Christine Belcikowski

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Féeries

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Tandis que tout là-haut, dans le ciel empyrée,
— nueve meses de invierno, tres meses de inferno,
comme à Madrid !  —
el padre Fernando Saavedra,
nacido en 1847,
joue aux échecs avec el ingenioso hidalgo
Miguel de Cervantes Saavedra,
nacido en 1547,
jumeaux stellaires,
— nain et géant,
enano y gigante,
dit le manchot de Lépante —
amis de la sauterelle,
du noctambule et de la rose
du palanquin et du zéro...
tandis que le cavalier de la nuit
galope sur l'échiquier,
car il a rendez-vous,
c'est heure pour lui
de sauter, oh, oui !
sur la belle princesse...
Anno 69, quatre empereurs se succèdent
tout en bas sur le globe terraqué,
Galba, Othon, Vitellius, Vespasien,
Othon fait tuer Galba qui a fait tuer Néron,
Vitellius fait tuer Othon qui a fait tuer Galba,
Vespasien fait tuer Vitellius qui a fait tuer Othon,
et le vulgum pecus, qui aspire
comme toutes les créatures
à l'avénement d'un Messie,
s'assemble aux carrefours.
Le bruit vole,
il s'écrit sur les murs.
NERO REDIT. NERO REDIVIVUS.
— Nero est sauf !
— Nero est caché chez les Parthes !
— Nero revient !
— Nero marche à la tête d'une nouvelle armée !
— Nero vient chasser les conspirateurs !
— Nero va rentrer ce soir, victorieux, dans Rome !
Mais Nero Claudius Caesar Augustus Germanicus,
né Lucius Domitius Ahenobarbus,
était mort bel et bien le 9 juin 68,
et Vespasien déjà, près de Jérusalem,
occupait Emmaüs,
où le Christ n'est jamais revenu.
Anno 1096, sept moines chaldéens,
descendants des Sept Sages,
Oannès, Euedôkos, Eneugamos, Eneuboulos, Anêmentos, Odakôn,Anodaphos,
les carpes humaines,
transmettent aux hommes de la Croisade
la mémoire des secrets
d'avant le Déluge,
le savoir des choses cachées
depuis la fondation du monde.
Anno 1314, Jacques de Molay,
dernier maître de l'Ordre du Temple,
flambe sur l'île aux Juifs,
sans avoir trahi son secret.
Le savoir des choses cachées
depuis la fondation du monde
demeure enfoui dans l'obscurité de son origine.
Les vieilles carpes humaines, ici, maintenant,
ne parlent plus
ou elles ont disparu.
Le Messie, qu'on espère toujours,
nul n'en sait jamais ni le jour ni l'heure.
Le Déluge toujours et toujours,
recommence :
c'est la Guerre.
Maudits ! Maudits ! Tous maudits !
Tandis que tout là-haut, dans le ciel de La Haye,
fouetté par la pluie et le vent de novembre,
anno 1676, le solide Gottfried Wilhelm Leibniz,
né en 1646,
et le frêle Baruch Spinoza,
né en 1632,
disputent sous la fenêtre,
eux aussi, une partie d'échecs.
— Spinoza laisse à l'heure de sa mort,
dit son inventaire,
« un petit jeu d’échecs noué dans un sachet » (1). —
Ils ont ensuite disputé encore
de la substance et de l'étendue,
de la volonté et de l'entendement,
des lanternes magiques et des lentilles optiques,
des les Fulgurations continuelles de la Divinité de moment en moment (2),
des spectacles qu'on voit au Boulevard du Temple,
métamorphoses merveilleuses, sauts périlleux, vols,
Circé Magicienne qui transforme,
enfers qui paraissent
(3),
et des choses cachées qui sont dans la Kabbale...
Le soir tombait, la chandelle fumait,
Spinoza mourrait en février de l'année 1677,
et Dieu pendant ce temps
ordonnait à un grand poisson
d'engloutir Jonas (4).

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1. Cf. Christine Belcikowski. Inventaires. Nerval. Spinoza.

2. Leibniz. Monadologie, § 47.

3. Leibniz. Drôle de pensée touchant une nouvelle sorte de représentations. 1675. Cf. Christine Belcikowski. La fin de Leibniz.

4. Bible. Livre de Jonas, II, 1.

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