A Mirepoix – Vision Pop Art

 

Questionné à propos du Pop Art, dans le cadre de la grande rétrospective organisée en 1990 au Centre Pompidou, Andy Warhol formule l’observation suivante : « Une fois qu’on est pop, on ne peut plus voir les signaux de la même façon ».

Sans dire comment un jour on devient pop, il remarque qu’une fois pop, on voit autrement. Forcément, on voit pop !

 

On voit pop, précise Andy Warhol, quand là où il y a des choses, on voit des « signaux », i. e. des qualités qui vous « tirent l’oeil », – couleurs, formes, rythmes -, et que couleurs, formes, rythmes vous découvrent, par effet d’élargissement perspectif, un autre visage du monde, rendu ici étrange par son évidence même. La sémiotique de Peirce est à la mode dans les années pop. Andy Wahrol lui emprunte la notion de sign, ou signal. Il en fait le principe du schéma de compréhension qu’il esquisse à propos de la pop vision.

 

On voit pop, observe ailleurs Roy Lichtenstein, quand on veille préalablement à la neutralité de son propre regard. On voit pop, autrement dit, quand on accorde aux choses une attention sans exclusive et quand on se laisse atteindre, là, tout de suite, par leurs signaux, lesquels peuvent vous être adressés indifféremment par une boîte de sardines, un casier à bouteilles, un catalogue de papiers peints, une pompe à essence, une machine à café, un wagon de marchandises, un mur d’affiches, la tour Eiffel, la cathédrale de Mirepoix, etc.

 

Le milieu urbain se montre particulièrement propice à la pop vision, car il abonde en signaux violents, couleurs flashy, formes aiguës, rythmes obsédants. La sérialité de la gondole, du Modulor 1Modulor : module architectural standardisé, conçu par Le Corbusier en 1943, puis mis en oeuvre dans le cadre d’un projet immobilier vu par son auteur comme l’avénement de la « cité radieuse »., du traitement par lots, ici fait loi. Les effets de leurre, d’illusion, de mimicry 2Roger Caillois, in Les Jeux et les Hommes (1957), désigne sous le nom de mimicry le goût des simulacres, qui triomphe dans le monde contemporain., fleurissent dans le même temps.

Il arrive, lorsqu’on voit pop, que la dite sérialité vous inspire une pensée politique concernant le sort promis à l’individu dans le monde tel qu’il va. Certains artistes, en tout cas, tels Robert Rauschenberg ou James Rosenquist, ont nourri dans le cadre du Pop Art semblable pensée.

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De Vals à Assise, deux représentations de la Nativité

 

Ecole du Maître de Pedret, église de Vals, premier quart du XIIe siècle ; Ambrogiotto di Bondone, dit Giotto, détail de la fresque de la Nativité, transept nord de la basilique Saint François à Assise, 1310.

Le hasard des images qui affluent continuellement à notre rencontre m’entraîne ici sur la pente d’une comparaison thématique. Je revisitais dernièrement sur Internet les fresques peintes par Giotto à la basilique Saint François d’Assise. J’ai remarqué à cette occasion l’évidente similitude que la Nativité d’Assise, présente avec la Nativité de Vals, au moins sous le rapport du motif. Un siècle sépare les deux représentations. Le motif s’est intégralement conservé. Il doit à la tradition sa figure invariante, avec au centre la Vierge nouvellement accouchée, en haut les anges, en bas le bain de l’Enfant.

Le rapprochement de ces deux Nativités similaires révèle toutefois, par effet de différence, d’importantes modifications dans le traitement stylistique et dans l’approche culturelle du thème. Il montre par là ce qui fait, sur un thème identique, le propre de deux âges de la représentation. L’art des peintres de Vals, dans ce qu’il a de puissamment spécifique, s’en trouve rétrospectivement éclairé.

Au titre de cette spécificité puissante, on relève d’abord l’usage d’une palette réduite, noir, blanc, gris, rouge, jaune, à l’exclusion du bleu et du vert.

La limitation de la palette induit ici celle des effets proprement pittoresques.

Elle permet ainsi aux images de conserver le statut d’icônes, i. e. d’être, semblablement à l’ostensoir exposé sur le maître autel, le lieu et le moment du visage que Dieu et les siens tournent continuellement vers nous.

La frontalité d’un tel visage fait que nul ne peut se dérober à l’épreuve du divin face à face. La Vierge, elle-même, sous sa couverture somptueusement byzantine, tourne vers nous le regard insondable de la mère de Dieu, depuis les aîtres 1Aîtres : mot d’usage ancien, qui désigne les édifices, les bâtiments. majestueux de la Jérusalem céleste.

 

 

Le bleu dont use plus tard Giotto relève d’une esthétique nouvelle qui signe le dépérissement de l’art de l’icône 2Cf. La dormeuse : Gilbert Durand Le retour du mythe – 2.. Giotto délègue au bleu de la peinture le soin de représenter celui de la nature, celui qu’on voit au ciel par-dessus les toits. Le peintre se réclame ici de la piété franciscaine. Celle-ci tient que Dieu est immédiatement présent à sa Création. Dieu est présent dans le bleu du ciel, dans le dessin de la montagne ; il l’est semblablement dans l’ensemble des beautés terrestres.

La peinture qui entreprend de représenter de telles beautés ouvre ipso facto à la manifestation du divin la terre entière. Rompant avec la clôture des icônes, elle donne à voir la venue de l’Enfant dans le paysage de la Création, parmi les gens et les bêtes qui peuplent cette dernière. Elle fait ainsi de la manifestation divine un événement du monde comme il va, et, plus essentiellement encore, un fait de proximité. Femmes sages et témoins de la Nativité sont figurés dans le costume du temps. L’Enfant porte lui aussi le maillot du temps. Il rejoint, ainsi vêtu, la cohorte de ses petits semblables, qui vont se succédant comme les générations des feuilles.

Anges, Sainte Famille, bêtes et gens, tous sont représentés de profil, dérobant ainsi l’expression du sentiment qui les anime. Le peintre ménage ici le secret des âmes et des corps. Il annonce de la sorte l’avénement d’une piété nouvelle, à la fois plus libre d’elle-même et plus intériorisée. Mais il témoigne aussi du changement qui s’opère au XIVe siècle dans le régime de l’image. Dépouillant le statut numineux 3Numineux : qui s’exerce sur le mode mystérieux du numen. Le mot numen, de nuo, nuere, faire un signe de tête, dénomme en latin la puissance agissante du divin. de l’icône, l’image se laisse désormais regarder de façon passive, déléguant ainsi au seul spectateur la responsabilité de passer son chemin ou de prêter à ce qu’il rencontre attention et sens.

De Vals à Assise, on voit ce qui fait, sur un thème identique, le propre de deux régimes possibles de l’image. Régime d’Assise, images-patience, images-passion. Régime de Vals, images-action.

A lire aussi :
A Vals, en août 2011
Sous le regard de l’ange Pantasaron
Les fresques de l’église rupestre de Vals
L’inconnu de Vals
Autres images de l’inconnu de Vals
Gilbert Durand Le retour du mythe – 2

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A Mirepoix – vision Op Art

 

Op Art : Optical Art. Apparu dans les années 1950, l’Op Art se propose de créer des effets cinétiques à l’aide de moyens purement optiques. Il joue sur la superposition de trames, la répétition de formes modulaires, le contraste de couleurs violentes.

La rue à Mirepoix donnait ce jour dans le style Op Art !

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