7, quai d’Anjou, à l’hôtel de Lauzun, dit plus tard hôtel Pimodan, des heurs et malheurs de quelques Hachichins

 

Ci-dessus : au n°7 du quai d’Anjou, dans l’île Saint-Louis, vue de hôtel de Lauzun, par Eugène Atget.

« Les appartements y sont d’une richesse, qui va jusqu’à la magnificence : l’or y est prodigué partout avec profusion. […]. C’est peut-être à Paris la seule maison qui donne encore une idée de l’habitation d’un homme de qualité au XVIIe siècle », remarque Edouard Fournier en 1893 dans Chroniques et légendes des rues de Paris 1)Edouard Fournier, Chronique et légende des rues de Paris, p. 121 ; p. 125, E. Dentu, Paris, 1893..

Comme je revoyais les belles photos de l’hôtel de Lauzun prises entre 1905 et 1927 par Eugène Atget, j’ai eu envie d’évoquer ici l’époque où Théophile Gautier et Baudelaire ont habité cet hôtel, alors appelé hôtel Pimodan, du nom du marquis de Lavallée de Pimodan, qui fut le dernier propriétaire des lieux avant la Révolution.

Après la Révolution, l’hôtel Pimodan, qui a par exception échappé au saccage, souffre d’une suite de propriétaires malvenus, indifférents à l’ancienne magnificence des lieux, soucieux en revanche d’un maximum de rendement locatif. Circa 1830, le bâtiment concentre ainsi les activités polluantes de nombreux ateliers d’artisans. Fortement dégradé, il n’est plus connu alors que sous le nom d’hôtel des teinturiers.

1. A l’hôtel Pimodan dans les années 1830

Passionné du vieux Paris, Roger de Beauvoir raconte, dans Les mystères de l’Île Saint-Louis : chroniques de l’hôtel Pimodan, une visite à ce lieu si chargé du souvenir des fastes de l’Ancien Régime :

 

Ci-dessus : vue d’un escalier de service de l’hôtel Pimodan par Eugène Atget.

Interpellé par moi au sujet de l’hôtel Pimodan, dont je me rappelais fort bien avoir remarqué la tablette de marbre, quai d’Anjou, mon cocher de cabriolet resta court.
– Vous voulez dire, sans doute, l’hôtel Lambert, mon bourgeois ? reprit-il avec assurance. Arrivé au numéro 17 du quai d’Anjou, je fis signe à mon automédon d’arrêter.
– Vous voulez dire l’hôtel des teinturiers ? poursuivit-il, je passe souvent par là, et je vois couler devant cette maison des ruisseaux de toutes couleurs.
Les abords du vaste hôtel, portant sur sa plaque de marbre ce nom: Hôtel Pimodan, étaient loin en effet d’être fort beaux; une fumée épaisse, nauséabonde, s’échappait des caves aux larges portes ouvertes sur le quai d’Anjou comme autant de vomitoires. Bravant ces exhalaisons délétères, je pénétrai dans l’hôtel, non sans peine toutefois, car le portier avait la consigne. Ce portier avait dû vivre du temps de M. de la Reynie 2)Gabriel Nicolas de la Reynie (1625-1709), premier lieutenant général de police de Paris.. Représentez-vous le cocher-fantôme de Scarron au pays des ombres 3)Je vis l’ombre d’un cocher
Avec l’ombre d’une brosse
Brosser l’ombre d’un carrosse.
Cités en bas de page par Roger de Beauvoir et attribués à Scarron, ces vers appartiennent en réalité à Charles Perrault ; ils figurent au livre VI de son Enéide travestie.
, sa toux seule put me convaincre qu’il existait.
Il ne tarda pas à m’introduire dans une cour de belle apparence, où triomphait l’herbe poussant dans les jointures du pavé. Cette cour est froide et triste. Deux lions massifs, placés aux coins de la grande porte, soutiennent une des extrémités de la façade du côté de la cour; toutefois cette sculpture est d’un bon style. De larges écuries forment le rez-de-chaussée du fond, dont le premier étage n’a rien que d’ordinaire et ne renferme pas une seule peinture. En tournant à droite, vous entrez dans la cage vitrée d’un escalier où l’on a pratiqué une volière. L’hôtel était désert, et nul oiseau ne chantait sous ces grillages. Le concierge faisait sonner en montant son trousseau de clefs, ce fut le seul bruit qui éveilla ces marches de pierre. J’arrivai à une porte en velours d’Utrecht jadis vert, mais qui me sembla alors d’un ton indéfinissable. Mon guide mit la clef dans la serrure, et je me trouvai bientôt dans une vaste pièce qui mérite l’attention.
Cette salle d’attente, qui a pu servir dans le temps de salle des gardes, est éclairée au levant par deux immenses fenêtres; l’ornement en était jadis doré, il a été reblanchi.
Le plafond représente Le Triomphe de la Vérité; on s’accorde à l’attribuer à Lafosse. La frise en est riche, mais le décor un peu lourd. Des amours, des génies et des enfants composent ses attributs; trois panneaux énormes flanquent le fond, passé au badigeon le plus pur. Les remaniements sont visibles en cette pièce, depuis le poêle en faïence jusqu’aux dalles de liais formant le parquet.
Nous passâmes de là dans la salle à manger de l’hôtel, où se voient de beaux Robert, et surtout deux panneaux consacrés, l’un à don Quichotte, l’autre à son écuyer pantagruélique. Rien de plus charmant et de plus ingénieux que ces deux toiles évidemment postérieures au style italien des arabesques et des amours qui décorent la base de cette pièce, où la vasque de marbre d’une belle fontaine plaquée d’un masque de satyre attire l’oeil du visiteur. Le salon qui fait suite est un prodige de travail et de splendeur; des fruits de Batiste 4)Jean-Baptiste Monnoyer, dit Batiste, (1636-1699), peintre de leurs et de fruits., un panneau du milieu que l’on peut sans crainte donner à Lesueur, et surtout le plafond empreint de la touche chaleureuse de ce maître, lui donnent aujourd’hui un prix inestimable aux yeux de l’artiste. Deux portes en glaces répondent aux fenêtres du balcon, d’où la vue s’étend du côté gauche sur les Célestins et l’Arsenal, et du côté droit jusqu’aux larges confins du Louvre.
La chambre à coucher, d’un style riche et pâteux, possède un fort beau plafond et un raccourci de Lesueur, Le Sommeil. Elle a des camaïeux et des grisailles d’une bonne école. La dernière pièce de ce riche appartement consiste enfin dans un boudoir d’une délicatesse exquise, où les glaces de Bohême témoignent assez d’une date antérieure à celle de la manufacture due au génie de Fouquet, le surintendant. Des peintures mythologiques, des chiffres et des enroulements d’un grand effet donnent à ce boudoir un cachet si particulier, que la main tâtonne involontairement ces divins panneaux, jusqu’à ce qu’elle ait trouvé le ressort mystérieux de quelque porte secrète. Or, cette porte- même ne manque pas, et l’on veut que Lauzun, poursuivi par le couteau galant de la jalouse Mademoiselle, ait plus d’une fois profité de cette issue.
Ébloui devant de pareilles magnificences comme devant un riche écrin de Froment-Meurice, l’habile ciseleur, j’eusse toutefois cherché vainement à m’asseoir, l’appartement n’avait pas même une chaise. Aveuglés un moment par les radieuses effluves de ces plafonds, mes yeux devaient pourtant retomber sur des profanations encore récentes. C’est ainsi que je vis avec effroi les parois jadis dorées recouvertes d’un odieux empâtage, et que je pus lire sur un volet une formule du Codex. Une formule de droguiste tracée à la craie dans pareil lieu! Qu’avait donc à faire la gent pharmaceutique avec les peintures de Lesueur ? Je ne remarquai pas sans frissonner l’angle de la rue des Lions-Saint-Paul, que l’on pouvait voir de ce balcon; c’est là que demeurait la Brinvilliers ! Il serait piquant, pensai-je, qu’il eût logé ici, vis-à-vis d’elle, un chimiste comme Sainte-Croix 5)Jean Baptiste Godin de Sainte-Croix, amant de la marquise de Brinvilliers, complice de cette dernière dans l’affaire des poisons. ! Ou bien serait-ce Lauzun qui soufflait de l’or en ce palais, et faisait de l’alchimie ! Quoi qu’il en put être de toutes mes suppositions, je demeurais convaincu du passage d’un être singulier dans cet hôtel, quand le concierge voulut bien m’apprendre qu’un locataire s’y était amusé à faire des préparations chimiques. Cet acte de vandalisme pouvait étrangement compromettre ces magnifiques peintures; elles en ont été quittes pour quelques taches. L’odeur âcre de la teinture n’a pas peu contribué à leurs souillures, mais les propriétaires de Paris sont ainsi faits, ils veulent avant tout faire des baux et s’assurer leurs pleins revenus. La difficulté d’une location pareille les effraye, de là une incurie profonde, résolue, pour tout ce qui la concerne. Je vous ai parlé du concierge qui m’escortait, c’était l’unique serviteur de cette maison, il ne l’avait pas quittée depuis son enfance, il demeurait seul chargé de ce lourd fardeau. Je ne sais pourquoi, malgré ses ténèbres et sa poussière, ce vieux palais vénitien, au bord de la Seine, me séduisit ; mais en le quittant, je me promis de le revoir, et bientôt j’y vins rêver tous les jours.
6)Roger de Beauvoir, Les mystères de l’île Saint-Louis : chroniques de l’hôtel Pimodan, p. 4 sqq., Calmann Lévy, Paris, 1877.

2. En 1843, Théophile Gautier participe à l’une des premières fantasias de l’hôtel Pimodan

 

Ci-dessus : Fernand Boissard de Boisdenier, Episode de la retraite de Russie, 1835.

Après avoir rencontré un très grand succès au Salon de 1835 avec une toile intitulée Episode de la retraite de Russie, le peintre Joseph Ferdinand Fernand Boissard de Boisdenier, dit Fernand Boissard, ancien élève du baron Gros et d’Eugène Devéria, devient un familier de Théophile Gautier. Les deux amis décident alors de s’installer en co-location à l’hôtel Pimodan, racheté depuis peu par Jérôme Pichon, conseiller d’état, riche bibliophile et collectionneur, qui a entrepris de restaurer une partie du bâtiment afin d’y abriter ses trésors.

En association avec le docteur Jacques Joseph Moreau, dit Moreau de Tours, Fernand Boissard crée à l’hôtel Pimodan, en 1843, le « club des Hachichins », dédié à l’étude des effets de la consommation du dawamesk, i.e. du haschich. Tout ou partie de la bande d’amis qui s’était formée en 1835 au n°3 de l’impasse du Doyenné 7)Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi »., se retrouve en 1845, dans le cadre du club des Hachichins, au n°7 du quai d’Anjou. Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Honoré Daumier, Eugène Delacroix, James Pradier, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas, Honoré de Balzac seront membres de ce club et s’y essaieront à la consommation du dawamesk lors de séances plaisamment baptisées « fantasias ».

 

Ci-dessus : portrait de Joséphine Marix par Ary Scheffer.

« Lors de ces fameuses soirées, Boissard voulait évidemment par divers moyens, plonger ses hôtes dans une atmosphère digne des paradis prédits par le Prophète. La beauté des appartements, leurs ornements luxueux, compliqués et suggestifs, la présence de quelques femmes superbes, comme Marix 8)Josephine Bloch, alias Marix ou Joséphine Marix, dite « la belle Juive ». Née en 1823, la jeune femme a commencé sa carrière de modèle auprès d’Ary Scheffer, Charles Steuben, Paul Delaroche, Fernand Boissard, à l’âge de quinze ans. A partir de 1843, elle vit maritalement avec Fernand Boissard à l’hôtel Pimodan. En 1848, elle quitte Fernand Boissard pour le baron Herman d’Ahlefeld, qu’elle épouse en 1852 et qu’elle suit au Danemark. Le baron meurt en 1855. Après avoir élevé ses quatre filles au Danemark, Joséphine Marix, baronne d’Ahlefeld, rentre à Paris à Paris circa 1876. Elle meurt au champ de course d’Auteuil en 1891., célèbre modèle du peintre, l’insinuation d’une musique appropriée (Boissard, au cours de telles réunions, jouait du violon), tout concourait à créer une atmosphère très singulière, une véritable « invitation au voyage » intérieur. L’hôtel devenait alors un monde enchanté, une sorte de château de la Belle au Bois dormant en plein Paris ». 9)Jean-Luc Steinmetz, Quatre hantises (sur les lieux de la Bohême), in Romantisme, 1988, volume 18, numéro 59, pp. 59-69.

Fernand Boissard à Théophile Gautier

Fais en sorte d’arriver de bonne heure – d’abord pour faire le mien – puis parce qu’on dînera à 5 1/2 précises et militaires – afin que la fantasia soit à peu près rentrée dans son lit quand il sera l’heure de se retirer chez soi.
Tout à toi
F.B.
10)Lettre n°917 in Correspondance générale de Théophile Gautier, volume 5, p. 133, Droz, Paris, 1988.

 

Ci-dessus : portrait de Théophile Gautier par Théodore Chassériau.

Théophile Gautier évoque les fantasias de l’hôtel Pimodan dans Le club des Hachichins, nouvelle publiée dans la Revue des Deux-Mondes, le 1er février 1846.

Un soir de décembre, obéissant à une convocation mystérieuse, rédigée en termes énigmatiques compris des affiliés, inintelligibles pour d’autres, j’arrivai dans un quartier lointain, espèce d’oasis de solitude au milieu de Paris, que le fleuve, en l’entourant de ses deux bras, semble défendre contre les empiétements de la civilisation, car c’était dans une vieille maison de L’Ile Saint-Louis, l’hôtel Pimodan, bâti par Lauzun, que le club bizarre dont je faisais partie depuis peu tenait ses séances mensuelles, où j’allais assister pour la première fois.
Quoiqu’il fût à peine six heures, la nuit était noire.
Un brouillard, rendu plus épais encore par le voisinage de la Seine, estompait tous les objets de sa ouate déchirée et trouée, de loin en loin, par les auréoles rougeâtres des lanternes et les filets de lumière échappés des fenêtres éclairées.
Le pavé, inondé de pluie, miroitait sous les réverbères comme une eau qui reflète une illumination, une bise âcre, chargée de particules glacées, vous fouettait la figure, et ses sifflements gutturaux faisaient le dessus d’une symphonie dont les flots gonflés se brisant aux arches des ponts formaient la basse : il ne manquait à cette soirée aucune des rudes poésies de l’hiver.
Il était difficile, le long de ce quai désert, dans cette masse de bâtiments sombres, de distinguer la maison que je cherchais ; cependant mon cocher, en se dressant sur son siège, parvint à lire sur une plaque de marbre le nom à moitié dédoré de l’ancien hôtel, lieu de réunion des adeptes.

 

Ci-dessus : vue de la cour de l’hôtel de Lauzun par Eugène Atget.

Je soulevai le marteau sculpté, l’usage des sonnettes à bouton de cuivre n’ayant pas encore pénétré dans ces pays reculés, et j’entendis plusieurs fois le cordon grincer sans succès ; enfin, cédant à une traction plus vigoureuse, le vieux pêne rouillé s’ouvrit, et la porte aux ais massifs put tourner sur ses gonds.
Derrière une vitre d’une transparence jaunâtre apparut, à mon entrée, la tête d’une vieille portière ébauchée par le tremblotement d’une chandelle, un tableau de Skalken tout fait. La tête me fit une grimace singulière, et un doigt maigre, s’allongeant hors de la loge, m’indiqua le chemin.
Autant que je pouvais le distinguer, à la pâle lueur qui tombe toujours, même du ciel le plus obscur, la cour que je traversais était entourée de bâtiments d’architecture ancienne à pignons aigus ; je me sentais les pieds mouillés comme si j’eusse marché dans une prairie, car l’interstice des pavés était rempli d’herbe.
Les hautes fenêtres à carreaux étroits de l’escalier, flamboyant sur la façade sombre, me servaient de guide et ne me permettaient pas de m’égarer.

 

Ci-dessus : plan de l’escalier d’honneur de l’hôtel de Lauzun.
Cf. L’Art architectural en France depuis François Ier jusqu’à Louis XIV. Motifs de décoration intérieure et extérieure dessinés d’après des modèles exécutés et inédits des principales époques de la Renaissance… par Eugène Rouyer, illustrateur ; texte par Alfred Darcel, tome 1, p. 70 sqq., E. Noblet Editeur, 1863-1866.

 

Ci-dessus : reconstitution de l’escalier d’honneur de l’hôtel de Lauzun. Source : Architecture classique parisienne : l’hôtel de Lauzun ou de Pimodan.

Le perron franchi, je me trouvai au bas d’un de ces immenses escaliers comme on les construisait du temps de Louis XIV, et dans lesquels une maison moderne danserait à l’aise. Une chimère égyptienne dans le goût de Lebrun, chevauchée par un Amour, allongeait ses pattes sur un piédestal et tenait une bougie dans ses griffes recourbées en bobèche.
La pente des degrés était douce ; les repos et les paliers bien distribués attestaient le génie du vieil architecte et la vie grandiose des siècles écoulés ; en montant cette rampe admirable, vêtu de mon mince frac noir, je sentais que je faisais tache dans l’ensemble et que j’usurpais un droit qui n’était pas le mien ; l’escalier de service eût été assez bon pour moi.

 

Ci-dessus : transformé en salle à manger au XIXe siècle, palier supérieur de l’escalier d’honneur.

Des tableaux, la plupart sans cadres, copies des chefs-d’oeuvre de l’école italienne et de l’école espagnole, tapissaient les murs, et tout en haut, dans l’ombre, se dessinait vaguement un grand plafond mythologique peint à fresque.
J’arrivai à l’étage désigné.
Un tambour de velours d’Utrecht, écrasé et miroité, dont les galons jaunis et les clous bossués racontaient les longs services, me fit reconnaître la porte.
Je sonnai ; l’on m’ouvrit avec les précautions d’usage, et je me trouvai dans une grande salle éclairée à son extrémité par quelques lampes. En entrant là, on faisait un pas de deux siècles en arrière. Le temps, qui passe si vite, semblait n’avoir pas coulé sur cette maison, et, comme une pendule qu’on a oublié de remonter, son aiguille marquait toujours la même date.
Les murs, boisés de menuiseries peintes en blanc, étaient couverts à moitié de toiles rembrunies ayant le cachet de l’époque ; sur le poêle gigantesque se dressait une statue qu’on eût pu croire dérobée aux charmilles de Versailles. Au plafond, arrondi en coupole, se tordait une allégorie strapassée 11)Strapassé : peint dans un style outré, d’apparence mal faite, comme à la diable. dans le goût de Lemoine, et qui était peut-être de lui.

 

Je m’avançai vers la partie lumineuse de la salle où s’agitaient autour d’une table plusieurs formes humaines, et dès que la clarté, en m’atteignant, m’eut fait reconnaître, un vigoureux hurra ébranla les profondeurs sonores du vieil édifice.
« C’est lui! c’est lui! crièrent en même temps plusieurs voix; qu’on lui donne sa part! »
Le docteur était debout près d’un buffet sur lequel se trouvait un plateau chargé de petites soucoupes de porcelaine du Japon. Un morceau de pâte ou confiture verdâtre, gros à peu près comme le pouce, était tiré par lui au moyen d’une spatule d’un vase de cristal, et posé, à côté d’une cuillère de vermeil, sur chaque soucoupe.
La figure du docteur rayonnait d’enthousiasme ; ses yeux étincelaient, ses pommettes se pourpraient de rougeurs, les veines de ses tempes se dessinaient en saillie, ses narines dilatées aspiraient l’air avec force.
« Ceci vous sera défalqué sur votre portion de paradis, » me dit-il en me tendant la dose qui me revenait.
Chacun ayant mangé sa part, l’on servit du café à la manière arabe, c’est-à-dire avec le marc et sans sucre.
Puis l’on se mit à table.
Le repas était servi d’une manière bizarre et dans toute sorte de vaisselles extravagantes et pittoresques. De grands verres de Venise, traversés de spirales laiteuses, des vidrecomes allemands historiés de blasons, de légendes, des cruches flamandes en grès émaillé, des flacons à col grêle, encore entourés de leurs nattes de roseaux, remplaçaient les verres, les bouteilles et les carafes.
La porcelaine opaque de Louis Lebeuf 12)Louis Martin Lebeuf (1792-1854), directeur de la manufacture de faïences de Creil et Montereau. et la faïence anglaise à fleurs, ornement des tables bourgeoises, brillaient par leur absence ; aucune assiette n’était pareille, mais chacune avait son mérite particulier ; la Chine, le Japon, la Saxe, comptaient là des échantillons de leurs plus belles pâtes et de leurs plus riches couleurs : le tout un peu écorné, un peu fêlé, mais d’un goût exquis.
Les plats étaient, pour la plupart, des émaux de Bernard de Palissy, ou des faïences de Limoges, et quelquefois le couteau du découpeur rencontrait, sous les mets réels, un reptile, une grenouille ou un oiseau en relief. L’anguille mangeable mêlait ses replis à ceux de la couleuvre moulée.
Un honnête philistin eût éprouvé quelque frayeur à la vue de ces convives chevelus, barbus, moustachus, ou tondus d’une façon singulière, brandissant des dagues du seizième siècle, des kriss malais, des navajas, et courbés sur des nourritures auxquelles les reflets des lampes vacillantes prêtaient des apparences suspectes.
Le dîner tirait à sa fin, déjà quelques-uns des plus fervents adeptes ressentaient les effets de la pâte verte : j’avais, pour ma part, éprouvé une transposition complète de goût. L’eau que je buvais me semblait avoir la saveur du vin le plus exquis, la viande se changeait dans ma bouche en framboise, et réciproquement. Je n’aurais pas discerné une côtelette d’une pêche.
Mes voisins commençaient à me paraître un peu originaux; ils ouvraient de grandes prunelles de chat-huant ; leur nez s’allongeait en proboscide ; leur bouche s’étendait en ouverture de grelot. Leurs figures se nuançaient de teintes surnaturelles.
L’un d’eux, face pâle dans une barbe noire, riait aux éclats d’un spectacle invisible ; l’autre faisait d’incroyables efforts pour porter son verre à ses lèvres, et ses contorsions pour y arriver excitaient des huées étourdissantes.
Celui-ci, agité de mouvements nerveux, tournait ses pouces avec une incroyable agilité ; celui-là, renversé sur le dos de sa chaise, les yeux vagues, les bras morts, se laissait couler en voluptueux dans la mer sans fond de l’anéantissement.
Moi, accoudé sur la table, je considérais tout cela à la clarté d’un reste de raison qui s’en allait et revenait par instants comme une veilleuse près de s’éteindre. De sourdes chaleurs me parcouraient les membres, et la folie, comme une vague qui écume sur une roche et se retire pour s’élancer de nouveau, atteignait et quittait ma cervelle, qu’elle finit par envahir tout à fait.
L’hallucination, cet hôte étrange, s’était installée chez moi.
« Au salon, au salon! cria un des convives; n’entendez-vous pas ces choeurs célestes? Les musiciens sont au pupitre depuis longtemps. »
En effet, une harmonie délicieuse nous arrivait par bouffées à travers le tumulte de la conversation.

 

Ci-dessus : vue du salon de l’hôtel de Lauzun par Eugène Atget.

Le salon est une énorme pièce aux lambris sculptés et dorés, au plafond peint, aux frises ornées de satyres poursuivant des nymphes dans les roseaux, à la vaste cheminée de marbre de couleur, aux amples rideaux de brocatelle 13)Brocatelle : étoffe brochée., où respire le luxe des temps écoulés.

 

Ci-dessus : autre vue du salon de l’hôtel de Lauzun par Eugène Atget.

Des meubles de tapisserie, canapés, fauteuils et bergères, d’une largeur à permettre aux jupes des duchesses et des marquises de s’étaler à l’aise, reçurent les hachichins dans leurs bras moelleux et toujours ouverts.
Une chauffeuse, à l’angle de la cheminée, me faisait des avances, je m’y établis, et m’abandonnai sans résistance aux effets de la drogue fantastique.

 

Ci-dessus : autre vue des appartements de l’hôtel de Lauzun par Eugène Atget.

Au bout de quelques minutes, mes compagnons, les uns après les autres, disparurent, ne laissant d’autre vestige que leur ombre sur la muraille, qui l’eut bientôt absorbée ; — ainsi les taches brunes que l’eau fait sur le sable s’évanouissent en séchant… 14)Théophile Gautier, Le club des haschichins, in Romans et Contes, p. 429 sqq., Charpentier, Paris, 1862.

3. En octobre 1843, Baudelaire loue un appartement au dernier étage de l’hôtel Pimodan

D’octobre 1843 à septembre 1845, Baudelaire loue à Jérôme Pichon un petit appartement situé au dernier étage de l’hôtel Pimodan et donnant sur le quai d’Anjou.

 

Ci-dessus : Baudelaire par Nadar.

Théodore de Banville garde de sa première visite à Charles Baudelaire, en son logis de l’hôtel Pimodan, un souvenir enthousiaste :

J’allai voir Baudelaire chez lui ; son logis, et pour employer l’expression pittoresque de Théophile Gautier, « ce qu’il avait sécrété autour de lui, était bien l’exacte image de lui-même ; je ne me souviens pas d’avoir jamais vu une maison qui ressemblât mieux à son propriétaire. Le poète habitait dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, ce vieux et célèbre hôtel Pimodan, superbe et triste, dont les peintures décoratives ont été transportées au Louvre. Il y avait dans cette noble demeure des appartements princiers, notamment celui où le peintre Boissard s’enorgueillissait avec raison d’un piano peint tout entier de la main de Watteau ! qu’il avait acheté douze-cents francs, et qui aujourd’hui ne pourrait être payé que par un Rothschild. Mais Baudelaire, lui, avait choisi un logement exigu, aux murailles très hautes, composé de plusieurs petites pièces sans attribution spéciale, dont les fenêtres laissaient voir la verte et large rivière. Elles étaient toutes tendues uniformément d’un papier glacé aux énormes ramages rouges et noirs, qui s’accordaient bien avec les draperies d’un lourd damas antique. Sur ces fonds d’une élégance voluptueuse et farouche, réchauffés ça et là par de vieilles et fauves dorures, était accrochée, mise sous verre et sans cadres, toute la série des Hamlet lithographiés par Delacroix, d’une expression inouïe, intense, extra-terrestre, qui représentait la Douleur.

 

Ci-dessus : Eugène Delacroix, Hamlet, La rencontre du fantôme.

Fauteuils et divans, les meubles pour s’asseoir, couverts de housses en toile glacée, étaient gigantesques, faits à ce qu’on eût pu croire, pour donner l’idée d’une race de titans, comme ces écuries et ces palais que laissa derrière lui, en quittant l’Inde, Alexandre roi de Macédoine. Mais ce qui me frappa surtout, ce fut la table, également immense, qui servait à la fois pour manger et pour écrire. Taillée dans le noyer massif, c’était un de ces meubles de génie, comme en trouva le dix-huitième siècle, mais que les menuisiers modernes sont impuissants à imiter et à reproduire. En effet, l’ovale en était sans cesse transformé par des inflexions, en apparence capricieuses et quelconques, mais qui, au contraire, étaient le résultat de profonds calculs. Non seulement cette ligne sans cesse ondoyante charmait par son gracieux caprice ; mais elle était imaginée de telle façon que n’importe comment on s’assît devant la table, le corps se trouvait soutenu, emboîté mollement et sans raideur. Certes, je ne crois pas qu’à cette table là tout le monde aurait trouvé Les Fleurs du Mal ; mais il eût été bien difficile d’y écrire des choses communes et vulgaires.

En parcourant l’original et amusant logement de Baudelaire, je fus un peu étonné de n’y voir ni rayons, ni armoires vitrées, ni rien qui ressemblât à une bibliothèque, si bien que je ne pus m’empêcher de le lui dire.
— Est-ce que vous n’avez pas de livres ? lui demandai-je.
— Si fait, me dit-il, j’en ai quelques-uns.
Et il ouvrit, à côté de moi, un profond et vulgaire placard, où étaient non pas droits, alignés et mis en rang comme des soldats, mais posés à plat sur les rayons, une trentaine de volumes. C’étaient de vieux poètes français, et des poètes latins, surtout ceux de la décadence, la plupart dans des éditions anciennes et précieuses, et magnifiquement ornées de reliures pleines exécutées par de grands artistes, mais dont les dos étaient cousus sur nerfs et pouvaient s’ouvrir ! Par une association d’idées on ne peut plus simple et naturelle, dans le même placard étaient enfermées quelques bouteilles des grands vins du Rhin, et des verres couleur d’émeraude. Quant aux lexiques, aux dictionnaires et aux encyclopédies, aux fatras de toute sorte dont la légende s’est plu à entourer Baudelaire, je dois dire qu’on en eût en vain cherché la moindre trace. […].

Donc chez lui, à l’hôtel Pimodan, quand j’y allai pour la première fois, il n’y avait pas de lexiques, pas de cabinet de travail, ni de table avec ce qu’il faut pour écrire, pas plus qu’il n’y avait de buffets et de salle à manger, ni rien qui rappelât le décor à compartiments des appartements bourgeois ; car dans les murailles de cet hôtel, profondes comme celles d’un château féodal, il avait été facile de percer des placards assez profonds pour y cacher les verreries et les vaisselles. Pourtant celles dont se servait Baudelaire étaient curieuses et fort belles à voir ; mais il eût trouvé inique de leur abandonner une de ses chambres, qu’il désirait garder toutes pour lui seul. Il m’invita à déjeuner ; et tout de suite, comme par enchantement, le couvert se trouva dressé et une chère succulente fut servie par les soins d’un valet silencieux. […].

Dire qu’il savait vous mettre à votre aise, rendrait bien imparfaitement ma pensée ; son geste, son regard, sa manière d’être exprimaient clairement que, pareil à un seigneur prodigue, il vous donnait sa maison, et qu’il eût souri de contentement s’il vous avait plu de prendre les joyaux et les objets précieux et de les jeter par la fenêtre. Pendant la nuit que nous avions passée à nous promener, Baudelaire m’avait enivré de sa causerie plus variée et plus diverse qu’une belle étoffe d’Asie déroulée sans fin ; mais à ce repas, c’est moi qu’il voulut entendre causer… 15)Théodore de Banville, Petites études. Mes souvenirs : Victor Hugo, Henri Heine, Théophile Gautier, Honoré de Balzac, …, p. 79 sqq., G. Charpentier, Paris, 1882.

4. Baudelaire participe aux fantasias de l’hôtel Pimodan

Baudelaire, dans Les Paradis artificiels, se souvient d’avoir participé, lui aussi, aux fantasias organisées par le docteur Moreau de Tours et par Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier à l’hôtel Pimodan. Il évoque ici le moment où, après qu’il a consommé le dawamesk, le vieil hôtel lui apparaît sous un jour nouveau. Les couleurs prennent « une énergie inaccoutumée », les peintures des plafonds, « une vie effrayante » :

Les nymphes aux chairs éclatantes vous regardent avec de grands yeux plus profonds et plus limpides que le ciel et l’eau ; les personnages de l’Antiquité, affublés de leurs costumes sacerdotaux ou militaires, échangent avec vous par le simple regard de solennelles confidences. La sinuosité des lignes est un langage définitivement clair où vous lisez l’agitation et le désir des âmes.

Tous les objets environnants sont autant de suggestions qui agitent en lui [l’homme du dawamesk] un monde de pensées, toutes plus colorées, plus vivantes, plus subtiles que jamais et revêtues d’un vernis magique. « Ces villes magnifiques, se dit-il, où les bâtiments superbes sont échelonnés comme dans les décors, – ces beaux navires balancés par les eaux de la rade dans un désoeuvrement nostalgique, et qui ont l’air de traduire notre pensée : Quand partons-nous pour le bonheur? – ces musées qui regorgent de belles formes et de couleurs enivrantes, – ces bibliothèques où sont accumulés les travaux de la science et les rêves de la Muse, […], ces paysages dentelés, horizons fuyants, perspectives de villes blanchies par la lividité cadavéreuse de l’orage, ou illuminées par les ardeurs concentrées des soleils couchants, – profondeur de l’espace, allégorie de la profondeur du temps…

Chargés encore du souvenir du dawamesk, on retrouve dans les deux versions de L’invitation au voyage – celle des Fleurs du Mal et celle du Spleen de Paris – le décor et les meubles de l’hôtel Pimodan :

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté…
16)Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, XLIX, L’Invitation au voyage.

 

Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter […].

Sur des panneaux luisants, ou sur des cuirs dorés et d’une richesse sombre, vivent discrètement des peintures béates, calmes et profondes, comme les âmes des artistes qui les créèrent. Les soleils couchants, qui colorent si richement la salle à manger ou le salon, sont tamisés par de belles étoffes ou par ces hautes fenêtres ouvragées que le plomb divise en nombreux compartiments. Les meubles sont vastes, curieux, bizarres, armés de serrures et de secrets comme des âmes raffinées. Les miroirs, les métaux, les étoffes, l’orfévrerie et la faïence y jouent pour les yeux une symphonie muette et mystérieuse ; et de toutes choses, de tous les coins, des fissures des tiroirs et des plis des étoffes s’échappe un parfum singulier, un revenez-y de Sumatra, qui est comme l’âme de l’appartement.
17)Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, XVIII, L’invitation au voyage.

5. Quand Nerval, lorsqu’il relate en 1851 son voyage de 1843 en Orient, se souvient des fantasias de l’hôtel Pimodan

Gérard de Nerval n’a rien écrit concernant les fantasias auxquelles il a participé à l’hôtel Pimodan. Mais c’est en homme instruit de l’usage et des effets du dawamesk qu’en 1851, il raconte dans son Voyage en Orient comment « l’étranger », au bord du Nil, se trouve initié à la magie de la « pâte verte »…

 

Ci-dessus : annoté par le poète, alors hospitalisé à la clinique du Docteur Blanche à Passy, portrait de Gérard de Nerval par Etienne Gervais d’après le daguerréotype d’Adolphe Legros.

— Frère, dit Yousouf, tu parais fatigué ; sans doute tu viens de loin. Veux-tu prendre quelque rafraîchissement ?
— En effet, ma route a été longue, répondit l’étranger. Je suis entré dans cet okel pour me reposer ; mais que pourrais-je boire ici, où l’on ne sert que des breuvages défendus ?
— Vous autres musulmans, vous n’osez mouiller vos lèvres que d’eau pure ; mais, nous qui sommes de la secte des sabéens, nous pouvons, sans offenser notre loi, nous désaltérer du généreux sang de la vigne ou de la blonde liqueur de l’orge.
— Je ne vois pourtant devant toi aucune boisson fermentée ?
— Oh ! il y a longtemps que j’ai dédaigné leur ivresse grossière, dit Yousouf en faisant signe à un noir, qui posa sur la table deux petites tasses de verre entourées de filigrane d’argent et une boite remplie d’une pâte verdâtre où trempait une spatule d’ivoire. Cette boîte contient le paradis promis par ton prophète à ses croyants, et, si tu n’étais pas si scrupuleux, je te mettrais dans une heure aux bras des houris sans te faire passer sur le pont d’Alsirat, continua en riant Yousouf.
— Mais cette pâte est du hachich, si je ne me trompe, répondit l’étranger en repoussant la tasse dans laquelle Yousouf avait déposé une portion de la fantastique mixture, et le hachich est prohibé.
— Tout ce qui est agréable est défendu, dit Yousouf en avalant une première cuillerée.

L’étranger fixa sur lui ses prunelles d’un azur sombre ; la peau de son front se contracta avec des plis si violents, que sa chevelure en suivait les ondulations ; un moment on eût dit qu’il voulait s’élancer sur l’insouciant jeune homme et le mettre en pièces ; mais il se contint, ses traits se détentirent, et, changeant subitement d’avis, il allongea la main, prit la tasse, et se mit à déguster lentement la pâte verte.

Au bout de quelques minutes, les effets du hachich commençaient à se faire sentir sur Yousouf et sur l’étranger ; une douce langueur se répandait dans tous leurs membres, un vague sourire voltigeait sur leurs lèvres. Quoiqu’ils eussent à peine passé une demi-heure l’un près de l’autre, il leur semblait se connaître depuis mille ans. La drogue agissant avec plus de force sur eux, ils commencèrent à rire, à s’agiter et à parler avec une volubilité extrême, l’étranger surtout, qui, strict observateur des défenses, n’avait jamais goûté de cette préparation et en ressentait vivement les effets. Il paraissait en proie à une exaltation extraordinaire ; des essaims de pensées nouvelles, inouïes, inconcevables, traversaient son âme en tourbillons de feu ; ses yeux étincelaient comme éclairés intérieurement par le reflet d’un monde inconnu, une dignité surhumaine relevait son maintien ; puis la vision s’éteignait, et il se laissait aller mollement sur les carreaux à toutes les béatitudes du kief.

— Eh bien, compagnon, dit Yousouf saisissant cette intermittence dans l’ivresse de l’inconnu, que te semble de cette honnête confiture aux pistaches? Anathématiseras-tu toujours les braves gens qui se réunissent tranquillement dans une salle basse pour être heureux à leur manière ?
— Le hachich rend pareil à Dieu, répondit l’étranger d’une voix lente et profonde.
— Oui, répliqua Yousouf avec enthousiasme ; les buveurs d’eau ne connaissent que l’apparence grossière et matérielle des choses. L’ivresse, en troublant les yeux du corps, éclaircit ceux de l’âme ; l’esprit, dégagé du corps, son pesant geôlier, s’enfuit comme un prisonnier dont le gardien s’est endormi, laissant la clef à la porte du cachot. Il erre joyeux et libre dans l’espace et la lumière, causant familièrement avec les génies qu’il rencontre et qui l’éblouissent de révélations soudaines et charmantes. Il traverse d’un coup d’aile facile des atmosphères de bonheur indicible, et cela, dans l’espace d’une minute qui semble éternelle, tant ces sensations s’y succèdent avec rapidité.
18)Le Voyage en Orient, III, Histoire du calife Hakem, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome 1, p. 342 sqq., Michel Lévy frères, Paris, 1877.

6. Après une dizaine d’expériences, Théophile Gautier renonce pour toujours au dawamesk

Loin de considérer comme Nerval que « le hachich rend l’homme pareil à Dieu », Théophile Gautier se borne à tenir la participation aux fantasias de l’hôtel Pimodan comme une expérience amusante, mais dispensable, qu’il délaissera au demeurant après une dizaine de séances.

« Alléluia ! le Temps est ressuscité, crièrent des voix enfantines et joyeuses ; va voir la pendule maintenant ! »
L’aiguille marquait onze heures.
« Monsieur, votre voiture est en bas », me dit le domestique.
Le rêve était fini.
Les hachichins s’en allèrent chacun de leur côté, comme les officiers après le convoi de Malbrouck.
Moi, je descendis d’un pas léger cet escalier qui m’avait causé tant de tortures, et quelques instants après j’étais dans ma chambre en pleine réalité ; les dernières vapeurs soulevées par le hachisch avaient disparu.
Ma raison était revenue, ou du moins ce que j’appelle ainsi, faute d’autre terme.
Ma lucidité aurait été jusqu’à rendre compte d’une pantomime ou d’un vaudeville, ou à faire des vers rimant de trois lettres.
19)Théophile Gautier, Le club des hachichins in Romans et contes, p. 457-458.

« Le vrai littérateur », observe Théophile Gautier dans l’étude qu’il consacre en 1866 à Baudelaire, « n’a besoin que de ses rêves naturels, et il n’aime pas que sa pensée subisse l’influence d’un agent quelconque. »

7. Après une dizaine d’expériences, Baudelaire juge délétère l’usage du haschich

Parlant ici de sa propre expérience du dawamesk, Baudelaire raconte comment, à l’occasion d’une fantasia, il s’est senti provisoirement « devenir Dieu » :

 

Ci-dessus : inconnue jusqu’ici, découverte en 2013 par Serge Plantureux, marchand-expert, épreuve albuminée d’après un négatif verre au collodion, sur laquelle figure possiblement Charles Baudelaire.

« Ces villes magnifiques, se dit-il, où les bâtiments superbes sont échelonnés comme dans les décors, — ces beaux navires balancés par les eaux de la rade dans un désoeuvrement nostalgique , et qui ont l’air de traduire notre pensée : Quand partons-nous pour le bonheur ?, — ces musées qui regorgent de belles formes et de couleurs enivrantes, — ces bibliothèques où sont accumulés les travaux de la Science et les rêves de la Muse, — ces instruments rassemblés qui parlent avec une seule voix, — ces femmes enchanteresses, plus charmantes encore par la science de la parure et l’économie du regard, — toutes ces choses ont été créées pour moi, pour moi, pour moi ! […] — pour servir de pâture, de pabulum, à mon implacable appétit d’émotion, de connaissance et de beauté ! » Je saute et j’abrège. Personne ne s’étonnera qu’une pensée finale, suprême, jaillisse du cerveau du rêveur : « Je suis devenu Dieu ! », qu’un cri sauvage, ardent, s’élance de sa poitrine avec une énergie telle, une telle puissance de projection, que, si les volontés et les croyances d’un homme ivre avaient une vertu efficace, ce cri culbuterait les anges disséminés dans les chemins du ciel : « Je suis un Dieu ! » 20)Charles Baudelaire, Les Paradis artificiels, ch. IV : L’Homme-Dieu, p. 94, Poulet-Malassis et de Broise Editeurs, Paris, 1860.

« Mais le lendemain! le terrible lendemain ! tous les organes relâchés, fatigués, les nerfs détendus, les titillantes envies de pleurer, l’impossibilité de s’appliquer à un travail suivi, vous enseignent cruellement que vous avez joué un jeu défendu. La hideuse nature, dépouillée de son illumination de la veille, ressemble aux mélancoliques débris d’une fête.

La volonté surtout est attaquée, de toutes les facultés la plus précieuse. On dit, et c’est presque vrai, que cette substance ne cause aucun mal physique, aucun mal grave, du moins. Mais peut-on affirmer qu’un homme incapable d’action, et propre seulement aux rêves, se porterait vraiment bien, quand même tous ses membres seraient en bon état ? 21)Ibidem, ch. V : Morale, p. 97.

Si Charles Baudelaire n’a pas persisté dans l’usage du haschich, il doit en revanche au séjour de l’hôtel Pimodan la dette monstrueuse qu’afin de meubler dans le style qu’on sait son appartement du dernier étage, il a contractée auprès d’Antoine Jean Marie Arondel, accessoirement peintre, principalement brocanteur, dont la boutique se trouve sise au rez-de-chaussée de l’immeuble. Cette dette, que le poète n’a pas les moyens de rembourser, qui lui vaudra d’être régulièrement poursuivi et saisi, qui l’obligera par suite à déménager sans cesse, l’accablera toute sa vie durant. Mais l’humour seyant au dandy, ledit poète, en mai 1854, adresse à Arondel une lettre ainsi libellée : Baudelaire envoie à son créancier des places pour une représentation de jongleur chinois à la Porte-Saint-Martin. 22)Archives nationales, Correspondance générale de Baudelaire, I, p. 278-279.

8. Jacques Joseph Moreau de Tours voit dans l’expérience du haschich un moyen d’exploration des mécanismes psycho-physiologiques de la folie

 

Ci-dessus : portrait de Jacques Joseph Moreau de Tours, médecin aliéniste à Bicêtre et à Ivry, par son fils Georges Moreau de Tours.

Partant du principe « qu’il n’est aucun fait élémentaire ou constitutif de la folie qui ne se rencontre dans les modifications intellectuelles développées par le hachisch », le docteur Moreau de Tours, médecin aliéniste à Bicêtre et à Ivry, voyait dans cette substance, ou plutôt dans l’action qu’elle exerce sur les facultés morales, « un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathogénie mentale ». « Je m’étais persuadé que par elle on devait pouvoir être initié aux mystères de l’aliénation, remonter à la source cachée de ces désordres si nombreux, si variés, si étranges qu’on a l’habitude de désigner sous le nom collectif de folie » 23)Jacques Joseph Moreau de Tours, Du Hachisch et de l’aliénation mentale : études psychologiques, II : Physiologie, p. 29-30, Fortin, Masson Editeurs, Paris, 1845.. Jacques Joseph Moreau de Tours, lors des fantasias de l’hôtel Pimodan, a côtoyé Gérard de Nerval en ami seulement, car celui-ci n’a pas été son patient. Lorsque le docteur Moreau aura lu Aurélia, texte écrit à la fin de l’année 1854, publié en 1855 peu après la mort de Nerval, il y constatera que « l’épanchement du songe dans la vie réelle », dont le poète décrit en 1854 les effets sur-puissants, correspond à cela même que lui, médecin aliéniste, se plongeant ainsi dans un état de « folie artificielle », a expérimenté sous dawamesk dans le cadre des fantasias des années 1840 à l’hôtel Pimodan. Il tire de cette constatation la certitude qu’on gagne à mieux connaître les mécanismes psycho-physiologiques du rêve ou de la vision sous dawamesk le moyen de mieux comprendre, partant, de mieux soigner, ceux de la folie.

9. Gérard de Nerval, l’écriture tisseuse de songes et le métier de la pensée

 

Ci-dessus : Gérard de Nerval photographié par Nadar, quelques semaines avant sa mort.

Tout lecteur de Gérard de Nerval observera qu’à réduire l’oeuvre de ce dernier au statut de document clinique, témoin, dira plus tard le psychiatre Jean Delay, des effets de la « psychose périodique », le docteur Moreau de Tours méconnaît le sens assigné par le poète à l’écriture de son chemin de songes.

Si je ne pensais que la mission d’un écrivain est d’analyser sincèrement ce qu’il éprouve dans les graves circonstances de la vie, remarque l’auteur d’Aurélia, et si je ne me proposais un but que je crois utile, je m’arrêterais ici, et je n’essayerais pas de décrire ce que j’éprouvai ensuite dans une série de visions insensées peut-être, ou vulgairement maladives. 24)Gérard de Nerval, Le Rêve et la Vie – Aurélia, Première partie, p. 4, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome V, Michel Lévy Frères Libraires Editeurs, Paris, 1868.

Je m’applique, ajoute-t-il, à chercher le sens de mes rêves, afin d’élucider les mystères de mon esprit, partant, afin d’apprendre à mieux connaître ces régions inconnues en quoi se concentre l’irrationnel, lequel demeure au vrai la part la plus secrète de l’âme humaine. 25)Ibidem, p. 73.

Réprouvant le déni de l’irrationnel qu’ont fait venir les idéologues des Lumières ainsi que les précurseurs de la philosophie positiviste, Nerval se réclame d’une pensée plus ancienne, qui ménage une place au vrai de la sensation, et, plus originairement encore, à la vérité de ce qui advient sous le couvert de « l’ignorance », autrement dit sous l’auspice du besoin, tout naïf, de croire, d’imaginer, et de rêver.

Pour nous, nés dans des jours de révolutions et d’orages, où toutes les croyances ont été brisées — élevés tout au plus dans cette foi vague qui se contente de quelques pratiques extérieures, et dont l’adhésion indifférente est plus coupable peut-être que l’impiété et l’hérésie, — il est bien difficile, dès que nous en sentons le besoin, de reconstruire l’édifice mystique dont les innocents et les simples admettent dans leurs coeurs la ligne toute tracée. « L’arbre de science n’est pas l’arbre de vie ! » Cependant, pouvons-nous rejeter de notre esprit ce que tant de générations intelligentes y ont versé de bon ou de funeste ? L’ignorance ne s’apprend pas. 26)Ibid, p. 33.

Je crus comprendre, observe encore l’auteur d’Aurélia, qu’il existait entre le monde exerne et le monde interne un lien 27)Gérard de Nerval, Le Rêve et la Vie – Aurélia, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome V, p. 73, Michel Lévy Frères Libraires Editeurs, Paris, 1868.. Postulant que le rêve est ce lien, La compréhension dont Gérard de Nerval parle ici et dont il dit qu’il croit pouvoir y atteindre, ce n’est pas de l’usage du dawamesk qu’il la requiert, mais du travail de l’écriture, tisseuse de songes, et, par là, du métier de la pensée. Il s’agit en l’occurrence d’un métier des plus difficiles. Cela, concède Nerval à propos du lien qu’il recherche « entre le monde externe et le monde interne », est plus facile à sentir qu’à énoncer clairement. Il y parvient cependant de façon qui rend la lecture de son oeuvre bouleversante.

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Notes   [ + ]

1. Edouard Fournier, Chronique et légende des rues de Paris, p. 121 ; p. 125, E. Dentu, Paris, 1893.
2. Gabriel Nicolas de la Reynie (1625-1709), premier lieutenant général de police de Paris.
3. Je vis l’ombre d’un cocher
Avec l’ombre d’une brosse
Brosser l’ombre d’un carrosse.
Cités en bas de page par Roger de Beauvoir et attribués à Scarron, ces vers appartiennent en réalité à Charles Perrault ; ils figurent au livre VI de son Enéide travestie.
4. Jean-Baptiste Monnoyer, dit Batiste, (1636-1699), peintre de leurs et de fruits.
5. Jean Baptiste Godin de Sainte-Croix, amant de la marquise de Brinvilliers, complice de cette dernière dans l’affaire des poisons.
6. Roger de Beauvoir, Les mystères de l’île Saint-Louis : chroniques de l’hôtel Pimodan, p. 4 sqq., Calmann Lévy, Paris, 1877.
7. Cf. La dormeuse blogue 3 : Nerval à sa fenêtre ou le paysage de l’impasse du Doyenné ; Arsène Houssaye – « Voici comment nous vécûmes ensemble : Camille Rogier, Gérard de Nerval, Théo et moi ».
8. Josephine Bloch, alias Marix ou Joséphine Marix, dite « la belle Juive ». Née en 1823, la jeune femme a commencé sa carrière de modèle auprès d’Ary Scheffer, Charles Steuben, Paul Delaroche, Fernand Boissard, à l’âge de quinze ans. A partir de 1843, elle vit maritalement avec Fernand Boissard à l’hôtel Pimodan. En 1848, elle quitte Fernand Boissard pour le baron Herman d’Ahlefeld, qu’elle épouse en 1852 et qu’elle suit au Danemark. Le baron meurt en 1855. Après avoir élevé ses quatre filles au Danemark, Joséphine Marix, baronne d’Ahlefeld, rentre à Paris à Paris circa 1876. Elle meurt au champ de course d’Auteuil en 1891.
9. Jean-Luc Steinmetz, Quatre hantises (sur les lieux de la Bohême), in Romantisme, 1988, volume 18, numéro 59, pp. 59-69.
10. Lettre n°917 in Correspondance générale de Théophile Gautier, volume 5, p. 133, Droz, Paris, 1988.
11. Strapassé : peint dans un style outré, d’apparence mal faite, comme à la diable.
12. Louis Martin Lebeuf (1792-1854), directeur de la manufacture de faïences de Creil et Montereau.
13. Brocatelle : étoffe brochée.
14. Théophile Gautier, Le club des haschichins, in Romans et Contes, p. 429 sqq., Charpentier, Paris, 1862.
15. Théodore de Banville, Petites études. Mes souvenirs : Victor Hugo, Henri Heine, Théophile Gautier, Honoré de Balzac, …, p. 79 sqq., G. Charpentier, Paris, 1882.
16. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, XLIX, L’Invitation au voyage.
17. Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, XVIII, L’invitation au voyage.
18. Le Voyage en Orient, III, Histoire du calife Hakem, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome 1, p. 342 sqq., Michel Lévy frères, Paris, 1877.
19. Théophile Gautier, Le club des hachichins in Romans et contes, p. 457-458.
20. Charles Baudelaire, Les Paradis artificiels, ch. IV : L’Homme-Dieu, p. 94, Poulet-Malassis et de Broise Editeurs, Paris, 1860.
21. Ibidem, ch. V : Morale, p. 97.
22. Archives nationales, Correspondance générale de Baudelaire, I, p. 278-279.
23. Jacques Joseph Moreau de Tours, Du Hachisch et de l’aliénation mentale : études psychologiques, II : Physiologie, p. 29-30, Fortin, Masson Editeurs, Paris, 1845.
24. Gérard de Nerval, Le Rêve et la Vie – Aurélia, Première partie, p. 4, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome V, Michel Lévy Frères Libraires Editeurs, Paris, 1868.
25. Ibidem, p. 73.
26. Ibid, p. 33.
27. Gérard de Nerval, Le Rêve et la Vie – Aurélia, in Oeuvres complètes de Gérard de Nerval, tome V, p. 73, Michel Lévy Frères Libraires Editeurs, Paris, 1868.

6 réflexions sur « 7, quai d’Anjou, à l’hôtel de Lauzun, dit plus tard hôtel Pimodan, des heurs et malheurs de quelques Hachichins »

  1.  » Daumier was acquainted with the famous Club des hachischins, which met from 1845 to 1847 in the Hôtel Pimodan. Escholier (Daumier et son monde, 70) suggests that one of the figures in Daumier’s Les Fumeurs de Hadchichs closely resembles Baudelaire.  »

    Michèle Hannoosh, in Baudelaire and Caricature : From the Comic to an Art of Modernity, 1992, p. 114.

  2. Maybe here, left on the picture?

     

    Honoré Daumier, Les fumeurs de haschich

     

    Photo de Charles Baudelaire par Nadar

  3. Je comprends enfin pourquoi , à l’ouverture du blog , je peux lire : »pour en savoir plus (en anglais) ».

  4. Bonjour Henri ! Je crois que c’est une pure coïncidence … En tout cas, il serait bien immodeste de ma part de croire que ce message est là pour moi et mon plaisir à citer en anglais dans le texte …

    Merci, Christine d’avoir pris le temps d’insérer les deux illustrations : je suis assez de l’avis de Raymond Escholier. Et la photo de Nadar est vraiment superbe ! L’illustration et la photo justifient bien le titre de l’étude de Michèle Hannoosh …

  5. Sorry, Henri ! L’interface de WordPress n’est pas entièrement francisée : donc, quant à cette mention britonne, je n’y suis pour rien 🙂

  6. Mon commentaire n’était qu’un clin d’oeil .

    Votre complicité dans la recherche nous apporte toujours des plus ,je ne vais pas m’en plaindre !

    Merci Christine de m’avoir répondu à la question sur WordPress ;elle ne m’empêchait pas de dormir .

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