Christine Belcikowski

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Arnaud de Mareuil. Dona, genser qu'ieu no sai dir... (extrait)

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Ci-dessus : Arnaud de Mareuil. BnF. MS 12473, folio 32r.

Arnaud de Mareuil, auteur de Dona, genser qu'ieu no sai dir... (Dame, plus gente que je ne sais dire...), est un poète de la fin du XIIe siècle. Né au château de Riberac, près de l'ancien village de Mareuil-sur-Belle, en Dordogne, issu d’une famille noble mais pauvre, Arnaud de Mareuil renonce rapidement à la cléricature pour se faire troubadour à la cour de Raimond V de Toulouse. Il dédie alors ses cansos à la comtesse Azalaïs de Toulouse, « Dona, genser qu'ieu no sai dir... », fille de Raymond V, épouse de Roger II Trencavel. Quand Alphonse II d'Aragon, également amoureux de la Dona, le supplante dans l'amitié de cette dernière, Arnaud de Mareuil quitte la cour de Raymond V pour se rendre à celle de Guilhem VIII de Montpellier. Vingt-cinq de ses cansos nous sont parvenus. Dante, Pétraque, Ezra Pound, spécialement dans l'art de la sixtine, ont admiré sa virtuosité. Admirons ici, dans le dernier huitain, l'art de la litote, ou l'art du « breu » : « E pueys farem breu viatge / Sovendet, e breu cami... »

Le texte reproduit ci-dessous, puis traduit délibérément au plus près, constitue la troisième partie de « Dona, genser qu'ieu no sai dir... », [Dame, plus gente que je ne sais dire...].

Belh m'es quand lo vens m'alena
En abril ans qu'intre mays,
E tota la nuegz serena
Chanta 'l rossinhols e'l jays ;
Quecx auzel en son lenguatge,
Per la frescor del mati,
Van menan joy d'agradatge ;
Com quecx ab sa par s'aizi !

E pus tota res terrena
S'alegra, quan fuelha nays,
No m puesc mudar no m sovena
D'un' amor don ieu sui jays ;
Per natur' e per uzatge
M' aven qu'ieu vas joy m' acli
Lai, quant fai lo dous auratge
Que m reven lo cor aissi.

Pus blanca es que Elena,
Belhazors que flors que nays,
E de cortezia plena,
Blanca dens ab motz verays,
Ab cor franc ses vilanatge,
Color fresca ab sauras cri :
Dieu qu 'l det le senhoratge
La sal, qu' anc gensor no vi.

Merce fara, si no m mena
D' aissi enan per loncs plays,
E don m' en un bais d'estrena,
E, segon servizi, 'l mays ;
E pueys farem breu viatge
Sovendet, e breu cami,
Qu' el sieu belh cors d'alegratge
M' a mes en aquest trahi. (1)

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Beau m'est quand le vent m'haleine
En avril, avant qu'entre mai,
Et que toute la nuit sereine
Chantent le rossignol et le jais,
Que chaque oiseau en son langage
Par la fraîcheur du matin
Va menant joie d'agrément ;
comme chacun auprès de sa pareille s'éjouit.

Et puisque toute chose terrestre
S'emplit d'allégresse, quand les feuilles naissent,
Ne puis empêcher qu'il me souvienne
D'un[e] amour par quoi je suis joyeux ;
Par nature et par usage,
Il m'advient que je vais à la joie enclin
Là, quand fait le doux orage
Qui me ravive le cœur ainsi.

Plus blanche est qu'Hélène,
Plus belle que la fleur qui naît,
Et de courtoisie pleine ;
Blanches dents et mots vrais,
Cœur franc sans vilénie,
Couleur fraîche et cheveu blond.
Dieu, qui lui donna la seigneurie,
[Qu'il] la sauve, car plus gente jamais n'en vis.

Merci fera, si elle ne me mène
D'ici là toutefois par de longs procès,
et me donnera un baiser d'étrenne
et selon mes services davantage ;
Et puis ferons bref voyage
Souvent et par bref chemin,
Car le sien beau corps d'allégresse
M'a mis en semblable train.

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1. Source : Pierre Bec. Les saluts d'amour du troubadour Arnaud de Mareuil. Coll. Bibliothèque méridionale. Série littéraire. Tome 31. Privat. Toulouse. 1961.

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