De plusieurs façons de finir, de plusieurs façons de Jean Petit…

 

Ci-dessus : illustration de Georges Barbier (1882-1932), in Marcel Schwob, Vies imaginaires, Le Livre contemporain, 1929.

1. 1393-1394. D’après les archives de Crépy, en Ile de France

Jehan Quartier, bourrel de Meaux, reconnaît avoir reçu du prévôt forain de Crépy, 3 fr. d’or qui lui étaient dus pour avoir pendu, à la justice dudit Crépy, Jehan Petit, chevalier. 1)Catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault, tome 1, p. 211, J. Techener Libraire, Paris, 1838.

2. Juillet 1501, Lyon. D’après le Trésor des Chartes du Languedoc et du Rouergue

Rémission en faveur de Jehan Aveilhan, dit Jehan Petit, de Saint-Benoît en la sénéchaussée de Carcassonne, pour meurtre d’un homme qui l’avait attaqué à l’occasion des fêtes du Carême. 2) Source : Archives nationales, Série JJ ; in Le Languedoc et le Rouergue dans le Trésor des chartes / par Yves Dossat, Anne-Marie Lemasson, Philippe Wolff, p. 459, Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1983.

3. D’après Marcel Schwob dans Vies imaginaires (1896)

Puis Alain partit errant, et à Maubusson rencontra, dans l’hôtellerie du Papegaut, Karandas, son compagnon d’armes, qui mangeait des tripes avec un autre homme nommé Jehan Petit. Karandas portait encore son vouge 3)Vouge : sorte de tranchoir monté sur une hampe d’environ deux mètres. , et Jehan Petit avait une bourse avec ses aiguillettes, pendante à la ceinture.

Le mordant de la ceinture était d’argent fin. Après avoir bu, ils délibérèrent tous trois d’aller à Senlis par le bois. Ils se mirent en route sur la tarde, et quand ils furent au plein de la forêt, sans lumière, Alain le Gentil traîna la jambe. Jehan le Petit marchait devant. Et dans le noir, Alain lui donna rudement de sa javeline entre les deux épaules, cependant que Karandas lui croulait son vouge sur la tête. Il tomba ventre à terre, et Alain, l’enfourchant, lui coupa la gorge de sa dague, d’outre en outre. Puis, ils lui bourrèrent le cou de feuilles sèches, afin qu’il n’y eût pas une mare de sang sur le chemin. La lune parut à une clairière : Alain coupa le mordant de la ceinture, et dénoua les aiguillettes de la bourse, où il y avait seize lyons 4)Le denier fort, dit de Lyon, est une pièce de bon aloi, de valeur très proche de celle du parisis. d’or et trente-six patars. Il garda les lyons, et jeta la bourse avec les virolants 5)Virelan, ou virlan : grande pièce de deux gros de Flandres frappée pour les quatre États de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. à Karandas, pour sa peine, tenant la javeline haute. Là, ils se départirent l’un de l’autre, au milieu de la clairière, Karandas jurant le sang Dieu. 6)Marcel Schwob, extrait de « Alain le Gentil », in Vies imaginaires, pp. 111-112, Le Livre contemporain, 1929.

Pour d’autres renseignements sur Jean Petit :
Le Jean Petit Cardaine de la Grande Jacquerie de 1358 est-il le Jean Petit du sac mirapicien de 1362-1363 ?
L’histoire de Jean Petit revue par Elliott O’Donnell in Strange Disappearances en 1927
Eugène Bonnemère – Le sort des paysans à l’époque de la prise de Mirepoix par les routiers
Félix Pasquier – Dissensions entre Roger Bernard de Lévis I, seigneur de Mirepoix, et Jean de Lévis III, son fils, à partir de 1375
Emile Molinier – En septembre 1363, le maréchal d’Audrehem mène une expédition contre les routiers qui occupent Mirepoix
Siméon Olive – Dissensions entre Jean de Lévis II, seigneur de Mirepoix, et Roger Bernard, son fils aîné, à partir de 1351
A propos de Jean Petit, chef de la bande de routiers qui saccagea Mirepoix en 1362-1363 – Suite
A propos de Jean Petit, chef de la bande de routiers qui saccagea Mirepoix en 1362-1363
Le Rumat à Mirepoix, qu’ès aquò ?

Notes

↑ 1. Catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault, tome 1, p. 211, J. Techener Libraire, Paris, 1838.
↑ 2. Source : Archives nationales, Série JJ ; in Le Languedoc et le Rouergue dans le Trésor des chartes / par Yves Dossat, Anne-Marie Lemasson, Philippe Wolff, p. 459, Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 1983.
↑ 3. Vouge : sorte de tranchoir monté sur une hampe d’environ deux mètres.
↑ 4. Le denier fort, dit de Lyon, est une pièce de bon aloi, de valeur très proche de celle du parisis.
↑ 5. Virelan, ou virlan : grande pièce de deux gros de Flandres frappée pour les quatre États de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire.
↑ 6. Marcel Schwob, extrait de « Alain le Gentil », in Vies imaginaires, pp. 111-112, Le Livre contemporain, 1929.