Christine Belcikowski

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Écrire comme en rêve

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

C’est au bord de la mer une ville
qui s’attarde au soleil couchant,
une ville installée dans des ruines antiques
sur lesquelles ont poussé une église,
une tour sarrasine.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Au loin, dans la brume de mer,
une pyramide
dont la porte étroite
donne sur une galerie d'arcades.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Paix des troupeaux,
qu’un berger, flanqué d’un enfant,
ramène au bercail.
L'enfant va muni d'un sac à dos rouge.
Vaches, moutons, chèvres,
paix des bêtes, sages, douces.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Une vache rumine au pied des bergères.
Assises sur le quai de pierre,
elles trempent leurs jambes dans l’eau.
L’une est vêtue de bleu,
l’autre a sur sa blouse
un caraco rouge.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Des pêcheurs débarquent
au pied des bergères
des paniers de poissons bleus.
Ils ont des chapeaux noirs,
qui ombrent leurs visages,
des chemises bleues aussi,
du bleu des poissons,
parfois une chemise rouge.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Les bergères regardent,
posté sur un bloc de ruine
au pied duquel traîne, renversé,
un chapiteau corinthien,
un homme grand et fort,
quasi nu dans sa tunique blanche,
qui a sur la tête un casque à plumet,
au bras droit un bouclier tuile,
à la ceinture un poignard,
et aux pieds des caliges rouges.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Débarqué, ou proche de rembarquer
sur une barque qu'on ne voit pas,
mais dans laquelle un autre homme,
couronné d'un turban,
se dresse, gardien du pilum,
le légionnaire ignore à ses pieds
un autre homme encore,
terrassé, dans son armure à écailles.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Cet homme, grand et fort, pointe
du doigt
un bas-relief, détaché des ruines,
sur lequel on voit
des lances, des chevaux, des hommes,
tuniques fantômes,
ressurgies d'un temps plus ancien.
Il y a eu jadis une guerre ici.

Les bergères regardent l'homme,
point le doigt.
Les pêcheurs, eux non plus,
ne se soucient point du doigt.
La nave va.

Les racines et les troncs des arbres,
qu'on a coupés,
continuent d'envahir les ruines,
autres bêtes, de nature increvable,
hydres, d'annonce future.

Ut pictura poiesis... (1)

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C'est un tableau qui m'a inspiré ce texte. Devinez...

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