Christine Belcikowski

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À Mirepoix, préhistoire du numéro 33 de la rue des Pénitents blancs

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

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Ci-dessus : nº 33, rue des Pénitents blancs. Cliquez sur les images pour les agrandir.

À Mirepoix, au numéro 33 de la rue des Pénitents blancs, s'élève la belle bâtisse, de style Restauration, dont la photographie se trouve reproduite ci-dessus. La construction de cette bâtisse remonte aux années 1830. Elle s'est faite sur la base de deux lots plus anciens, occupés autrement au XVIIe et au XVIIIe siècle. J'ai consulté les compoix correspondants afin d'en savoir plus sur ces occupations antérieures.

1. Au XVIIe siècle

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Ci-dessus : extrait du plan dressé par Alain Marmion à partir du compoix de 1666 [qui n'est initialement assorti d'aucun plan]. Cf. Site Marmion.info/Relevés/Table des contribuables et plan terrier de la ville de 1766. N.B. Place Neuve ou rue de la Place Neuve ou Grand Faubourg : aujourd'hui rue des Pénitents blancs ; rue du Faubourg d'Amont : aujourd'hui avenue Victor Hugo ; [rue du] Coin de la rue de Cambajou : aujourd'hui rue du Gouverneur Laprade.

Au XVIIe siècle, à l'endroit occupé par l'actuel numéro 33, on trouve les lots 1332 et 1323. Comme indiqué par le compoix de 1666, le lot 1323 appartient aux Hoirs (héritiers) Jean Peironnet ; le lot 1332 aux Hoirs Martial Senier.

1.1. Hoirs Jean Peironnet

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Ci-dessus : Hoirs Jean Peironnet. Mirepoix. Compoix de 1666. Non paginé. Lot 1323.

« Hoirs Jean Peironnet, marchand, sont...
Magdeleine Andrieu, la veuve à Jean Peironnet (mort le 30 septembre 1653à Mirepoix), [et] leur fils ; tiennent une maison à deux planchers (étages) et en sotoul (rez-de-chaussée) au Grand Faubourg sive (ou) à la [rue de la] Place Neuve, marchant sur Jacques Bousquet, marchant sur lui ; y a un patu et un jardin. Confronte d'auta Jacques Bousquet et la rue du Faubourg d'Amont ; cers les Hoirs Senier ; midi ledit Bousquet, lesdits Hoirs, ledit Bousquet, et la rue de la Place Neuve. Contient y compris le patu, quarante-huit cannes maison moyenne, patu dix cannes faible, jardin un rusquet et demi bon ; de compoix deux livres deux sols huit deniers… »

1.2. Hoirs Martial Senier

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Ci-dessus : Hoirs Martial Senier. Mirepoix. Compoix de 1666. Non paginé. Lot 1332.

« Hoirs Martial Senier sont…
Damoiselle Magdeleine Senier, femme à Monsieur Jean François Deloun, juge du marquisat de Mirepoix ; tient une maison au Grand Faubourg sive à la Place Neuve, marchant sur Hoirs Jean Peironnet, et les Hoirs Jean Peironnet sur lesdits Senier ; y a un jardin. Confronte d'auta les Hoirs Jean Peironnet ; cers Joseph Chabaud, cordier ; midi lesdits Hoirs Peironnet et le coin de la rue de Cambajou ; aquilon lesdits Hoirs et le coin de la rue de la Place Neuve. Contient douze cannes, estimé six cannes bonne, six cannes moyenne, jardin demi rusquet bon ; de compoix une livre neuf sols dix deniers… »

On notera ici les diverses imbrications, qui se situent au niveau des étages :
— Les Hoirs Peironnet « marchent » sur Jacques Bousquet, et réciproquement.
— Les Hoirs Martial Senier « marchent » sur les Hoirs Jean Peironnet, et réciproquement.

1.3. Jacques Bousquet

Jacques Bousquet, pâtissier, tient la maison située au coin de la rue de la Place Neuve (aujourd'hui rue des Pénitents blancs) et de la rue du Faubourg d'Amont (aujourd'hui avenue Victor Hugo). Cette maison subsiste aujourd'hui, quasi intouchée. Elle fournit par suite un repère commode relativement à l'actuelle maison numéro 33 de la rue des Pénitents blancs.

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Ci-dessus : Jacques Bousquet. Mirepoix. Compoix de 1666. Non paginé. Lots 1318-1819.

« Jacques Bousquet, pâtissier, tient...
une maison à deux planchers au Grand Faubourg, marchant sur Hoirs Jean Peirronet et lesdits Hoirs marchant sur lui pour le dernier. Confronte d'auta la rue du Faubourg d'Amont ; cers et midi Hoirs Jean Peironnet ; aquilon lesdits Hoirs et la rue de la Place Neuve. Contient vingt cannes, estimé quinze cannes bonne, cinq cannes moyenne ; de compoix deux livres deux sols huit deniers ci… »

2. Au XVIIIe siècle

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Ci-dessus : extrait du plan 3 du compoix de 1766. « Moulon de partie du Faubourg d'Amont, le Grand Faubourg Saint Jammes, rue de la Trinité, partie de celle des Houstalets, rue de la Porte d'avail, rue Courlanel, le Grand Couvert, Place Saint Maurice et Grande Place. »

Concernant les lots qui appartenaient aux Hoirs Peironnet et aux Hoirs Martial Senier en 1666, les imbrications se trouvent en 1766 plus compliquées encore.

Désormais classés autrement, ces lots correspondent aux numéros 114 et 115 du plan 3 du compoix. Guillaume Sabatier, vitrier de la ville de Mirepoix, tient le lot 114 ; Jean Gaubert, hôte (aubergiste), le lot 115, sachant qu'il tient aussi le lot 113, qui appartenait en 1666 à Jacques Bousquet, pâtissier.

2.1. Jean Gaubert, hôte

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Ci-dessus : Jean Gaubert. Mirepoix. Compoix de 1766. Volume 1, p. 29. Nºˢ 113 et 115.

« Le Sieur Jean Gaubert, hôte de la ville de Mirepoix, tient...
Premièrement, huit cannes un huitième, maison lui servant de cave et une canne latrines à la rue de la Place Neuve. Et Porte d'Amont, . Et ledit Gaubert tient joignant ladite maison et au-dessus du derrière de celle dudit Guillaume Sabatier, dix cannes et demie d'une chambre après laquelle il tient les latrines ci-dessus citées, avec un escalier pour monter de sa maison à ladite chambre. Confrontant d'auta ladite maison ; du midi le [Sieur] Guillaume Sabatier ; cers le Sieur Guillaume François Amiel ; d'aquilon ladite rue ; estimé trente livres de rente, alivré une livre ci… »

« Plus, vingt-sept cannes et demie, maison et autres couverts à la rue de la Place Neuve ou Porte d'Amont faisant coin à celle du Faubourg d'Amont ; le sieur Gaubert tient pour trois cannes sur la boutique de Guillaume Sabatier, et ledit Sabatier tient pour deux cannes et demie sur la maison dudit Gaubert. Confronte d'auta et aquilon lesdites rues ; cers en trois endroits petite partie d'aquilon et midi en deux endroits ledit Sabatier, et pour le restant de petite partie du midi ladite rue du Faubourg d'Amont ; estimé soixante-quinze livres de rente, alivré deux livres et dix sols ci… »

Jean Gaubert (19 août 1715, Mirepoix - 20 décembre 1789, Mirepoix), hôte, marié à Germaine Francezy, est fils de Mathieu Gaubert, hôte, né en 1678 à Saint-Michel-de-Lanès, et d'Élisabeth Gaubert ; petit-fils d'Arnaud Gaubert, boucher, né à Saint-Michel-de-Lanès, et de Jeanne Clamet.

2.2. Guillaume Sabatier, vitrier

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Ci-dessus : Guillaume Sabatier. Mirepoix. Compoix de 1766. Volume 1, p. 17. Nº 114.

« Guillaume Sabatier, vitrier de la ville de Mirepoix, tient...
Premièrement, quarante-huit cannes trois quarts maison ou autres couverts, quatorze cannes et demie cour ou ciel ouvert, et quatre-vingt-dix-sept cannes et demie jardin à la rue de la Place Neuve et Porte d'Amont. Ledit Sabatier tient deux cannes et demie sur la cuisine du Sieur Jean Gaubert et tient encore le dessus d'une autre maison du Sieur Gaubert, et le Sieur Gaubert tient une chambre joignant cette dite maison de dix cannes et demie sur le derrière de la maison dudit Sabatier avec un degré pour monter à ladite chambre joignant ladite chambre du Sieur Gaubert avec des latrines d'une contenance d'une canne. Confronte d'aouta en trois endroits et du midi en deux endroits la maison du Sieur Jean Gaubert ; dudit auta la rue du Faubourg d'Amont ; midi et petite partie de cers rue du Coin de Cambajou ; cers le Sieur Guillaume François Amiel ; aquilon et cers pour les latrines ledit Sieur Amiel ; audit cers et midi pour les latrines ci-dessus citées ledit Sieur Gaubert ; dudit cers ledit Sieur Guillaume François Amiel ; aquilon et restant de cers ledit Sieur Gaubert ; du restant d'aquilon ladite rue de la Place Neuve ou Porte d'Amont ; estimé le tout soixante livres de rente, alivré deux livres-ci… »

Le 18 août 1720 à Mirepoix, le Sieur Guillaume Sabatier, marchand vitrier, qui sait signer, est parrain de Guillaume Roch Sabatier, fils de Jean Sabatier, maître tailleur, et de Marguerite Penabaire. Ce Guillaume Roch Sabatier pourrait être le vitrier qui occupe en 1766 le nº 114 du plan 3.

3. En 1791

En 1791, la découpe administrative de la ville a changé. La numérotation des lots de la propriété foncière ne se fait plus alors dans le cadre des anciens moulons, mais dans celui des sections A, B et C, sections dont le périmètre ne recoupe pas celui desdits moulons. Il s'en suit que tous les numéros des lots de 1791 sont différents de ceux des lots de 1766.

L'État de la population de Mirepoix en 1793 fournit, assortis parfois de quelques maigres indications, les noms et adresses des personnes qui remplacent à cette date les propriétaires des lots de 1766. Soit, dans le cas qui nous intéresse ici :

— Section C Nº 272 [ancien lot 113 du plan 3 de 1766]. Baptiste Gaubert, traiteur.
— Section C Nº 273 [ancien lot 114 du plan 3 de 1766]. Hers Amiel. Maison, boutique. Locataires : [Étienne] Fouet aîné, maître perruquier, marié à Marie Bauzil, et François Fouet, perruquier, marié à Marie Paule Rives ; Germain Boudouresques, marchand.
— Section C Nº 274 [ancien lot 115 du plan 3 de 1766]. Jacques Amiel. Maison d'habitation.

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Ci-dessus : extrait du rôle de la population de Mirepoix en 1793. Section C. Non paginé. Non numéroté.

[Jean] Baptiste Gaubert (27 février 1751, Mirepoix - 25 novembre 1826, Mirepoix), traiteur, marié à Marie Lados, est fils de Jean Gaubert (19 août 1715, Mirepoix - 20 décembre 1789, Mirepoix), hôte, et de Germaine Francezy.

Jean Baptiste Amiel (né le 9 novembre 1767 à Mirepoix), négociant, marié à Jeanne Cruzol, fille de Jean Charles Cruzol, négociant en grains à Castelnaudary ; et Jacques Amiel, marchand, marié à Marie Monique Brustier, marchande épicière, fille de Jean Clément Brustier, marchand droguiste, et de Marguerite Rouger ; sont fils tous deux de défunt François Amiel, marchand, et de Madeleine Autier. À noter que Anne Amiel, sœur de Jean Baptiste Amiel et de Jacques Amiel, a épousé le 8 janvier 1787 Jean Baptiste Boudouresques.

4. En 1800

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Ci-dessus : extraits du rôle de la population de Mirepoix en 1800. Non paginé.

— Baptiste Gaubert, devenu hôte, et sa famille continuent d'occuper le nº 272 de la section C.
— Pierre Cathala, purgeur, et sa fille ont remplacé les locataires des Hers Amiel au nº 273 de la section C.
— Jacques Amiel, provisoirement absent, tient toujours avec Marie Monique Brustier, son épouse, le nº 274 de la section C. Le couple se trouve aidé dans son commerce par Jacques Autié, parent de Jacques Amiel.

Pierre Cathala, purgeur, veuf de Germaine Couderc, né circa 1748 à Saint-Quentin, est fils d'Antoine Cathala, de Saint-Quentin, et de Madeleine Boudouresques, de la Bastide de Bousignac.

5. En 1804

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Ci-dessus : extrait du rôle de la population de Mirepoix en 1804.

En 1804, le nº 272 de la section C demeure occupé par Jean Baptiste Gaubert, aubergiste, et les siens. Requis par la conscription, Jean Yves Gaubert, 20 ans, est « à l'armée ». Le nº 273, comme indiqué ci-dessus, se trouve utilisé par la famille Amiel. Le nº 274 demeure la résidence de Jacques Amiel, épicier, et des siens.

6. En 1827

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Ci-dessus : extrait du rôle de la population de Mirepoix en 1827. Ce rôle n'indique plus les noms de toutes les personnes qui vivent sous un même toit, mais seulement leur nombre. Il se borne à enregistrer les noms des chefs de famille ainsi que le statut, propriétaire locataire, de chacun de ces derniers.

En 1827, le nº 272 de la section C se trouve occupé par Jean Yves Gaubert, 43 ans, propriétaire, fils de l'ancien aubergiste Jean Baptiste Gaubert. Jean Yves Gaubert semble y vivre seul, en rentier. Devenu propriétaire du nº 273, il le loue à Pierre Campagne, descendant d'une lignée d'aubergistes installée naguère rue du Grand Faubourg d'Amont, puis sous le Grand Couvert, marié depuis le 11 août 1813 à Anne Gaubert, fille de Jean Baptiste Gaubert, d'où sœur de Jean Yves Gaubert. Jean Silvestre Brustier, quant à lui, tient le nº 274.

Jean Silvestre Brustier, marchand droguiste, né le 31 décembre 1760, fils de Clément Brustier, marchand droguiste, et de Marguerite Rouger, marié le 24 janvier 1784 à Marianne Bauzil, est un frère de Marie Monique Brustier, mariée le 30 mars 1785 à Jacques Amiel, d'où le beau-frère de ce dernier. Jean Clément Brustier, fils de Jean Silvestre Brustier, sera plus tard négociant. Joseph Sylvestre Clément Brustier, petit-fils de Jean Silvestre Brustier, jouira tranquillement de son statut de propriétaire. Il épousera le 7 octobre 1856 à Mirepoix Jacquette Adèle Pons-Tande, fille de Louis Baptiste Pons-Tande (1), député de l'Ariège [qui a donné son nom à notre cours Louis Pons-Tande], et de Jeanne Marie Madeleine Irma Rouger, descendante d'une longue lignée de notaires qui a donné plusieurs maires à Mirepoix.

7. En 1836

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Ci-dessus : aujourd'hui, nº 33, rue des Pénitents blancs.

Le rôle de la population de Mirepoix en 1836 ne fournit plus les adresses des administrés, mais seulement le numéro général de chacun d'entre eux et le numéro de chaque ménage. Il ne permet donc pas de trouver qui possède et habite à cette date la belle demeure, de style Restauration, édifiée sur la base des anciens numéros 273 et 274 de la section C. L'identité de la personne qui était propriétaire de cette demeure en 1836 reste à rechercher aux Archives départementales. Mais il s'agit là d'une autre histoire, qui viendra après la préhistoire du numéro 33 de la rue des Pénitents blancs, telle que j'ai tenté de l'établir ci-dessus.

1. Cf. Christine Belcikowski. La dormeuse blogue. Raymond Escholier. Quand on conspire.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

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