Christine Belcikowski

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À propos de Marie de Soleilhavolp, épouse de Pierre de Lévis Ajac

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Archives du château de Léran. Inventaire historique et généalogique des documents des branches latérales de la maison de Lévis. Tome IV, p. 637. Privat. Toulouse. 1912

D'après l'Inventaire historique et généalogique des documents des branches latérales de la maison de Lévis, Pierre de Lévis (1), baron d'Ajac, épouse le 24 avril 1754 Marie de Sebiascolp de Murat, fille de Jean Jérôme Sebiascolp de Murat et de Paule de Pouy Souare. Ce nom de Sebiascolp ne dit rien à personne, et pour cause, car il ne se trouve mentionné ni dans le registre paroissial d'Ajac — l'année 1754 manque — ni nulle part ailleurs, sauf dans l'Histoire de la Bezole et de ses environs (Aude) (2) de Jacques Lemoine, sans autre précision, et dans l'Histoire et généalogie de la maison de Lévis (3) de Georges Martin, sans autre précision non plus, puisque tous deux tirent leur information du seul l'Inventaire historique et généalogique des documents des branches latérales de la maison de Lévis.

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18 mars 1785. Sépulture de Pierre de Lévis. AD11. Ajac. 1681-1789. Document 100NUM/AC3/1E1. Vue 319.

Pierre de Lévis meurt à Ajac le 17 mars 1785. On lit sur son acte de décès, « marié à Dame Marie de Soleilvolp de Murat ». Cette dame s'appelle donc, d'un acte l'autre, Sebiascolp de Murat d'abord, puis Soleilvolp de Murat. Qu'est-ce à dire ?

Le hasard a voulu que la réponse me soit fournie par un partage d'information émanant d'une amie (4), qui, enquêtant à Toulouse sur la généalogie de Pierre Paul Riquet, est tombée dans le registre paroissial de l'église Saint Étienne sur l'acte de mariage de Pierre de Lévis, baron d'Ajac, et de « Marie de Soleilhavolp de Sacère de Murat, fille de feu Messire Jean Jérôme de Soleilhavolp et de Dame Paule de [Poui ?] Sacère ».

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4 mai 1754. Mariage de Pierre de Lévis, baron d'Ajac, et de Marie de Soleilhavolp. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Saint Étienne. 1754. Cote : GG331. Vue 34.

I. Tentative de généalogie de Marie de Soleilhavol

1. Du côté Pouy de Sacère

Munie du nom approximatif de la mère de Marie de Soleilvolp, Paule de Pouy de Sacère, j'ai trouvé le baptême et la filiation de ladite Paule de Sacère dans le registre paroissial de Marignac (Haute-Garonne).

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20 octobre 1700. Baptême de Laure de Sacère. AD31. Marignac. 1685-1706. Document 1 E 1. Vue 25.

Baptisée le 20 octobre 1700 à Marignac, Paule du Pouy de Sacère est fille de Noble Jean du Pouy ou Dupuy de Sacère, et de Cécile de Fortisson de Saint-Maurice

Jean du Pouy, père de Paule du Pouy de Sacère, est baron d'Ore au comté de Comminges, seigneur haut justicier d'Escanecrabe, Castéra, Salerm, co-seigneur de Marignac, sous-fermier du Domaine en la généralité d'Auch. Il doit son nom de Sacère à Guillaume de Pouy, son ancêtre, qui, le 20 décembre 1553, à Marignac, a épousé par contrat Marguerite de Sacère, fille de Noble Guillaume Raimond de Sacère, seigneur de Marignac.

Jean de Pouy doit encore son nom de Sacère à Jean Jacques del Pouy, son père, baron de Marignac, capitaine châtelain de Saint-Béat, qui a épousé Paule d'Astorg, fille de Jean d'Astorg, seigneur du Thuy, et d'Anne de Sacère, fille elle-même de Barthélémy II de Sacère, co-seigneur de Marignac, et de Marie d'Ustou.

Cécile de Fortisson de Saint-Maurice, mère de de Paule du Pouy de Sacère, est fille de Pierre de Fortisson de Saint-Maurice (1625-1703), seigneur de Saint-Maurice-sur-Adour, et d'Antoinette de Reynier.

Baptisée le 15 octobre 1703 à Marignac, Marie Josèphe du Pouy de Sacère, sœur puînée de Paule du Pouy de Sacère, entre le 7 avril 1713 chez les Demoiselles de Saint-Cyr, et elle en sort le 14 octobre 1723, suite à quoi, le 30 août 1726, elle bénéficie d'une dot (5). Elle épouse ensuite Pierre Joseph Hector de Tournemire, seigneur de Malartic, capitaine de dragons, gouverneur de la ville et du château de Saint-Béat.

2. Du côte Soleilhavolp

La généalogie de la famille Soleilhavolp demeure mal connue. Rien n'indique, comme on le verra ci-dessous, pourquoi, le jour de son mariage, puis le jour du décès de son époux, Marie de Soleilhavolp se trouve nommée « Sebiascolp de Murat » ou « Soleilhavolp de Murat ». La raison en reste à trouver. Voici en tout cas une petite compilation des quelques renseignements qu'on peut glaner ça et là.

2.1. Jean de Soleilhavolp

Au XVIIe siècle, Jean Soleilhavolp, marchand, puis bourgeois, tient une maison d'un peu plus de 57 cannes rue des Changes, dans le capitoulat du Pont-Vieux. Cette maison n'existe plus aujourd'hui, car elle a été emportée par le percement de la rue de Metz (6).

Dans le tome II de son Histoire des rues de Toulouse, Jules Chalande évoque l'histoire de cette maison :

« A l’ancien n° 11, emporté aussi par la rue de Metz : en 1550, le président Antoine de Malras, puis ses héritiers ; en 1624, Messire Antoine de Sénis, trésorier général de France en la généralité de Limoges ; en 1643, noble Jean de Ceaux, bourgeois, capitoul en 1645, dont le portrait par Antoine Durand se trouve au Musée Saint-Raymond, sur la miniature de 1645 arrachée aux Annales ; en 1654, Jean de Soleilhavolp, marchand, capitoul en 1651-52 et 1652-53, dont le portrait se trouve sur la miniature des Annales de 1652 et le blason dans la cour Henri IV, et en 1679, son fils Étienne-Noël Soleilhavolp, écuyer, capitoul en 1691. » (7)

Jean Soleilhavolp possède également une maison au nº 9 de la rue Joutx-Aigues, dans le capitoulat Saint-Barthélémy.

De la rue Joutx-Aigues, Robert Mesuret dit dans son Évocation du vieux Toulouse qu'elle a successivement abrité dans la maison numérotée 7 et 9 deux consuls, « Guillaume Mestre, dit Boisson (nº 7), peint par Chalette en 1625-1626, et Jean de Soleilhavolp, bourgeois (nº 9), peint par Durand sur les chroniques de 1651-1652 et de 1652-1653. Cette maison avait été vendue en 1645 aux frères Soleilhavolp [Jean et Pierre (8)] et à Jean Fraisse, marchands associés, par Jean-Pierre de Lespinasse, conseiller au présidial, auquel on peut attribuer les deux fenêtres de la Renaissance. De l’une d’elles, Mazzoli a dessiné la croisée : un terme ailé avec sa gaine torse, sa tête coiffée par un dauphin, ses ailes prolongées par un feston. » (9)

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Ci-dessus : « ... deux fenêtres de la Renaissance. De l’une d’elles, Mazzoli a dessiné la croisée : un terme ailé avec sa gaine torse, sa tête coiffée par un dauphin, ses ailes prolongées par un feston. »

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Ci-dessus : vue du nº 9 de la rue Joutx-Aigues aujourd'hui ; en haut à droite sur l'image, les deux fenêtres de la Renaissance.

Jean de Soleilhavolp est élu capitoul de la Dalbade en 1651-1652, puis en 1652-1653. Le capitoulat lui confère la noblesse. Il porte désormais « d'azur aux deux renards affrontés regardant un soleil en chef ; le tout d'or. Ce sont des armoiries parlantes : un soleil aux renards ; SOL et VULPIS » (10). Le portrait de Jean de Soleilhavolp, peint sur vélin par Antoine Durand, se trouve conservé dans les registres de l'hôtel de ville de Toulouse.

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Alexandre du Mège.Histoire des institutions religieuses, politiques, judiciares et littéraires de la ville de Toulouse. Volume 2, p. 443. Laurent-Chapelle, Libraire, Éditeur. Toulouse. 1844.

2.2. Noël Étienne de Soleilhavolp

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Alexandre du Mège.Histoire des institutions religieuses, politiques, judiciaires et littéraires de la ville de Toulouse. Volume 2, p. 448. Laurent Chapelle, Libraire, Éditeur. Toulouse. 1844.

Fils de Jean de Soleilhavolp, Noble Noël Étienne de Soleilhavolp († 1702), écuyer, tient rue des Changes et rue Joutx-Aigues mêmes maisons que son père. Il est élu capitoul en 1691. Il est également capitaine de la seconde garde bourgeoise de la ville (11)

Ci-dessous, localisation des deux maisons de Noël Étienne de Soleilhavolp sur le cadastre de 1680-1794. (12)

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Ci-dessus : localisation de l'ancien numéro 11 de la rue des Changes et du numéro 9 de la rue Joutx-Aigues, où se situaient les deux maisons de Noël Étienne de Soleilhavolp.

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Ci-dessus : emplacement de la maison dont Étienne Noël de Soleilhavolp a été propriétaire à l'ancien n° 11 de la rue des Changes.

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Ci-dessus : emplacement de la maison dont Étienne Noël de Soleilhavolp a été propriétaire au numéro 9 de la rue Joutx-Aigues.

On connaît à Noble Étienne Noël de Soleilhavolp trois enfants au moins, Anne, Suzanne, et Marie Anne, dont les actes de baptême fournissent quelques renseignements supplémentaires concernant les parents, alliés et amis de la famille Soleilhavolp.

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19 avril 1681. Baptême d'Anne de Soleilhavolp, fille de Noble Noël Étienne de Soleilhavolp, écuyer, et de Demoiselle Marie de Filhol. Parrain, Monsieur Maître Claude Filhol, professeur en l'université de Toulouse et ancien capitoul. Marraine, Demoiselle Anne de Soleilhavolp, femme de Monsieur Dutilh, sieur de Pujol et ancien capitoul, remplacée par Demoiselle Gabrielle Dutilh, fille de la marraine. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Saint Étienne. 1680-1683. Cote : GG252. Vue 27.

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11 mai 1683. Baptême de Suzanne de Soleilhavolp, fille de Noble Noël Étienne de Soleilhavolp et de Demoiselle Marie de Filhol. Parrain, Noble Jean Baptiste Soleilhavolp, frère du père. Marraine, Demoiselle Suzanne de Robert, femme de Maître Filhol, professeur en l'université de Toulouse et ancien capitoul. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Saint Étienne. 28 avril 1683 - 7 février 1684. Cote : GG253. Vue 6.

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25 août 1690. Naissance de Marie Anne de Soleilhavolp, fille de Noble Noël Étienne de Soleilhavolp et de Demoiselle Marie de Filhol. 11 février 1693. Baptême de Marie Anne de Soleilhavolp. Parrain, Maître Claude Silhol, chanoine de Montpezat au diocèse de Cahors. Marraine, Demoiselle Anne de Soleilhavolp, sœur de la baptisée. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Notre Dame du Taur. 1692-1694. Document 2E IM 8797. Vue 29.

2.3. Jean Jérôme de Soleilhavolp

Lointain descendant de Jean de Soleilhavolp, Noble Jean Jérôme de Soleilhavolp, marié à Paule de Pouy de Sacère, est père de Marie de Soleilhavolp, qui épouse le 4 mai 1754 Pierre de Lévis, baron d'Ajac. Il tient maison au numéro 10 de la rue de Périgord, dans le capitoulat de Saint-Sernin. C'est donc là que Marie de Soleilhavolp a grandi. Depuis 1847 à 1860, la maison est le siège du lycée privé Sainte-Marie-de-Nevers.

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Ci-dessus : emplacement de la maison dont Jean Jérôme de Soleilhavolp a été propriétaire au numéro 10 de la rue de Périgord.

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Ci-dessus : vue du numéro 10 rue de Périgord, siège du lycée privé Sainte-Marie-de-Nevers, aujourd'hui.

II. Quand Paule de Pouy de Sacère, mère de Marie de Soleilhavolp, achète un hôtel particulier de la rue Vélane

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Ci-dessus : emplacement de la maison dont Paule de Sacère, puis Marie de Soleilhavolp, sa fille, ont été propriétaires au numéro 5 de la rue Vélane, dans le capitoulat de Saint-Étienne.

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Ci-dessus : façade de l'hôtel de Sacère Murat au numéro 5 de la rue Vélane, aujourd'hui.

Le 25 août 1758, devenue veuve de Jean Jérôme de Soleilhavolp, Paule de Pouy de Sacère achète au numéro 5 de la rue Vélane, dans le capitoulat de Saint-Étienne, la maison de Jean Pierre René Aymar, avocat en parlement. Aujourd'hui encore, cette maison demeure connue sous le nom d'hôtel de Sacère-Murat. Michèle Eclache, dans un numéro de L'Auta : que bufo un cop cado més, propose une brève histoire et une description de cet hôtel :

« L'hôtel de Sacère-Murat (rue Vélane, 5) a été faussement appelé hôtel Médon et daté de 1641 par Chalande, repris par Mesplé qui doutait un peu, il est vrai, de cette date, mais pas assez pour la récuser ; Mesuret, lui, estimait que l'édifice semblait « avoisiner 1700 ».

En réalité, en 1641 et 1644, Dominique Vignaux, procureur en Parlement, acheta trois parcelles contiguës dans la rue Vélane. La reconstitution du parcellaire de l'époque permet de les localiser aux actuels numéros 5 et 7 tandis que la série des mutations immobilières nous en apprend l'histoire. Avant 1658, Bernard Médon, conseiller au Présidial et homme d'une vaste culture, en devint propriétaire du fait de son mariage avec la fille de Vignaux. La parcelle de droite (actuel n° 7), qui était toujours aux mains des Médon en 1680, fut vendue, par des héritiers, en 1748. Les deux autres avaient été réunies en une seule maison, qui sortit du patrimoine des Médon avant 1680 et eut pour propriétaires successifs, à partir de cette date, Madame de Carbounié, veuve de Monsieur Delsoulhié, Messieurs Mengaud, Boyer et enfin Jean Pierre René Aymar, avocat en Parlement. Celui-ci, le 25 août 1758, vendit la demeure à Paule du Pouy de Sacère, veuve de Jean Jérôme de Soleilhavolp de Murat : le contrat stipulait sa reconstruction, que la nouvelle propriétaire avait déjà fait entreprendre, d'ailleurs.

Cet hôtel est tout à fait original en ce qu'il participe de l'hôtel sur la rue et de l'hôtel entre cour et jardin.

Du premier, il conserve un haut corps de bâtiment bordant la rue, dont la façade est presque entièrement occupée par une très monumentale arcade — elle englobe la porte cochère et une fenêtre d'entresol — en bossages à refends, couronnée d'un fronton qui masque en partie l'étage attique : ces niveaux correspondent aux deux étages des autres ailes. Ce corps de bâtiment n'abrite pas le logis, comme c'est le cas dans l'hôtel sur la rue, mais des pièces de service, de part et d'autre du passage d'entrée qui débouche dans l'angle de la cour.

Les pièces nobles sont au fond, au rez-de-chaussée et à l'étage, desservi par l'escalier dont la cage occupe pratiquement toute l'aile latérale.

Les façades sur la cour sont simplement ordonnancées. Celle sur le jardin, avec son avant-corps central aux angles arrondis, a reçu un traitement particulièrement soigné — caractéristique de l'hôtel entre cour et jardin — alors même que l'exiguïté de ce jardin, qui n'a guère plus de 6 mètres de profondeur, en interdit toute vue d'ensemble. Les solutions architecturales trouvées ici ont permis, non sans bonheur, de concilier les exigences de l'hôtel classique avec la petitesse du terrain (à peine plus de 500 m2).

À l'intérieur, la sobriété du décor — rampe d'escalier en fer forgé, lambris et cheminée en marbre du grand salon — s'associe parfaitement à la discrétion de la demeure. » (13)

Depuis le 29 octobre 1774, date du mariage de Jeanne Marie de Lévis, sa fille, avec Pierre Marie Gilbert de Montcalm Gozon, le château d'Ajac, où Marie de Soleilhavolp résidait jusqu'alors, est devenu propriété de la maison de Montcalm. Après la mort de Pierre de Lévis Ajac, son mari survenue en 1785, Marie de Soleilhavolp s'est probablement installée à Toulouse, dans l'hôtel de Sacère-Murat, dont elle se trouvait héritière depuis la mort de sa mère. Jules Chalande, dans l'Histoire des rues de Toulouse note qu'elle « possédait encore cet hôtel après la Révolution » (14). On ignore le lieu et la date de son décès.

III. Une historiette un peu chaude, relative à la famille de Soleilhavolp

Dans ses Mémoires, revus et corrigés par Étienne Léon, baron de Lamothe Langon, Mademoiselle Quinault aînée, de la Comédie-Française, rapporte une anecdote dans laquelle un membre de la famille de Soleilhavolp joue auprès du Régent un rôle licencieux.

« Où allons-nous ? je ne sais ; il paraît que depuis la mort de Louis XIV, un vertige s'empare de la nation : les classes, les castes, tendent à se confondre ; c'est une galimafrée dont on ne saura comment se demêler. J'ai dit dans le volume dernier comment madame de Parabère redoutait la rivalité de la duchesse de Phalaris ou Falaris, car je n'ai jamais trop su l'orthographe de ce nom.

Cette dame, dont le mari se titrait duc par l'autorité papale, était une merveille de gentillesse, de grâce, de beauté, et de dévergondage. Jamais il ne fut créature plus désirable des pieds à la tête, et jamais on n'en rencontra de plus scandaleusement libertine. M. le Régent n'avait pas eu à pousser de longs soupirs pour faire sa conquête ; on se rendit à lui comme on se donna à son valet de pied, grand coquin de bonne mine, né d'une mère Basque et d'un père Gascon ; Soleilhavolp était son nom. Le misérable se targuait d'une noble origine, et malepeste ! se prétendait issu d'un capitoul de Toulouse ! Excusez du peu, s'il vous plaît. Quoi qu'il en soit, Soleilhavolp était la fleur des pois du Palais-Royal. Mesdemoiselles d'Orléans lui souriaient ; mademoiselle de Charollais avait pour lui un regard tendre ; mademoiselle de Sens n'en disait fi ; et mon frère, avec indignation, prétendait l'avoir rencontré en costume équivoque dans l'ex-oratoire de madame la duchesse de Berry.

Madame de Falaris se partageait scandaleusement avec le maître et le valet, celui-ci souvent en premier, M. le Régent à la suite ; spectacle hideux, dont je ne revenais pas. »

Et en effet, ajoute M. de Lamothe Langon, « une famille de ce nom se trouve dans le catalogue des capitouls de Toulouse, en 1652 pour la première fois. Son écusson, conservé dans le livre des annaies de cette ville, portait : D'azur aux deux renards affrontés regardant un soleil en chef; le tout d'or. Ce sont des armoiries parlantes : un soleil aux renards, SOL et VULPIS. » (15)

Il ne faut pas se méprendre à propos de ce valet de pied, grand coquin de bonne mine bommé Soleilhavolp. Le poste de valet de pied était, auprès du Régent, d'une grande importance, car équivalent à celui d'un intendant des plaisirs. Ce Soleilhavolp a été peut-être une créature du cardinal Dubois, principal ministre de l'État sous la Régence de Philippe d'Orléans. C'est là du moins l'opinion que Mademoiselle Quinault sussurre dans ses Mémoires.

Je n'ai pas eu le temps de dépouiller les registres paroissiaux de Toulouse, dans le but d'établir la filiation dudit Soleilhavolp, intendant des plaisirs du Régent. Mais la figure de ce « valet » interlope ajoute une touche baroque au sérieux de l'enquête entreprise ci-dessus.

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1. Cf. Christine Belcikowski. À propos de François de Lévis Ajac.

2. Jacques Lemoine. Histoire de la Bezole et de ses environs (Aude), p. 274. Socièté d'Etudes Scientifiques de l'Aude. 1970.

3. Georges Martin. Histoire et généalogie de la maison de Lévis, p. 126. Lyon. 2007.

4. Merci, Martine !

5. Fleury Vindry. Les demoiselles de Saint-Cyr (1686-1793), p. 337. Librairie Honoré Champion. Paris. 1908.

6. Robert Mesuret. Évocation du vieux Toulouse, p. 1002. Éditions de Minuit. Paris. 1960.

7. Jules Chalande. Histoire des Rues de Toulouse. Tome II : Monuments. Institutions. Habitants. Page 111. Édition des régionalismes. 17160 Cressé. 2018.

8. Jules Chalande. Histoire des Rues de Toulouse. Tome I : Monuments. Institutions. Habitants. Page 71. « La dernière maison, n° 9, qui forme l’angle de la rue, et où sont les deux croisillons de fenêtres, appartenait, avant 1478, au marchand Arnaud de Plasensac, capitoul en 1466 ; « après 1478, à Pierre de Plasensac, capitoul en 1473 et 1491 ; en 1571, au marchand Pierre Pellapoix, puis à Jean-Baptiste de Lespinasse, conseiller au présidial, qui la vendit, en 1645, à Jean Fraisse et Pierre et Jean Soleilhavolp, marchands associés, dont le dernier, Jean Soleilhavolp, qui fut capitoul en 1651-52 et 1652-53, a son portrait deux fois peint sur les miniatures des Annales, par Antoine Durand, en 1652 et 1653, et son blason sculpté dans la cour Henri IV, où il a été indûment placé en 1873, au lieu et place de celui de Vital de Confort. »

9. Robert Mesuret. Évocation du vieux Toulouse, p. 546.

10. Étienne Léon, baron de Lamothe-Langon. Mémoires de Mademoiselle Quinault aînée (de la Comédie-Française). Volume 2, p. 82. Ch. Allardin, Libraire. Paris. 1836.

11. Dom Cl. Devic et Dom J. Vaisete. Histoire générale de Languedoc.Tome XIV, pp. 1415-1516. Privat. Toulouse. 1876.

12. UrbanTist +. Recherche. Cadastre 1680-1794.

13. Michèle Eclache, dans « Trois hôtels toulousains du XVIIIe siècle ». In L'Auta : que bufo un cop cado més. Janvier 1987.

14. Jules Chalande. Histoire des Rues de Toulouse. Tome II. 274 — Rue Vélane.

15. Étienne-Léon baron de Lamothe-Langon. Mémoires de Mademoiselle Quinault ainée (de la Comédie-Française). Volume 2, p. 81-82. Ch. Allardin. Paris. 1838.

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1 commentaire

#1  - Jacques Gironce a dit :

Cette famille Souleilhavolp possédait un domaine agricole à Montlaur, en Lauragais, dont la métairie porte encore le nom de Solhabon (Souillabou).

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