La cène ordinaire
Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaireMa pensée, à la table du soir,
va vers les Invisibles qui affluent derrière nous,
anges, oiseaux,
grands navires qui reviennent pour l’heure au port de leurs années profondes
enflés du souvenir de notre vie d'antan,
quand nous mangions ensemble,
et qui s’étonnent de ne point reconnaître ici la salle à manger,
la table et le buffet de chêne,
hérités du passé,
« Lévitan est un meuble qui dure longtemps ».
Il n'y a plus de salles à manger !
On en voit seulement, de nos jours, dans la petite ville
quand on passe en été, le soir, au bord des fenêtres grandes ouvertes
par où viennent la nuit, les platanes, et l'odeur des étoiles.
Ailleurs, la cène est pauvre, le pain déjà tranché.
Les Invisibles affluent pourtant
et l'autre cène advient
sous leurs yeux sans visage.
Alors nos yeux à nous s'ouvrent,
et sans voir,
nous les reconnaissons,
mais ils disparaissent à nos regards.
11 juin 2020, Mirepoix