Christine Belcikowski

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Une visite à Saint-Michel-de-Lanès le 19 septembre 2020

Rédigé par Belcikowski Christine 2 commentaires

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Ci-dessus : vue de Saint-Michel-de-Lanès dans les années 1900.

Ce samedi 19 septembre 2020, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, nous avons visité le paysage et l'histoire de la commune de Saint-Michel-de-Lanès (Aude), sous la conduite inspirée et inspirante — auxilium et consilium — d'Henri Pradalier, éminent représentant de l'Université Jean Jaurès de Toulouse et du Framespa (France Amériques Espagne — Sociétés Pouvoirs Acteurs), délégation Occitanie Ouest du CNRS.

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Ci-dessus : vue de la mairie de Saint-Michel-de-Lanès dans les années 1900.

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Devant la mairie, le monument aux morts de Saint-Michel-de-Lanès. Il porte les noms des morts des guerres de 187O, 1914-1918, 1940-1845, Indochine, Algérie.

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Ci-dessus : vue de la mairie de Saint-Michel-de-Lanès aujourd'hui.

Rendez-vous est fixé devant la mairie, située derrière le square Auguste Ardène, au bord de la D625 qui, venue de Salles-sur-l'Hers, va vers Villefranche-de-Lauragais.

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Ci-dessus : vue de l'actuelle D625 à Saint-Michel-de-Lanès dans les années 1900.

Au bord de cette route, face au square et orientées est-ouest pour se prémunir du vent qui souffle ici une bonne partie de l'année, une suite de grosses maisons, édifiées au XIXe siècle par des marchands de blé. À noter que Saint-Michel-de-Lanès a connu deux périodes de grande postérité : le XIXe siècle avec le blé, et, plus tôt, le XVIe siècle avec le pastel. D'autres maisons, de style XVIIIe ou XVIIe, témoignent de cette prospérité dans la ville basse, au bord de la rue qui monte en direction de la ville haute et de l'église paroissiale.

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Ci-dessus : entrée du square Ardène.

Dans le square, on peut admirer une statue repésentant Saint Michel terrassant le dragon, offerte en sus du terrain dévolu au square, par Jean Arnaud "Auguste" Ardène (1823-1885) (1), riche propriétaire qui a été en son temps maire de la ville. Le dragon a une tête humaine. L'archange, de nos jours, a perdu une aile.

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Ci-dessus : vue plus ancienne de l'archange Saint Michel terrassant le dragon. L'œuvre a été inaugurée en 1874.

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Ci-dessus : tête du dragon.

Nous nous trouvons là, sous les arbres aux feuillages abondants, dans la plaine de l'Hers-mort, situation qui a donné à la communauté de Saint-Michel son nom de « Lanez », puis « Lanès », de l'ancien « llanès », plaine, qu'on retrouve en Espagne dans « llana », plaine aussi, et en Amérique du sud dans « llanos », région de plaines herbeuses.

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Ci-dessus : vue du Château Ardène dans les années 1900.

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Empruntant derrière le square le pont qui franchit l'Hers-mort, nous abordons ensuite la rue qui monte vers l'ancien bourg castral, et, plus haut encore, vers l'église, le calvaire, ainsi que les vestiges du premier château de la ville. Au pied de cette rue s'élève le « Château Ardène », second château de Saint-Michel-de-Lanès, issu de la transformation d'une bâtisse plus ancienne, qui appartenait avant la Révolution à Jean François Gabriel de Polastron (2), et qui doit à Jean Arnaud "Auguste" Ardène, son propriétaire suivant, le décor néo-renaissant qui lui confère son air de richesse coruscante. Au début du XXe siècle, le château appartenait à la comtesse de Monts, proche parente de la famille Ardène. Depuis 1995, il est propriété du vicomte et de la vicomtesse de la Panouse.

Arrivés à mi-chemin dans l'ascension de ladite rue en pente, nous nous arrêtons au bord de la petite rigole, magnifiquement refaite en galets, qui court dans le lacis des ruelles de la ville haute et qui, aujourd'hui comme hier, y collecte les eaux de ruissellement. Bâtie au pied des anciens remparts, la ville haute abrite un ensemble de maisons plus modestes, dont certaines ont conservé leurs pans de bois.

Au-dessus des anciens remparts s'élèvent l'église Saint Michel et son Calvaire. Du premier château seigneurial, celui de la famille Lenoir de Saint-Michel au XIIe siècle et de la famille d'Araih au XVIe siècle, subsiste seulement une fenêtre gothique, et peut-être quelques restes de portes, inclus dans une maison ressurgie plus tard des ruines dudit château.

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Après nous avoir invités à remonter le cours du temps en même temps que la dénivelée du site de Saint-Michel-de Lanès, Henri Pradalier nous propose une visite commentée de l'église Saint Michel et de son calvaire. Le patronyme de Saint Michel, remarque Henri Pradalier, convient à une église située en hauteur, car l'archange agit dans un geste qui descend vers la terre. Il est à ce titre le patron des parachutistes.

Avant de devenir église paroissiale, dixit Henri Pradalier, l'église Saint Michel a d'abord été chapelle castrale. Le portail et l'abside pentagonale, qu'on date de la fin du XVe siècle, ainsi que divers soubassements gothiques, visibles dans le chœur, constituent les éléments les plus anciens de l'église actuelle. Celle-ci a probablement été bâtie à partir des ruines de l'ancienne chapelle castrale. Des chapelle latérales lui ont ajoutées plus tard, en réponse à la demande des fidèles, devenus au fil du temps plus nombreux. L'édifice est resté jusqu'au XIXe siècle couvert d'une charpente en bois. La voûte plâtrée, de style ogival, a été ajoutée en 1844.

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Enrichi de plusieurs voussures, le portail se trouve surmonté d'un pyramidion, agrémenté de crochets. Il est encadré de « deux fins pinacles biseautés sculptés dans la partie médiane et supérieure de deux petits gâbles fleuronnés » (3). À l'angle nord-ouest de la façade, on remarque un culot orné de figures sérieuses ou grotesques.

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Ci-dessus : culot orné de figures sérieuses ou grotesques.

Au-dessus du portail, visible dans l'appareil, l'élévation du cloche-mur s'est faite en plusieurs temps. À la première surélévation succède celle qui supporte les quatre baies campanaires, décentrées pour ménager sur l'arrière du clocher la place nécessaire à l'installation de la tour scaligère qui permet d'accéder aux cloches. La baie sommitale, d'appareil plus grossier, est de création plus tardive encore. L'ensemble de ces baies accueille aujourd'hui un carillon électrifié que l'on peut entendre ici (3).

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Derrière le maître autel, le décor peint découvert en 1996 lors d'un ravalement du mur de l'abside, date du XVIIIe siècle. Ce décor fait montre d'une qualité remarquable dans le traitement des ombres, et par là dans le jeu des effets d'optique.

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À comparer avec le décor peint de l'église de Peyrefitte-sur-l'Hers (Aude). Cf. Christine Belcikowski. Une visite à Peyrefitte-sur-l’Hers.

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Ci-dessus : détail du décor peint de l'église de Peyrefitte-sur-l'Hers.

Dans le chœur de l'église de Saint-Martin-de-Lanès, le maître autel date de 1898. Inauguré à la faveur d'une Mission, il a été commandé et financé par les paroissiens, qui demeurent aujourd'hui encore très attachés à cette belle pièce, typique du style néo-gothique dans lequel l'église a été redécorée au XIXe siècle. Cet autel supporte sur sa face avant trois bas-reliefs, représentant, entre autres scènes évangéliques, le repas d'Emmaüs.

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Ci-dessus : aupied du maître autel, le repas d'Emmaüs.

L'une des chapelles latérales de l'église, dite Chapelle de la Bonne Mort, est la chapelle familiale de la famille Ardène. Jean Arnaud "Auguste" Ardène en a inspiré et financé le riche décor.

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Ci-dessus : grille en fer forgé de la chapelle de la Bonne Mort.

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Ci-dessus ; ange, dans:la chapelle de la Bonne Mort.

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Ci-dessus : Vierge à l'Enfant, dans la chapelle de la Bonne Mort.

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Ci-dessus : vitrail, dans la chapelle de la Bonne Mort. Les prénoms ses saints représentés sur ce vitrail sont ceux que portent aussi les membres de la famille Ardène.

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Ci-dessus : représentation de la bonne mort, dans la chapelle dédiée.

Derrière l'église Saint Michel, le terrain s'élève encore jusqu'à un calvaire, dont la butte a été créée artificiellement, à la fin du XIXe siècle. Depuis l'église, le parcours des 14 stations se fait de droite à gauche autour de la butte jusu'au sommet de cette dernière, couronné des trois croix du Golgotha.

Chaque station comprend une sorte de petit oratoire, édifié en forme de niche sur une base comportant une plaque de marbre gravée au nom du donateur de l'édifice. Les noms gravés sur ces plaques sont ceux des habitants du Saint-Michel-de-Lanès de l'époque considérée. Chacune des niches abrite un bas-relief en terre cuite, représentant une scène du chemin de croix. Ces bas-reliefs, détériorés par les intempéries, sont actuellement en cours de restauration. Ils sont beaux toutefois, et fort émouvants, dans l'état de fragilité qu'ils doivent au passage du temps.

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Ci-dessus : première station du chemin de croix.

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Ci-dessus : « Jésus est condamné à mort ». Vue rapprochée de la même station.

Derrière le cimetière, qui se trouve sur la pente, un peu en deça de l'église, le vaste horizon du Lauragais.

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À lire aussi :
Histoire de Saint-Michel-de-Lanès
Saint-Jean du Rival de ses origines à 1315

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1. Jean Arnaud "Auguste" Ardène est le petit-fils d'Auguste Dejean, baron puis comte Dejean, général de brigade (1811), général de division (1814), inspecteur général de cavalerie (1832-1843), entomologiste ; et d'Adèle Barthélémy, fille elle-même de Jacques Barthélémy, négociant, échevin de Marseille, trésorier de l'hôtel impérial des Invalides en 1806.

2. Jean François Gabriel de Polastron, troisième comte de Polastron, baron de Saint-Michel-de-Lanès, grand sénéchal du comté d'Armagnac, gouverneur de Castillon, guillotiné le 13 juillet 1794.

3. Ministère de la Culture. POP : la plateforme ouverte du patrimoine. Église paroissiale de Saint-Michel-de-Lanès.

4. Merci à Georges Aligant qui m'a signalé cet enregistrement.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

2 commentaires

#1  - Brigitte a dit :

Un beau village où l.on passe un peu vite souvent..merci pour cette visite éclairée !

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#2  - MaureenT a dit :

Merci d'avoir partagé cette intéressante visite. On apprend beaucoup sur le village et son église. De belles images aussi.

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