise dans l’ancienne rue Courlanel. On sait que les deux confréries entretenaient de sombres rivalités, témoins d’une religiosité militante, voire guerrière, travaillée sans doute par des enjeux de pouvoir et d’argent.

J’ai voulu savoir qui, en dehors des Pénitents Blancs, occupait le moulon considéré. J’ai donc encore une fois consulté le compoix de 1766. Voici, en regard des lots numérotés à la fois sur le compoix et sur le plan correspondant, les noms des propriétaires concernés :

123 : Isabeau Laffage
124 : Magdeleine Laffage, veuve de P. Labatut
125 : Laurent Arcizet, charpentier
126 : Dominique Guillhamat, ancien boulanger
127 : Louis Gautier, brassier
128 : Jean Paul Estevé, marchand
129 : Elizabeth Terrisse, veuve de Jacques Clauzel
130 : Raymond Jalabert, marchand
131 : Jean Senié, tourneur
132 : Jean Pons, tisserand de draps
133 : Alexandre Ladet, chanoine
134 : Jean Lairix, cordonnier
135 : Arnaud Terrisse et Raimond Terrisse, « avec le dessus pour la maison de Jean Lairix »
136 : Paul Combes, boulanger
137 : chapelle des Pénitents Blancs
138 : François Février, meunier
139 : Magdeleine Sabatier, veuve de Joachim Mir
140 : Germain Giret, ancien porteur. Siège des Pénitents Blancs
141 : Michel Dubruit, vin
142 : Pierre Satger, greffier
143. Louis Pons
144. Guillaume Bar, maître chapelier
145. Arnaud Brives, cordonnier
146. Jean Ambal, maître de musique à Bélestat
147. Jacques Carey
148. Alexis Saurel, voiturier
149. Jeanne Saurel, veuve de François Arnaud, épouse de Pierre Taillefer
150. Jean Douce, teinturier
151. Héritiers de Pierre Bounhol
152. Héritiers de Maurice Jordi
153. Jean Fontès
154. Marianne Gaubert, veuve de Jean Baptiste Fau, boulanger.

C’est, semble-t-il, une petite classe moyenne, une petite société d’artisans et de marchands, qui vit et travaille alentour de la chapelle des Pénitents Blancs. Les confrères, en 1766, se recrutaient sans doute pour partie au sein même du moulon.

On sait par un rapport de police enregistré le 14 germinal an VIII (vendredi 4 avril 1800) que la classe plus pauvre installée au-delà de la porte del Rumat fréquentait, quant à elle, la chapelle des Trinitaires, située dans le couvent éponyme, rue de la Trinité (aujourd’hui Rue Vidal Lablache), à l’emplacement de l’actuelle Médiathèque.

Membres d’un ordre initialement dédié au rachat des chrétiens prisonniers des barbaresques, les frères trinitaires oeuvraient en effet, de façon plus proche du petit peuple, à la pastorale paroissiale, au soutien des malades et au secours des miséreux. L’ordre sera dissous 1)Le participe passé « dissous « (orthographe traditionnelle) donne la forme « dissout » en orthographe rectifiée de 1990. Je m’en tiens à la forme traditionnelle, que je préfère. au moment de la Révolution. Quittant alors la France, les Trinitaires n’y reviendront qu’en 1970.

Une dernière remarque concernant le moulon des Pénitents Blancs : il demeure, à l’abri des façades, occupé par une vaste étendue de jardins. Il en va de même pour la plupart des moulons figurés sur le plan de 1766. La bastide y trouve sa respiration. Elle conserve de la sorte une grande proximité avec la nature au sein de laquelle elle s’inscrit.

Notes   [ + ]

1. Le participe passé « dissous « (orthographe traditionnelle) donne la forme « dissout » en orthographe rectifiée de 1990. Je m’en tiens à la forme traditionnelle, que je préfère.
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3 réponses à A Mirepoix – Le moulon des Pénitents Blancs

  1. Martine Rouche dit :

    Article du chanoine Robert, consacré aux Pénitents Bleus :

    Penitents bleus
    La pensée d’atténuer le mal causé par la réforme et de réagir contre les débordements donna naissance, au 16e siècle,à ces nombreuses confréries de pénitents qui fleurirent pendant plus de 300 ans en Italie, en Allemagne, en Espagne et en France. Elles se composaient de pieux laïques, de prêtres et même de prélats qui s’engageaient à mener une vie pénitente et mortifiée pour le salut de la religion, de l’Etat et de la cité.
    Avant la Révolution, ces confréries furent très nombreuses dans le midi de la France; il n’y avait pas de paroisse tant soit peu importante qui n’eût une compagnie. Elles se distinguaient par la couleur de l’habit.
    La fondation de la confrérie royale des pénitents de Toulouse (bleus) en 1575 donna la pensée à l’évêque de Mirepoix Pierre II de Villars (1575-1615) d’en établir une semblable dans sa ville épiscopale et de l’affilier à la confrérie toulousaine dont il faisait lui-même partie; mais cette tentative ne réussit qu’à demi. Elle fut reprise par son successeur Pierre de Donnaud (1615-1635).
    Constitués en dehors de toute hiérarchie ecclésiastique, les Pénitents étaient donc obligés de vivre en dehors du service paroissial. Aussi leur premier soin était-il de construire une chapelle pour leurs offices propres.

    Antoine de Vaulx, chanoine sacriste de la cathédrale donne « aux frères de la pénitence », pour édifier une chapelle, la métairie de Brègne dans le dimaire de St Genès. Monsieur Castignoles offre de donner une maison et un jardin situés à la rue Cournanel attenant aux remparts (1er mars 1599) en échange de la métairie qu’il reprend; il fait dans cette affaire un bénéfice de 150 livres qu’il donne au prieur de la compagnie, pour la construction de la chapelle dans le jardin donné en échange.
    Le gros de la chapelle fut construit dans les premiers mois de l’an 1600; les confrères ne cessèrent de l’embellir.

    Ils adoptèrent le costume et les statuts de Toulouse, un voile percé de 2 trous à la hauteur des yeux pour préserver leur anonymat. (De nombreux rois de France, de Louis XV à Charles X ont fait partie des pénitents bleus)
    La chapelle des pénitents bleus s’ouvrait sur la rue Cournanel, appelée ensuite rue des Pénitents bleus et actuellement rue du maréchal Clauzel. Elle avait la forme d’un rectangle et était orientée du midi au nord. On y avait accès par une porte en plein cintre, un peu basse précédée de 3 degrés en pierre de taille. Le sanctuaire un peu arrondi à l’intérieur était orné d’un beau retable dans le genre de celui qui se voit encore dans l’église Notre-Dame-et-St- Michel du cimetière. Le tableau de St Jérôme, actuellement à la chapelle des agonisants à la cathédrale, occupait le milieu du retable, encadré par 2 colonnes. Un lambris en bois entourant l’autel et partant des 2 piliers sur lesquels était fixée la balustrade, avait été commandé le 15 janvier 1683 par Mr de Jonfrignoy archidiacre de Mirepoix et prieur de la confrérie.

    La chapelle des pénitents bleus, si pieuse, si recueillie et assez rapprochée de l’évêché servit plusieurs fois pour les ordinations. Le 10 mars 1630 Louis de Nogaret de la Valette, évêque de Mirepoix, y fit une ordination générale.
    Le 7 avril 1753, Mgr Jean-Baptiste de Champflour fit de même.

    La loi du 10 avril 1794 titre 1er article 1er ayant aboli les congrégations et les confréries, celle des Pénitents bleus fut dissoute et ses biens confisqués au profit de la nation.

    Gabriel Clauzel fabriquant de drap, ardent révolutionnaire, acheta à vil prix la maison et la chapelle et transforma cette dernière en grenier à laine et à coton.

  2. autissier dit :

    que d’érudition! mesdames – mais c’est bien agréable à lire!!!!!!!!!!!! merci – colette

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