Christine Belcikowski

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À propos de Jean Jacques Guillaume Bauzil, peintre en miniature, d'origine ariégeoise

Rédigé par Belcikowski Christine 2 commentaires

Fondée en 1726 dans le capitoulat de Toulouse par le peintre Antoine Rivalz, installée dans le logis de l'Écu, la première école gratuite de dessin du royaume de France devient en 1746 Société des Beaux-arts, puis le 13 janvier 1751, par lettres patentes royales, Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse.

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Ci-dessus : affiche du Théâtre de Toulouse en 1786. Collection de M. Paul Dupuy. Labouche éditeur.

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Ci-dessus : vue du nº 30 de la rue d'Alsace-Lorraine.

En 1769, l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse déménage dans la maison dite du Petit-Versailles, du nom du théâtre que celle-ci hébergeait auparavant et dont elle accueillera encore quelques représentations avant 1789. Ladite maison s'élevait à l'angle de la rue Villeneuve et de la rue de la Porte-Nove. Son emplacement d'alors correspond aujourd'hui au nº 30 de la rue d'Alsace-Lorraine.

C'est là que, parmi d'autres professeurs, Gaubert Labeyrie, né le 27 décembre 1715 à Toulouse, mort le 25 janvier 1792 à Toulouse, « Peintre Professeur du Dessein », puis « Peintre à l'huile », établi rue du Taur, nommé peintre de la ville de Toulouse en 1735, a dispensé ses cours jusqu'à sa mort. Au nombre de ses élèves figure dans les années 1780 un certain Jean Jacques Guillaume Bauzil, qui signe en 1785 « Bauzil de Mirepoix ».

I. Gaubert Labeyrie

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27 décembre 1715. Baptême de Gaubert Labeyrie. Archives municipales de Toulouse. Paroisse Saint Sernin. Baptêmes, mariages, sépultures. 1715-1716. Cote : GG635. Vue 32.

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Almanach historique de la ville de Toulouse pour l'année 1751, par le sieur Baour Imprimeur.

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Almanach historique de la ville de Toulouse pour l'année 1782, par le sieur Baour Imprimeur.

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M.F. Lacointa. « Entrées gratuites au théâtre de Toulouse (1779-1784) ». In Revue de Toulouse et du midi de la France. Volume 22. Chez Delboy et chez Armaing. Toulouse. 1865.

En 1746, date de création de la Société des Beaux-Arts de Toulouse, Gaubert Labeyrie fait montre de son talent de peintre à l'huile avec Énée au sac de Troie, toile conservée aujourd'hui au musée des Augustins. Suite à quoi, en 1751, il est nommé professeur à l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse.

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Gaubert Labeyrie. Énée au sac de Troie (1746). Musée des Augustins. Numéro d'inventaire : 2004 1 235. Non exposé.

La production de Gaubert Labeyrie reste mal documentée. Le musée des Augustins ne conserve qu'un autre tableau de ce peintre. Conçu de façon curieuse comme un assemblage de portraits traités chacun à l'échelle miniature, cet autre tableau donne à voir la Municipalité toulousaine de 1790.

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Gaubert Labeyrie. la Municipalité toulousaine de 1790. Musée des Augustins. Numéro d'inventaire : 1994 3 1. Non exposé.

On entrevoit ici l'influence que le vieux Gaubert Labeyrie a pu exercer sur l'élève Jean Jacques Guillaume Bauzil. En 1790, dans le contexte troublé de la Révolution commençante, un artiste qui veut continuer à vivre de son art se détourne, comme on voit, des grands sujets classiques pour se consacrer à des sujets plus vendeurs, tels que les portraits miniaturisés des hommes qui font alors l'actualité du temps.

II. Jean Jacques Guillaume Bauzil

II.1. De Köln à Toulouse, en passant par Mirepoix

Les débuts de Jean Jacques Guillaume Bauzil demeurent, eux aussi, mal documentés. D'après quelques rares mentions biographiques, Jean Jacques Guillaume Bauzil serait né en 1766 à Köln, de Jean Bauzil, français, et de Maria Koc ou Koch, allemande. J'ai écrit à l'archevêché de Köln dans l'espoir d'obtenir une reproduction de son extrait de naissance. L'affaire, m'a-t-on répondu, prendra du temps. Mais il se trouve aussi qu'à Mirepoix, un tableau daté de 1785 et signé « Bauzil de Mirepoix » demeure conservé dans une collection particulière. Ce tableau représente dans un cadre ovale l'abbé Jean Pierre Mailhol (1), grand vicaire de Monseigneur de Cambon, qui a été le dernier évêque de Mirepoix. Et le revers de ce tableau indique que Jean Jacques Guillaume Bauzil, avant d'entrer à l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, a été clerc de l'abbé Mailhol. Né à Köln, il est donc revenu à Mirepoix, d'où son père était sans doute originaire.

Concernant la famille Bauzil, on sait qu'à Mirepoix et à Léran, il s'agit d'une gens historique. Mais, faute d’en savoir plus, au moins pour le moment, sur ce Jean Bauzil qui a été le père de Jean Jacques Guillaume Bauzil, on ne peut dire à quelle branche de cette gens il se rattache. Jean Bauzil était-il à Köln militaire ou marchand ? Jean Jacques Guillaume Bauzil, son fils, ne semble pas avoir eu de frères ni de sœurs. Maria Koc, mère de Jean Jacques Guillaume Bauzil, a-t-elle survécu à la naissance de son fils ? Toutes questions qui restent à ce jour sans réponse.

En 1784, Jean Jacques Guillaume Bauzil expose au Salon Toulouse une étude académique ; en 1785, des dessins et portraits ; et, en 1786, ses toutes premières miniatures. Il laisse alors « pour son chef-d'œuvre » dixit l’historien Robert Mesuret ;"> (2), un portrait en miniature du peintre architecte François Cammas, œuvre conservée aujourd’hui au musée Paul-Dupuy.

Jean Jacques Guillaume Bauzil quitte ensuite Toulouse et gagne Paris, peut-être en 1789, avant du moins le 25 janvier 1792, date du décès de Gaubert Labeyrie, son maître toulousain, et avant le 8 août 1793, date du décret de dissolution de l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture, signé par la Convention. On connaît de lui divers dessins et miniatures exposés à Paris dans le cadre des Salons qui s’échelonnent de 1791 à 1799. Ces pièces sont aujourd’hui bien cotées chez les marchands d'art. Une d'entre elles pourrait constituer un portrait de Robespierre. Les costumes ont chaque fois le charme du temps.

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Jean-François Heim, Claire Béraud, Philippe Heim, Jean Tulard. Les salons de peinture de la Révolution française : 1789-1799, p. 135. C.A.C. 1989.

Sur un « Portrait d’Isidore Agasse Dédié à la Nation », portrait dessiné et peint par « Bauzil Del. & Pinx », « peintre en miniature », puis gravé « au pointillé » par Antoine Phelippeaux, sis à Paris, rue Copeau nº 3, Jean Jacques Guillaume Bauzil indique que lui-même habite « Hôtel de la Marine, rue Croix des Petits-Champs, près la Place des Victoires », et qu’il est à cette adresse l’éditeur et le vendeur de la gravure correspondante. Restée sans date, celle-ci daterait de 1790. Fils d’un imprimeur parisien compromis ainsi que toute sa famille dans une affaire de fabrication de faux papiers, Isidore Agasse doit à son engagement volontaire dans la Garde nationale d’avoir été nommé en 1790 lieutenant de la Première Compagnie.

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Bauzil del. & pinx..; Phelippeaux sculpsit. Portrait d’Isidore Agasse< /a>. Paris. 1790.

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Jean Bauzil. A Gentleman nearly full face, in brown coat, pink and green striped waistcoat, white cravat with blue border. Ca 1790. Signed, gold mount with bright-cut border in the lid of a tortoiseshell mounted and box 2 3/8 in. (61 mm.) diam. Christie's. London. London. 4 March 1992.

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Jean Bauzil. Miniature circulaire gouachée figurant un homme de qualité en habit de la fin du XVIIIe siècle. Possible portrait de Maximilien de Robespierre, monté sur une boite en écaille blonde. Signé Bauzil et daté de 1791. EncherExpert/CornerLuxe. Référence : 166406.

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Jean Bauzil. Portrait d'une élégante à la robe mauve, portant une ceinture et un ruban bleu dans la coiffe (1792). Miniature ronde sur ivoire signée et datée 1792 en bas à gauche. Hauteur : 4 cm ; largeur : 4 cm ; diamètre : 4,8 cm ; auteur du cadre : 5 cm. Référence Expertissim : 2014120401.

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Signature de Jean Bauzil en 1792.

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Jean Bauzil. Portrait d'un homme de qualité en habit de la fin du XVIIIe siècle (1793). Miniature encadrée. aquarelle sur ivoire. Sans cadre : 5,6x5,6 cm/2,2x2,2 in. Cadre : 12,1x11,9 cm/4,8x4,7 in. Signé et daté : « Bauzil P(inxit) aoust 1793 ». Boris Wilnitsky Fine Arts. Russian Arts.

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Signature de Jean Bauzil en 1793.

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Jean Bauzil. A Gentleman In A Purple Coat With Large Gold Buttons, Pale Blue Waistcoat And Frilled Cravat, Powdered Hair. S'agit-il du même personnage que ci-dessus ? Dimensions et date non communiquées. NiceArtGallery.

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Jean Bauzil. A married couple, seated in an interior: she holding a musical score inscribed « Une femme douce et sage a toujours tout avantage... ». Miniature sur ivoire. 75 mm de diamètre. Date non communiquée. MutualArt

II.3. De Paris à Madrid

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Nº 102. Gazette nationale ou Le Moniteur universel. Duodi 12 nivôse An IV (samedi 2 Janvier 1796, vieux style). In Réimpression de l'ancien Moniteur, seule histoire authentique et inaltérée de la révolution française depuis la réunion des États-généraux jusqu'au Consulat (mai 1789—novembre 1799). Henri Plon. Paris. 1858.

À partir des années 1760, faute de pouvoir s'établir durablement à Paris, trois peintres toulousains se tournent l'un après l'autre vers l’Espagne (2). Guillaume Bouton, est portraitiste à la cour espagnole de 1763 à 1776. Jean Bauzil et Joseph Marie Bouton (Cádiz, Espagne, 1768 - Chartres, France, 1823), fils de Guillaume Bouton, sont ensuite nommés sur concours peintres de la Chambre du roi Carlos IV (1748-1819). Jean Bauzil exerce cette fonction très officielle de 1795 à 1805 ; José Maria Bouton l’exerce à son tour de 1805 à 1808, suite à quoi il devient de 1808 à 1816 peintre officiel du roi José Ier de Portugal.

En 1797, Jean Jacques Guillaume Bauzil, devenu entre temps Juan Bauzil, ou Juan Guillermo Bauzil, Juan Jacobo Bauzil, Juan Guillermo Santagio Bauzil, Bausil, Bosil, Bausin ou Bauzit, s’installe durablement à Madrid, au nº 11 de la rue de San Gerónimo, accompagné de Marie Charlotte ou María Carlota Fontillon, épousée probablement à Paris, avant leur migration madrilène. Là, conformément à sa fonction de pintor de Cámara du Roi Carlos IV, quien le asigno un sueldo de 15.000 reales (4), Juan Bauzil s’emploie à multiplier les images du couple royal. Quelques exemples ci-dessous.

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Juan Bauzil, peintre ; Rafael Esteve, graveur. CARLOS IIII Y MARIA LUISA SU ESPOSA : REYES DE ESPAÑA. CARLOS IIII Y MARIA LUISA SU ESPOSA : REYES DE ESPAÑA. Madrid, 1798. Plancha grabado 16x13 cm. Lámina 18x25 cm. 1798. Todocollecion.

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Juan Bauzil. CARLOS IIII Y MARIA LUISA SU ESPOSA : REYES DE ESPAÑA. Source inconnue.

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Juan Guillermo Santiago Bauzil (1766-1820), peintre ; Rafael Esteve Vilella (1772-1847), graveur. CARLOS IIII Y MARIA LUISA SU ESPOSA : REYES DE ESPAÑA. Retrato de bustos en medallón ovalado. La reina con peineta y collar de perlas en su peinado. Entre los óvalos aparecen : corona, sable, cetro y ramo de olivo. Un plinto con la inscripción soporta los medallones. En el fondo, rayos de luz que parten de un ojo situado en la parte superior del eje central, y nubecillas tangentes a los medallones. « Juan Bauzil pintor de Camara lo pintó ». Estampe tirée du Kalendario Manual y Guia de Forasteros en Madrid. Imprenta Real. Madrid. 1762-1818.

Toujours dans les dernières années du siècle, Juan Bauzil présente diverses œuvres dans les expositions publiques de l’Académie royale des trois nobles arts San Fernando, pendant madrilène de l’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, fondée en 1752 par Fernando VI, oncle de Carlos IV ; et le même Juan Bauzil bénéficie de quelques commandes de Manuel Godoy, secrétaire d'État, i.e. chef du gouvernement espagnol, ainsi que d’autres commanditaires bien en vue.

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Juan Bauzil. Portrait d’un général espagnol de l’époque napoléonienne (1800-1805). Aquarelle sur ivoire. Dimensions : Sans cadre : 6,2x5, cm / 2,4x2,0 in. Avec cadre : 15,2x14,2 cm / 6,0x5,6 in. Concernant l’identité du personnage représenté, cf. Boris Witnisky Fine Arts : « Bien que cette miniature ait été offerte par la maison de vente aux enchères de Barcelone comme un portrait du célèbre général aragonais (espagnol) de la guerre péninsulaire, Jose Rebolledo de Palafox y Melci (1780-1847), il s'agit en réalité du portrait d'un autre général, encore inconnu pour nous brigadier espagnol (grade de général inférieur) de la même période. Ces dernières informations ont été aimablement fournies par l'expert de Napoleonica, M. Luis Sorando Muzas (Espagne). »

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Juan Bauzil. Officier espagnol de l'époque napoléonienne (1800-1805). Aquarelle sur ivoire. Sans cadre : 4,5x4,5 cm / 1,8x1,8 in. Avec cadre : 6,4x6,4 cm / 2,5x2,5 in.

En 1805, en rapport sans doute avec la présence des troupes françaises sur le territoire espagnol et la crise monarchique déclenchée par l’opposition du Roi à Manuel Godoy, largement critiqué pour sa soumission à Napoléon, Juan Bauzil cède ou doit abandonner sa place de pintor de Cámara de Carlos IV à José Maria Bouton, son ancien camarade de l’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, dont on se souvient que, comme dit plus haut, il n’est pas né français, mais espagnol (natif de Cádiz). Le 19 mars 1808, à la suite du soulèvement d’Aranjuez, Carlos IV se voit forcé d’abdiquer en faveur de son fils Ferdinand ; puis le 5 mai de la même année, en faveur cette fois de Napoléon Ier.

II.4. De Madrid à l’Angleterre

De 1805 à 1815, Juan Bauzil entreprend avec son épouse divers voyages en Angleterre. Les témoignages manquent, la connaissance de l’œuvre peint en Angleterre aussi ; mais reste au moins de cette période itinérante, un beau portrait d’Arthur Wellesley, 1er Duc de Wellington, nommé commandant unifié des armées portugaise et britannique en 1809, nommé maréchal en 1813, vainqueur du maréchal Soult lors de la bataille de Toulouse du 10 avril 1814, vainqueur de Napoléon à Waterloo le 18 juin 1815.

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Juan Bauzil and C. Turner after Juan Bauzil. Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington (1769-1852). Hand-coloured mezzotint. 13 1/4 in. x 9 7/8 in. (338 mm x 250 mm) paper size. 1817. National Portrait Gallery. Reference Collection NPG D37592.

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« Painted by Bauzit [sic] ; engraved 21 may by C. Turner 1817 ».

En 1806, momentanément revenu en Espagne, Juan Bauzil peint à Barcelone ou à Naples un beau portrait de María Isabel de Borbón y Borbón-Parma (1789-1848), infanta de España y reina de las Dos Sicilias, fille cadette de Carlos IV et María Luisa de Parma, mariée en 1802 à son cousin Francisco I de las Dos Sicilias (1777-1830).

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María Isabel de Borbón y Borbón-Parma en 1806. Gouache, tempera. Alto con marco : 74,9 mm ; Ancho con marco : 60,3 mm ; Fondo con marco : 5,8 mm ; Alto (de luz) : 65,5 mm ; Ancho (de luz) : 53,7 mm. Musée du Prado.

II.5. En 1815, retour à Madrid

À la fin de l’année 1815, i.e. après l’abdication en 1808 de Carlos IV, puis la destitution définitive de Napoléon Ier en 1815, Juan Bauzil reprend du service auprès du roi Fernando VII, fils de Carlos IV, successeur de ce dernier, d’abord entre mars et mai 1808, puis de 1814 à 1833.

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1816. Portrait de Carlos d'Espagne, dit plus tard « Don Carlos », fondateur de la branche politique des Carlistes, et de Maria Francisca de Portugal, sa jeune épouse. Miniature sur ivoire. Dimensions : Sans cadre : 6,9x5,5 cm / 2,7x2,2 in. Avec cadre : 17,9x16,5 cm / 7,0x6,5 in. Le portrait de l’Infant Carlos est signé et daté « J.Bauzil / 1815. »

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Signature de Jean Bauzil en 1815. Détail de la miniature précédente.

En 1816, Juan Bauzil peint en miniature le portrait de l’Infant Carlos d'Espagne (1788-1855), deuxième fils survivant de Carlos IV, et celui de l’Infante Maria Francisca de Portugal (1800-1834), sà fiancée, fille du roi Joao VI du Portugal. Les époux ont à cette date respectivement 28 et 15 ans. Ils se marieront le 22 septembre 1816 à Madrid.

Le 29 septembre 1816, Fernando VII épouse en secondes noces Marie Isabelle Françoise de Bragance (19 mai 1797-26 décembre 1818), infante du Portugal. Souhaitant que soit diffusée au plus vite une estampe digne d’asseoir la mémoire de l’événement, il confie à Juan Bauzil le soin de fournir le dessin de cette estampe. La Gaceta de Madrid rapporte l’événement dans son numéro du 24 août 1816.

« D. Juan Bauzil, pintor de camara de S. M. el Sr. D. FERNANDO YII, en los 19 años que disfruta este honor no ha dado al público ninguna de sus obras ; pero habiendo tenido el acierto de haber acabado con la posible exactitud el retrato de S. M. que se manifestó en la plazuela del Angel las ferias del año próximo pasado, el mas parecido de cuantos se han hecho hasta el dia á su augusto originəl ; con su Real beneplacito se əbre subscripcion á una estampa que contendrá una copia fiel del mismo de mas de media vara de alto, grabada por D. Juan Federico Cazenave, profesor escogido entre Ios mejores artistas de Paris. Estará abierta la subscripcion desde la publİcacion de este aviso en la librerÍa de Barco, carrera de S. Gerónimo. EI precio de cada estampa será 40 rs. vn., entendiendóse que el que se subscriba no pagará mas que 20 rs., y el resto lo dará en el acto de la entrega de la obra ; pero queriendo hacer un beneficio á los que se subscriban por cantidades, se previene que á cada subscriptor que abone el importe de 12 estampas se le darán 13 al tiempo de la entrega ; al que el de 22, 24 y al que el de 30, 33. La subscripcion se cerrará en el momento de verificarse la publicacion en esta Corte. EL grabador hace 15 dias está trabajando en la lámina ; mas para satisfaccion de este heroico pueblo se manifestará el original el lunes, martes, miércoles y jueves de la semana próxima en la referida librerÍa, desde las 12 á las 2 por la mañana, y desde 5 á 7 por la tarde. Esta estampa hará juego con la que deberá principiarse, concluida aquella, de la Serenísima Sra. Infanta de Portugal Doña Maria Isabel, prometida esposa de nuestro amado Soberano, y en la que estará n finalizados todos los adornos accesorios para que nada reste sİno colocar en ella su augusto retrato, y que se publique á la mayor posible brevedad. Ha sido menester emplear á un profesor extrangero en esta obra, porque los artİstas grabadores nacionales sumamente ocupados en otras muy interesantes que ya tenian emprendidas, no han podido dedicarse á desempeñarla. » (5)

Traduction. « M. Juan Bauzil, peintre de la Chambre de S. M. D. FERNANDO VII, durant les 19 ans qu’il a joui de cet honneur, n’a donné au public aucune de ses œuvres ; mais ayant satisfait à sa promesse d’avoir achevé de la façon la plus exacte possible le portrait de Sa Majesté, telle que Celle-Ci s’est présentée sur la place del Angel lors des fêtes de l’année passée, et ce portrait s’étant révélé le plus fidèle de tous ceux qu’on a faits jusqu’ici de son auguste modèle ; avec le Bon Plaisir du Roi s’ouvre la souscription à une estampe qui sera une copie fidèle de ce même portrait, estampe de plus d’une demi-vara [vara : entre 768 y 912 mm] de hauteur, gravée par M. Juan Federico Cazenave, professeur choisi parmi les meilleurs artistes de Paris. La souscription sera ouverte, dès la publication de cet avis, à la librairie de Barco, rue San Gerónimo. Le prix de chaque estampe sera de 40 réaux, étant entendu que le souscripteur ne paiera initialement que 20 réaux, et qu’il s’acquittera du restant à la livraison de l’œuvre ; mais souhaitant favoriser ceux qui souscrivent en quantité, tout souscripteur de 12 estampes en recevra 13 au moment de la livraison ; tout souscripteur de 22 estampes en recevra 24 ; et tout souscripteur de 30 estampes en recevra 33. La souscription sera close au moment de la validation de cette publication devant notre Cour. Le graveur travaille depuis quinze jours à la réalisation de cette estampe ; mais pour la satisfaction de notre peuple héroïque, l’original de ladite estampe sera exposé le lundi, mardi, mercredi et jeudi de la semaine prochaine dans la librairie susmentionnée, de 12 à 14 heures le matin, et de 17 à 19 heures l’après-midi. Cette estampe s’accompagnera de celle qui aura été réalisée précédemment, à savoir celle de la Serenissime Madame Infante de Portugal Doña Maria Isabel, fiancée et bientôt épouse de notre Souverain Bien-Aimé, estampe dans laquelle figureront tous les ornements de détail, de telle sorte qu’il ne manquera désormais plus rien à son auguste portrait, et que celui-ci pourra être distribué dans le délai le plus court possible. Il a été nécessaire d’employer un professeur étranger pour ce travail, parce que les graveurs nationaux extrêmement occupés dans d’autres travaux très intéressants qui avaient déjà été commencés, n’ont pas été en mesure de se consacrer à l’exécution de ce nouveau travail. »

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Portrait de Fernando VII et de Maria Isabel Francisca de Bragance, deuxième épouse de Fernando VII. « Juan Bauzil pintor de Camara lo pintó ; Vicente Peleguer lo dibujó y grabó año 1818 ; Francisco Gonzalez lo estampó ».

En 1818, soit un mois et demi avant la mort en exil de Carlos IV, l’ancien Roi, Juan Bauzil peint de mémoire un très curieux portrait de Carlos IV « de espaldas » (vu de dos).

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Juan Bauzil. Carlos IV de espaldas. 1818. Source : Los Borbones del siglo XVIII.

« CARLOS ANTONIO DE BORBÓN, más conocido por Carlos IV, fallecía en Nápoles el martes 19 de enero de 1819, a los setenta años de edad. Un mes y once días antes, el pintor Juan Bauzil había dedicado a Fernando VII un extravagante retrato de Carlos IV de espaldas, en el que consiguió hacer reconocibles las facciones apenas visibles del monarca1. Se trata de una imagen evocadora e introspectiva bien alejada de la última efigie tomada del natural, el retrato de aparato concluido por Carlos Espinosa en octubre de 1818, en el que Carlos IV, de aspecto cansado, luce en el exilio los ornatos y atributos de la majestad española (Palacio Real de Caserta). « Bosil el pintor loco», como le llamaba María Luisa de Parma, representó al rey tal y como lo recordaba de sus años en España, con una peluca empolvada ya en desuso en Europa, semejante a aquéllas que en su adolescencia le dio por romper o quemar, como chiquillada secundada por sus hermanos los infantes. Pero al margen de esas ‘diversiones’ reveladoras de una cierta inmadurez, don Carlos Antonio de Borbón manifestó en sus primeros años en España una sincera afición por las Bellas Artes. Primero como príncipe de Asturias (1760-1788), después como rey de España e Indias (1788-1808) y, al final de sus días, en su exilio 18 romano (1812-1819), en la difícil pero desahogada posición de destronado rey padre. » (6)

Traduction. « Carlos Antonio de Borbón, plus connu sous le nom de Charles IV, est mort à Naples le mardi 19 janvier 1819, à l’âge de soixante-dix ans. Un mois et onze jours plus tôt, le peintre Juan Bauzil dédiait à Ferdinand VII un portrait extravagant de Charles IV vu de dos, dans lequel il a réussi à rendre reconnaissables les traits à peine visibles du monarque. Il s’agit d’une image évocatrice et introspective bien éloignée de la dernière effigie peinte d’après nature, i.e. bien différente du portrait peint par Carlos Espinosa en octobre 1818, dans lequel Charles IV, fatigué, montre en exil les ornements et les attributs de la majesté espagnole (Palais royal de Caserte). »

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Retrato de Carlos IV pintado en 1818 por Carlos Espinosa y regalado a Ferdinando I de Dos Sicilias.

« "Bosil le peintre fou ", comme l’appelait Maria Luisa de Parme [épouse de Carlos IV], représentait le roi comme il se souvenait de lui depuis ses années plus anciennes, avec une perruque poudrée devenue déjà désuète en Europe, semblable à celles que, dans son adolescence, on lui donnait à défaire ou à brûler, comme à une fillette subordonnée à ses frères, les infants. Mais en dehors de ces « divertissements » révélateurs d’une certaine immaturité, Don Carlos Antonio de Borbón a exprimé dans ses premières années de son règne en Espagne un penchant sincère pour les Beaux-Arts. D’abord en tant que prince des Asturies (1760-1788), puis en tant que Roi d’Espagne et des Indes (1788-1808) et, à la fin de ses jours, lors de son exil romain (1812-1819), dans la position difficile mais résignée de père et de Roi détrôné. »

« La obra que más me gustó de la exposición » [El Retrato en las colecciones reales. Palacio Real. 2015] dit un visiteur de ladite exposition (7), « fue un curioso retrato de Carlos IV ¡de espaldas! por Jean Jacques Guillaume Bauzil de 1818. Me pareció una obra de arte contemporáneo, un precursor del dadaísmo 100 años antes. De hecho parece ser que le llamaban “el pintor loco”. Una obra de pequeño formato frente al retrato de Carlos IV, cazador, de Goya.

Traduction. « L’œuvre qui m’a plu avant tout dans l’exposition, c’est un curieux portrait de Carlos IV ¡de espaldas! (vu de dos) par Jean Jacques Guillaume Bauzil, datée de 1818. Elle m’a semblé une œuvre d’art contemporain, préfiguration du dadaïsme 100 ans auparavant. De fait, elle donne à comprendre qu’on ait parlé ici d’un "peintre fou". Une œuvre de petit format face au portrait de Carlos IV en costume de chasseur, de Goya.

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Francisco Goya. Carlos IV vestido de cazador. 1799.

Carlos Antonio de Borbón, plus connu sous le nom de Charles IV, meurt exilé à Naples, comme dit plus haut, le mardi 19 janvier 1819, à l’âge de soixante-dix ans. Juan Bauzil restait encore à cette date pintor de Cámara du Roi FernandoVII. Mais l’arrivée à Madrid en 1815 du peintre canarien Luis de la Cruz y Ríos (Tenerife,1776-1853, Málaga), nommé à son tour pintor de Cámara de Fernando VII, a fait pâlir peu à peu l’étoile de Juan Bauzil, qui a dix ans de plus que son rival. Au style de la Révolution succède celui du Romantisme débutant.

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Luis de la Cruz y Ríos. Portrait féminin (ca 1810). Gouache tempera. Dimensions : hauteur : 71,2 mm ; largeur : 50,6 mm. Musée du Prado.

Quittant alors sa fonction pintor de Cámara de Fernando IV, Juan Bauzil travaille désormais pour son propre compte. Il se trouve obligé de facturer un prix de portrait inférieur à celui de ses années fastes. On ne trouve pas trace sur le Web de ses dernières œuvres, sans doute conservées dans des collections privées. Il meurt à Madrid le 19 mai 1820. J’ai écrit à l’archevêché de Madrid dans l’espoir d’obtenir une reproduction de son acte de décès. Pas de réponse pour le moment.

À lire ensuite : Supplément à l'histoire du peintre miniaturiste Jean Jacques Guillaume Bauzil.

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1. Christine Belcikowski. « À propos de Jean Pierre Mailhol, né à Carcassonne, prêtre constitutionnel enfermé en l'an II aux prisons de Castelnaudary ». In Pages lauragaises 8. Centre Lauragais d'Études Scientifiques. 2018. Mailhol, curé de Mirepoix. Pétition. Fascicule de 16 pages. Introduction de Christine Belcikowski et notes de Joseph-Laurent Olive. 2017. Édition numérique (pdf) : Pétition de l'abbé Mailhol.

2. Robert Mesuret. « Documents et références sur Pierre Arnal, élève de l'Académie Royale de Toulouse et architecte de la Maison d'Albe ». In Caravelle. Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien. Année 1966/6, pp. 73-81.

3. Marjorie Guillin. « Se perfectionner et faire carrière : parcours d’élèves toulousains entre Paris, Rome, l’Espagne et le Languedoc ». Les papiers d’ACA-RES. Actes des journées d’étude, 9-10 novembre 2017. Toulouse, Maison de la recherche UT2J. Mise en ligne : mai 2018.

4. Carmen Espinosa. Las miniaturas en el Museo Nacional del Prado. Catálogo razonado, pág. 48. Madrid. Museo del Prado. 2011.

5. BOE.es. Agencia Estatal Boletín Oficial del Estado. Gaceta de Madrid, núm. 105. 24 août 1816.

6. Javier Jordán de Urríes. Carlos_IV_en_DallasArs_magazine. Revista_de_arte y coleccionismo. Año 3. Núm. 6 abril-junio_de_2010, pp. 16-27.

7. El Retrato en las colecciones reales

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2 commentaires

#1  - Jacques Gironce a dit :

L'église de Laroque contient deux peintures de Gabriel Labeyrie. Serait-ce un frère de Gaubert ? Il ne m'apparaît pas que le talent soit le même... Mais je n'y connais rien.
Il serait intéressant de savoir si la famille connaissait une fratrie de peintres.

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#2  - Françoise Brown a dit :

Bel article.
J'avais moi-même (modestement) cherché mais n'avais pas trouvé parmi mes ascendants.
Puissent les archevêchés de Köln et Madrid vous fournir les actes et donc, la réponse !

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