A Mirepoix, la famille Dufrène et l’ancien portail du couvent des Cordeliers

« Vous direz de ma part à Dufrène de s’occuper de la rentrée de mes fonds et de la vente des fers qui lui restent en magasin, mais de ne les placer que sur des parties qu’il connaîtra très solvables. Il a tout le temps de s’en occuper puisque les forges ne travaillant pas lui laissent beaucoup de loisir. » 1Cf. La dormeuse blogue. Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, ou la lettre de Rome.

Posté à Rome, ce message date du 4 novembre 1789. Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, qui vient d’émigrer, s’adresse ici à son intendant Jean Pierre Rivel. Pierre Gaston André Dufrène, qui doit « s’occuper de la rentrée des fonds et de la vente des fers » est en tant que notaire l’homme d’affaires du marquis.

1. Pierre Gaston André Dufrène, ex-notaire royal, ex-homme d’affaires du marquis de Lévis Mirepoix, notaire à Mirepoix

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29 janvier 1757. Baptême de Pierre Gaston André Dufrène. Archives dép. de l’Aude. Chalabre (1747-1778). Document 100NUM/AC91/GG11. Vue 128.

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8 novembre 1785. Mariage de Pierre Gaston André Dufrène et de Marguerite Lazeu,
Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 247.

Né le 29 janvier 1757 à Chalabre, Aude, fils de Guillaume Dufrène, négociant, et de Catherine Tisseyre, Pierre Gaston André Dufrène épouse à Lagarde, puis à Mirepoix le 8 novembre 1785, Marguerite Lazeu, née le 26 novembre 1752 à Saint-Paul de Fenouillet, Pyrénées Orientales, fille de Barthélémy Lazeu, négociant, et de Marie Roudel 2Cf. Archives dép. des Pyrénées Orientales. Saint-Paul de Fenouillet (1746-1765). Document 9NUM187CCM1. Vue 128.. Le couple aura cinq enfants :

  • 1. Louise Marthe Dufrène, baptisée le 24 juillet 1786. 3Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 293.
  • 2. Etienne Louis Gaston Dufrène, baptisé le 27 août 1787. 4Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 344.
  • 3. Jeanne Magdeleine Marguerite Sophie Euphrasie Dufrène, baptisée le 15 mars 1789. 5Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Baptêmes, mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 62.
  • 4. Jeanne Tharsile Joséphine Pétronille Dufrène, baptisée le 4 janvier 1791. 6Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Baptêmes, mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 131.
  • 5. Jean Baptiste Casimir Dufrène, né le 14 ventôse an VIII (5 mars 1800). 7Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (An VI-An X). Document 1NUM3/5MI666. Vues 241 et 243.

Le 16 juillet 1789, âgé alors de trente-quatre ans, Pierre Gaston André Dufrène est nommé notaire royal à Lagarde.

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Ci-dessus : vue de l’ancienne maison de Pierre Gaston André Dufrène, rue Courlanel Section A nº 36 (anciennement nº 224 du plan 3 du compoix de 1766). La maison jouxte celle de la famille Baillé, dont l’écrivain Frédéric Soulié est issu par sa mère.

En septembre 1789, il transfère son étude à Mirepoix, rue Courlanel Section A nº 36 (anciennement nº 224 du plan 3 du compoix de 1766). Son statut d’agent d’affaires de Louis François Marie Gaston marquis de Lévis Mirepoix, émigré, puis de Charles Philibert Gaston comte de Lévis Mirepoix, fils du marquis à qui ce dernier a légué tous ses biens en 1791, lui vaut d’être rapidement soupçonné de sympathies avec les « scélérats royalistes », puis poursuivi par les autorités révolutionnaires, et, plus spécialement encore, par Gabriel Clauzel, fer de lance de la Révolution à Mirepoix.

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Ci-dessus : extrait du Rôle de la population de Mirepoix en 1793.

Brièvement incarcéré à Mirepoix en février 1791, puis une seconde fois en avril 1793, Pierre Gaston André Dufrène fait l’objet d’une sextuple dénonciation le 21 juin 1793, et, le 26 juin 1793, il est enfermé aux Carmélites de Pamiers. Ayant assigné ses dénonciateurs en justice à la veille d’entrer en prison, il obtient un jugement de relaxe pour défaut de preuves, le 1er août de la même année. Mais il demeure maintenu en prison. Le 17 messidor an II (3 juillet 1794), prévenu d’être auteur ou complice des mouvements séditieux survenus à Mirepoix, les 28, 29 et et 30 août 1792 ; comme Jean Pierre Rivel, ex-intendant du marquis, puis du comte de Lévis Mirepoix ; Rivel fils ; Guillaume Dominique Malroc « surnommé Lafage » ; Malroc fils ; Jean Clément Rouvairollis « surnommé Rigaud » ; Jean Cyr Théodose de Simorre ; Jean Baptiste Denat ; Etienne de Montfaucon ; Jean François Vidalat ; il fait partie de la charrette qui part de Pamiers le 26 messidor an II (14 juillet 1794) et qui roule pendant trente-six jours vers Paris à destination de l’échafaud. Mais, heureusement retardée à Cahors 8Cf. Christine Belcikowski. 4 thermidor an II. Les citoyens de Mirepoix envoyés au tribunal révolutionnaire se trouvent retenus à Cahors., la charrette n’arrive à Paris que le 3 fructidor an II (20 août 1794), soit trois semaines après la mort de Robespierre. Blanchi comme les autres par le tribunal révolutionnaire extraordinaire, Pierre Gaston André Dufrène sera de retour chez lui aux alentours de la Noël 1794, après un long périple effectué à pied. Une fois rétabli des fatigues de cette odyssée, il reprend normalement son activité de notaire et l’exerce jusqu’en 1825.

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Ci-dessus : vue de ancienne maison de Pierre Gaston André Dufrène rue du Grand Faubourg d’Amont, section B nº 20 (anciennement n° 18 du plan 3 du compoix de 1766).

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Ci-dessus : extrait du Rôle de la population de Mirepoix en 1827. Le foyer de Dufrène père habite alors neuf personnes.

Le rôle de la population de Mirepoix en 1827 montre qu’à cette date, lui et sa famille ne résident plus rue Courlanel, mais rue du grand faubourg d’Amont (aujourd’hui avenue Victor Hugo), section B nº 20 (anciennement n° 18 du plan 3 du compoix de 1766), dans la grande et belle maison, à la porte surmontée d’une coquille, qui avait été avant la Révolution propriété de Joseph Arnaud, bourgeois 9Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix. Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°1 à 24.. Marguerite Lazeu, épouse de Pierre Gaston André Dufrène, meurt dans cette maison le 17 octobre 1837. Pierre Gaston André Dufrène, meurt le 3 mai 1841 dans la même maison.

1.2. Vente de l’enclos des Cordeliers

A partir de 1791, tous les biens de la famille de Lévis Mirepoix se trouvent mis sous séquestre, puis saisis et vendus au titre des biens nationaux. Charles Philibert Gaston de Lévis Mirepoix est guillotiné à Paris le 27 mai 1794. Qu’advient-il alors de l’ancien couvent des Cordeliers, situé au pied du château de Mirepoix, établi au début du XIIIe siècle par Gui 1er de Lévis, et dont le cimetière avait abrité depuis des siècles les sépultures des seigneurs de Mirepoix ?

Le 3 février 1791, au pied du château de Mirepoix, l’enclos des Cordeliers 10Cf. Christine Belcikowski. Moulons de Mirepoix. Le couvent, le domaine, et la fontaine des Cordeliers. avec tous les bâtiments qui en dépendent et la grande allée dite des Cordeliers, sont mis en vente, sur la soumission de 16.000 livres faite par le sieur Jean de Lasset », premier maire révolutionnaire de Mirepoix, remplacé en 179O-1791 par Gabriel Clauzel. « Après neuf feux, le tout est adjugé à Jean Beaumale [sans doute un homme de paille de quelqu’un d’autre], retorneur 11Retourneur : ouvrier spécialisé, dans le domaine du tissage. à Saint-Quentin, pour le prix de 18.500 livres ». Le 17 germinal an VII (6 avril 1799) en tout cas, c’est à Bernard Espert 12Cf. Robert Faure. Du côté de Tréziers. Bernard Espert., dit l’Américain, juge de paix du canton de Peyrefitte du Razès, puis inspecteur de la trésorerie nationale, acquéreur en 1794 du château de Tréziers, que « Bertrand Clauzel, nommé un mois plus tôt général de brigade, fils par ailleurs de Gabriel Clauzel, achète le domaine des Cordeliers pour la somme de 10.000 francs » 13Cf. François Robert, Les Cordeliers de Mirepoix, pp. 3-5., et séparément le château de Terride. Il y fait édifier par la suite, au pied d’une fontaine créée au XVIIe siècle par les moines et ombragée par un grand arbre, son futur tombeau et celui de sa famille, et il recommande à Gabriel Pierre Henri Clauzel, son fils, de « ne jamais aliéner ce bien » 14Archives nationales. Cote : MC/ET/LXXXI/817. Inventaire après décès de Bertrand Clauzel..

2. Les fils de Pierre Gaston André Dufrène

2.1. Etienne Louis Gaston Dufrène, notaire à Mirepoix

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27 août 1787. Baptême d’Etienne Louis Gaston Dufrène. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 344.

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10 septembre 1816. Mariage d’Etienne Louis Gaston Dufrène et de Josèphe Marguerite Eugénie Abat. Archives dép. de l’Ariège. Ax-les-Thermes. Mariages (An XI-1826). Document 1NUM/4E169. Vue 215.

Le 10 septembre 1816, Etienne Louis Gaston Dufrène, fils de Pierre Gaston André Dufrène, épouse à Ax-le Thermes, Ariège, Josèphe Marguerite Eugénie Abat, fille de Jean Augustin Abat, propriétaire, et de feue Dame Anne Saure. Le couple aura huit enfants :

  • 1. Anne Christine Amélie Dufrène, née le 24 juillet 1817. 15Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 295.
  • 2. Auguste Gaston Dufrène, né le 20 novembre 1818. 16Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 366.
  • 3. Marie Paule Antoinette Dufrène, née le 12 mars 1820. 17Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 450.
  • 4. Marie Louise Etiennette Cécile Dufrène, née le 3 août 1821. 18Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 524.
  • 5. Louis Auguste Gaston Dufrène, né le 18 décembre 1822. 19Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 589.
  • 6. Marie Odile Elizabeth Dufrène, née le 16 septembre 1825. 20Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 724.
  • 7. Marie Caroline Dufrène, née le 1er août 1827. 21Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1826-1839). Document 1NUM/4E2347. Vue 113. † 15 août 1832.
  • 8. Marie Clotilde Eugénie Dufrène, née le 3 juin 1831. 22Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1826-1839). Document 1NUM/4E2347. Vue 322. † 15 août 1832.

Substitut du procureur du roi près le tribunal civil à Foix en 1816, avocat à partir de 1817, puis avocat notaire royal, Etienne Louis Gaston Dufrène reprend en 1825 l’étude de Pierre Gaston André Dufrène, son père, et il y poursuit son activité notariale jusqu’en 1857. Il sera par ailleurs premier adjoint au maire de Mirepoix, trésorier de la fabrique, juré aux assises en 1848, et conseiller général à la fin des années 1850. Il meurt à Mirepoix le 8 décembre 1863. 23Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Décès (1853-1864). Document 1NUM/4E2364. Vue 386.

2.2. Jean Baptiste Casimir Dufrène, avoué à Foix

Né le 14 ventôse an VIII (5 mars 1800), Jean Baptiste Casimir Dufrène, le benjamin des enfants de Pierre Gaston André Dufrène et de Marguerite Lazeu, est en 1826 avoué licencié en droit près le tribunal de première instance séant à Foix. Le 27 novembre 1826, il épouse à Foix Louise Thérèse Tintelin, fille de Pierre Paul Jean Tintelin, agent comptable des subsistances militaires du département de l’Ariège, et de Marie Angélique Massatet. 24Archives dép. de l’Ariège. Foix. Mariages (1826). Document 1NUM/4E1314. Vue 31.

Né à Foix le 5 avril 1828 25Archives dép. de l’Ariège. Foix. Naissances (1828). Document 1NUM/4E1177. Vue 30., Pierre Paul Dufrène, fils de Jean Baptiste Casimir Dufrène et de Louise Thérèse Tintelin, épousera le 16 octobre 1859 à Foix Marie Henriette Elisabeth Lacaze 26Archives dép. de l’Ariège. Foix. Mariages (1859). Document 1NUM/4E1347. Vue 30.. À Foix toujours, il tiendra étude de notaire de 1855 à 1894. Marcel Dufrene, fils de Paul Dufrene, lui aussi notaire à Foix
épousera Jeanne Robert, fille du colonel Robert, de l’ancien corps d’état-major 31 octobre 1893.

3. Louis Auguste Gaston Dufrène, notaire à Mirepoix

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18 décembre 1822. Naissance de Louis Auguste Gaston Dufrène. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 589.

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5 mai 1857. Mariage de Louis Auguste Gaston Dufrène et de Marie Marguerite Batilde Pagès. Archives dép. de l’Aude. Montréal (1857). Document 100NUM/5E254/53. Vue 53.

Né le 18 décembre 1822, Louis Auguste Gaston Dufrène, avocat, fils d’Etienne Louis Gaston Dufrène et de Josèphe Marguerite Eugénie Abat, épouse à Montréal, le 5 mai 1857, Marie Marguerite Batilde Pagès, fille de Jean Pagès, propriétaire, et d’Alexandrine Sully. Il entre la même année dans l’étude de son père, dont il partage désormais l’activité notariale. Le 31 mai 1758, Louis Auguste Gaston Dufrène et Marie Marguerite Batilde Pagès ont le bonheur d’annoncer la naissance de Charles Marie Gaston Dufrène, qui restera leur fils unique.

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31 mai 1758. Naissance de Charles Marie Gaston Dufrène. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1852-1864). Document 1NUM/4E2349. Vue 209.

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4. Difficile liquidation de l’héritage du Maréchal Clauzel

En 1837, pressé de difficultés financières, Bertrand Clauzel loue à Paul Dourliac pour dix-huit ans, moyennant 4.600 francs de bail, le domaine de Terride et celui des Cordeliers, ici réunis pour en faciliter l’exploitation. À sa mort, survenue le 21 avril 1842, Bertrand Clauzel laisse une succession déficitaire. Après un long procès, et contre l’avis de Gabriel Pierre Henri Clauzel, fils aîné du Maréchal, les autres héritiers obtiennent du tribunal dans les années 1850 l’autorisation de vendre le domaine des Cordeliers. Le 15 novembre 1858, les restes de la famille Clauzel sont transférés au cimetière de Mirepoix. 27Cf. Christine Belcikowski. Moulons de Mirepoix. Le couvent, le domaine, et la fontaine des Cordeliers.

5. L’ancien portail de l’église des Cordeliers

C’est ici Charles Marie Gaston Dufrène qui raconte, dans une lettre adressée de Montréal de l’Aude, le 13 décembre 1927, à Maître Barbe, notaire à Foix… 28Collection privée.

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« L’église des Cordeliers était bâtie en face le Couvent, ce qui est aujourd’hui la métairie. L’église a été incendiée à la révolution, le portail restait debout. En 1862, mon père [Louis Auguste Gaston Dufrène], étant notaire, reçut dans son étude M. Clauzel qui venait l’informer de la décision prise en famille de vendre la propriété des Cordeliers, et de faire les affiches pour prévenir le public. Passant à table, mon père raconta la visite. Mon grand-père [Etienne Louis Gaston Dufrène] répondit : « L’occasion est chauve, il faut la saisir quand elle passe par le peu de cheveux qu’elle a. » Ma mère [Marie Marguerite Batilde Pagès] a consenti de suite à acheter, et le lendemain mon père a rendu réponse à M. Clauzel que l’acquéreur était trouvé. — Qui est-ce ? — C’est ma femme. — Je suis très content, je ne pouvais pas être plus content que de voir cette propriété passer entre vos mains. »

Le domaine des Cordeliers revient ainsi à la famille Dufrène-Pagès. Mais cette acquisition laisse un souvenir terrible à Charles Marie Gaston Dufrène. Etienne Louis Gaston Dufrène, son grand-père, meurt l’année suivante (8 décembre 1863) à Mirepoix. Puis vient le tour de Louis Auguste Gaston Dufrène, son propre père :

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« En mai 1864, mon père a fait transporter le portail de l’Église devant la fontaine. En surveillant les travaux, il a pris mal, et il est mort. C’est ce souvenir que le portail me rappelle, il y a 65 ans de cela, et chaque fois que je vais à la fontaine des Cordeliers, j’ai un souvenir pour mon père. »

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13 mai 1864. Décès de Louis Auguste Gaston Dufrène. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Décès (1853-1864). Document 1NUM/4E2364. Vue 399.

Dufrène est mort le 13 mai 1864, à l’âge de quarante-deux ans. Charles Marie Gaston Dufrène, désormais orphelin de père, avait alors à peine six ans.

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27 novembre 1883. Mariage de Charles Marie Gaston Dufrène et d’Henriette Marthe Antoinette Dadvizard. Archives dép. de la Haute-Garonne. Toulouse. Mariages. 1883. Vol. 2. À partir du 4 juillet 1883. Vue 146.

Le 27 novembre 1883, Charles Marie Gaston Dufrène, propiétaire, demeurant à Montréal, Aude, épouse à Toulouse Henriette Marthe Antoinette Dadvizard, fille d’Henry Jean Louis baron Dadvizard et de Louise Thérèse Éveline Jacquette de Raymond, propriétaires, demeurant 24 place Mage.

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Journal officiel de la République française. Lois et décrets. Décret concernant des médailles de la Famille française. Décret concernant des médailles de la Famille française. 16 novembre 1920.

Le 16 novembre 1920, le Ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociales décerne à Madame Dufrène Gaston, née Dadvizard Henriette, mère de dix enfants à Montréal de l’Aude, une médaille d’or de la Famille française.

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Le 13 décembre 1927, Charles Marie Gaston Dufrène, âgé maintenant de soixante-neuf ans, s’adresse à Maître Barbe pour lui signifier sa réponse à deux propositions que celui-ci lui a transmises. Il refuse la proposition d’une certaine demoiselle de Cagariga [sic] qui, « munie d’une carte de présentation de l’évêque de Carcassonne [Paul Félix Beuvain de Beauséjour] », prétend lui acheter ce même portail « pour le compte d’un architecte d’Aix-en-Provence ». Il refuse également, transmise par la mairie de Montréal, la proposition de l’État, qui envisage alors le classement du portail des Cordeliers au titre des monuments historiques.

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Archive dép. de l’Aude. Préfecture de l’Aude. Bureau militaire. Enregistrement. Brocanteurs. Cote : 1748W90.

Née le 8 septembre 1891 à La Grange, Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales) 29Archives dép. des Pyrénées-Orientales. Villelongue-dels-Monts (1871-1892. Document 9NUM2E4224. Vue 230., fille d’Henri de Çagarriga (1855-1939), capitaine d’infanterie, chevalier de la Légion d’honneur, et de Marie Joséphine Claire Azémar (1865-1917), Gabrielle Marie de Çagarriga est depuis 1920 enregistrée comme brocanteuse auprès de la préfecture de l’Aude 30Cf. Archive dép. de l’Aude. Préfecture de l’Aude. Bureau militaire. Enregistrement. Brocanteurs. Cote : 1748W90.. Elle épousera Eugène Castel (1883-1949) le 19 octobre 1933 à Alet (Aude). Elle sera par la suite auteur de travaux historiques et littéraires divers, dont Alexandre Guiraud, poète audois 31Gabrielle Castel-Çagarriga. Alexandre Guiraud, poète audois. Editions Bonnafous. Carcassonne. 1952. et Un amour secret de la comtesse de Flahaut 32Gabrielle Castel-Çagarriga. « Un amour secret de la comtesse de Flahaut ». In Revue des deux mondes. 15 novembre 1966. Pages 205 à 212.. Elle mourra le 16 décembre 1981 à Carcassonne (Aude), à l’âge de quatre-vingt-dix ans.

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Deux mois plus tôt, dixit Charles Marie Gaston Dufrène dans la lettre adressée à Maître Barbe, Mademoiselle Çagarriga est venue lui proposer soixante mille francs pour l’achat du portail. Lui, Charles Marie Gaston Dufrène lui a répondu qu’il « n’avait jamais songé à le vendre ». Quinze jours après cette première approche, Mademoiselle Çagarriga est revenue à Mirepoix avec l’architecte aixois. « Je lui ai dit que l’offre était très insuffisante, que le franc étant à quatre sous, c’est tout juste si elle m’offrait douze mille francs pour 60 000 en papier, contre une valeur réelle, les pierres sculptées. Je lui ai demandé deux cent mille francs. Elle est arrivée à cent mille, j’ai refusé. […].

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« Je ne veux à aucun prix être dépossédé de ce portail. Si l’État persiste [dans sa proposition de classement], demandez la forte somme Un million. Dix pour cent pour vous. Veuillez agréer, cher Maître, l’expression de mes meilleurs sentiments.
Ch. Dufrène signé. »

Dans un brouillon de lettre daté du 12 décembre 1927, adressé à Monsieur l’inspecteur des Beaux-Arts à Saint-Girons et resté non envoyé, Charles Marie Gaston Dufrène précise roidement le fond de sa pensée quant au projet de classement de son portail :

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« La propriété d’une chose d’après le Code civil comporte les trois droits : frui, uti et abuti 33Termes de droit. Frui : droit de tirer profit (faire fruit) d’un bien ; uti : droit de jouir de ce bien ; abuti : droit de détuire ce bien.. Je peux, s’il me plaît, vendre ce portail, ou le transporter à Montréal ou ailleurs, ou le briser. C’est mon droit absolu. Et si vous voulez m’en empêcher, que l’État me paie la somme qui m’a été offerte Cent mille francs. »

À la lettre qu’il adresse à Maître Barbe le 13 décembre 1927, Charles Marie Gaston Dufrène joint la carte postale reproduite ci-dessous :

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Charles Marie Gaston Dufrène n’a bien sûr ni vendu à un architecte aixois ni brisé son portail. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, on peut aller voir l’ancien portail des Cordeliers à l’endroit, inchangé, où Louis Auguste Gaston Dufrène a eu l’idée de l’installer en mai 1864. Mais confiné dans une propriété privée, le monument se délabre…

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« C’est tout juste si elle m’offrait douze mille francs pour 60 000 en papier, contre une valeur réelle, les pierres sculptées. »

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Ci-dessus : vues du portail des Cordeliers, prises par mes soins le 4 novembre 2015.

References   [ + ]

1. Cf. La dormeuse blogue. Louis François Marie Gaston de Lévis, marquis de Léran et de Mirepoix, ou la lettre de Rome.
2. Cf. Archives dép. des Pyrénées Orientales. Saint-Paul de Fenouillet (1746-1765). Document 9NUM187CCM1. Vue 128.
3. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 293.
4. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix (1779-1787). Document 1NUM4/5MI665. Vue 344.
5. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Baptêmes, mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 62.
6. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Baptêmes, mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 131.
7. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (An VI-An X). Document 1NUM3/5MI666. Vues 241 et 243.
8. Cf. Christine Belcikowski. 4 thermidor an II. Les citoyens de Mirepoix envoyés au tribunal révolutionnaire se trouvent retenus à Cahors.
9. Cf. La dormeuse blogue 3 : A Mirepoix. Moulon de… la porte d’Aval, rue Courlanel, le Grand Couvert, place Saint Maurice et grande place – n°1 à 24.
10, 27. Cf. Christine Belcikowski. Moulons de Mirepoix. Le couvent, le domaine, et la fontaine des Cordeliers.
11. Retourneur : ouvrier spécialisé, dans le domaine du tissage.
12. Cf. Robert Faure. Du côté de Tréziers. Bernard Espert.
13. Cf. François Robert, Les Cordeliers de Mirepoix, pp. 3-5.
14. Archives nationales. Cote : MC/ET/LXXXI/817. Inventaire après décès de Bertrand Clauzel.
15. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 295.
16. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 366.
17. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 450.
18. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 524.
19. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 589.
20. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vue 724.
21. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1826-1839). Document 1NUM/4E2347. Vue 113. † 15 août 1832.
22. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Naissances (1826-1839). Document 1NUM/4E2347. Vue 322. † 15 août 1832.
23. Archives dép. de l’Ariège. Mirepoix. Décès (1853-1864). Document 1NUM/4E2364. Vue 386.
24. Archives dép. de l’Ariège. Foix. Mariages (1826). Document 1NUM/4E1314. Vue 31.
25. Archives dép. de l’Ariège. Foix. Naissances (1828). Document 1NUM/4E1177. Vue 30.
26. Archives dép. de l’Ariège. Foix. Mariages (1859). Document 1NUM/4E1347. Vue 30.
28. Collection privée.
29. Archives dép. des Pyrénées-Orientales. Villelongue-dels-Monts (1871-1892. Document 9NUM2E4224. Vue 230.
30. Cf. Archive dép. de l’Aude. Préfecture de l’Aude. Bureau militaire. Enregistrement. Brocanteurs. Cote : 1748W90.
31. Gabrielle Castel-Çagarriga. Alexandre Guiraud, poète audois. Editions Bonnafous. Carcassonne. 1952.
32. Gabrielle Castel-Çagarriga. « Un amour secret de la comtesse de Flahaut ». In Revue des deux mondes. 15 novembre 1966. Pages 205 à 212.
33. Termes de droit. Frui : droit de tirer profit (faire fruit) d’un bien ; uti : droit de jouir de ce bien ; abuti : droit de détuire ce bien.

3 réponses sur “A Mirepoix, la famille Dufrène et l’ancien portail du couvent des Cordeliers”

  1. Petite correction ….  » À la lettre qu’il adresse à Maître Barbe le 13 décembre 1827, Charles Marie Gaston Dufrène joint la carte postale reproduite ci-dessous …  »
    La lettre a été adressée en décembre 1927 (et non en 1827).
    Malgré tout, un article superbe qui m’a passionné .

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