Christine Belcikowski

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Le 1er août 1792, Robespierre insistait beaucoup...

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Ci-dessus : Louis Joseph Masquelier. Vue de l'Assemblée législative au Manège des Tuileries, le 10 août 1792.

« Robespierre insistait beaucoup sur la réforme du législatif :

La source de tous nos maux, c'est l'indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l'égard de la nation. Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l'ont anéantie. Ils n'étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple et ils se sont faits souverains, c'est-à-dire despotes : car le despotisme n'est autre chose que l'usurpation du pouvoir souverain... Comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l'intérêt public lorsqu'ils peuvent le faire impunément, il s'ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui : Si la nation n'a point recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d'autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l'ancien despotisme, n'en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogé les mandataires du peuple, de se jouer impunément des droits de ceux qu'ils ont caressés bassement pendant les élections.

On comprend la fureur des parlementaires. D'autant que – si longue soit-elle – notre citation ne rapporte qu'un fragment des variations sur ce thème de l'animateur des Jacobins. Après ces critiques, les mesures qu'il suggérait frappaient durement les députés, en interdisant aux sortants d'être membres de l'Assemblée suivante et aux nouveaux députés de cumuler les fonctions de ministre et de représentant du peuple. Enfin, non seulement Robespierre voulait que tous les citoyens (sans réserve, chez lui) soient électeurs et éligibles, mais il entendait que les assemblées primaires puissent porter leur jugement sur la conduite de leurs représentants, ou qu'elles puissent au moins révoquer, suivant des règles qui seront établies, ceux qui auront abusé de leur confiance.

De nos jours, de telles règles sembleraient aux parlementaires encore bien audacieuses et assez déplaisantes. D'ailleurs, ce processus de révocation faillit, quelques mois plus tard, être appliqué par la Convention et se retourner contre son instigateur : lorsque des délégués des sections vinrent demander le renvoi de vingt-deux députés girondins, c'est un de leurs amis, Fonfrède, qui suggéra la consultation des assemblées primaires. Comme les Montagnards ne l'emportaient pas sur ce terrain, Robespierre et ses amis gardèrent un silence gêné... Il en va souvent ainsi en politique : on souhaite rencontrer le peuple, quand on pense jouir de ses faveurs, mais jamais autrement. »

Albert Ollivier. Extrait de Saint-Just et la force des choses, pp. 237-240. Gallimard. 2016.

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1 commentaire

#1  - martine a dit :

A point

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