Christine Belcikowski

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18 novembre 1822. Saisie du château du Puget à Gaja-la-Selve

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

Saisie immobiliaire pour le Sieur Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, de Lapenne, contre M. Hypolite de Lacget, au Puget.

I. Joseph Delort, l'huissier

II. Les biens saisis saisis

III. Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, le requérant

IV. Hypolite de Lacger, protagoniste de la saisie, et Pierre Claire de Lacger, son père

V. Conclusion

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I. Les biens saisis

« Le 18 novembre 1822, nous Joseph Delort, huissier près le tribunal civil de Castelnaudary, à la demande du Sieur Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, propriétaire, domicilié dans la commune de Lapenne, qui constitue maître Chavard pour son avoué avec élection de domicile en son étude et personne à Castelnaudary, en vertu d'un jugement rendu par défaut au profit du requérant contre M. Hippolyte de Lacger, propriétaire, domicilié au Puget, commune de Gaja-la-Selve, en la qualité d'un héritier de Monsieur Pierre Claire de Lacger, son père, le premier octobre dernier le tribunal de commerce de Castelnaudary enregistré et signifié, faute par Hippolyte de Lacger d'avoir déféré au jugement trentenaire qui lui fut notifié par nousdit huissier le neuf du même mois d'octobre, visé le même jour par M. le maire de la commune de Gaja-la-Selve, et n'avoir payé au requérant la somme de douze mille francs en principal, ensemble les intérêts et les frais légitimement exposés, nous nous sommes aujourd'hui exprès transporté au domaine du Puget et successivement sur les biens et possessions en dépendant situés dans la commune de Gaja-la-Selve, canton de Fanjeaux, arrondissement de Castelnaudary, où, étant à sept heures du matin, avons en suivant le pouvoir à nous donné par requérant, saisi, mis sous la main du Roi et de la justice, ledit domaine du Puget et dépendances comme suit.

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Article 1. Les bâtiments dudit château du Puget (1) contenant un logement du maître et une habitation pour l'homme d'affaires, logement des maîtres valets, deux terrasses, magasins, grange, écuries, bûcher, porcherie, volière, four, chenil, le tout embrassant une contenance de quatorze ares soixante une centiares, ou une quarterée ancienne mesure, confrontant de tous les aspects les possessions dudit domaine, lesdits bâtiments entourés de quinze ormeaux, gros et vieux.

Le logement du maître est de deux étages, édifié sur un terrain séparé de celui sur lequel sont les écuries.

L'habitation des maîtres valets a un mur qui a été élevé au couchant du nord au midi et qui continue du couchant au levant. Ce logement fait face au midi, et à l'est aspect trois portes d'entrée au rez-de-chaussée, cinq grandes fenêtres et une petite à l'entresol, deux au premier étage et deux au second, indépendamment d'une petite ouverture à l'usage d'un pigeonnier sur le mur, et dans le milieu et derrière, une montre solaire ; au nord sont deux grandes fenêtres au rez-de-chaussée, autant au premier et au second étage.

Les magasins qui sont au levant du logement du maître et qui y aboutissent en avançant du nord jusqu'au midi jusqu'au mur qui forme et soutient la terrasse. On a au premier étage cinq ouvertures au midi, savoir au rez-de-chaussée une porte d'entrée et une fenêtre, deux fenêtres au premier étage et au-dessus une ouverture du pigeonnier, au couchant donnant sur la terrasse ; ils ont deux portes d'entrée et entre deux petites fenêtres côté de ces portes ; et trois fenêtres au premier étage au levant sont trois petites ouvertures pour donner de l'air.

L'habitation de l'homme d'affaires a une porte au rez-de-chaussée et une fenêtre au premier étage aspect du midi.

C'est dans l'intérieur de cette première terrasse qu'est construit le chenil, ayant une ouverture au levant et une autre au midi, à chacune desquelles sont des barres de fer. Cet objet est adossé au mur du côté du couchant et du midi.

La volière est à gauche, adossée au mur du côté du couchant et au midi du logement du maître. Fenêtre sur la terrasse ; un portail pratiqué dans le mur du couchant, en sorte qu'en entrant on a à droite le chenil, à gauche la volière. Cette terrasse a quinze mètres de long sur douze de large environ.

Le logement des maîtres valets a un étage ; dans le bas sont les écuries à bœufs et chevaux. La porte d'entrée est au midi, ainsi que trois fenêtres au premier étage, et au nord une lucarne.

La bergerie et la porcherie sont au couchant de l'habitation des maîtres valets. La porte d'entrée est au midi. Elle est précédée d'un hangar couvert d'un plancher qui au nord appuie sur des écuries et qui est soutenu au midi par deux piliers en pierre, brique et chaux, au couchant par un [illisible] ou pignon, en sorte qu'il est ouvert au levant. Au nord la bergerie a une petite fenêtre, ainsi que la porcherie, pour prendre l'air.

La grange est pratiquée sur le derrière des autres bâtiments. Elle y est jointe et a sa porte d'entrée au nord sans étage.

Le bûcher est à côté de la grange et aussi sous le derrière d'un autre édifice. Il a la porte et deux fenêtres au nord au rez-de-chaussée.

Le four est adossé au mur qui a la terrasse au couchant. Il est vaste et a la porte au nord de celle du logement des maîtres valets.

Ce logement, les écuries, la bergerie, la porcherie et le four se trouvent sur une seconde terrasse qui est au couchant de la précédente, qui est aussi élevée et qui est soutenue au midi par sept piliers den pierre, briques et chaux. On y arrive par neuf escaliers en pierre pratiqués entre les deux premiers piliers, qui sont au levant. C'est sur cette terrasse qu'est le creux à fumier, entouré d'un mur en forme ronde d'une élévation d'environ un mètre trois quarts, couvert de tuiles, abandonné.

Le sol qui est au bord des bâtiments ensemble un hangar qui est construit sur celui, ayant onze mètres de long sur neuf de large, et dont le couvert est soutenu par huit piliers en pierre, dont quatre au nord et quatre au midi, et un [illisible] ou pignon qui est au couchant ; suivant ce sol est encore un garde-pile, n'ayant d'autre ouverture que la porte d'entrée qui est au midi. La contenance dudit sol est de deux [illisible] de quatorze ares soixante et une entières, ou une quarterée environ ancienne mesure ; et confronte de long d'aspect la possession du domaine du saisi.

Un petit jardin pour le maître contenant une are trente centiares ou deux pugnérées, ayant une porte d'entrée au levant. Il est clôturé. et confronte de tous les côtés du saisi.

Un petit jardin pour les maîtres valets contenant deux ares soixante-treize sétérées ou trois coups environ, confrontant du levant, couchant, le nord, saisi, le midi, un chemin.

Un ferratjat au levant des bâtiments contenant vingt-neuf ares vingt-trois centérées ou deux quartières ancienne mesure.

Un terrain connu sous le nom de Planal. D'auta contenant quatorze ares soixante et un centiares ou une quartérée environ ancienne mesure, confrontant du levant l'article précédent, couchant les bâtiments, le sol, midi chemin, nord saisi. » (2)

Articles 8 à 74. Autres possessions dudit domaine. La description de ces articles serait ici trop longue à reproduire. Elle comprend une grande quantité de près, bois, terres labourables, champs, vignes, etc. Le domaine est d'une richesse impressionnante.

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Ci-dessus : rare vue du château du Puget à Gaja-la-Selve en 2018. Empruntée à Benjamin des bois, du site Photographie d'aventure sur Facebook.

II. Édouard Delort, huissier

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4 septembre 1827. Décès de Joseph Delort. Archives dép. de l'Aude. Castenaudary. Décès (1827). Document 100NUM/AC76/1E179. Vue 104.

Né en 1768 à Larroque-Ordan, près d'Auch (Gers), Joseph Delort a épousé le 3 mai 1791 à Saint Étienne de Toulouse Catherine Nougaillou, dont il a eu huit enfants. Né en 1807, Marc François Lucien Delort, septième de la fratrie sera avoué. Joseph Delort meurt en 1827, soit cinq ans après la saisie partiellement reproduite ci-dessus.

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Il hésite dans cet acte sur le nom du saisi, qu'il écrit tantôt Lacger et tantôt Latger. Et comme il ajoute souvent des « e » à la fin des mots de façon hasardeuse, on se demande un moment si, en la personne d'Hypolite de Lacger, il parle d'un homme ou d'une femme. Dommage, il ne détaille pas le bâti du « logement du maître », i.e. celui du château du Puget.

III. Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, le requérant

Né le 25 avril 1771, fils de Mathieu Sicre et de Marie Thérèse Villevert de Chantillot, Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses est par le jeu des alliances entre la famille Sicre de Nalzen et la famille Traversier de Coussa un descendant de Noble Manaud de Traversier, mort le 6 novembre 1646 à Coussa (Ariège) (3). Propriétaire de la métairie dite Castille qu'il a héritée de son père au hameau de Broques, dans la commune de Lapenne (Ariège), Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses est par ailleurs secrétaire de ladite commune de Lapenne.

La créance dont Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses se réclame vis-à-vis de Pierre Claire de Lacger fait l'objet d'une prescription trentenaire. Elle doit donc être honorée avant la fin de cette période de prescription, puisqu'au-delà des trente ans prescrits, un créancier ne peut plus exiger quelque chose de la part de son débiteur, et qu'une action en justice n’est plus recevable.

IV. Hippolyte de Lacger, saisi en la qualité d'un héritier de Monsieur Pierre Claire de Lacger, son père

Pierre Claire de Lacger est mort le 9 septembre 1822 au château du Puget. C'est l'échéance prochaine de la prescription trentenaire et la mort du débiteur qui déclenchent un mois plus tard la saisie. Pierre Claire de Lacger devait douze mille francs à Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses, somme correspondant sans doute aux dettes dont il se trouvait criblé à la veille de la Révolution. Il a pu conserver le château et le domaine du Puget en vertu d'une prescription « trentenaire » remontant en effet aux années 1790. Arrivée au terme de sa prescription, la créance de Paul Mathieu Sicre de Lasbaysses entraîne ici la saisie par l'effet du « jugement trentenaire » auquel elle donne lieu.

On ne sait quasi rien d'Hypolite de Lacger, sinon que, comme indiqué dans l'acte de saisie, il est fils de Pierre Claire de Lacger, et que, d'après le registre des décès de Gaja-la-Selve, il est mort célibataire à Gaja-la-Selve, « en son château du Puget », le 14 mars 1869. On ne lui trouve pas d'acte de naissance, ni dans le registre paroissial de Castelnaudary où se trouvent mentionnés les enfants du premier lit de Pierre Claire Latger, ni dans celui de Gaja-la-Selve où se trouvent mentionnés plus tard les enfants du second lit de ce dernier. On sait toutefois par l'acte de décès mentionné ci-dessus qu'il est fils du second lit de Pierre Claire de Lacger. Il peut avoir en 1722, date de la saisie, environ 23 ans.

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3 novembre 1755. Baptême de Pierre Claire Lacger. Il tient son second prénom de Dame Claire de Capella de Dat, sa marraine. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. 1755. Document 100NUM/5E76/40. Vue 25.

Né le 3 novembre 1755 à Castelnaudary, Pierre Claire de Lacger, dit « seigneur du Puget », est le fils aîné de Raymond Lacger, co-seigneur de Castelnaudary, et d'Anne Dat, fille d'une famille de gens de robe de Castelnaudary. Il se trouve allié par ses ancêtres à la famille de Marion, qui tient depuis le XVIe siècle la seigneurie de Gaja-la-Selve, ainsi qu'à la famille de Soubeyran, qui tient la seigneurie de la Loubière. Le patronyme familial s'écrivait initialement « Lacger » ; à la fin du XVIIIe siècle, il s'écrit volontiers « Latger » ; en 1813, l'un des fils de Pierre Claire Lacger demandera à l'administration qu'on s'en tienne à la graphie « Lacger ». Par souci de simplification, on se bornera ci-dessous à cette graphie.

Baptisée le 15 mars 1751 sous le nom de Gabrielle Perrete de Lacger (4), Gabrielle Pétronille de Lacger, 30 ans, sœur aînée de Pierre Claire de Lacger, épouse le 26 juin 1781 à Castelnaudary Jean François César de Guilhermy, 20 ans, conseiller du roi en la sénéchaussée, fils de Messire François de Guilhermy et de défunte Dame Jeanne Deumier.(5)

Noble François de Guilhermy donne à Demoiselle Gabrielle Pétronille de Lacger, « en contemplation du mariage qu'elle contracte avec son fils », une pension viagère de 10.000 livres payable en cas de pré-décès du futur, si la donataire ne convole pas à de secondes noces pendant la vie des enfants nés de ce mariage. Dans ses pactes matrimoniaux, le futur est assisté de Jean Antoine de Capella, procureur du roi honoraire en la sénéchaussée du Lauragais ; de noble Antoine Catherine de Bouzat, seigneur haut justicier de Ricaud, ses cousins, et de messire François Dominique de Baylot d'Acher, lieutenant criminel honoraire en ladite sénéchaussée. La future est assistée de messire Pierre Claire de Lacger, écuyer, sieur de Gaja ; de messire Jean François de Lacger, sieur du Puget, tous les deux gardes du corps du roi, et de messire Jean Charles de Lacger, bénéficier au chapitre collégial de Saint Michel de Castelnaudary, ses frères ; de maître Raymond Dat, ancien avocat du Roi en la sénéchaussée, son oncle ; de messire Pierre de Soubeyran, ancien officier d'artillerie, son grand oncle, et de dame Gabrielle de Combecaude, sa tante. Dot de la future : 8.000 livres. (6)

Laissant derrière lui Gabrielle Pétronille de Lacger, son épouse, et François Anne Clément de Guilhermy, son fils, né en 1782, Jean François César de Guilhermy émigrera le 17 octobre 1791 à Coblence où il deviendra conseiller du Régent ; puis en décembre 1792 à Londres ; puis en novembre 1793 à Gênes, toujours au service du Régent. Gabrielle Pétronille de Lacger, alors domiciliée à Toulouse, mourra le 3 floréal an XII (23 avril 1804) à la Pomarède (Aude), chez des amis qui l'hébergeaient provisoirement (7). Jean François César de Guilhermy se remariera le 13 février 1806 à Londres avec Adélaïde Mélanie Marie Angélique Félicité de Lambertye. Il rentrera en France en 1814 pour y devenir maître des requêtes au Conseil d’État, puis intendant de la Guadeloupe. Etc.

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12 juin 1783. Mariage de Pierre Claire de Lacger et d'Élizabeth Loubradou de la Perrière. Archives des Yvelines. Versailles. Paroisse Notre Dame. 1783. Document 1112510 M. Vue 40.

Le 12 juin 1783, Pierre Claire de Lacger, capitaine de cavalerie, garde du corps du roi, épouse à Versailles Élizabeth Loubradou de la Perrière, fille de Nicolas Étienne Loubradou de la Perrière, chef des officiers de la fruiterie du roi en survivance de Jacques Loubradou de la Perrière, son père à lui (8), et de Marie Anne Dalleron, femme de chambre du palais. L'époux a été assisté de M. Jean François Lacger du Puget, son frère, aussi garde du corps du Roi ; de Jacques Munié, premier apothicaire de Monsieur, frère du Roi et de Madame. L'épouse, elle, a été assistée de sadite mère ; de M. Louis Jacques Poinsot, chevalier de Saint Louis, ancien capitaine de grenadiers ; de Jean Baptiste Loubradou de la Perrière, son frère et commis de la Guerre. Point de pension viagère ni de dot importante toutefois ici.

Le 11 février 1784, demoiselle Marie Thérèse de Lacger, autre sœur de Pierre Claire de Lacger, épouse à Castelnaudary noble Pierre Louis François de Faure, garde de corps de Monsieur, fils de noble Étienne de Faure, ancien capitaine de cavalerie, et de dame Anne de Cahuzac, habitants de la paroisse de Cahuzac. Parmi les présents, outre Pierre Claire de Lacger, Jean François César de Guilhermy, conseiller du roi en la sénéchaussée et siège présidial du Lauragais, beau-frère de l'épouse, et messire Jean Antoine de Gouzens de Fontaines, ancien officier des dragons, cousin de l'époux. (9)

À Castelnaudary, Pierre Claire de Lacger et Élizabeth Loubradou de la Perrière baptisent deux enfants :
Marie Anne de Lacger, née le 2 juin 1784.
Hugues Anne de Lacger, né le 2 juin 1788 [sic].

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2 juin 1784. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. 1784. Document 100NUM/5E76/62. Vue 32.

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2 juin 1788. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. 1788-1789. Document 100NUM/5E76/65. Vue 26.

Dès 1787 toutefois, Élizabeth de la Perrière introduit une requête au tribunal contre son mari et contre tous les créanciers connus de lui, « pour obtenir la séparation des biens, et ce faisant, être autorisée à agir par les voies de droit pour la conservation de ses reprises dotales. » (10)

Nombre d'autres requêtes indiquent au demeurant que Pierre Claire de Lacget, son mari, n'honore pas sa signature et qu'il est ainsi criblé de dettes.

Un exemple : en 1786, maître Grégoire Castel, notaire royal à Castelnaudary, requiert contre messire Pierre de Lacger, garde du corps du roi, citoyen de Casteinaudary, héritier de monsieur Pierre de Soubeyran, « pour qu'il lui rembourse la somme de 384 livres qu'il a payée pour le contrôle du testament fait en sa faveur par noble Philippe de Bernard de la Boucherolle, chevalier de Saint-Louis, seigneur de Baziège et Lastours ». (11)

Autre exemple : en 1786, le sieur Jean François Soulier, négociant, habitant dudit Casteinaudary, requiert contre messire de Lacger, seigneur du Puget, garde du corps du roi, habitant dudit Casteinaudary, « pour qu'il fasse l'aveu et reconnaissance de sa signature, mise au bas du mandat tiré en faveur dudit Soulié, sur Monsieur Ledru, avocat, à Paris, et revenu protesté. » (12)

Le 28 février 1789, comme Jean François César de Guilhermy, son beau-frère, et Jean Charles, chevalier de Gouzens de Fontaines qu'il connaît bien, Pierre Claire de Lacget fait partie des représentants de la noblesse à l'Assemblée générale des trois ordres de la sénéchaussée de Castelnaudary (13). Contrairement à Jean François César de Guilhermy, qui émigre dès le début de la Révolution, il reste en France et se distingue ensuite par ses prises de position jacobines.

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Reconnaissance de Pierre Antoine Fortuné de Lacger et de Jean Hugues de Lacger. Gaja-la-Selve. 1791-1801. Document 100NUM/5E159/3. Vue 146.

Le 29 floréal an VI (17 mai 1798), Pierre Claire de Lacger, alors officier de la gendarmerie, reconnaît à Gaja-la-Selve la paternité de deux enfants naturels, nés de Marie Bergès, non mariée, travaillant chez lui « en qualité de gouvernante depuis environ trois ans » :
Pierre Antoine Fortuné de Lacger, né le 28 pluviôse an V (16 février 1797), mis en nourrice à Saint-Papoul.
Jean Hugues de Lacger, né le 30 germinal an VI (19 avril 1798), mis en nourrice à la métairie de Saint-Jean, à Gaja-la-Selve.
L'officier municipal dit ici s'être assuré que Pierre Claire Lacger « n'était point engagé dans les liens du mariage au temps de la conception desdits enfants ». À noter qu'on ne trouve plus trace de Pierre Antoine Fortuné de Lacger par la suite. Est-il mort en nourrice ?

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30 brumaire an VIII (21 novembre 1799). Mariage de Pierre Claire de Lacger et de Marie Bergès. Gaja-la-Selve. 1791-1801. Document 100NUM/5E159/3. Vue 17.

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18 mars 1765. Baptême de Marie Bergès. Archives dép. de l'Ariège. Saint-Lizier (1698-1792). Document 1NUM/237EDT/GG2. Vue 156.

Le 30 brumaire an VIII (21 novembre 1799), réputé « veuf en premières noces d'Élizabeth Loubradou de la Perrière » - on perd toute trace d'elle à partir de la naissance de Hugues Anne de Lacger, son fils ; elle serait morte en 1794 ou 1795, mais l'on ne connaît ni la date ni le lieu exacts de son décès ; aurait-elle émigré ? -, Pierre Claire de Lacger, dit ici « agriculteur », 44 ans, épouse à Gaja-la-Selve Marie Bergès, 34 ans, née le 18 mars 1765 à Saint-Lizier, Ariège, fille de feu Jean Bergès, maître maçon, dit plus tard « architecte », et de Thérèse Seillé, habitante dudit Saint-Lizier.

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14 mars 1869. Décès d'Hippolyte de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Gaja-la-Selve (1866-1875). 100NUM/5E159/13. Vue 76.

Peu avant ou peu après leur mariage Pierre Claire de Lacger et Marie Bergés ont encore un troisième enfant. Il s'agit d'Hypolite de Lacger, né en 1799-1800, puisque l'acte de décès dudit Hyppolite de Lacger, daté du 14 mars 1869, lui prête 70 ans à l'heure de sa mort.

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24 août 1847. Décès de Hugues Anne de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. Table décennale communale (1843-1852). Document 100NUM/5E76/335. Vue 113. Dans le registre d'état-civil, la page correspondante manque.

Né le 2 juin 1788, fils du premier lit de Pierre Claire de Lacger, Hugues Anne de Lacger entre à l'École de Fontainebeau le 11 juin 1806. Promu sous-lieutenant au 19e régiment de dragons en décembre 1806, lieutenant en 1810, adjudant et major en 1812, puis capitaine adjudant major en 1813. Pour s'être distingué le 1er février 1813 à la prise d'un bataillon d'infanterie espagnole à Medina, il est fait chevalier de la Légion d'honneur à compter du 28 juin 1813. Il réclame à cette occasion qu'on respecte l'exacte graphie de son patronyme : « Lacger ». Nommé capitaine en 1815, il se trouve signalé « sans activité » cette année-là : il s'agit en l'occurrence d'une année politiquement très dangereuse pour lui qui a servi sous l'Empire. Nommé capitaine des dragons de la Saône le 16 mars 1816, il quitte l'armée à cette date (14), devient prêtre, et il meurt curé de la paroisse Saint Michel de Castelnaudary le 24 août 1847.

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21 mai 1818. Décès de Jean Hugues de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Gaja-la-Selve. 1818. Document 100NUM/5E159/8. Vue 16.

Né le 30 germinal an VI (19 avril 1798), fils du second lit de Pierre Claire de Lacger, Jean Hugues de Lacger devient, comme jadis son père, garde du corps du roi. Revenu au château du Puget à la faveur d'un congé limité, il y meurt à l'âge de 20 ans, le 21 mai 1818.

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9 septembre 1822. Décès de Pierre Claire de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Gaja-la-Selve (1818-1826). Document 100NUM/5E159/8. Vue 96.

le 9 septembre 1822, Pierre Claire de Lacger meurt à son tour, en son château du Puget. L'acte de décès ne mentionne pas l'existence de son épouse.

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25 décembre 1731. Décès de Marie Bergès. Archives dép. de l'Aude. Gaja-la-Selve (1827-1835). Document 100NUM/5E159/9. Vue 87.

Marie Bergès, dite ici Marie Berger, veuve de M. Pierre Claire de Lacget, mourra le 25 décembre 1831 au château du Puget.

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10 août 1906. Lettre du lieutenant colonel Jean Baptiste Connac à Monsieur le général de division grand chancelier de la Légion d'honneur.

Cf. Base Léonore. Lacger de, Hugues Anne. Cote : LH/1422/51. Nº de notice : L1422051.

V. Conclusion

La vente de la totalité des biens saisis a dû permettre à la famille de Pierre Claire de Lacger de purger la dette de plus de douze mille francs laissée par ce dernier, et par suite de conserver une partie peut-être du domaine du Puget, et au moins le château familial ; car Marie Bergés, épouse de Pierre Claire de Lacger, meurt dans ce château en 1831, et Hippolyte de Lacger, leur fils dernier-né, en 1869.

Les dettes que Pierre Claire de Lacger a laissé courir depuis 1789 et par là léguées à ses descendants, sont représentatives du style de vie dispendieux auquel se trouvaient obligés à Versailles les gardes du corps et autres officiers de l'Ancien Régime. Elles sont représentatives aussi de la désinvolture financière dont une certaine noblesse a fait montre jusqu'à la Révolution. Il se trouve au demeurant que, particulièrement légaliste en matière de droit de propriété et de droit relatif aux dettes et aux créances, la Révolution n'efface pas les dettes antérieures à son avénement. Pierre Claire de Lacger sera officier de la gendarmerie sous l'Empire. Mais l'Empire paie mal et très irrégulièrement ses gendarmes. La paie se fait souvent attendre quatre ans ! Après la Restauration, il quitte la gendarmerie. Le nouveau gouvernement ne souhaite pas s'encombrer d'officiers anciennement bonapartistes. Il semble même qu'il vise à précipiter leur ruine en les faisant saisir. Longtemps habitué à la légèreté en matière de finances, Pierre Claire de Lacger avait-il objectivement quelque chance de parvenir à se libérer de la dette qu'il laissait à ses enfants ?

Pour l'effet de comparaison, on rapprochera son cas de celui d'Henry de Gouzens et d’Aglaé de Paulo, qui font eux aussi, en février 1823, l'objet d'une saisie de leur château et de leurs biens à Lafage et à Gaja-la-Selve. Cf. Christine Belcikowski. En 1823, saisie du château et autres biens d’Henry de Gouzens et d’Aglaé de Paulo à Lafage et à Gaja-la-Selve. Article repris en 2019 dans Pages Lauragaises 9, publication du Centre Lauragais d'Études Scientifiques.

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1. « Il s'agit d'un château allodial, situé au couchant d'Alzonne, à un quart de lieue de distance à droite et au midi de la grande route de Narbonne à Toulouse », dit Jacques Alphonse Mahul in Cartulaire et archives des communes de l'ancien diocèse et de l'arrondissement administratif de Carcassonne. Volume 1, p. 35. Didron, libraire, et Dumoulin, libraire. Paris. 1857.

2. Saisie partiellement reproduite d'après l'original du cahier des saisies de Joseph Delort, daté de 1822. Source : collection particulière.

3. Cf. Christine Belcikowski. À propos de Coussa. 3. De la famille Traversier à la famille Sicre Lasbaysses, puis à la famille Lasbaysses de Traversier.

4. 15 mars 1751. Baptême de Gabrielle Perette de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. 1751. Document 100NUM/5E76/36. Vue 10.

5. 26 juin 1781. Mariage de Jean François César de Guilhermy et de Gabrielle Pétronille de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. 1781. Document 100NUM/5E76/59. Vue 23.

6. Dot et pension de Gabrielle Pétronille de Lacger. M. Mouynès. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Aude. Archives civiles. Série B. Volume 1, p. 400. Paul Dupont. Paris. 1864.

7. 3 floréal an XII (23 avril 1804). Décès de Gabrielle Perrete de Lacger. Archives dép. de l'Aude. La Pomarède (1801-1808). Document 100NUM/5E292/4. Vue 75.

8. Cf. Dictionnaire de L'Académie française, 4e édition (1762). Fruiterie. « Dans la maison du Roy, se dit de l'Office qui fournit le fruit aux Tables de la maison, & la bougie & la chandelle. »

9. 11 février 1784. Mariage de Pierre Louis François de Faure et de Marie Thérèse de Lacger. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary. Actes de baptême, mariage (1780-1784). Document 100NUM/AC76/GG71. Vue 167.

10. Reprises dotales d'Élizabeth Loubradou de la Perrière. MM. Mouynès et Dupond. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Aude. Archives civiles. Série B. Tome II, p. 271. Carcassonne. 1891.

 

11. Dette de Pierre Claire de Lacger. MM. Mouynès et Dupond. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Aude. Archives civiles. Série B. Tome II, p. 268. Carcassonne. 1891.

 

12. Dette de Pierre Claire de Lacger. MM. Mouynès et Dupond. Inventaire sommaire des archives antérieures à 1790. Aude. Archives civiles. Série B. Tome II, p. 270.

13. Procès-verbal de l'Assemblée générale des trois ordres de la sénéchaussée de Castelnaudary. Cf. Louis de la Roque et Édouard de Barthélémy. Catalogue des gentilshommes en 1789 et des familles anoblies ou titrées depuis le premier empire jusqu'à nos jours 1806-1866, publié d'après les documents officiels. Tome I. Généralité de Toulouse. Sénéchaussée de Castelnaudary. E. Dentu, libraire. Paris. 1866.

14. Cf. Base Léonore. Lacger de, Hugues Anne. Cote : LH/1422/51. Nº de notice : L1422051.

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