Floraison de signatures à motif passementé dans les années 1710 à 1730

rivel_compagnon_tanneur.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 290.

On remarque sur l’acte de baptême reproduit ci-dessus que la signature de François Rivel se trouve assortie d’un curieux passement en forme de noeud brandebourg. François Rivel, parrain de Jeanne Marie Gouse, est dit ici « compagnon tanneur ». Pourrait-il s’agir là, en première hypothèse, d’un signe d’appartenance au compagnonnage ?

malroc_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Signature de Dominique Malroc, marchand de fer.

Le registre paroissial de la cathédrale Saint Maurice abonde dans les années 1710 à 1730 en signatures de ce type. Certaines d’entre elles revêtent la forme d’une sorte de graffito rapidement esquissé ; d’autres, comme celle de Dominique Malroc, marchand de fer, peuvent être voyantes, pompeusement ornementées.

Un rapide repérage de ces signatures à motif passementé montre que seuls les hommes les pratiquent et qu’elles sont propres à certaines catégories sociales ou socio-professionnelles, marchands, artisans, hommes de loi, officiers, clercs et assimilés, et, le cas échéant, à quelques bourgeois ou satellites des catégories précédentes. Les titulaires d’un titre de noblesse vérifié par M. de Bezons, et certains grands bourgeois dédaignent presque toujours d’user du type de signature en question. Médecin, chirurgiens, hormis Gilbert Bougnol, et apothicaires, ou encore militaires, dédaignent ou évitent d’en user également.

Voici dans les années 1710-1730, recensés par catégories, les noms des signataires coutumiers du motif passementé :

satge_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 324. Signature de Jean Paul Satgé, marchand.

bauzil_signatures.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 371. Signatures de Jean Bauzil vieux et de Jean Bauzil, marchand chaussatier.

Marchands, bien établis sur la place de Mirepoix ou originaires de villes voisines : Jean Sabatier, Jean Allard, François Genson, Pierre Rives, Armand Sage (du lieu de Laroque d’Olmes), Bertrand Bounaure, Jacques Bonnaure, Pierre Denat, Jean Pierre Combes, Jean Bauzil, Guillaume Granier, Jean Ensales (du lieu de Foix), François Amardel (du lieu de Foix), Jean Paul Satgé, Dominique Malroc, Jean Picart, Guillaume Fontès, Jean Monserat, Jean Autié, Pierre Manent, Jean François Gillis, Philippe Laville, Jean Bonery, Guillaume Fontès, Jacques Nicolas, etc. Ces signatures-là sont aussi les plus voyantes.

Maîtres artisans et artisans : Jean Vidal, maître cordonnier ; Jean Palancade, maître boulanger ; François Rivel, maître tanneur ; Jean Clauzel, maître chaudronnier, Germain Lafage, maître charpentier ; Louis Sabatier, maître vitrier ; Jean Pierre Sauvel, maître serrurier ; Jean Lestrade, orfèvre ; Louis Pons, bastier ; Jean Pierre Dubois garçon bastier ; Pierre Bougnol, maître sellier ; André Paul, cordonnier ; Jean Sabatier, tailleur d’habits ; Pierre Aussenac, tailleur d’habits ; Raymond Amouroux, tisserand (du lieu de Saint-Félix) ; Antoine Gorguos, maréchal à forge ; etc.

vidalat_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 334. Signature d’Antoine Vidalat, notaire.

rouger_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1722-1736). Document 1NUM6/5MI663. Vue 13. Signature d’Antoine Rouger, notaire.

Hommes de loi : Antoine Rouger, notaire ; François Rouger, notaire ; Antoine Vidalat, notaire ; Antoine Vincent (du lieu de Lagarde), notaire ; François Met, docteur en droits, avocat ; Charles Vigarosy, docteur en droits ; Louis Vigarosy, lui aussi docteur en droits.

rabinel_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 195. Signature de Jean Rabinel.

Officiers : Jean Rabinel, receveur du diocèse ; Paul Burrier de Minière, procureur des gabelles à Mirepoix ; Bernard Sagazan, brigadier des gabelles ; Charles Fabre receveur.

garrigues_noe_signatures.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Passim. Signatures de Maître Jean Jourgeais, de Maître Garrigues, et de Maître Jean Noé.

Clercs et assimilés : Maître Jean Sabatier, hebdomadier ; Maître Géraud Amat, chanoine ; Maître Jean Noé, prébendier de douze ; Maître Jean Jourgeais, hebdomadier ; Maître Pierre Laville, prébendier du Chapitre ; Maître Jean Baptiste Forgues, curé de Sonac ; Maître Amilhat, prêtre ; Louis Bounaure, diacre ; François Vallès, régent (responsable du collège). Maître Germain Sabatier, sacristain, docteur en théologie, chanoine théologal, ainsi que Maître Maurice Garrigues, dédaignent, eux aussi, la signature ornée.

cairol_signature.jpg

Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1699-1722). Document 1NUM6/5MI663. Vue 353. Signature de Jean Cairol, bourgeois.

Bourgeois et divers : Jean Cairol, bourgeois ; Jean Amiel, bourgeois, ancien marchand ; Charles Fabre, bourgeois, ancien marchand ; François Bounaure, ancien marchand ; François Acher, bourgeois de Camon, ancien marchand ; Jean Pierre Combes, qui, après avoir été marchand, est devenu ménager ; Jean Lestrade, écolier, fils de Jean Lestrade, orfèvre.

Issu de la lecture du registre paroissial des années 1710, le relevé des signatures à motif passementé, tel que constitué ci-dessus, demeure à vrai dire circonstanciel, puisque lié à la fréquence des actes correspondants. Mais il fournit, en l’état, quelques indications relatives à la pratique desdites signatures dans la population mirapicienne.

Commune aux marchands et aux notaires, même si parmi eux François Bonery, marchand, et Jean Pons fils, notaire, font exception, la signature à motif passementé n’est point partagée par tous les clercs, puisque Maître Garrigues par exemple, qui signe le registre paroissial en alternance avec Maître Jourgeais, n’use pas, lui, de la signature en question. Tous les artisans n’en usent pas non plus. Il est vrai que nombre d’entre eux, comme Jacques Mir, maréchal à forge, ne savent pas signer. D’autres parmi ces artisans, tels « Louis de Lévis, maître boulanger » [sic], ou Guy Clauzel et Pierre Clauzel, maîtres chaudronniers, ou encore François Chabaud, maître cordier, n’ont pas cru devoir souscrire à la pratique de leurs pairs. On constate par ailleurs que le mode de la signature différe parfois au sein d’une seule et même famille, comme chez les Clauzel chaudronniers. L’un use d’une signature à motif passementé ; les autres, non.

Que peut bien signifier alors l’usage de la signature à motif passementé ? On voit cet usage fleurir dans les années 1710 à 1730, puis se raréfier et disparaître à peu près complètement dans les décennies suivantes. S’agissait-il là seulement d’un phénomène de mode ? La spécificité sociale ou socio-professionnelle d’un tel type de signature cependant intrigue. Ne faut-il pas y voir un signe d’appartenance à un ordre, à une corporation, ou à une confrérie, celle des divers Pénitents ou encore à celle du Saint-Sacrement ?

L’hypothèse d’un signe d’appartenance corporatiste, compagnonnique, ou maçonnique, lointainement référent peut-être à l’ancien 4 de chiffre 1Cf. Christine Belcikowski. A propos du chiffre 4, tel que figuré sur un blason à Mirepoix, sous le couvert de la porte de Laroque., semble plausible concernant les marchands ou les artisans. Mais elle le semble moins concernant les autres catégories de population concernées. La pratique de la signature à motif passementé ne signalerait-elle pas tout aussi bien l’appartenance à la confrérie des Pénitents blancs, bien portée à l’époque chez les marchands et les artisans, tandis que la noblesse et la grande bourgeoisie préféraient, comme on sait, le quant-à-soi de la confrérie des Pénitents bleus ? Les diverse hypothèses formulées ci-dessus ne sont toutefois pas nécessairement exclusives les unes des autres.

fontanilhe_antoine1739.jpg

Archives dép. de la Haute-Garonne. Toulouse. Paroisse Saint Étienne. Baptêmes, mariages, sépultures. 1739. Vue 127. Signature d’Antoine Fontanilhes.

À noter qu’à partir des années 1740, un peu partout en Languedoc, on commencera de voir poindre dans les registres, parallélement au motif passementé reproduit ci-dessus, la signature à trois points caractéristique de l’appartenance à la franc-maçonnerie. Ces signatures à trois points se perpétueront jusqu’au milieu du XIXe siècle, chez les officiers municipaux surtout.

References   [ + ]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *